‹ Cours analytique de littérature génerale: tel qu'il a été professé a l'Athénée de Paris (volume 3)Chapitre 4 sur 20 · QUATORZIÈME SÉANCE · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME SÉANCE

Utilité de la classification des espèces qui com^ posent le genre comique; analyse de la comédie grecque, et de trois pièces d'Aristophane; rapports de son système allégorique et de celui de Rabelais.

sssiBuaS)

AxusBales hommes yC est satisfaire un de leurs be^ soins : il est néoessaire de les amuser ^elquefbis pour les distraire de leurs peines et des affaires qui les obsèdent. Il faut savoir les amuser pour les instruire ^ et pour leur rendre agréables les préceptes dont la sécheresse les rebuterait. Les plus graves leçons ces<» sent de leur peser lorsqu'on y mêle l'amusement, et la plupart des personnes qui viennent assister à nos séances littéraires témoignent en faveur.de cette vé* rite parleur assiduité même. Elles connaissent les cho* ses dont les professeurs les entretiennent; elles les ont entendu traiter de plusieurs manières , et celui qui les leur présente sous un aspect qu'il croit nouveau , ne doit pas se dissimuler que le résultat de ses discours est moins de leur apprendre ce qu^elles ignorent que //. 4

$o COtJftS ANALYTIQUE

de les amuser en leur rappelant ce ,qu elles savent déjà. Conséquemnient il serait déplacé de mettre une pédantesque importance au {frofit que les auditeurs recherchent en écoutarif les rhéteurs qui les dogmatisent, çt de. négliger la soin de leur plaire en ces conférences théoriques, qui' rie sont après tout que les divertissements de Tesprit les pk)^ propres à. fovmer le bon gçût et à procuref un plaisir récréatif aux g<ehs écUiicés.Le législateur austère des Spartiates, ' Ljcurgue, voulait^lui-méme qu'on sacrifiât toujours au Ris^ dont tes' anciens 'se faisaient un dieu; et il prescrivit de ne louer les choses vertueuses et de ne blâmer les choses coupables que d'un ton enjoué y et qu'avec une douce raillerie qui emportât* avec elle un utile avis, relevé par unfe originalité piquante^ C'est le principe du langage de la comédie qui corrige le& mœujSL en viant',.et dont U' igaitié ne doxuie les plusi aémeiisesi leçons: «pie coomne «a- amusakit spee» tacle. Il n^èst aucûiKlu; ccunéd^e % soit noble et sévère, soit bourgeoise e^ bouffoniie^ quiinô parlé ^nagisse dans^ cette raéme intenticnir Sa pei&ctioa consiste à ne pas affeetev un autr» ton» : eUe na'pas d'autre but ; car lorsqu'elle cesse de iiûse'iviiiei, on du moiiis sourire, elle^ sort de son genre r et c'est pour cela qu'on a di^ tràs^<sensément cpièUek- n'insttàU pas en présentant d^ bons exemples a sawre^mai^dê mauvais exemples h fuir. Getle maxime expltqiie très- bien qu'elle doit pett moraliser et hisfioéoup' ridiculiser ; obligation qui ta pend- bonne et divertissante. .

On verra que- Fart des excellentfii'auteuis vemplit €^t objet dstn» les six espèees» 4%^oolnédUso dc»t- je

DE LITTERATURE. 5i

▼ais commencer Tanalyse. Ma division du ffenre co- ^ n^'^mw a«

« '^ 1 application d%

mique en un certain nombre d espèces , inusitée ">*. nouveUe encore dans les poétiques , est , quelque neuve qu elle ^]^j!^*'^ soit, aussi indispensable pour en traiter les conditions que le fut ma division des espèces du genre ^ tragique auxquelles j assignai une quantité de règles nécessaires. Cette méthode ne m'appartient pas autant quà Tordre même de l'analyse qu^exigeait la littérature pour cesser d'être arbitraire et confuse. Chacune des espèces , étant différente des autres , ne peut renfermer des conditions pareilles, ni en nombre égal : il les fallait par conséquent distinguer et classer, afin de leur appliquer ensuite leurs règles convenables; autrement ce qu'on eût enseigné sur le genre en général eût été sujet à trop d'exceptions et n^eût point acquis une force de principes absolus. Cependant les règles en tous les ouvrages ne sont vraiment fixes qu'autant qu'elles s'appliquent au genre bien défini et aux espèces bien distinctes; et l'invention de la méthode par laquelle je divise pré* liminairement,et classifie après, ne me permet plus de mêler les objets et de les peser sans une juste balance. Par exemple , j'ai premièrement séparé des autres espèces du genre comique la comédie grecque, ou satire allégorique dialoguée : pouvais-je la confondre avec les comédies soumises à nos règles? n'en a-t<7elle pas de contraires à celles que nous regardons comme les seules qu'il faille suivre? Si je l'eusse jugée en lui appliquant celles-ci, je l'aurais indubitablement condamnée, ainsi que l'ont osé tant de rhéteurs, avec trop d'aveuglement | «t au mépris de l'opinioQ

des scholiastes les plus érudits. Mais Vayant d'abord seule examinée, labstraction que j^ai faite m'a conduit à chercher les conditions spéciales de cette comédie grecque si distincte de la nôtre, et je nai appris à Fadmirer qu en les trouvant, ^"î^rt^e" Suspendons- en Fénùmération jusqu'à ce que nous "^^^P ayons un peu combattu ce que notre goût a d'exclusif *^"^'""* et de tyrannique en ses préventions sur l'origine de nos règles particulières. Quoi donc ? y pensé - je ? que vais- je proférer? ne va-t-on p^s croire que je veux déprécier l'estime qu'on leur doit? Non, je commencerai par dire sincèrement que je les respecte. Même, afin qu'on- ne soupçonne pas cette déclaration d'être un tour oratoire pour m'attirer la confiance de mes auditeurs , mais pour qu'on la juge franche et dégagée de tout ménagement artificieux , j'oserai, à rimitation. du chœur de la comédie d'Aristophane, quitter un moment mon personnage et interrompre mon sujet , pour vous adresser ma réponse à quelques reproches personnels qui m'ont été faits publique** ment sous la forme d'éloges accordés à mon cours de littérature.

Lorsque j'enti^epris dans cet athénée d'analyser l'art dramatique ) j'énonçai les principes consacrés par le temps et pat les chefs-d'œuvre des plus fameux écrivains : je signalai hautement ma préférence marquée pour les règles théâtrales qu'ils avaient suivies; et personne plus que moi , peut-être, ne motiva par autant de raisons l'importance qu'on devait attacher à la condition des trois unités dont je relevai rexcellen.ce par les exemples à^ Œdipe ^ à^A*

ikaliây et de Tartuffe. Je ne faisais qu'exprimer vos opinions en expliquant les miennes ; et la conformité de mes maximes et des vôtres m*a valu votre assentiment. Qu^avais-je dit qui ne fClt de tout temps dans mes pensées ? Quelles règles autres que celles des unités, avais*je suivies Azn&Agamemnon^ dans Ophisy dans Isule et Orovese^ dans Baudouin^ dans Plaute^ et même dans PintoP (*) Le théâtre français m'avait-il vu m'écarter de la route battue par les maîtres de Fart , depuis mon entrée dans la carrière ? Je dirai plus : le soin de n'essayer que sur un théâtre secondaire les trois actes intitulés j Christophe" Colomb et comédie Schakespirienn^^ n'attestait-il pas encore mon respect des règles accoutumées dont l'originalité d'un sujet honorable aux sciences ^ et b rareté d'un beau caractère historique , m'avaient contraint à m'affranchir une seule fois? Cependant on affectait de me

