‹ Cours analytique de littérature génerale: tel qu'il a été professé a l'Athénée de Paris (volume 3)Chapitre 3 sur 20 · TREIZIÈME SÉANCE · texte numérisé non relu

TREIZIÈME SÉANCE

Généralités sur la Comédie, et sur ses différents caractères à toutes les époques. Particularités sur Molière, qui les a tous saisis et tracés.

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BSSIBURS^

Un peuple a tellement brillé par son esprit au-dessus des autres peuples de la terre, qu'ils semblent tous n'avoir reçu que de lui seul la connaissance des beDes-lettres,et ne les avoir cultivées que d'après ses

leçons. D'où vient ce privilège acquis aux habitants de Fancienne Grèce, de setre rendus les maîtres de toutes les nations modernes dans la poésie, Féloquence, et les beaux -arts? Serait-ce de la nature? Eh! pourquoi favoriserait-elle une région plus qu uae autre, lorsque les individus que le hasard y place vivent sous une température également propice au développement de leur intelligence ? Serait-ce de l'application à letude ? mais toutes les sociétés humaines ont laissé des preuves de la mdme assiduité aux travaux littéraires, sans que leur zèle produisît des résultats aussi éclatants. Serait-ce de Théritage des monuments de l'antiquité, et de lavantage d'avoir été dirigés par les documents de savants prédécesseurs? mais les modernes sont en cela plus riches que le peuple grec , et de plus , instruits par son érudition première, et par les exemples quil a prodigués à la postérité. Serait-ce de l'indépendance que lui conserva son gouvernement? L'expérience a démontré que les lois républicaines et monarchiques , et même les règlements despotiques, n'empêchaient pas certains genres de littérature de se perfectionner ; et si nous n'envisageons spécialement que celui qui va devenir l'objet de nos séances, la comédie, nous apercevrons que les Athéniens, libres, ont eu leur Aristophane et leur Ménandre, qui florissaient sous la république, ainsi que sous la liberté romaine fleu<*

nrent Plaute et Tërence, et comme, sous la mo» narchie impérieuse de Louis XIV, les Français ont eu leur Molière et leur Regnard. Quelle est donc la véritable raison de la supériorité du peuple attique ; et pourquoi a-t>il atteint le premier chaque point de perfection dans les arts imitateurs dont il nous a transmis les types et les modèles? ce fut, si je ne me trompe, du continuel exercice de son esprit que ses mœurs et ^s habitudes stimulaient par des rivalités perpétuelles et par une émulation sans cesse renou* velée.

Lorsquon a lu Thistoire de ce peuple, on croit avoir vu passer devant soi un groupe nombreux de philosophes, employant leur vie à s'instruire, à imaginer, à discourir, à se communiquer leur savoir ou leurs découvertes, et à discuter les moyens qulls s'offraient mutuellement de perfectionner renseignement et l'imitation. Leurs fréquents entretiens sous le Portique, au Lycée, dans les places et promenades publiques, la quantité d'établissements ouverts aux rhéteurs, les cours successifs de tant de maîtres glorieux de TafiBuence de leurs disciples , les disputes curieuses des sophistes de toutes les écoles rivales, la foule des élèves qui devenaient bientôt les concurrents, les critiques et les juges de leurs doctes maîtres , enfin un concours d'opinions formées dans la multitude qui les écoutait, tout secondait les efforts et hâtait les

lo INTRODUCTION.

progrès des savants et des artistes qu éclairait cet iiihmense écoulem«[it de lumières. Au contraire, si vous parcourez les annales des autres nations , vous y rencontrerez de loin en loin des traces du génie isolé de quelques auteurs inspirés par la nature, et luttant contre la sourde ignorance de leur siècle. Séparés de leurs contemporains, qu'ils étonnent quelquefois par leurs ouvrages encore imparfaits , avares gardiens du secret de leur érudition, à Tabri des concurrences, privés du secours des discussions , retirés à l'ombre de leur cabinet , ils ne tendent point à propager leurs connaissances , et leur mérite personnel , n'étant ni suffisamment communiqué, ni soumis à l'épreuve d'un examen constamment public, ne répand qu'au ba-^ sard des clartés générales.

Un e£fet contraire eut toujours lieu parmi les bommes qui se plurent à s'assembler pour se documenter réciproquement : chaque individu s'accroît des forces qu'il emprunte de tous, et tous ajoutent à leur raison ce qu'ils doivent aux réflexions d'un seuL L'usage de converser entre eux leur fiicilite le commerce indispensable de l'enseignement; et la nation entière s'enricbit progressivement par l'échange commun que tous ses citoyens se font des acquisitions de leur esprit particulier. Mais si Ton a vulgairement senti combien la seule conversation familière est utile à former Tintdligence qui s'affine dans le choc des

INTRaDUCTIONi it

contradictioiis, combien ne sentira •t*on pa^i mieux l'avantage de ces leçons que multiplie l'établissement de l'Athénée où j'ai l'honneur de parler. Que sont-elles autre chose que des conférences çntre un prc^esseur et le public ? Car, si institution ne permet pas qu'un interlocuteur se saisisse aussitôt de la réplique, et re* lève les erreurs qu'il put émettre, un certain nombre de ses auditeurs attentif le juge tout bas, et l'opinîon publique, dont les échos lui renvoyent ce juge» ment tacite, répond efFectivement à ce quHl énonça par un blâme qui corrige ses maximes, ou par un éloge qui les consacre.

Prévenu de cette vérité , celui qui professe se tiendra sur ses gardes contre les paradoxes, s'appuiera le plus possible sur les bons principes, n'avancera les siens qu'avec précaution ; et, s'il s'engage eunde £aiux errements , ne s'obstinera pas dans la route périlleuse qu'il aura prise, ou bien, s'il y entraîne son auditoire, c'est qu'il le maîtrisera par la séduction d'un langage persuasif, élégant, agréable et soigné, qui ne sera pas sans profit pour ceux qui cultivent l'éloquence. L'abus de l'argumentation, il est vrai, peut feiire dégénérer l'art de démontrer en un verbiage stérile et nuisible à la doctrine. Elle s'obscurcit au lieu de s'éclaircir, lorsqu'on en veut trop subtiliser les règles et les applications : mais oe danger, que nous avons déjà prévu, n'est pas si réel que celui

la INTBODUCTION.

d'un silence trop longtemps gardé sur des madères qu'il faut remanier en tout sens , reproduire et commenter sans relâche, pour les pënétret en détail et les faire bien comprendre. L'abandon de cette sorte d'enseignement serait plus pernicieux aux belles-lettres que la fréquence des leçons ne peut leur devenir inutile ou dommageable. LivronsHious donc sans'craihte au plaisir de ces conférences littéraires, qui, plus d'une fois aussi profitables aux mahres qu'à leurs dis^ ciples^ furent la source de l'instructioa de cem>ci et de la renommée de ceux-là. Redoublons de zèle en ces dissertations dignes de notre nouvelle Athènes, afin qu'elle éclipse, autant qu'il se peut, la< gloire que se mérita l'ancienne au milieu de ses libres écoles et sous les che£i nombreux de son Lycée, qui sert encore de modèle au nôtre. Ne nous lassons point de contempler sans cesse les chefs-d'œuvre, de les considérer dans leurs parties et dans leur ensemble, à l'exemple de ces élèves de Phidias, qui, frappés- de la beauté des statues sorties de ses mains, n'apprenaient le secret de l'art qui les créa qu'en les exami^ nant de tous côtés, et- qu'en se consultant pour les exposer au jour le plus favorable, ou les mieux éclair rer de toutes parts aux lampes de l'atelier qui les ra»> semblait. .