(*) J*appliquaî ces mêmes règles à ma tragédie de Charlemagne, récemment représentée au théâtre français , et l*une des meilleures que j'aie faites : j'astreignis exactement aux mêmes unités mes dernières comédies intitulées : ie Frère et la Saur Jumeaux , le Complot Domestique : n'importe ! On ne s'obstina pas moins à m'appeler novateur. La suite de ce discours et sa date prouve* ront depuis quel temps on usa d'une basse tactique pour détruire mes ouvrages; et quand mes principes, classiquement professés, furent approuvés du public , on changea de batterie : on opposa ma propre théorie dans la chaire à ma pratique au théâtre , et Ton vanta le professeur en moi , pour mieux déprimer le poëte, avec une apparence de sincérité. Mais à la seule confrontation de mes documents et de mes pièces dramatiques, ces absurdes accu« sations tomberont d'elles - mêmes. Puis ne s'avisera-t-on pas de songer que ceux qui régentent les écrivains n'ont jamais su don^-^ tuer ni bonnes leçons , ni bons ouvrageiL ?

prêter des systèmes contraires à ceux que manifestalent tous mes ouvrages. J ai enfin commenté devant vous la saine et antique doctrine ; mais les gens trompés, qui revenaient avec peine des fausses impressions qu on leur avait données contre moi, m ont loué du dé» veloppement de mes principes constants y comme d'une solennelle rétractation de mes anciennes erreurs. Je n'ai pu, je lavoue, m'empêclier d'en sourire, et 'si j'avais eu la présomption de croire m'étre bien fait connaître , j'eusse été soudain guéri de ma vanité. Pense-t-on que si la doctrine que j'ai professée n'eût pas été la mienne , je n'aurais pas employé ce que j'ai de logique à en établir ane contsiire ? Ne sais-je pas qu'il n'est point de cause impossible à défendre ? et que par-fois les paradoxes offrent à l'esprit plus de brillantes facettes pour y étinceler, que les raisons ne présentent de solides arguments à Téloquence? Ma rhétorique fût venue au secours de mon entêtement , si l'amour de l'innovation m'avait rempli U cervelle ; et l'avantage d'être entendu dans cette enceinte m'eût paru même une occasion propice dont je me serais flatté de tirer parti. Au lieu de cela, je in'en suis saisi pour être un nouvel avocat des vieilles règles; et le bonheur d'avoir ici désabusé ceux qui m'en croyaient l-adversaire n'est pas un des moindres motifs de la reconnaissance que je porte à votre utile établissentent.

J'entre dans ces détails parce que les objections auxquelles je réplique ont été renouvelées lors de ma réception au sein du corps savant qui me fit l'honneur ae m'admettre parmi ses membres : il est,

je pense ) >de-.la dignité des honmies de lettres .d?o1>* server toujours cette difTéoenoe - entre lès opinions étnMiëes d«ne respectable ' société qnâ les juge , et les suggestions ennemies ties libellistes qui lesnssaiU lissent, de laisser en silence tomber'celles'^oiy et de relever ^poliment oelles4à^ pour ponibattre te cirfdit celles iprétertnent à Terreur et .potlr soutenir l^in^ térèt de r:art qui 9 ëol^ii^o dons oes discsussion^^. {Vail* leurs il tn'imporie dis (dî^DuiF^ 46s iprctretitionè ^'élles ont répandues : biir iit<ji3 -fus ipntravë 4ès «MH |n«ttii0rs pas f^ar divnrs 4ob«tab)es, je h'en liis janâiB ééebu«agé^>et je ne pérdis^n ^attcûn tem^A^'it IK>Ut^0ttb<âe la faveur ^{^ttméctfioEf ^«i "public itnpà^^ fkl dOtttje 'ttië t'egardai èDumie le diiscipley rïyÀtfl dhoiri "piMr «mon smil tn«!i€i^v<flt<lie ttréût pas jE^ppril Il dëdaigliëT-lés règles im^^idUés (i^âbîtlMt de<!bêftiidi-0«r^e; mais il ne tti\^ fi^s^ I^HnMëigticé Hmi^>^^ Mslretbdr^ ileii UinfHei» de l'i^tt MX éttt>itb >^ré£ië^tei liéfe éôblés* '•'■

ISrigé par ce gnide éternel Veh^ la v^érité qu'il tfént toujèikts, et vers le génie dHwvéntion qa*il né ttiéfcôhir iiUt Ikîtiiâil J^ ^^» dis^cerMâr da^s Àtistdpliëiie; <j|n^il iBivait afpplàhd} V tKrt i>el érdra vléTèg^ës très-dii^rëntes 'êè celles qrt'Obs^ve^i léii^aiftfèû'rs modernes; et fjr ^tWitlVàilâ oaùse'^ù pbiiiiV \jfcié pfo^raieiit ses fjièces *u peuple le plus spiritnelr'de'-ia terre. Cette découverte m'a "convamcfu que les'dôndittons de notre co-» inédie" tenaient plus à nôtre gôtfrt ^u'à- ëèSiri dèsèrecs, fBt qu'on avait tort de leur attrîBulèr à toutes 'égkle-» ment une origine de haute aVitiquité. L'esprit pcfdt donc intéresser et plaire à la scène , en s'y montnttit

DiiTi^rencc

d«Ia

cocnédie

itiqae et

la moderne.

sous des formes étrangères à celles que nous adoptons exclusivement ; et les dogmatistes qui décident le contraire ne répètent donc que ce qu'ils ont la dans leurs livres , ou ce que perpétuent les traditions de Tignorance et des préjugés reçus.

En e£Fet quel rapport existe-t-il entre la comédie «nu^'^ltde politique des Athéniens et notre comédie domestique? Ne craignons paTde revenir et d'appuyer sur ce point: la nôtre représente fidèlement les hommes et leurs mœurs; la leur représentait des êtres de raison et des corporations entières individualisées : la nôtre touche proprement les vices de la société ; la leur atteint figurément les abus de l'administration publique : la nôtre ne frappe que les ridicules; 1^ leur désigne les personnes, et les nomme : la nôtre a pour fondement le vrai et le vraisemblable; la leur bâtit ses fables sur )a bouffonnerie idéale et sur une invraisemblable parodie : la nôtre parle un langage direct; la leur ne parle qu^à double sens et ne se fait entendre que par jallusion. Enfin la comédie grecque étale aux regards un spectacle de travestissements imaginaires) et marche escortée de chœurs satiriques y dont le burlesque appareil imite les mouvements et la pompe des chœurs de la tragédie antique. Que diriez-vous aujourd'hui d'une comédie formée sur ce modèle ? Vous l'applaudiriez, peut-être, si le dialogue, plein de traits vifs et serrés, en était aussi mordant que celui d'Aristophane, si la fiction en. était aussi forte et aussi hardie que les siennes : mais vous regarderiez une telle production sComn^e un monstre en littérature, plus bizarre que •les actes déréglés de Schakespeare , et que les journées

de Galderon. Ne nous âerait-il pas permis de bous y y tromper, puisque Voltaire lui-même écrivit que le célèbre comique d'Athènes ne lui paraissait qu'un méprisable bateleur^ qui de nos jours n'eût pas osé don^ ner ses farces a la foire de St. Laurent i^ D'où viendrait pourtant que nos arrêts ne seraient pas moins rigou* reux, ni moins injustes, que ceux de Voltaire, à l'égard de cette sorte de comédie ? c'est de ce que noua la condamnerions d'après nos règles prescrites , et que nous n'en voulons pas admettre d'étrangères. Néan* moins le témoignage du rhéteur Quintilien est d'un poids suffisant à nous faire récuser 'celui de Voltaire : les éloges que le premier fait d'Aristophane , dont il avait lu le texte original et médité les pièces , méri* tent plus de crédit que les capricieuses critiques de notre poète : et qu admire-t-il dans l'auteur athénien P l'élégance, la pureté de style, la force comique, et l'invention. Il le désigne comme un des meilleurs modèles dont la lecture puisse former des écrivains et des orateurs. Que £aiut-il de plus pour obtenir les hommages de la postérité ? Et quel suffrage équivaudrait en faveur d'un poète comique à celui de Platon, le plus noble génie de la Grèce , et à celui de Quintilien, l'oracle du bon goût chez les latin»?

Que cette considération puissante nous engage à juger moins tëmërairement Aristophane , à priser ses ouvrages, et à les recevoir en exemples des beautés qui peuv^it naître, indépendantes des formes aux^ quelles nous nous assujétissons.

Analysons maintenant la comédie grecque , première de Ucomlât% espèce que nou& traitons avant toutes , non dans le ?r?",^;

4q (fiir«.

proje^ dé suivre l^rdrè des tanps , où date son an» tërioritë, puiscpe. tious avons préféré suivre en ce cours Tordre dçs pviiicip^ , qui nous a paru plus instructif, mais afin de n^e pas embarrasser notre marche quand nous examinerons les cinq autres espèces avec lesquelles celle-ci n a de commun que peu de qualité. ^"v^* ' ^* moyens mis en usage dans la Satire allégorie de la comëdie qjj^ dialoi^uée concourent parfaitement à la fin qu elle

gncque. j. O X X

se propose, i^ Son but philosophique , comme nous rivons dit, est de corriger les corporations, les fac- ÙQt& et les; sectes , êtres qui ne sont réels que collectivement ou qu'en idée; t? elle les personnifie en in» dividus fictifs et sous des fiigures ima^naires; 3^ les actions de ces personnages chimériques sont invraisemblables comme eux et malignemeni bouffonnes i, parce qu'elles sont la parodie d'actions foliés ou mé» chantes; 4" la fable offrira continuellement un dotd[>le aspect; un direct au sujet exposé sur la scène, et:»ti îndirlect à lobjet allégoriquement raillé ; 5^ cohsé»' quemment les discours auront. detix^ sensi, dont Tun s'appliquera aux passions du personnage théâtral ^ et Vautre aux vices ridiculisés des persèones ou des ch6* ses que Ton critique; 6^ les traits dit dialogue seront comiquement outrés pour s'accorder avecTexagération des masques ; 7? les caractères àeront chai|;és pour se conformer au i ridicule excessif» des figures agissantes : et de tout cet ensemble de ohinièreil risiblement extravagantes^ qite rien ne démentira datis la compoi sition ni dans l'exéciition , réâulleili une coordonnance régulière qui établira, paf "uh burlesque con-t murs de foUe^' idéales , une sorte de vraisembls^àc^

Boffisante. Telles sont les sept conditions spéciales de l'ancienhe comédie grecque*

Les exemples t|ui nous en restent en fournissent les preuTCS évidentes. Aristophane jette des regards perçants autour de lui : témoin des passions de ses concitoyens , il veut leur en offrir des images ridicu* les y aGn que Taspect de leur travestissement bizarre les avertisse et les corrige.

Les Athéniens sont attaqués d^étranges frénésies ! leurs triomphes contre les ennemis de leur liberté les ont remplis d'un certain amour de domination , et d'une msnie belliqueuse qni les pousse à faire la guerre à tous leurs voisins. Les victoires et les défaites les ruinent : leurs conquêtes n*enrichissent que leurs gé* néraux : le peuple souffre et meurt de faim ; mais il se repaît de la fumée d une vaine gloire , et se console de la mort des gens qu'on tue, en lisant leurs inscriptions sur des colonnes. On l'écrase , mais on lui donne des fêtes dionysialës et lénéennes , pour prix de son sang et de ses sueurs. Ses Aréopagistes l'oppriment, ses magistrats et ses adminisi^ateurs le volent; mais il a le plaisir dé les voir passer iastueusement , et d'entendre discourir ses Pix>viseurs et ses Prytanes sur les avantages d'une guerre interminable. Les sages réclament la foi des traités , et les mariniers du Pyrée le commerce : il les traite de lâches et de cupides , et prodiguera ce qui lui reste pour multiplier les aigrettes sur les <^sques de ses guerriers, et pour argenter les courroies de leurs chars. Il habille tous êes enfants eti soldats ^ il ^e rêve ym troupes, combats , sièges , prises de villes, tandit

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que le désordre et la misère lui font une nécessité de la paix. Les Athéniens , comme on te voit , deviennent le plus fou des peuples : mais ils ont de Tesprit ; on peut les guérir de leur mal. Aristophane compose à ce dessein trois comédies , la PcUx^ les Acharniens^ et Ljrsistrate* .

A^K^^^t, Dans la première, son intention est de faire sentir aux habitants d'Athènes que cest aux riverains du {)ort à souhaiter la guerre , et non aux cultivateurs du territoire de FAttique ; que les uns ont intérêt à équiper des flottes pour tenter des expéditions lointaines et repousser les incursions des insulaires; mais que les autres ont intérêt à maintenir les alliances des villes et des cantons pour vivre opulents en leurs murs et se nourrir des fruits de leurs champs. Il introduit sur la scèiie un vigneron du bourg d'Athmone , bon père de famille, que désole I9 fureur belligérante de la Grèce: k; manant s'élance porté sur un monstrueux escarhot : que signifie cette monture ? C'est la parodie du coursier ailé sur lequel vole le BelUrophon d'Euripide, machine dont l'attirail embarrasse l'exposition dune de ses tragédies. Mais lodeur infecte de l'escarbot, et les ordures dont un valet nourrit sa voracité; qu'est-ce encore que cela ? Un esclave l'explique nettement aux spectateurs ; ceci regarde Cléon : on connaît ses goûts crapuleux , son avidité , et ses débauches. Ainsi déjà deux coups portés à-la-fois , Tun au chef d'armée le plus en crédit , l'autre au poète le plus en réputation. Telle est la touche de l'auteur.