Ce n'est aujourd'hui qu'rà: hésitant que j'ose à mon tour prendre lé flambeau pour examiner au milieu

INTRODUCTION. i3

de TOUS I les beaux modèles : je m'en saisis d^ahe main plus tin^ide cette fois^ que* je né le fis d'abord. Je pensais tous âtro encore inconnu; et, lorsque j'essayai de vous intéressier à mes séances , je ne risquais pas 4e ipettre en péril un heureux crédit, fruit de "VOS approbations honorables. Votre indulgence, qui peut-être eût rassuré tout autre, m'a inspiré plus ée crainte que de confiance en moi-même. Néanmoins cette juste frayeur^ que surmonte mon zèle, tournera peut4tre à mon profit; elle m'avertit de m'observer, de vi'épior moi - métùè plus attentivement que ne le feront les critiques intéressés qti'a dû réveiller autour deiittèt le bruit dé quelques applaudissements pâi^ lesquels voua baignâtes m'encourager r non que je me soucie, de désarmer tqua ks^cerisearst il en est dont la justice m'inquiète, et^doÀt les sufiErages mefiatteraient : je, ikia desi OQdBfbnds pas avec les détraeteut^éé profit siofij qui font de la lice litténMré Un champ stérile P^i|i^l4.g)<)^lvey)|[>i»i^'oU' ne .Técôlteique des moiasons ^î|iH>^flgA94Q() sen»îtïi|lariné d'ètreiagréable àceuxwiUi^ car.jil^nf|f|^î}< $'^t$ll0«^|p. à 4:e>qu!on pétttnoiteiiierdew cp<fi7M;wo^i«ki^ifS/Pi^'ileuF ^ge pourienèire kmél Je n^ pi|i3 .acht)t^?i)Qi ne. veux gagner ■ de tels paitif sanf^iSi jf: i||e|$)'l[||L lumière en pteineiâhridencèvje^suiS' €i^rtiû|i,)[}fQfi|î;M^ijb^.Jietevs yeux,;et< n^ai Jitième quelque oonyictipi^ 4*4VjQ{r:b.iQO fait quei quand ils- m^dé* «luirent le^i nlfi|«.rLi9urf diantetes indiquent,! 4- leur

i4 INTRODUCTION.

ip^u, par où ^esprit les blesse* GonseiUons à ceux qui ont le malheur de leur plaire de ne pas s*en vanter ; conseillons sur-tout à ceux qu'ils décrient de ne pas plus leur r^ondre que je n'ai fait depuis que j'existe. Leur ton est trop injurieux; on s'avilit par la riposte : U vaut mienx^ comme je l'exprimai dans^ un poétiie sttr Homère^ opposer à ces cyniques-là,

« Ce silence ,

« Du mépris qui se tait redoutad)Ie éloquence. »

Du reste ne les frustrons pas de%ce qui leur afqpar* tient : on doit cet^e justice à leur mérite de les.con« siç^rersaii§. passion, comme de. très- bons spécidateuffs s^r la malignit'é des tflots etisur le crédit des Sanctions. Mais que nouli importe leur papier courant? Ne crai^ gnons quç l'autorité des critiques dignes de ce ttirét Q'e^t i^v^ilA ^tte minorité impartiale jqne je vedoil* tex^; toujouf^ ^jtiçs foutes. > ^

ciu.Ge sentinlent que j'éprouve^'^^ jor dé^tore iiigé^ Cément ici ,. éit une iiàuvelle pi^ttvé dë^ FiKifilé ék fiwrs. publies' dont je* vous rappelâié l'itHjkMMidei'It «émoigne œ^que la prâKnce- ^^tam^ qiiàtitité' dé' judi^ cîeux auditeurs commande de ^tf y de l^e^érve kk dé médilatioftv'al'hoinme rqui ae hasairdè ft s%x{Âiqiièt devant eux. Or, init^uil reconnbaîsse.sa iFaiblesse nà^ tur^le, soit qu'il ait la conviction 'kitime dé soÂ'"sa^

imt*, il, redoublera d'efforts poiw'tribmpber de son

INTRODUCTION. i5

insuffisance I ou mettra toute son étude à déployer rétendue de. ses moyens en leur plus grand éclat* J'affirmais donc avec raison que les leçons répétées sur les sciences, sur les belles-lettres, et sur les artSi ne serraient pas moins à former les professeurs que les personnes à qui leurs observations sont communi* quées. En effet ceux-ci, contraints à présenter les choses ,. non seulement dans le sens où Ion a l'habi* tude de les voir, mais sous les iaces différentes qui peuvent les rendre nouvelles et plus instructives, évertuent leur esprit pour satisfaire votre curiosité, l'aij^uisent pour répondre à la finesse des aperçus de la multitude , et Tarment de toutes les défenses qui préviennent les objections et qui émoussent les traits de b satire. De sorte qu'ils ont besmn, pour vous parler , de se munir d'avance des ressources que leur fournit une étude préliminaire , et, outre cda, de pré> parer, de pétrir, et de bien exposer le fonds des ma«> tières qu^ils traitent, afin de vous< les offrir sous un aspect original .et piquant, Ge soin néoetaaire lea m> coutume au travail, poUt leur élooution, et, ppur ainsi dire, les £Eiçonnant eux-mêmes, les dispose àfi jour en jour à mieux mériter l'attention que le public leur prête d*autant plus volontiers, que leur enseigne» ment lui paraît plus agréable et plus solide. Leurs disciples , instruits avec eux en les écoutant, goûtent encore le plaisir d'apercevoir que la rq[>utation de leurs

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maîtres est leur ouvrage, et jouissent^enlear aecordxat la réoQmpeiise de leurs travaux, d'un consentement qui ne coûte rien à la -vanité personnelle ; avantage égdl pour le pvâfèsseur et pour ses juges , et dont les- fruits setreqieiUent dans la ville entière , qui profite à la longue de- ces entretiens perpétués sur la lit* lérature^ source de :1a gloire des nations, qui ne survivent que par elle à- leur existence politique.

L'éloge que je crois avoir lieu de faire en ce moment des objets de nos conférences y -s'étendrait plus loin, si je ne me souvenais que je dois parler de la comédie^ et si je ne pensais que cet art, fondé pour corriger tes ridicules^^ m'avertit de les éviter t le pre* mier en ^enseignant ce qui les met ien. évidoice. Mais , c'en est £adt ! ^ déjà me voici sous la £érule inévi^ table de Molière :< je vante l'utilité du professorat^ par^ce: qu'en cet instant je professe; et peut-être vat«*on m'a^pliquerice ipot que le père de n<>tre ThâM^ adresse aux gens'infttuésde leur métier, mot devenu^ provmiM comme tous ceux qu'il a dits^ et qui frappe toutes les personkies endines à trop louer ce €^ elles; f6ntfj!lf. Josse ^t orfe^re.*^ : ^ >1 . v ••i. J'aurais. dû phis adroitement, poicr me conformer à.mon:sujet,. dépeindre l'embnrras d'un liomme ré<^ duit à étaler publiquenèfnt sa doctrine, lorsqu'il veut, selon son âge, prendre le ton le plus convenable à son «nploi. N'est-il qu'un naissant apprentif ?

Est-ce un vieux érudit ? Il tombera de lun ou de Tautre côté dans un travers dangereux. Savant encore inexpérimenté , il n'aura ni cette maturité dune instruction nourrie de lecture , ni Tappréhension de la sévérité des juges rassemblés : la, témérité de son naturel se fera sentir dans les exagérations de son éloquence empbatique et sonore; un aveugle enthousiasme l'exaltera sur des choses ordinaires ; il offrira comme neuves celles quil aura le plus récemment découvertes , en feuilletant les livres les plus anciennement connus, et sa bonne opinion de soi-même lui inspirera une intrépide jactance qui éclatera dans ses traits et dans ses inflexions , à travers les dehors de rhumble retenue qu'il voudra feindre, et dont on sourira malignement. Ni le hasard de quelques. heureuses citations , ni laccent magistral avec lequel il prononcera ses jugements, ne déguiseront ce qui manque au jeune professeur, à qui Ion gardera dé-* . risoirement ce même titre, pour lui rappeler quil n a pu faire oublier^ par ses phrases creuses et arrondies , que les fleurs de sa rhétorique parfumée ne sont que des débris encore tout frais de ses petites couronnes de collège.

Compte-t-il un plus grand nombre d'années , les opinions depuis long- temps arrêtées en son entendement le préviendront contre tous les préceptes avantageux aux progrès de l'art qu^il enseignera ; il ne dé-

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montrera pas tant les règles qu^il ne s'entêtera pour elles : il se croirait sacrilège d*oser par-fois discuter ce que plusieurs d entre elles eurent de nuisible au génie qui ne put s'en affitanckir. L'impuissance de jamais produire, ayant aigri ses humeurs contre ceux qui produisent , il méconnaîtra la fécondité créatrice, . et se déclarera l'implacable ennemi des meilleures ^ nouveautés. Attaché dès ses premières études aux bancs de la vieille école, tous le verrez, plus ferme qu'un roc , se tenir fixé aux erreurs bien accréditées , et n'en jamais démordre. Son érudition inépuisable perpétuera les redites et les digressions : sa mémoire fera tous les frais , et son esprit ne fournira rien qui enrichisse les nôtres. On se rebutera de sa sécheresse ; on se lassera de l'entendre , et Ton assimilera ce fastidieux régent , se roidissant sur ses axiomes dogmatiques, au Thomas-Diafoirus qui ne voulait compren-dre ni écouter les raisons et les prétendues découvertes de notre siècle^ et autres opinions de même farine (i).

La difficulté consiste à garder un juste milieu , de façon à ne se pas aventurer en étourdi qui traite légèrement les principes fondamentaux, ou pesamment les détails superficiels, et à ne pas affecter en doc»

(i) De malignes allusions faites par les journalistes me forcèrent à ouvrir la seconde séance du Cours de la comédie, par un ayant -propos que le lecteur trouyera à la fin de cette itftrodaction.

leur la gravité de la pédanterie y et Topiniâtreté dans ses propres idées. Qui oserait se flatter de ne jamais outre •> passer ce point? qui se prévaudrait du talent propre à tout animer, à tout rajeunir, à tout revivifier par une chaleur subtile et constante , et d\m savoir suffisant à ne rien omettre d'important ou de curieux j que Fauditoire ait besoin d apprendre ou de se rappeler ? Certes je n*ai pas la présomption de prétendre à ce double privilège. Que ferai- je donc? je me ressaisirai du fil des choses , suivant la méthode anlytique que j'ai déjà suivie. Je ne la reprends de préférence, que parce que vous Tavez approuvée; je continuerai simplement à démontrer que toutes les branches de la littérature partent de la connaissance du cœur de F homme, Cest en lui que, dirigé par lobservation de la nature , je trouverai lorigine de la comédie, comme j'y trouvai par mes recherches le principe de la tragédie; cest aussi de* là que je ferai sortir toutes les diversités du genre qui sera l'objet spécial de mes nouvelles séances.

L'homme, dès son enfance, est enclin à contre* p«ncW faire ; les habitudes qui lui paraissent étranges en autrui, le blessent ou Tamusent, et il les imite pour SQïi venger ou s'en rire. Un enfant contrefera le bossu, le boiteux, le louche^ et le borgne, parce que ces objets le choquent , et qu'il ne distingue pas une imperfection , suite dune incurable infirmité, du

naturel des bammes

k rimiution démoire.

ao INTRODUCTION,

défaut qu'on a contracté volontairement. Vous lui apprendrez en le grondant, à ne pas rire du malheur : mais il vous égayera en imitant le langage bégayé, les allures gvindées et la démarche affectée des personnes vraiment ridicules. Un jeune homme plus avisé ne contrefera pas leur extérieur; mais leur prétention, leur orgueil, leur sottise, leur jalousie, leurs goûts dépravés , parce que ce sont des travers de l'intelligence ; car il ne veut représenter que ceuxlà, et s'il se moque, c'est d'un esprit tortu, dun jugement louche : mais il ne travestira ni le fou , ni le stupide, parce qu'il sait que leur triste dégradation est l'effet d'une maladie qu'on doit plaindre. Tout enfant est le singe des défauts du corps : tout adolescent est celui des défauts de l'esprit.

• Ce penchant^ que ITiomme garde jusqu'à la vieillesse pour l'imitation du ridicule, naît en lui d'une certaine malignité naturelle à tous. On se croit exempt des bizarreries qu'on remarque, on se plaît à prou«> ver sa subtilité en les saisissant bien ; et chacun jouit secrètement de la supériorité dont il se targue sur les personnes qu'il humilie, ou dont il se venge plaisamment en singeant leurs manières. Notre amourpropre est la cause de cette propension si commune, par laquelle nous devenons tous plus ou moins comédiens, les uns à l'égard des autres. Aussi les recherches qu'on a faites sur l'origine de Tart théâtral.

INTRODUCTION. ai

nous ont«elles appris que la comédie est née antérieu- .oripae

*" *^ * d«u comédie.

rement à la tragédie, parce que les hommes sont plus prompts à se moquer qu'à s'attendrir, et sont en général moins bons que méchants. Nous ne lisons pas que le chariot de Thespis portât des acteurs nobles et pathétiques, exercés à émouvoir la pitié de la foule qui les suivait dans les fêtes Dîonysiales; mais des mimes grotesques, barbouillés de farine et de lie, provoquant les spectateurs au rire, par des carica« tures maligpes et des farces satiriques. La philosophie^ témoin de ces jeux et de' leurs effets, voulut les rendre utiles^ en tournant leur vivacité licen^ cieuse au profit de la raison et de la morale publique. Elle s^empara des masques , et ne leur permit de représenter que les vices bas et honteux, que les ridicules pernicieux à la société. EUe aiguisa le sarcasme dans la seule intention de les corriger, de les punir ^ et n affecta les postures mobiles de Thalie qu a rimitation de ce qui lui parut blâmahle et 'OU* tré. Dès - lors commença de briller la vraie comédie ; dès-loris^ elle devint redoutable aux méchants et salutaire aux mœurs : ses railleries ninsultèrent plus au hasard, mais réprimèrent Textravagance et les abus. La liberté grecque lui imprima,, dès ce temps, une physionomie trop effrontée y il est vrai { mais , perdant peu • à- peu de la rudesse qui la défigurait ea« core^ ses traits se dégrossirent, et son langage, qui

blessait naguères les personnes, ne s'attaqua bientôt qu'aux vices généralisés dans ses dialogues.

nitAJei. J'ai dit que la forme des gouvemements n'appor- '"iîm ^'* P''^ d'obstacles invincibles aux progrès de res{>rit littéraire, qui lend sans cesse à son perfectionneDieQti inais elle înflne beaucoup sur les genres qu'il cultive- On aura donc de bonnes comédies chez les GrecSt sous la république de Périclès, et de bonnes comédies chez les Français, sous la monarchie de Louis XIV ; j'en suis convenu : mais les meilleures* pi^pes d'Aristophane ne ressembleront pas aux meilleures pièces de Molière, leur espèce sera différente autant que diffère le gouvernement qui les a permises. Il faut donc, pour les bien analyser, marquer avant tout cette dissemblance des espèces; il ne iaut pas les juger sur le même esprit, sur les mêmes Uns, sur l'application des mêmes r^ies. Autre fonds, autre forme, par- conséquent autres préceptes. La plupart des rhétetirs s'y étant mépris , ont blâmé celle-ci en la comparant à celle-là ; ils l'auraient louée au contraire pour sei propres quahtés, s'ils n'avaient pas cherché dans Tune ce qui constituait l'autre : les rapprochements qu'ils s'efforçaient d'en faire, jetaient la confusion d>n« leurs vagues examens. Par cette raison le professeur La- Harpe est tombé, & ce sujet, dans nne suite d*en<auA plus grandes que .toutes celles r]uil m'a semblé indispensable de lui repro-