On a vu s'élever dans les airs le vigneron Trygée> malgré les cris de ses filles; car ses fils sont k guei^

DE LITTERATURE. &i

rojer : écoutez ses plaintes. Il n a plus de pain à leur donner, il manque d'argent, il monte chez Jupiter | et va hii demander s'il veut effacer Athènes de la carte du monde , et livrer la Grèce aux Perses , tout prêts à profiter de ses discordes intestines. Le sujet peut-il être plus vivement exposé? Trygée pousse risiblement son escarbot dans le ciel; et je ne louerai pas les mots sales et bas qu'il lui adresse en route. Le voilà devant la porte du palais de Jupiter : les dieux en sont partis ; ils ont grimpé au dernier sommet de rOlympe y lassés des vaines prières des Grecs , et afin de ne plus entendre le bruit perpétuel de leurs dis* sensions. En quittant leur demeure , ils y ont logé la GUERRE, divinité fatale à qui la Grèce est abandonnée^ parce que les habitants l'ont préférée à la paix. Le subtil et éloquent Mercure, dieu du vol et des procès , étant le seul qui convienne aux Athéniens , s intéresse encore à leur sort : gagné comme eux par les présents , il indique à Trygée la caverne où la Paix à été renfermée par la Guerre. L'allusion continue, et devient d'instant en instant plus frappante, quand la déesse des combats apparaît tenant un mortier , et demandant au Tumulte personnifié des pilons qui désignent allégoriquement Brasidas , Gléon , et Alcibiade , que leur ambition rendit les fléaux de Sparte et d'Athènes. Elle jette dans son grand mortier des poireaux, de lail et du miel, productions désignant les contrées dont elle va broyer les villes. « O dix fois « malheureuse Prasie , te voilà détruite » ! Trygée rassure les spectateurs en s'écriant que cette perte n'af- Sige que les Lacédémoniens. « Mégare, Mégare^

sois pétrie comme un gâteau! Que de larmes pour ses entants ! Tu seras moulue aussi et réduite en poussière, abondante Sicile ! Un dernier coup va [nier Athènes écrasée*... Ah , doucement ! dit TrjRgée, épar» gnez le miel de TAttique ; » et il ajoute malignement quil coûte quatre oboles; dénonçant par ce ti*ait la cherté de tout , indice de l'indigence du peuple. Usat-on jamais plus utilement de lallégorie comique P Elle se soutient par- tout avec la même vivacité. Il s'agit de déplacer les énormes pierres qui obstruent l'accès de la caverne oit la Paix est détenue. Trygée n'y peut suffire lui seul : sa voix appelle à son aide les vignerons et les laboureurs .des pays d'alentour. Courage , leur crie-t-il , allons! tirez ensemble. I^'Athmonien y va de tout cœur , et se suspend tout entier à la corde ; mais ils ne tirent pas tous avec un zèle égal. Le Béotien s y met lâchement : la lenteur et Foisiveté de Lamachus, autre général Athénien, nuit à lœuvre des travailleurs. L'Argien y concourt avec insouciance^ et ne veut que son profit des efforts de son voisin* Le Lacédémonien s'y porte avec vigueur et bonne volonté. Le Mégarien ne fait rien parmi ses compagnons, ou ne leur prête qu'un bras faible : s'il n étak affamé et réduit à ce labeur par la disette , il ne s'en mêlerait pas. Enfin , par les exhortations du bon Trygée , par les coups de main de tous les paysans, travaillant de bonne ou mMvvaise fol à faire sortir la Paix , cette déesse reparaît accompagnée due Faboudance et de la nymphe des fêtes. Tout ce mouvement singulier compose un spectacle aussi animé que le dialogue qui le relève« Au peste le pèri» Brumoy a très^bien remarqué

fpie le sel de cette allégorie , qui est très*fine , « consiste «c dans la situation et le jeu de théâtre où Ton suppose « tons ces peuples^ qui tirent bien ou mal, de gré ou « de force, à gauche ou à droite , sérieusement ou par c feinte , les cordes attachées à la pierre qui empêche « la Paix de sortir de sa grotte. »

Les circonstances présentes rajeunissent encore eette vieille fiction. Ne s appliquerait- elle pas assez bien à la coopération des puissances qui ont travaillé, bon gré, malgré, dans les congprès de Vienne, au grand «UTre de ce qu'elles nommaient la pacification gens* raie de l^Eurepe? Ge rapprochement entre des époques si distantes prouve sur quelles bases durables Aristophane a fondé ses satires qu'on accuse d'être tocales et éphémères.

Le premier mot deTrygée*, de retour sur la terre, est un mordant sarcasme contre ses concitoyens. «Vous ii me paraissiez bien petits et bien méchants de là*hautf « mais c'est bien pis à qui vous voit de près. » Non content de les draper si hardiment, il blesse en passant quelques poètes, et quelques magistrats coureurs d^ n«it; car lorsqu'on lui demande quels yopgeurs it ar rencontrés dans sa route aérienne , il répond n'aTOtr ▼u que deux ou trois beaux esprits s'égarant à cher^ cher des dit^rambes et le poème S:Ion a Ckiay pui^ quelques astres nocturnes qui revenaient de souper, pré^ cédés de la lumière des fallots. Mais qu'on se hâte , i^vton prépare son bain, son festin, son lit nnptial, pcHM* célébrer ses noces avec lune des compagnes de9 dieux; car ils ont, dit-il, commerce avec des femmes eomme les bommes» il yai se marier avec la belle

Opora, labondance, et envoyer au sénat la nymphe des fêtes, la jeune Théorie : cependant il doute qu'il se trouve quelque homme assez pur dans la ville pour ne pas souiller Thonneiur de cette fille en la conduis sant vers les magistrats : nouveau coup de pinceau sur les mœurs dissolues de la cité. On commence un sacrifice plaisant en hommage à la Paix, que Mercure a satiriquement informée des manœuvres de tous les brouillons, tels qu'Hyperbolus, qui gouvernent l'état, et à qui il a nommé ses vivais partisans , parmi lesquels il cite Cléonyme ; Taccusant par-là, tout capitaine qu'il fût , d'être moins enclin à la guerre qu*à la paix. Trygée invoque celle-ci , et sollicite ses faveurs pour terminer les débats , finir les ruineuses procédures , désarmer et licencier les troupes , enrichir le marché pu*, blic , et engraisser les bourgeois et les négociants du port. Dans ces sortes dlnvocations , et dans les chantS; des chœurs, Télégance du style d'Arbtophane brille de tout son éclat : il ne néglige aucun des agréments et des parures fleuries qui rehaussent la diction et les. grâces de son esprit varié. Cest-là sur-tout qu'il sut mêler la douceur du miel attique au fiel de ses satires ingénieuses , et que les ornements dont il embellit son harmonieux langage lui valurent le titre d'inimitable écrivain. On accourt de toutes parts célébrer l'hymen de l'Abondance et de T^gée : tous les citoyens le remercient et le fêtent à lenvi. Les marchands de faulx et de charrues le félicitent d'avoir ramené la Paix : les seuls vendeurs de casques , d'aigrettes, de trompettes , des cuirasses et de javelots, le maudissent et se lamentent. Trygée change tous leurs

instruments de mort c^n outils de labourage et 4e conlmerce. Les oonvives se rassemblent ; on boît^ on chante des hymnes : ces diansona tappeUent encoi^ , en célébrant des exploits militaires, le ohoc des boucliets, les soupirs et les cris dm Vai^ieus ; mais Trygée a tant d'horreur des combat^ et danépathie pour tout ce qui les retrace 9 qu'il interrompt à chaque ¥ers ceux qui, pour égayer Theure du retour de la Paix, chantent les plaintes des mourante eC le firacaâ dés batfeiilles. Il m veut entendre que des chansofts qui consacrent les ris, le vin, les téooltes abondantes < le* i^ecou* Trement des bieâs^ et la doude fécondité des fefiiines; .dernière scène aussi gaie que les précédentes ^ 4>n sa critique taille Iqs tristes po^te^ qui ne savent chanter que les fureurs de Mar^ , âU milieu des iesAins de la concorde et de la joie* Quel feu I quelle- v^hne .enjouée I que de frais d imagination et d'esprit dans le tissu d une pièce si simple , qui ittàrche au but le plus sérieux par le secours des fictions les pli^-eomiques ! Voilà quel est souvent Arist^ophanCé