INTRODUCTION. a3

cher. S'il parle lumineusement de quelques parties de Tart tragique , dont il reçut des leçons de Voltaire, il parla très -obscurément de la comédie; et ses discours sans poids sur les comiques grecs^ latins et français , prouvent qu*il n'avait lu les anciens modèles originaux , ni médité les modernes ea ce genre, ni su approfondir leur art, et quil répéta seulement ce quon en avait dit, d'après des tradi* lions vulgaires et hasardées. La seule pièce d'Aris* tophane qu il ait vraiment analysée est celle des Che^ valiers. Il suppose qu'un étranger^ introduit au thé/ktre d'Athènes , est spectateur de cette comédie, dont le fonds et le dialogue sont une double énigme pour lui; dhaqtie mot, chaque vers^ bhaquè mouvement a besbiti d'une explication : ort là liii donrie, et il n'en méprise que plus Fauteur dé l'iouvrage iet le peuple qui l'applaudit. Ainsi dëne lé critique, tren* chant sur le tout , ne fait nulle dtiffibiilté de condamner d'un trait de plume et le poëté et la nation grecque. S'aperçoit -il iieulemétit qu'il se contredit soi-même dans cette sorte dfe Scène qu'il imagine pour rendre son opinion piquante P Cependant il accuse Aristophane de n'être qu'un ftiisérable parodiste, et lui nie les effets de son genre, tandis que lui-même le parodie dans l'entretien qu'il invente, et ne divertit ses auditeurs qu'en imitant le talent quLiX blâme. Je reviendrai sur ce point.

a4 INTRODUCTION.

pmîl^'de Lorsque, dans mon exposition j^nërale, je divisai •mtophani ^6 genre comique en six espèces , j essayai de répandre la clarté sur ses principes, en établissant cette distinction. Je séparai la première espèce, dont les exemples ne se trouvent que dans le théâtre grec, des cinq autres dont nos auteurs nous ont fourni des modèles. En effet la comédie athénienne, que je nommai satire allégorique dialoguée^ ne peut se confondre avec les autres comédies : elle ne participe du même genre qu^en ce qu elle présente une action risible conduite par un certain nombre d'interlocuteurs plaisants ; mais sa forme, sa tendance, ses moyens, et sa fin , ne sont pas les mêmes que dans les espèces suivantes. Elle ne peint point tel individu, tel vice, ou tel trs^vers particulier : elle peint une ville, un gouvernement, une magistrature, une secte, un abus général : ces êtres collectifs n'ayant pas de figure réelle , et o'exbtant que dans la pensée , elle les travestit en personnages pour les faire agir, marcher sous les yeux , et leur prêter un langage après leur avoir donné un masque. Leur discours diffère nécessairement de celui des hommes ordinaires, et s*accorde avec Tidée imaginaire qu elle en crée , autant que le corps fictif dont elle les anime se conforme aux attributions des choses quelle offre satiriquement. Son allure, ses jeux scèniques, ses incidents, ne sont pas ceux de la nature, mais ceux de Tallégorie : on ne doit donc pas cher^

INTRODUCTION. a5

cher le sel de ses plaisanteries dans la vérité, mais dans lallusion. Tel rôle y prend un ton bas et commun , après s'être annoncé dans un haut rang : pou]> quoi s en fâcher? Ne regardez pas tant ce qu il est que ce qu'il représente. Aristophane attaque ici la populace élevée aux nobles dignités; il couvre son acteur de la pourpre, et lui dicte les propos de Tesclavage et de la grossièreté. La figure est vraie , et Tapplication aisée. Ce n'est pas un misérable esclave acheté que représente cet acteur sale, ivrogne, dissolu^ et voleur: mais pourquoi, direz- vous, en a-t-il Thabit et le langage? Ecoutez son nom; c'est un homme d'état, c'est un général d'armée à qui l'auteur prête ironiquement la démarche et les discours d'un valet. Il voulut montrer dans ce personnage l'abaissement des chefs sou* mis au joug de la servitude, et faire entendre que, sous de beaux noms , ils ont les mœurs de la canaille. Le rapprochement est facile , je crob ; faites-le : vous applaudirez vivement à l'atticisme d'une si mordante comédie.

La plupart de ses images cessent d'être fausses et exagérées , pour qui les envisage sous leur véritAle aspect. Ces bouffonneries, si méprisables au jugement de nos docteurs et si plates à leurs yeux, se firent pourtant estimer de Platon et des esprits les plus dé* licats de la Grèce : ils avaient la clef de tout, et ils admiraient cet arsenal de traits satiriques, d'épi*

a6 . INTRODUCTION.

gp^ammes vengeresses , qui ne tendaient à rien moins qu'à percer de part en part les vices des grandes institutions , et les fauteurs des désordres publics. Niera-t-on que cette espèce de comédie ait une importance supérieure à celle des nôtres? Doit-on s^étonner que les Athéniens Tayent goûtée et même trouvée exquise, lorsqu'elle parodiait hardiment Timpudence des ambitieux parvenus ^ les corporations envahissantes , et les extravagances de la démagogie ? L'égalité républicaine se maintenait par la violence de cette censure ironique, et le chef ou le corps qui échappait aux lois par sa puissance ou par son crédit, par ses clients, ou par ses richesses, n évitait pas les pointes déchirantes du ridicule qui le flétrissait , et qui livrait sa splendeur empruntée aux éclats du rire populaire. Il est incontestable qu'aucune espèce de comédie na pu exciter de tels transports , et que jamais la philosophie n'a pu faire un plus salutaire emploi de la dérision. S'il est vrai que Timpoçtance d'un genre se mesure à son utilité, celui qui sert à purger l'état tout entier de sa corruption est plus recommandable que celui qui corrige les défauts privés et les travers domestiques. La comédie antique atteignit donc pleinement un point que la moderne touche à peine indirectement. C'est une lourde erreur que de l'assimiler au tabarinage qui excite le rire sans profit, et de juger par des règles pareilles

la pièce qui peint les mœurs d'une maison, ce qui est Fobjet de nos comédies, et la pièce qui peint les mœurs d une cite , ce qui est celui des comédies grecques. Une considération de plus vient à lappui de mon opinion : le courage n était pas moins nécessaire que le génie aux auteurs de ces pièces originales , et la témérité d^Âristophane , se couvrant lui-même, sur le théâtre, du masque dun scélérat, au défaut d'un comédien qui osât fronder en face le vice en crédit, témoigne quel honneur résultait pour lui de ce généreux effort. L animadversion personnelle, je lavoue , l'emporta plus loin qull ne devait aller : ce fut alors que Tintervention des magistrats - censeurs devint propice à la morale autant qu'au bon goût. On date de leurs utiles règlements la seconde époque de la comédie : les lois qui défendirent d attaquer les personnes protégèrent les citoyens contre la médisance effrénée des poètes, et les préservèrent de leur acrimonie. La satire sar* rêta aux généralités ; elle n en fut que meilleure. Sans une réserve si légitime et si sage, la comédie eût dégénéré de son institution philosophique : ses portraits ne ressemblant qu à tel ou* tel homme seraient passés avec lui ; mais leurs traits généraux les rendent impé« rissables ; car notre La Harpe eut tort d'énoncer que les prétendues ^r£;e5 d^ Aristophane y pleines d'allusions , rC avaient que Vintéf'êt despûces de circonstances : celles du poète grec représentent les mœurs d'une

a8 INTRODUCTION.

démocratie , et Ton en reconnaîtra les caractères tant qu'il renaîtra des républiques. L'objet de ses tableaux ne se borne donc pas au temps où ils furent tracés. Les philosophes, plus maUns que notre rhéteur, ont très-bien senti cela.

4e1^*!^^ Observez aussi que la comédie antique ayant eu gKcq«r. trois époques, la seconde où les personnalités lui furent interdites , prépara la troisième qui fut celle où son perfectionnement la rapprocha le plus de notre comédie moderne. Elle perdit son âcreté, son ton injurieux , ses postures indécentes , et ses quolibets obs^ cènes. Thalie enfin cessa de faire rougir les spectateurs et de s'ébattre sur la scène comme une bacchante enivrée. On remarquera pourtant que sa licence ne fut pas réprimée, tant qu'elle n'offensa qu'Euripide et Socrate. La sagesse et le génie n'inspireht pas assez d'intérêt aux grands pour en prendre la défense; mais ce fut lorsqu'elle intimida les chefs de l'aréopage , les commandants des troupes , et les maîtres du trésor, que soudain leur ligue se récria contré elle. Elle accusait leiurs déprédations ; ils la re» gardèrent comme dangereuse et criminelle ; elle étalait leurs turpitudes et leurs débauches scandaleuses ; ils prirent le prétexte du respect des mœurs pour la condamner comme indécente , et lui ôter le droit de dire ce qu'ils osaient faire. La censure établie fit conséquemment en faveur du pouvoir ce qu'elle n'eût pas fait pour la vertu. On proscrivit la comédie an-

INTRODUCTION. 2g

cienne ; on publia qu elle était pernicieuse à la pros-^ périté du peuple, elle qui, pourtant, l'avait éclairé tandis quil fondait son gouyernement , et qu'il battait sur terre et sur mer les armées du grand roi de Perse. Son existence fut un phénomène de courte durée qui tint à l'indépendance d'Athènes. L'esprit des gouvernements modernes lui est trop contraire pour qu elle se renouvelle jamais. Les chefs des monarchies européennes ont aboli cette maxime y Jaites et laissez dire. Elle ne reprit un moment de vigueur que sous

SpîritQcUs

le règne de Louis XII, père du peuple. Ce prince, toiénmc* a% cédant une libre carrière aux muses comiques de son temps , tolérait des satires théâtrales jaàme contre sa personne, et ne les défendit que contre la reine, comme s'il eût voulu montrer que cette sensibilité, quil ménageait en sa femme, était une faiblesse de son sexe, mais que le caractère mâle d'un homme d'état le mettait au-dessus des atteintes de la comédie, dont il s'égayait avec ses sujets»

La satire dramatique , sous les rèfinfies suivants , se d« i« coin^di« contint dans des bornes plus sages. Elle put souvent j[^]jJj""£°JÎ. attaquer les courtisans du chef suprême , mais non aller jusqu'à lui : souvent aussi les courtisans cherchèrent à intéresser le maître dans la querelle , pour que sa désapprobation leur devînt une sauve-garde* Les monarques ne s'y méprennent pas tous : ils savent que le respect de l'autorité rend impossible de sati-^

3o INTRODUCTION.

riser le pouvoir suprême, et qu'il n est permis et bien* séant de parler d'un souverain , ou de le désigner publiquement , que pour le louer. Ainsi toute interprétation maligne à cet égard , et toute allusion supposée dans les auteurs est méchamment calomnieuse.

En décomposant la satire allégorique dialoguée^ j'aurai occasion de démontrer sa forme particulière ^ ce qu elle recevait d'agréments de ses allégories , de gaîté de son dialogue, d'élégance, et d'ornements de ses chœurs. On apercevra la hauteur de ses vues , et la nature des règles qui la séparent des espèces variées de notre genre comique. Celui-ci ne saurait être mieux dé^né que par le mot d'Auguste , sur le poète Térence,^'il appelait un demi-Ménandre. Il exprimait que cet auteur possédait la raillerie fine, la politesse exquise, la conformité dans les mœurs , et toutes les grâces de la diction, attribuées à Mésandre, dont les ouvrages marquèrent la troisième époque de la comédie , mais qu'il manquait de sa vivacité > de son sel piquant, de sa force comique, et de sa grandeur dans les caractères. Les qualités que lui desirait l'empereur romain se réunirent dans les chefs-d'œuvre de notre Molière, pour nous procurer les modèles accomplis de cinq espèces de comédies. Parmi tous les auteurs, Molière est le plus original, et celui qui participe le plus des qualités qui les distinguent chacun. C'est lui qui les a le plus mis à contribution par

INTRODUCTION. 3i

ses emprunts, et qui pourtant est le plus neuf et le plus naturel , le plus vrai , et à-la-fois le plus plaisant , le plus aisé dans ses compositions, et néanmoins le plus régulier ; enfin le plus imitateur, et cependant le plus fertile en inventions. Sa comédie , resserrée en de justes limites, ne comprend dans son objet que la représentation des mœurs domestiques ; mais les leçons étendues qui en ressortent atteignent tous les rangs , toutes les classes de la ville et de la cour. Elle instruit le jeune homme et le vieillard , le maître et le valet, le sage et le fou. Chaque maison qu'il transporte sur la scène est un miroir offert à toutes les maisons habitées par les ridicules qu'il a copiés une fois : tous les hommes se reconnaissent en riant dans ses personnages, et son art les corrige sans les blesser , parce qu'il les raille chacun à leur insu, en ne châtiant que le vice et les ridicules qui leur sont propres. Tel est Texcellence du genre à jamais fixé par le docte peintre que Boileau nomma si justement le contemplateur; ce titre appartenait à l'homme clairvoyant dont le regard ne laissa jamais les vices passer impunément devant lui , et qui fut doué de ce coup-d'œil qui pénètre ce qu'il y a de moins apparent dans les travers sociaux. Présentez-vous, mesdames les précieuses y et parez-vous de votre fard et de vos mignardises pour le séduire : joignez à Tappareil de vos minauderies un jargon romanesque et ampoulé : il est là pour vous ap-

3a INTRODUCTION. .

prendre à quitter votre bel-esprit provincial , et à dire bonnement , en mots propres, ce que vous avez à dire. Parlez de façon à ce qu'on vous entende ; ou il fera rire Paris à vos dépends. Avancez, messieurs, de la faculté; délayez en phrases insignifiantes les ordonnances d'Hippocrate : hérissez vous d'apophtegmes et d aphorismes grecs ou latins, pour désigner votre igno* rance des cauises de nos maladies ; il est là pour avertir les vivants des services journaliers que vous rendez à nos ancêtres impatients de nous revoir , et pour dire le peu que vous savez sur les seci^ts de la santé , dont vous raisonnez en docteurs habiles à constater pourquoi nous souffrons , mais non comment on nous guérit. Et vous , bons maris , qui comptez , en négligeant le soin de vous bien assortir dage^ d'humeurs et de conditions ,. que vos femmes ne doivent aimer que vous seuls, le voilà qui sourit de vous voir si affligés dun accident inévitable : prenez de lui, avec tous vos confrères , les leçons de sa plaisante philosophie. Mais vous, hypocrites et ccifards^ ah! sauvezvous de sa présence ; le diable est moins à fuir pour Tous^ que Molière. Plus de salut dans ce monde pour les faux dévots et les charlatans de religion , depuis qu'il a surpris leur zèle intéressé, leurs figures béates, leur contrition feinte , leur sournoise convoitise , et leurs roulements d'yeux ! Mais il n'est déjà plus temps de vous soustraire, à lui; ses crayons ont dessiné

INTRODUCTION. 3î

Tartui^e qui ressemble à tous ces imposteurs de votre espèce (i). Honnêtes bourgeois^ avez -vous la sottise de vous embarrasser du train d une grande maison y d'une suite de laquais et d'amis parasites , par la va* nité de paraître gentUs'honunes; gar^z-vous de sa férule ; il va vous citer par^evant le tribunal du parterre , et votre procès n y sera pas fait moins gaiment que celui des marquis f des coquettes^ des pédants, et c|es; femmes savantes^ car la liste de ses portraits est in^ nombrable^ et pas un qui soit de fantaisie ; mais chacun pris sur la nature même, et cppié d après Les origi-r naux de Paris et de Versailles. Combien n a-t-oq pas sujet d'apprécier, en y réEéchissant , le pouvoir dun véritable auteur comique docnt la seule plume a souvent effacé d'un trait les bizarreries qui .défîguxaient lasociété ! . -.. ».