Sa pièce intitulée les jfoh^rniens , et compolée dans le même dessein , n est pas moins ingënieuseitient «niventée. Un bourgeois nonlmé Dicéopolis ^ désespéré de l'obstinajûon.de ses oompatrietes à rejeter les tintés, de paix offerts par les Lacédéfàoniens , fatigué des inutiles assemblées du peuple ^ ôii rien ne se conclut) et des allées et venues des envoyés d'état qui ii!apportent pas la moindre itouVelle d armistice, pread la ville en aversioti , parce que tout s*y vend et s y achète tirè^-dher^ et regrette ses champs qui lui foiirnissaient et.^ donnaient tout pour rien. Il assiste à //. 5

la réce^ion des ambai^adeurs d' Acharne; et le réch de leur mission lui apprend 'qu'ils h ont pu reveiiÎT depuis dix alis , parœ <|tt^il leur a fallu passer ce temps chcft les alliés à bdit^ et à inanger en de grands festins, et à prolonger leurs ambassades pour faire durer leur traitement dé deux dragmes qu'ils recevaient par jour, n s'indigne à Tarriyëe d'un satrape du roi de Perse , qualifié du titre malin à'ŒUdu roi, mot piquant, par lequel l'auteur insinue que l'ambassadeur n'est qu'un espion qui) en leur promettant de lV>r et M les - amusant de belles paroles , ne Tient que voir ce qui se fiût chez eux. Amphithéus propose des conditions pacifiques ^'aux Achamiens, afin de terminer la désas* treuse guerre du Péloponnèse. Seâ offres sont repoussées : alors Dicéopolis le prend à part^ et en obtient de conclure particulièrement avec lui et les nations grecques un pacte de trente ans. Les con^en^ dons sont ratifiées : les Acharniens s'en offensent , raccosent, le poursuivent : notre homme tient bon et forme le dessein de leur persuader de suivre son exemple ; mais n'ayant pas appris dans les campagnes l'art subtil des orateurs qui tournent les choses à leur gréy et remarquant que les Athéniens ne' choisissent plus d'autres chefs et^d'autres conseillais ^que les derniers coquins sortis de la populace , il veuf se dégui* Aer en misérable et les haranguer. Aussi sW va-t-9 emprunter du poète Euripide les baillons dont il habille ses héros et les lambeaux d'éloquence doiit il l'ecoud ses pièces dramatique. On sent oit vise cette double raillerie dirigée contre la confiance- que le peuple accordait aux plus vils intrigants^ et <x>ntre le

successeur de Sophocle , que Fauteur accusait déjà de d^rader Fart de Melpomène par des personnages trop déplorables et par trop de finesses oratoires. Cet en^ droit a paru fort plaisant à Fontenelle, quelque rigoureux qu'il se soit d'ailleurs montré pour le comique grec. « Euripide, dit-il, à, qui Ion demande l'une « après l'autre toutes les pièces de l'équipage d'un « gueux ^ se plaint' qu on lui ôte toute une tragédie «• Cependant les discours préparés'du pauvre Dicéopolis ne surmontent pas les préventions des Acharniens', et leur seul effet est de partager le chœur en deux opinions. Que fait le bourgeois d'Acharné ? Il use lui seul du profit de son traité : il paye les marchandises dé tous les Péloponnésiens : il trafique avec les Mégariens qui, dépouillés de tout par les incursions des troupes \ lui vendent leurs filles : il échange son ail , son sel et ses légumes, contre les poules grasses, les oîèi, lès canards, le gi|>ier et les anguilles des Béotiens : il se réjouit, et se prépare à faire bombance. Là s'établit un contrasté Vif et risible entre le guerrier Lamapfattsi, qui s'enhariiache dun appareil militaire pour aller ccmibattEe,: et le. lKmrgeois'Dicéo(K)lis qui se couvre de fleurs poiu: s asseoir au babqiiet et ptendre là coupe en main. 'L'opposition redouble d'effet jusqu'au dénouement, où l'on voit , d'un côté, Lamàchuis èevehù tout gémissant, tout mutilé', de. son ex* péditioB bèlUquèuse, et de l'autre, Dicéopolis gai, chantant, et rassasié. de tous les biens que son traité lui. procure.. Celte. pièce, dénuée d'action et fondée sur une supposition invraisemblable, est construite avec tànt';d'artï, et pétillante de tant d'esprit qu'elle

rem^^ic parotont le dessein quarait Fauteur de ren« fermer en un cadre brillant le tableau vrai des doa* ceurs de la paix et du commerce , comparée aux ca^ lamitës d une guerre suscitée par loi^eil trompé de la nation , et prolongée par Imtérêt de quelques généraux ambitieux.

En considérant le fonds moral de cette comédie » on ne s'étonne plus qu'Aristophane s'en loue luinootéme par l'organe d'un choriste auquel il dicte ces mots dans les Achamiens^ en parlant de sa personne: « lui seul « a osé vous dire la vérité au péril de sa vie, et même « son courage a fait tant de bruit, que le grand roi^ tt interrogeant un jour les ambassadeurs des I.<acédé» •« monienS; après leur avoir demandé quels peuples « de la Grèce avaient le plus de force sur mer^ les « questionna sur Aristophane, et sur les ^etaordi* « naiim de ses traits satiriques, ajoutant que- ses coi»* « seils tendaient au bien , et que ceux qui les suivraient « seraient les maîtres de la Grèce. » Non cornent deB efibrts nombreux qu'il avait faits pour dégo&ter ses concitoyeiis d'tine guerre mineuse et obstinée , il retrient ph» plaisamment à la chargé dms sa comiédie -intitulée Lgrdstrate^ du nom de l'héroïne de sa iaUe.

Un monologue de cette Athénienne expose le sujet de Ses inquiétudes : elle se promène seule en conspirateur sur le théâtre , et communique faientdt à sa voisine, qui survient, le noble dessein qu'elle a formé pour le salut de la république. Son courage n'a pu soufiîir plus long^temps lie ^ectacie des .maux ^ l'état , et se promet d'y remédier. Le ro^iect des kns tépublicaines,rantique valeur des héiM de Marathon