Situation

Qu'on. se représente Molière yivunt', admis au mi- personnelle

^ * d« Molitrf

lieu des cercles de la ville et. e^t^l^nt parmi les cour^ tisans du roi : sa pénétration connue devait tenir en échec les petits et les grands. Chacun , s'obs^^rvant à l'approche d'un, si profonid observateur , avait lieu de

(i) Mon Cours fut interrompu de 1813 en i8i5.Dans cet intervalle on m'apprit que le Tartuffe, bien traduit /a été joué à Madrid durantnotre dernière guerre en Espagne, ict qàfil y a obtenu un prodigieux succès. C'est un triomphe remarquable que tant d'applaudissements donnés à ce tableau de Thypocrisie , dans un pays dont l'héroïsme naturel ne fut yaincu que par le St .-Siège , qui sut y établir le théâtre de l'inquisition sacerdotale.

trembler que ses manies ne se déclassent à la subtilité de son esprk , et sentait qu un œil si prompt à sonder Fintérieur des âmes en surprenait les plus secrets mystères. Lui , tel qu une glace fidèle devant ses contemporains, leur devenait innocemment redoutable, en reflétant les images rîsibles de leurs prétentions y de leur vanité , de leur imposture , et de leurs faiblesses. Ainsi , témoin de la laideur du vice , et de la difformité du ridicule, le philosophe comédien rectifia les mœurs de la capitale et des provinces. Cet ^^rit , qfui peu-à-peu se fit craindre dans toutes les classes de la société , qu'il n'avait fait d'abord qu'amuser , ne se rendît terrible qu'aux sots et aux méchants , ou , pour mieux dire , à la sottise et à la méchanceté ; puisqu'il n attaqua jamais les personnes, à moins que d'y être forcé par une légitime défense. On ne le vit point immoler le bon sens et la saine morale à l'envie d'exciter le rire ; il n'en souleva les éclats que contre les fripons ; le» menteurs, et les imbécilles. C'est une vérité qui me paraît la cause de la supériorité de ce poëte sur les comiques anciens : elle m'a souvent frappé , et dans une pièce intitulée du nom de Plaute^ en essayant d'exprimer ce motif de ma préférence pour notre auteur ^ j'introduisis au prologue, nécessaire à ma comédie latine ^ le Mercure de spn Amphitryon dialogitant avec Thalie , qu'il entretenait de ses vieux

ressentiments contre lauteur romain. Le dieu lui parle de sa vengeance en ces termes :

« Me souvenant que Plaute me fit voir « En complaisant valet d*une adultère âamme,

« Par votre Molière , Madame ,

« Je lui fis voler son miroir.

« Ce grand peintre des pœurs effaça ses ouviages

« Par la franche couleur des siens ;

« Et tous se^ n^if^ personnages

« Seront à jamais les soutiens « De son renom , foi^dé sur d'étemels suffrages.

<c Qui , gr^ce à la publique voix , « Plaute est anéanti par Teclat de Molière :

« Molière , envisageant les grands et les bourgeois , « Les travestit si bien , prit si bien leur manière , « Qu'aux tableaux égayés par sa docte lumière,

« Nc^s autres dieux , avons ri mainte fois « Qu'il ait fait de bon cœur rire même les rois ,

« Dont la grave minç est si fière.

THALIX.

« Oui, sans bouffonnerie il a su plaire à tous. « Son style , plein de verve , est plaisant , vif, et doux : A Soi^ iqime de çt^acun prend le tour et le geste \ « Noble coi|ime Té^ence, il fait parler Alceste ; « Prompt et gai comme Plaute , agir Sosie et vous. « C'est là que son goût vrai sur -tout se manifeste. « Sa sagesse n'eut point ce dédain singulier ^ Du gros rire du peuple et du tçn familier :

« Qu^d son bon Chrysale cçuteste, « n rappelle sans fard , par le plus simple mot , « Et son rôt qui se brûle , et le sel de son pot.

« Plus i*un chef-d'œuvre nous l'atteste y « Ses acteurs parlent net , en leur profession , ^ Le bûcheron fagot , l'imposteur onction ,

« Ue médecin purgation ....

\ « Je consens qu'aux maris , pour cause ,

« On sauve la naïveté

<c De l'épithète qui les glose ; « On ne rira pas moins de leur morosité r a Car , adoucir pour tous le terme inusité ,

«Pour eux n'adoucit point la chose; '

« Mais je veux que la vérité « Repousse du faux ton l'uniforme système , « Que l'auteur di^araisse , et que le vice même « Soit traîné sur la scène en propre original , « Et qu'on craigne un*peu moins de sembler trivial H Par la force comique et l'enjouement extrême. « En ses vivants effets Molière est sans égal : V « On dirait que par -tout sa raison inflexible,

« Pourchassant les travers, veut les mettre aux abois :

« Si même son art infaillible « Ne put les corriger , rendre les cœurs plus droits ,

« C'est que l'homme est incorrigible.

dt Molière. Cct éloge, piononcë par la bouche de la muse comique, en l'honneur de son plus illustre favori, renouvela Thommage que le public rend unanimement à son nom. Durant sa carrière , un sage emploi de son talent sei^it, autant que ce talent même^ à lui attirer les graves sufifrages qui prêtèrent à sa réputation un ascendant respectable. L'excellence de son cœur se Joignait à Texcellence de son esprit ; et Texa-

men de sa v^e entière confirme la vérîté du principe que je développai dans mes précédentes séances. Lorsque je démontrai que le génie des écrivains était tou* jours en rapport égal avec leur vertu, je le prouvai par l'exemple des grands tragiques, relativement k leur art^ et j^en vais reproduire la preuve à Tégard du plus grand .comique , relativement au sien.

Entraîné par la nature et par son goût à composer des pièces dramatiques > à monter sur le théâtre, et dès sa jeunesse engagé parmi des troupes de comédiens , il sut anoblir sa profession par lusage qu'il y fit de ses bonnes études, et améliorer sa fortune pour enrichir ses camarades. L'application aux sciences, aux lettres, à la phil^ophie, qui Tavait distingué dans se3 pr9nHères années^ et qui lui avait mérita l'hoqneur d'être compté p^mi les meilleurs disciples de Gassendi.^ foiii'idit. à son taleut les moyens nécessaires à son iUys;i;ratiQn : devenu célèbre, il ne conçut nul orgueil de ses prompi;s succès, ne se livra pas à l'abattement dans les revers; que lui prépara l'envie, et, ne se vengea ni de ses enucHinis acharnés, ni des critiques injustes qui l'assaillirent ; générosité d'autant plus grande, que son esprit avait des armes de bonne trempe contre leurs attaques. Il le signala bien une fois : sa patience ne devant pas aller jusqu'à sacrifier le respect de soi-même, il châtia personnellement, en public, Boursault, qui l'avait offensé en personne»

EnccMiè ne rejpoussa-t-il sa propre injure que dans un petit acte et par quelques scènes , tandis qu*il consacrait Ûés pièces entières, en cinq grands actes, à venger la morale publique : ôoinme si, vrai lion armé de dents et de griffes <^oHtiie de forts ennemis , il Ti'avaik eu besoin que d'un Mu]^d*âéil pour t^etrasser les faiblets. Dàiis aucun teitops il n'itôà <te représailles ^ent^éris liés rivaux moéérés^ filHÊki teisquels se rencont3ra te fanifeuk R|i<:Hne^ qui Immié^e 6it pi^esque ingrat à isës «ervicds. Gependaiit il ne le p»nit, de quelque UiâËm procédés envers lui, ique par sa bonté, qui protégea de s^s louange nobles et sinùèi*es la cotfiédi^e ^s Pîakdeûf^ Aichie des fnnts de ses travaux ^ d'un jhéjpértoiire *^'9 avà^ entièrMaènt- créé , il icon^crà ses >bi6n^ à Tétabli^sein^t des ïnembres paùvréis de sa feMfille^ à l'entretien de ^^es acteurs, dont il s^élait (àth deisenfkbis )eft des ïrènes, et à^ seeows des indigents'; ôiu Wottfcré 'deisqûeh il lèn i<6ncontrà nn qui lui fit dii^ : Où ta vertu M^^le ^e nichétP Mot durablc', vi^tidaMation dtin s^gè, étonné pent-^ètre de ne la plus tnMiv^r a^i monde qùie dans le c<:èur d'un mendiant, et sans dèvne «ffligé de la -voir si déliassée ! Qui sait rstème si l'on we doit |>as à "cette trii^ véAeiâan te tableau des nobles chstgiiiiS'diÊL M&anekrcpe ^'^e qai llimneurexpiinie avec tant d^éloqwence ce même :sentinient , déplorable powr Thumahité ?

Introduit che^ les plus grandis seigneiirs et près du

monanfue , leur protection >^t celle 'duiinaître ne l^aidèreiiKi faoï^is à démêler «es profanes iquereUeequlil leur taisait, iinais à acMitenirle crédit dii boa sens et de la wérké^ dont.sà muse {embrassiiit ai vig(mreu6e« ment la cauâe , «n feéui\(aM^ de Alivut l^s rid^u^ies at riBipojmire..tf<nIie iM léciri/fti» plaisant. , içe oomqdiea . enjoué, oe pèie d^ rare. et die k fram^he gatté^ dont le seul notai rappelle riant id^pipoductiQiisiini»san^s« tant d'iogé»)eu9i^ fiiqéties, fut , diH>n , w qaraptjàre réfléchi , rsévàre et j3»élancolif|ii|e. Que ,oqnie§Uj^rer de ses-^uaUté^ diyei;i»0s^^,d(e;fl^ conduis bal^meUe.9 et.de sa eonîtena^ce morose et méditante Pi^u^ ^oe lut.îun homnle siemible., ooui]|geuft> ifMrobte, ijuste let ipén^é^ teant, jm »n ^aiot« un ^rai i^bib^ophfu ^ seuâUimii^ ne fini pern»ûlta»t pas'de>'égay^r:lw-niÔi©erdes:iiap|>egfectioofi du g^nrue- bianiai^ , là^l 41 ^n'égay^t le, jOf ^ tecre <)ue j)0^r 499^^i)9tiîriger;.sqn.,QOM)ra^e J^hai^disT sait à £QiikleiP;:aw(: »pieds ifi^ fméj^j^s. du .^^pW fi^À^

la noUe($9e>, à^;^*941franabir df»s petites, ^:pi]|didéiMionÂ4 et à mottiifi tau «n^ubre des jboebels de ïbaliie Véfé^ , le rabat, (la /robe^iet* h .mam^^»^ 3aaré.,.ien d^>M;cde M. Je premier pr»sidenSp qui xmrmHdmt (fHis g^'xnt le jGwk.Ssk pxNdBkité liiii dil^^it tetii^iiee cpi'41 i§xp^ÛM^d^ préoqtfesibwlDÀte^ ieit;rd»m($9 4kn^<ses>fiàl^ ;:^ jjU«r tesse d^eapiû>t,.^t 6a j,u»ti4?e de .^QO^iiir^ >lui indiquaient par>tout le vroi et le bon, qj^i. touchent les esprits et les coeurs de.la multitude.; elW le .préservaient dexa-

4o INTRODUCTIOSi

g^rer rien dans ses peintures fidèles et animées : sa pénétration pbilosophicpie, dernier complémeut de ses qualités réunies, l'aidait enfin à percer tous les masques , à soulever' Je fard , à lire dans l'expression des TisBges , à fisuiller jusque dans le fond des pensées , et à jeter la lumière lur toutes les singularités, sur tous les capiices disparates des passions humaines. Quels replis si fins des cceurs n'aurait-il pja su développer, lui qui lisaitaussi attentivement dans soi-même que dans autrui; lui qui n'étudiait pas moins ses propres faiblesses que celles du prochain ? Vent -on se CMiTftincre bien de- cette mêihe pénétration qu'il exei^ çait sur lui, de sa rare sensibilité, de son indu^nte sagesse et de la consdence s^upuleuse de ses jugements : un trait unique dans la vie des- hommes , toujours aveuglés en leur propre cause, attestera sa clairvoyance intérieure, et son -îrapértiaUté sur ses pins cbers Intérêts. 11 se plaignait un jour amèreBient à son 'ami Chapelle des infidélités- de sa femme qui , dit-on-, lassait sa patience' à lui faire trop jouer au nature le rûle des maris , dont il avait raillé les chagrins : Chapelle l'exhortait à se séparer d'elle juridiquement et â ' h 'putHr '. à Àh! lui ré[tond Molière ^ exprimant une compassion donïtui seul était capable, quand Je considère combien il m'est -impossiSle de 'l'oûtcre ce que je sens pourelia ,«t de n'en être pas jaloux ^ je me dis en même temps qu'elle a peut-être la même

INTRODUCTION. 4i

difficulté a détruire le penchant qu^elle a d*être co^ quette; et je me trouve plus de disposition h la plaindre qu*à la blâmer. Cette réponse touchante n a pu sortir que d'un cœur doué de toutes les délicatesses de Tamour , et fait éclater la justesse infinie de sa' raison ; il suffit de la connaître pour aiiher ce * sage autant qùon Vadmire , elle révèle son ame socratique toute entière. Concluons que ce grand auteur ne railla pas les vices avec tant de force pour le plaisir de s'en moquer ; mais pour les confondre , parce qu'il les haïssait, et qu'il ne mit tant de zèle à les tourner en dérision , que parce qu'il s'en attristait profondément. Molière n eût donc pu déployer si largement les hautes facultés de son génie comique ^ si, tout savant qu'il était^ il n'eftt pas été vertueux.

Aussi de quel salutaire pouvoir Molière ne sut-il pas investir la comédie! Sa supériorité est telle qu'on a cru sentir après lui qu'il ne restait plus de grands sujets à traiter^ parce qu'il avait pris les plus saillants : Fauteur, il est vrai, le plus capable d'épuiser la madère , était lui r disons plus ; s'il n'a pas détruit la fourbe et la charlatanerie, ni la misanthropie qu'elles inspi- Tent aux cœurs droits , c'est que l'imposture est éternelle comme la haine que les gCHs de bien loi portent : mais il n'a* pas touché de ridicules secondaires qu'il ne les ak fait disparaître en les anéantissant : ce qu'il attaqua d'inepties et d'erreurs de son temps, n'existe

plus : les sottises , les {Nréteotians , qu'il n a pas entièrement «crasées , il les a contcaintes à se cAcher. ou à se déguiser ^ous 4'autres laces. Il .a neUi^ë la cour et la ville 9 et^ jpour aànsi dir^., balayé tout ce qui s est trouvé d'extravagant dexra«t lui. de sont autant de tcaveffs de xaoins.fue nous n'avons plus à corrij^er; car on n'a ;plus r<evu de <Praùieuse^ Ridicules ni 4e Femmes Savantes^ depuis qu'il Ifisa lustigées^ sa férule a dépouillé les Dict/loirus eH to; liUrgons deieur .^rfïiiblesHem: «t de leuf jargon -doctoral ; les Soitenvilles et lesJliâ^aû Turlupiiu se sont éclipsés, landi^ que les Abbés intrigants et mielleux se rc^iroduisent ^encore, parce qu'ils n ont été joués que iaiblement., tandis que les Glorieux se 'montrent toujours , parce ^uUls n'ont pas assez bien été punis par Destoucbe^ Mohèipe * était, prêt , -quaiid il «mourut^ «à &ir£ aux auteurs un vol de /plus ) ]puist}uW dit (qa*ii anéditait de tracer V Homme de-^Cotaïf et qu'il i^t sans doute pu^ le raoodie de «l'^es^oe ridi^^ei, la piu6 difficile à saisir , la plus souple , la plus alùèDer^ila fikis^sse., la |plus iilgiiatie^ «jttliL plus diat^geaikie li^e >triatSiy d'ulkure , de langogeV'de tîtra^-et de waittres-, que l'caiieonoaisse danft Ums les (paifA. Peut-télre sa. ««(gaoîlé marne aurait ^eUe rcn 'peiae «à intm déteraiftiier leatropl^ de cette 8«wle dLeteaméléon., et eo^ien {Jus^à démiêler les travera^ifluéfettgés de tant 'de vices^ que «vos révolutions ont confondus , en désordonnant les diverses

classes de la 6«ciété! Il trouva des ridicules constants et marqués lorsqu'ils s attachaient aux habitudes des professions toujours ^lîstinctes dans un létat réglé. Le robiti, le mîUuire^ fecclésiastiqïre ^ le tnëdecin, le pédagogue, le nobie, le bourgeois, distingués par «(tes iiistituiions spécûiles , se distin^ayent par le ri* dieàlè pH>pre qu'ils y contra^^ient ^ Mais la confa* ftion 4es choses a pr&d^ à nos yetix h, confusion ttes ridk^des. AttXfefbis ^âque persotinage n'en avait 4|u un : autototdtvui vm seul petsonnagte len réunit Es<niu«