DE LITTÉRATURE. f 6j)

et de Salamine , tout est déchu : la discorde et lei fections ont tout moissonné dans la Grèce : tous les époux courent se faire tuer au loin sans profit at sans gloire , et tous les jeunes gens s^ font mutiler à leur suite : la canaille d^Athènes use le temps à glo- •er, à disserter sur les affaires, à lire les décrets spoliateurs , et les vaines ordonnances enregistrées devant les Prytanes. Elle entend dire chaque jour qu'il n'y il plus de véritables hommes dans lé gouvernement; et puisqu'il n'y en a plus, c'est aux femmes à gouverner. Telle est la conclusion que Fauteur ose mettre dans la bouche de Lysistrate , pariant en face aux Athéniens. Pouvait-il les molester plus audacieusement que de supposer que leurs femmes les eussent mieux régis qu'eux-mêmes P Déjà celles-ci se rassemblent; Béotien<< nés, Péloponnésiennes, Corinthiennes, Lysistrate les fi toutes convoquées. Elle leur déclare que le retour de la paix désirée ne dépend que de leur volonté ; que ses négociations lui ont assuré les femmes des cités alliées ou ennemies, et que ses vertueuses compa» triotes se sont engagées de vive voix à lui obéir. De quoi s'agit -il? Elles sont prêtes à tous les sacrifices, elles le jurent : eh bien ! c'est de s'interdire le lit et le commerce des hommes, jusqu'au jour où ils consentiront à conclure un traité de pacification. Quoi ? s'en priver tout-à-fait ! même de leurs maris ! oui , absolument. Le conseil féminin murmure d'abord contre un tel complot : on fait quelques grimaces , on se mord les lèvres , on hoche la tête avec humeur : il vaudrait mieux, dit-on , renoncer à vivre qu'à cela, pourtant Théroïné l'emporte : le décret passe ^ et le

parti est rësolument pris. Les maris , les amants^feront la paix générale, ou n^approcheront plu& di épouses ni maîtresses : il n'est pas jusqu'aux courtir sannes qui ne s'unissent au vœu des nobles dames con- . jurées. Ce n'est pas tout : elles s'emparent de la citadelle pour s'y prémunir contre les violences qui leur seraient faites conjugalement, et .du trésor public pour ôter aux hommes les ressources de la guerre: plaisante conjuration qui fournit à mille jeux d'esprit sur les lâches et les efféminés dont on craint de ne pas reconnaître le sexe et qui peuvent se glisser au nombre des femmes. Les rumeurs s'élèvent : Lysistrate , assiégée dans le fort, soutient burlesquement l'attaque avec ses compagnes. Des pour-parlers s'engagent : on nomme des députés de toutes les villes^ on envoie messages sur messages. En ce risible conflit, Hen n'est plus anuisant que les peines de Lysistrate à retenir ses jeunes complices qui , bientôt lasses de leur vœu , lui échappent de tous cotés et sous nulle prétextes. L'une brûle de revoir son ménage; l'autre veut bercer son enfant ; celle - ci chercher sa quenouille et filer son lin ; celle-là préparer ses laines , ou ployer ses tuniques et ses voiles. Toutefois leur souveraine triomphe et les renferme : leurs époux enragent y et les amants l'edoublent de désir. Parmi ces divertissants combats, la jeune Myrrhine rencontre son ardent mari : le soin malicieux qu'elle prend de l'enflammer de plus en plus pour lui jouer le tour de le laisser là , tout stupéfait de son évasion furtive , donne lieu à une scène qui n^est pas médiocrement plaisante : mais elle passe en licence les plus

•Df;.LITTÉRAT;U»p..:. jjk

hardies de nos théâtres.^Qn préveit.a^sez.quei le^>dén nouement répond au nœujd.dQ cette tfpUe: intrigue. Des courriers arrivent annoncer qu^ 1^S| maris ine réf, sistent plus à. leurs longue privations; :ilstspnt k bout; persopnç ny tiçnt; tout s'insurge ; l^es %^tiates sont en. feu; les Béotiens se. .mei^vent,;.le.,^H^^ lèvement est général ; ^et le. refour, de&.femnie^^^peul; seul appaiser une si rare et sitéti;ange jqsurrectipn. On conçoit qu un. effet si prompt qst invraisemblable si la pièce grecque jest. soumise à la règle, des .vingtquatre heures V et quen nos climats, tempérées le& hommes sages, n'éprouvei^ent pas une telle impatience dune si courte séparation d'avec , leurs femmes. Bref la paix est.^îgnée. p9tr Lysis^^te , et Ion en imagine les réjouissance^ . Les deux sexes alors se réunissent : et les Athéniennes , rentrant dans lea soins de leur maison , ajoutent au. bon ejçemple de rendre le gouvernement suprême à leurs éppux celui de se remettre honneten^ent sous la Iqi ,con«

Ces premiers aperçus. font jugjer de la libi^ ,ima- '^JJ^^^I'^^JJ' gination du Jpètp.i son fantasque ,^ouement.dég«i^. ^'^J^XIm par-tout l§, caractère j^érieux de. ses leçons. .11. i^'e^t •*'i«»^*^i*peut-^ti^e pas.osé.les donner plus, grave^men^i ^iPC^n sumait leç figure passer à ïa faveui: de $es fqlles .inventions. Sa gaité fit pardonner à son, audace,, et Ten» veloppe du badinage voilait quelquefois d'un senjsL prudemment énigmatique le langage trop hardidejsqi:^^ patriotisme. Si la singularité de ses fictions Iqs rend monstrueuses à nos yeux,, si leur invraiseoihl^nçe porte notre esprit à s'étonner que^ le goût des^ Gaecs^

j2 COURS ANALYTIQUE

les dit aeoueillies , nous, nous expliquerons fedsëmeiit les ftuccàs ^'Aristophane par une comparaison entre Rabelais et lui. Quelques écrivains' ont apereu Ta* guemeut des points de leur ressemblance ; mats une analyse suirie m'a dëcélë les raj^orts de letu^ physio-» nomies qu'on n*a rapprochées que superficiellement. Ces deux satiriques entreraiekit parfaitement en pa* raUèle dans leurs divers genres ,,si Tarantage ne restait au poète sur le romancier dont le gallicisme trivial , ordurier et bas , ne peut égaler latticisme des comédies grecques , licencieuses il est vrai, mais moins souillées des grossièretés cnxes qui rebutent à la lec^ ture du prosateur. Du reste même parodie des grandes choses, même exagération dans leur fable, même système dérisoire , mêmes métamorphoses allégoriques. Le hoii curé de Meudon habille plaisamment la raison en masque , et , tel qu'un magicien , il transforme en figures bizarres les principaux personnages de son siècle et les corps les plus vénérés de l'état. Cette race d'ogres, dépeuplant deux ou trois rejàiùmes , pour leur propre gioutonhme , insatiafalea âtatâirs d'hommes et d'animaux qu'ils dévorent , ret vêtus dis centaines d'arpents de soie, de velours^ de brocards et d'aiguillettes, que signifié-t-elle.^ une suc« cession de trois rois de France et leuî's déprédations ruineuses. Rabelais connnence par satiriaer les chimères, lék vanités de tôùiies les dynasties du monde, en mettant à califourchon le premier ayeul de Orand-Gou-^ ^er sur Tarche de Noé. C'est par ce trait qu'il ouvre s6n Uvre. La naissance de Gargantua , son éducation risible y ses petits jeux , sa ^urmandise ^ ai mnztînerie ,

DE LITTÉRATURE. y^

ses dodelinements, les flatteries de ses gouvernantes , les admirations de ses pédagogues y qu'est-ce autre chose qu'une allusion aux soiss respects dont on berce lenfance des princes ? Gargantua vient se montrer à sa bonne ville , pleine d'impatience et d'aise de le voir : quand le poète Aristophane travestit en vieil imbëcille le peuple d'Athènes devant ses concitoyens , en parlet-il plus lestement que parle Rabelais du peuple de Paris? « Tant sot, tant badaud, et tant inepte' de « nature , qu'un bateleur , un porteur de rogatons , un « mulet avec ses cymbales , un vielleux au milieu d'un « carrefour , assemblera plus de gens que ne ferait un « bon prêcheur évangelique »» Aussi laffluence grossit-elle si fort autour de Gargantua qu'il se débarrasse de la foule en grimpant sur les tours de Notre-Dame, d'où raillant les citadins qui attendaient sa bien-venue, il les salit avec insulte, et veut leur voler leurs cloches pour les fondre à sa monnaie. Cette malice convertit la joie publique en afOiction et en colère. De - là tes harangues de maître Janotus , toussant et déclamant son patois d'école et son latin de cuisine , sanglante satire des universités. Peut- on méconnaître en cette parade allégorique les mécontentements excités en raison des impôts que leva pour la guerre en Italie, le roi François I**, peu après son avéne*» Aient au trâne dont la capitale se réjouissait au jour de son entrée solemnelle ? L'amble de la jument caparaçonnée que monte l'ogre-roi, et qui du balai de sa queue abbat en passant les bois et les châteaux, ne rappelte-t-il pas le train de la duchesse d'Etampes , favorite qui fit couper une partie de la forêt d'Orléans

pour frayer une plus large route à ses équipages et i sa suite ? Qu'est-ce que Pantagruel , issu de géants , mangeur de saucisses, banquetant à force flacons? Qu'est-ce que frère J eajinles^Entomeures , beau débrideur de messe ^ bien fendu de gueule , clerc jusques aux dents en matière de bréviaire , et prenant le bâton de sa croix pour, assommer les séculiers ? Qu'est-ce que Panurge , expert en tous cas , savant en toutes langues mortes et vivantes , ayant dents aiguës , ventre vuide, gorge sèche , appétit strident , salmigondinant les prieurés et les bénéfices , mangeant son blé en herbe , et ne faisant que trois pas et un saut, du lit à la table ? Qu est-ce que le Dive^oiseau des cloches ^ quon va voir à Rome dans sa cage , comme Phénix, et qu'on n a pas plutôt vu qu'on en paraît agrandi P Ne sont -ce pas Henri II , lb Cardinal db Lob- BAiN B y LB Cardinal d'^boise , et lb Papb ? Suivez les trois premiers dans leurs comiques aventures chez les chicanoux^ au milieu des gros chats fourrés écorchant leurs victimes sur une table de marbre ; vous rirez de cette image des procédures du pakBs. Suivezles chez les gens en robes à manches couleur de roi , ayant les mains longues comme jambes de grue , les doigts à ongles crochus et les pieds de même ; visitez leurs larges bureaux tapissés de drap verd ; allez de leurs petits pressoirs jusques à leur grand et dernier pressoir , où ils font passer les châteaux , les parcs , les maisons, les bois tout entiers, dont ils retirent tant d'or potable ! Interrogez sire Gagne^Beaucoup sur ce redoutable pressoir dont la vis s'appelle récepte , la met dépense , le tesson deniers comptés et non re-

DE LITTÉRATURE. jS

cm y les fastes souffrance, les béliers radietur^ les jumelles recuperetur , les cuves plus-valeur , les ansées rôles , les fouloirs acquits , les hottes validation , les portoires ordonnance valable, les scilles le pouvoir, Tentonnoir le Quittas, Interrogez-le. sur le dogue à deux têtes , sur lautre dogue à quatre têtes, symboles des doubles peines , des quadruples amendes ; interrogez-le sur l'androgyne pronotaire , qui se nourrit de chair d^appellations; Gagne- Beaucoup vous dira que toutes ces figures monstrueuses sont les emblèmes du PARLEMENT. Accompaguez les mêmes personnages dans les contrées des Papegauds ^ des Papelards y des Papes^Figues j des Prêtregauds y des Cardingaux y des Evesgaux, des Moinegauds, des Capucingaux y vous ne pourrez méconnaître en eux le peuple mitre, enfroqué, tonsuré, et vous admirerez comment Rabelais en son temps osait se moquer des divines décretales , des bulles fulminantes , des mouches d*inquisition , des indulgences sixtines , toutes choses saintes et déifiques, par lui qualifiées de belles extravagances, qui £siisaientle siège apostolique de Rome tant redoutable à Tunivers , qu'il fallait ribon-ribaine que tous rois, empereurs , potentats, et seigneurs, pendissent de lui, tinssent de lui, par lui fussent couronnés, confirmés , autorisés , et vinssent là bouquer et se prosterner à la mirifique pantoufle! Sacres décretales, bulles clémentines, qui changeaient en saints béatifiés les orthodoxes les plus damnables, et les plus vertueux hérétiques en damnés et en démoniaques.

Une courte citation de quelques vers composés à l'imitation des tours et des termes de Rabelais , dans

yfi COURS ANALYTIQUE

un dialogue entre ce gai philosophe et la niiioii, acherera de tous caractériser sa reuemblaace aiwec Aristophane. La raison lui demande la clef de son n>man ëniginatique et ce que sont les monatras àa m gigantesque pbaniasmagorie.

■ Quel est ce long corps sec qui se géantifie?

• C'est Carême-preDant que l'oi^eil mortifie :

s Son peuple ichtyophage , efflanqné, vaporeux,

■ A l'oreille qui tinte et l'esprit songe-crenx.

L'auteur désigne les cloîtrés soumis au jeùns et aux rigoureuses disciplines.

« Envisage non loin ces lélés Paptm&nes ,

n Qui snr l'amoDr sacré sont plus fort) que des ftnea ,

■ Et qui, tx^ts fervents, engraisses de tous biens,

• RAtissent mainte andooille et maints Inthériens. >

U signale 4ci les inquisiteurs qui gisaient dévotement tenailler et brûler leurs ennemb comme ennemis de Dieu.

■ lUs de la nation des nunnes gatfralkttea :

■ Aperç«a-ta le <Ueu dont ils sont idcdiires?

a Ce colosse arrondi , groijdant , BOwdj et sans yenz ,

■ Premier aouar des arts cultiva tons les cienx,

■ Seul roi des volontés, tyran des consciences,

■ Et m^tre iogàiienx de tontes les sciences ?

« C'est le ventre , le ventre ! oui , messire Gaster

■ Des hommes de tout temps fut le grand magister,

• Et toujours se vautra la canaille insensée

n Ponr ce dieu dont Lama rappelle la pensée.

« J'en pleure et ris ensemble , et tour-à-tour je crtA

• Retronver Heraclite et Démooite es ii

« Ha 1 ha ! dis-je en plearanti quoi ? ce dieu ({ai digère ,

« Qmoi? tant d'effets si be«ax le rentre les opère I

« Ha ! hu l lamentons noas ! ha ! quels honteax destins »

« De nous tant agiter poar nos seuls intestins 1

« Ha I hu ! hu ! de l'esprit quel pitoyable centre !

« L'homme en tous ses travaux a donc pour but le ventre l

« Mais tel que Grand-Gousier, pleurant sur Badebec,

« Se tournant vers son fils sent ses larmes à SeC ;

« Hi ! hi ! dis-je en riant, hi ! hi ! hi ! quel prodige

« Qu'ainsi depuis Adam le ventre nous oblige

« À labourer, semer , moissonner , vendanger ^

« Bâtir , chasser , pécher , combattre , natîger ^

« Peindre, chanter, daiiser, forger, filer et coudre,

' n Alambiqner^ peser les riens , l'air, et la poudre ,

« Etre prédicateurs, poètes, avocats ,

« Titrer , mitrer , bénir , couronner des Midaa,

« Nous lier k leur cour comme à Tunique centre,

« Ho I ho ! tout cela , tout, ho I ho ! ho ! pour le ventre !