de bigarrures

-plusieuH , ou tes a immis^ efvsemblè; om, povr mieux J^f*^^.*^ ^ dire ^ il <e»t îiiâirànctement Irigarré d'une ^t^in^ de à"i /U^ré" chacun! L aîsseihlbiag^ d<es pretevmonfs ctdutraives «n de mêmes individus les a cairvcatarës èe toutes les manicfis dei rang« , ptor lesquedis ils ont passé tour*àtbur« Il isemble que Tbalie ^an à ^ftmHer «dans un Mouvant ebaos, où s^enEanvent >Aes êtres informes-, variant' isafift desse lefèts couleu^rs et leurs attitudes : les Mïié$ "ié dégageant de )a ftinge (originieUe , â d«mi- 'inaBài^ <Mi(3drev S^^^llbnt barotts elttiMstres; 4d5 antres, ses^ottafit la isoutané, lui ap^ftmissé^t ^a «ominn^sûïes de ce^HMre et dé pdli<5è : «lie CMÂt sai^t «n indine ; «elfe attrape ^t^ l^rigadier ; elle <efi visage >un -légiste ytaberbe <qui tdi étibaj)p% en ^a^de^^e^^amp^ «un -commis «qui >se tlëfôbe en a«tibassaAeiir^>iiii>«i'dBidémi-t cie^ hiî aVofrte sou^ Ik ïnain «h fôHidultfî^e ; ieto ^«riarve magistrat en intendant des menps-plaisirls>$ «elle- ne

sait plus à qui se prendre, tant les apparences sont fugitives. Ceux-ci , moitié savants , moitié politiques , l'embarrassent de leur toiumure équivoque et jour*nalière ; ceux-là , sous les décorations d*évéques et de ducs , l'offusquent des brutales manières de la populace; là se lèvent des demi-philosophes qui rampem en courtisans mal formés ; ici des gentilshommes dressent le front en tribuns populaires , et des tribuns se rengorgent devant elle en nobles seigneurs ^ elle ^per*çoit des bourgeoises se haussant en princesses > dfs courtisanes refondues en grandes dames, et de véritables hommes et femmes de qualité qui servent d'écuyers et de dames d'honneur à des altesses, que dis-rje, à des reines parvenues , tout étonnées, d'elle^mêmes. Tant de subites métamorphoses, tant de figures incohérentes, disparates, ne lui offrent plu$ de traits £xes et décidés; mais des grotesques, Uop .mobiles , trop passagers, trop bigarres; jnais des comtesses d'Escarbagnas imprévues; mais. des Fouroeaugnacs indécis ; mais de^ Jppjda^ns renforcés , . de burlesques monstres à-I^-fois composés de tous les éléments ridicules, et sur-tout vicieux, qu'ib. rassemblent en sortant de terre. Ainsi,. dans les politiques bouleversements, la matière de3 ridicules lermente; .ils fourmillent, ils pullulent, ils s'engendrent de toutes parts, sous l'influenjce des ineptes créations de la tyrannie !

La comédie va les voir encoi^ affecter des formes nouvelles et se constituer de nouveaux mélanges : comme ils ne savent quelles figures ils vont prendre^ nous ne saurions laquelle leur donner : attendons pour les tracer que leurs transmuations soient plus lentes et moins confuses. Qui sait s'il ne restera pas , à la fin de nos désordres, des ridicules mieux prononcés , très-bons à corriger encore.

Cette foule de créatures hétérogènes y que nous avons esquissées , ne provint que de la vanité qui fit quitter à chacun sa place convenable , et dire à tous ce mot aussi cruel qu immoral , « Ote toi de-là , que je m*y R mette» ; mais, quand les choses et les personnes se seront tout-à-fait replacées en leur lieu, Tordre, en atténuant dun côté ce que les ridicules avaient de grossièrement excessif, empêchera que la comédie n'ait à prendre des postures basses et des expressions triviales pour les imiter fidèlement; et d'un autre côté la morale, en diminuant ce que les vices avaient de trop affligeant par leur effronterie, dispensera la comédie daffecter un langage sérieux et rude qui l'attriste, et dont Tâcre morosité lui donne à-présent le style satirique de Juvénal , plus que le ton malignement enjoué de Plante et de Térence.

Molière lui seul eût pu débrouiller un tel chaos d extravagances mêlées de crimes , et le percer de ses lumières philosophiques; mais si son zèle courageux

eàt prétendu tirer de-là de principales physionomies , on l'eût putii de le tenter. L^ordre de la société qui ^classe les rangs et les professions, où les habitudes contractées se dessinent nettement, n*est donc pas moins nécessaire au succès de Tan des peintres comiques que la liberté de leur pinceau.

Cet avertissement y relatif à un paragraphe de mon introduction , précéda Vouverture de la Séance qui va suivre.

BSSIEURS,

Atiht que d'entrer en matière, permettez - moi de satisfoire à une obligation indispensable dans cette séance. Il m'importe de détnrire un brait publiquement rëpandu , et de repousser une imputation que j'étais loin de prévoir.

L'exorde de ma première leçon sur la comédie contient quelques remarques sur l'embarras et la difficulté de professer la littérature : je voulus peindre le double écueil qui menaçait le professeur trop jeune pour donner à son en> seignement la solidité nécessaire, et le professeur trop vieux pour ne pas se roidir opiniâtrement dans ses préjugés et dans ses anciens systèmes. On a fa^t injustement de l'un de mes portraits généraux une application particulière, trèsinjurieuse à un jeune littérateur avec qui je n'ai jamais eu de relations. La bienséance du lieu, l'bonnêteté, votre présence, ni mon caractère , ne m'auraient permis une personnalité si coupable que dé le désigner ironiquement. Je n'ai pu vouloir chagriner un jeune homme dont j'ai moi-même applaudi les essais lus aux séances de l'institut : je n'ai pu vouloir jeter de premières épines sur ses pas dans une route où l'expérience m'apprit qu'on ne rencontre que trop de ronces et d'entraves. Je n'ai pu confondre avec des encouragements de collège , les prix académiques qu'il a reçus par les suffrages des hommes dont je me glorifie d'être devenu le collègue. Je n'ai pu reprocher le tort de son âge , comme un obstacle au développement de ses talents , à un jeune écrivain dont les talents font oublier l'âge , s'ils n'en acquièrent un lustre de plus. Je n'ai pu poser ce principe , dont on me prête généreusement l'absurdité , que la

vieillesse ou la jeunesse puisse exclure des honneurs attachés à la culture des lettres ; car je sais , comme vous , que Cicéron couronna ses derniers jours par son beau Traité de V Orateur^ et que Voltaire avait fait son Û^c^e^ avant sa vingtième année.

Je déclare donc n*avoir nullement songé à la personne désignée , que d'autres que moi ont offensée par le soup-^ çon dont je me plains, soupçon que je ne repousse que par honneur pour moi-même. Les productions de Tintelligence nous sont appréciables en leurs progrès, comme toutes les autres de la nature ; et vous n jgnorez pas , Messieurs , que les hommes , sincèrement épris de la gloire des lettres , ne sont pas moins affligés de voir , après le temps de la maturité, se tarir la sève et se dessécher la fécondité de Tesprit , qu'ils ne sont charmés de voir naître les fleurs hâtives et les fruits précoces siu* les nouveaux rejetons , objets de leurs espérances.

L'explication que je donne ici n'est pas seulement nécessaire à ma délicatesse , elle est utile à la continuation de mon cours sur la comédie. J'aurai de nombreux portraits à faire encore en traçant les ridicules , mais il me deviendrait impossible de les produire , si chacun y cherchait des originaux pour les placer dans mes cadres , et me supposer la malice d'avoir pris pour modèle tel ou tel individu , à qui je ne pense pgint dans ce grand tableau de généralités^. Nous aurons lieu d'observer que Molière fut une fois obligé de prévenir la même sorte d'inculpation , pour cultiver librement son art. Peut-être s'aperçut-il que les jaloux et les méchants prenaient occasion de ses discours , pour en diriger les traits sur les objets de leurs propres inimitiés, et venger leurs ressentiments ou leur envie aux dépends de son innocence. Il me semble qu'on en use de notre temps comme du sien , puisque je suis forcé de prendre les mêmes précautions que lui. Veuillez bien exciiser cet avant- propos indispensable.

SECONDE PARTIE

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