« — U est d'autres objets ou tend l'humanité.

« — Qui peut nous en instruire , hélas? — La vérité.

«t — Bah ! Panurge qui court, en lui tendant l'oreille,

« La cherche sous la terre au fond d'une bouteille :

n La bouteille divine , oràCle du caveau ,

<i Epanouit les sens , dilafte le cerveau ,

« Purge le cœur de fiel , désopile la i^àïè , •

n Aiguillonne les flancs , nous chatooillê, noas gratte ,

« Nous redresse l'esprit.....; c'est assesi bavons frais,

« Et s'il se peut , allons en liant , udpaitreê I »

* Cest en parlant de tout en ce langage de carnaval,

que le savant docteur déguisa si burlesqùement la

royauté , la papauté , le clergé , les congrégations

monacales, les corps savants, les universités, en ridi-

cilles et fortes mascarades , en facéties de risible mémoire , plus puissantes contre les superstitions et contre la barbarie que les plus grayes déclamations de Téloquence. Les impuretés de son livre en couvrirent si bien la quintessence qu'elles le sauvèrent du feu et de la censure inquisitoriale. Un ecclésiastique tolérant y lecteur du roi , le fit connaître à François V^ ; la gaîté gagna son procès devant le monarque, et le rire le fit absoudre. Les propres mots de la préface de lauteur décèlent la profondeur de ses critiques y lorsqu'il compare son roman à Socrate, « parce que « le voyant au dehors , et Testimant sur lextérieure ap> « parence , n'en eussiez donné un coupeau d oignons, « tant laid il était de corps , et ridicule en son main- « tien , le visage d'un fol, simple en mœurs, rustique en « vêtement , inepte à tous offices de la k>épublique , « toujours riant , toujours buvant d autant à un cha- «cun, toujours dissimulant son divin savoir; mais «ouvrant cette boîte, eussiez au -dedans trouvé une « céleste et inappréciable drogue , un entendement « plus quliumain , vertu merveilleuse , courage invin- « cible, sobresse non pareille , contentement certain , « assurance parfaite , déprisement incroyable de tout « ce pour quoi les humains veillent, travaillent, na- « viguent et bataillent.... Vous , ( dit-il ) , mes bons dis* « ciples , lisant les joyeux titres d'aucuns livres de « notre invention , comme Gargantua , Pantagriiel , «jugez trop facilement n'être au -dedans traité que « mocqueries, folàtreries et menteries joyeuses: c'est <« pourquoi faut ouvrir le livre , et soigneusement peser « ce qui y est déduit. Lors connaîtrez que )^

te dedanis -contenue est bien d'autre valeur que ne pro-

« mettait la boite En icelle , bien autre goût trou-

« verez et doctrine plus absconse (c^est-à-dire profonde, « mystérieuse) tant en ce qui concerne notre religion « que aussi 1 état politicq et vie économique. » En ceci Rabelais ne ment point : son livre est un puits de science et d'érudition recueillies aux meilleures sources. Regrettons que la vieillesse de son style en ai): rendu la plus grande partie presque incompréhenalible : félicitons-nous pourtant de ce que son vieux idiome cache l'impudeur de certains mots aux lecteurs honnêtes pour lesquels ils doivent être autant d'hiéroglyphes.

Cette digression n'était pas inutile , je crois , pour vous faire bien discerner le génie du comique auteur des allégories grecques par le rapport qui Funit à celui de Rabelais. Supposez les fables du romancier didloguées, réduites en actes, et relevées par dès vers élégants et fins , vous ne trouverez plus entre les formes des deux parodistes que la différence des sujets offerts à parodier , selon le tour d'esprit, les préjugés, et le gouvernement du siècle où vivaient l'un et l'autre satiriques.

L'analyse succincte de trois comédies déjà mentionnées donne une suffisante idée du caractère hardi et des vues profondes d'Aristophane; l'emportement de sa médisance et ses saillies licencieuses ne sont peutêtre en lui que Texcès de la force comique dont il fut ^in, et qu'il ne croyait pouvoir trop déployer contre letf vices , les abus et les dissolutions de son pays. Ja- ''^'mtraindre le peuple à rire de ce qu'il osait

8o COURS ANALYTIQUE

lui reprocher, tous les moyens lui semblaient bons, tant son principal objet lui paraissait louable. C'est pourquoi la liberté de sa satire et les conceptions de son vif génie lui méritent plus d'estime de la part des juges réfléchis que son cynisme et la bizarrerie de ses écarts ne lui attirent de blâme de la part des sage^ critiques. Ajoutez à ce qui vous frappe dans Timagination de ses plans les qualités quil y joint dans l'exécution ; la vivacité de son dialogue étincelant , imprévu , concis ; cette multitude de bons mots qui partent comme des flèches aiguës; ces traits qui percent d'outre en outre et de tous côtés à-la-fois ; cette éloquence d'état empruntée à l'éloquence de tribune, aGn d'en rehausser le pouvoir de la comédie ; cette hardiesse de corriger le gouvernement, les tribunaux , les assemblées populaires y les armées et le sénat ; il n est rien qui ne le rende inappréciable. Monument unique en son espèce , à qui le pourrait-on comparer au théâtre ? Quel siècle a vu la comédie attaquer les choses publiques qu'il ose reprendre ? Quelle comédie pareille à la sienne vit, en nul autre âge , des magistrats nommés pour la juger, l'approuver et lui décerner des prix, tandis, qu'elle les menaçait eux-mêmes ? Avec qui le confronter, puisqu'il est seul au monde ? et comment le mépriser pour ses défauts, puisqu'ils sont couverts de mille beautés originales , et qu'on ne trouve qu'en lui ? Je prévois ce qu'auront à m'objecter les gens qui s'arment d'une rigueur affectée : il me serait aisé de me parer comme eux d'une fausse pudeur , et de les dé* concerter en condamnant les obscénités d'Aristophane et son indécent oubli des bienséances : je serais mieux

DE LITTÉRATURE. 8i

veoia de ces censeurs-là , si je nommais sa liSértë licence téméraire, ses satires méchancetés o4ieuses, sa raiUeuse humeur fiel envenimé, ses plaisamtelril» basses triyialités , ses jeux de théâtre farces grossières , ses créations monstres d'extravagance, et ses allusions attentat contre lautoritélégitime: nMik,n'én déplaise au goût modeste et pur des partisans de cette opi« nîdn y je ne me montrerai pas si timidement honnête , que de draindre diiispirer une mauvaise idée de moi en déclarant mon admiration pour le comicjue gt^ëc. Ce serait trahir lit vérité qné de nier ta tsdeur des titres qui rendirent sa philosophie si récoihâianâàlrie aux yeux des plus doctes anciens , après avoir lu les Oiseaux j les Chevaliers^ les Nuées ^ et le PlufuSj dont Texamen m'offrira l'occasion de cfOntinùer^ Féloge de ce poète original.

8a COURS ANALYTIQUE

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SECONDE PARTIE-

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