‹ Cours analytique de littérature génerale, tel qu'il a été professé a l'Athénée de Paris;Chapitre 30 sur 35 · M4 COURS ANALYTIQUE · texte numérisé non relu

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pas confondre les portraits que le talent dessine ea quelques touches, avec les caractères que Fart n'expose totalement qu'à force de copier la nature : les portraits sont Fouvrage de V esprit; les caractères sont cehd du génie : tel fut notre axiome ; et la supériorité d'Homère va, je crois, me prêter les exemples qui vous en démontreront la justesse.

La fable héroïque de \ Iliade étant toute guerrière , il n'a presque représenté que des guerriers; néanmoins leurs physionomies sont loin d'être uniformes ainsi que l'ont pensé les modernes qui n'ont pas su les envisager, et les esprits futiles qui en ont cru sur parole tous les échos des boutades de Voltaire, juge inattentif, dénigrant, et capricieux à l'égard des anciens. Ce peintre de mode , en épopée , n'était capable ni d'apprécier, ni de sentir le peintre de tous les temps , aussi n'a«t-il &it qu'une mauvaise école en ce genre; ses décisions erronées sur ce grand maître m'ont souvent fait comparer notre illustre écrivain au fameux poète .Thamyris, devenu le rival jaloux des Muses qu'il se vantait de surpasser, et puni de son orgueil par ces immortelles qui le privèrent de la vue. En effet c'est être aveugle comme lui que de ne pas voir les quaUtés d'Homère, parmi lesquelles une des plus frappantes est son habileté suprême à tracer, à colorer, à grouper, et à différencier les caractères.

Une multitude de héros du même rang, agités d'un même désir de gloire, mus par une même entreprise, soumis à la même discipline , paraissent , au premier regard , devoir tous se ressembler ; jii n'appartenait qu au

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gënie de discerner les variétés de leur courage, ^t de les marquer chacun par des traits si distincts qu'on ne pût jamais les confondre ni leS publier : ce n'est point par les épithètes qui accompc^neront leurs noms, ci par les attributs qui leur auront été donnée , qails 9e feront reconnaître; car le poète vous dira de b plupart qu'ils sont égaux, aux dieux , ou semblables aux immortels; il les appellera les uns et les. autres, pasteurs des peuples y ou remparts des guerrj^rs^, ^fig^ princes , ou héros magnanimes. Ainsi ce sera moin^ en vous parlant d*eux qu'en les faisant parler et agir eux- mêmes, que son art fera ressortir leur, div^fs naturel^ et caractérisera, si j'ose m'ex primer, de. rla sorte , la physionomie de leur ame. V Iliade roul^:sur rintérêt des Âtrides : de ces d^ux frères, l'un est l'offensé , l'autre le vengeur: tous deux ont ligué les princes de la Grèce; Ménélas par la douleur de^spn injure; Agamemnon par fierté pour sa famille et par ambition. Le premier^ de qui les Grecs ei;abfassent jf*jj/^*^, la cause, ne leur donnera ses ordres qu'avec douceur, leur témoignera sa continuelle reconnaissance de leurs services, n'usera qu'avec timidité de leur zèle, qui les expose pour sa querelle particulière; et, regrettant sans cesse les maux quelle leur attire, brûlera de hasarder son propre sang, en toute occasion, pour épargner le leur : une noble vaillance, une discrète réserve, une sage modération, et le langage de la tristesse, distingueront ses qualités morales. Le second, C'^^ct^e

' V M. * d Agamemnon.

suprême chef de la ligue, et s'annonçant sous le fiastueux titre* de roi des rois , affectera toute la hauteur des prérogatives que ^les égaux lui auront déléguées :

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moins grand encore^ qnil ne Toudra le paraître, il r6:^irera les vanités dont les vastes comttiandements enivrent toujours la fisiiblesse humaine : trop fidèle îlhfMigef de la sonwetainêté sans bornes^ il se montre sapilribte eii ses parole^ , insultant dans ses réprimandes, insensible aux aYnitlés, pl^mpt à s'irriter, lent à oublier Toffense, vindicatif et aveugle dans ses ressentimétits €t dans ^on alnour effréné de la puissance. Son courage égalé* ceint des héros qui le secondent, kîiïifé n'a fias leur impétuosité brillante : s'il se ménage dans le pék41, il nei -évite pas ^et sa prudctoce n'a rien 'delà crainte; on sent qu'il i^t plus soigfteox de oonsier^r'la durée de 90n pouvoir que celle de'aa vie; etToh'ést sans cês^tenté de kii répéter avec Aadiie, en R Voyant faire impitoyablement immoler tiAt de victimes k Jnpitei' ,'e% ta^t d-hoAimes à rhottHetU:' blessé de sa maison : ' ;

« Cette soîf de ri^gVier qae rien ne peut éteindre,

« fifc'gDeil de vôif v4n^ roîs Vous senrifetYous craiifdre,

"• « TôWs les droite dé'rèttipîre en vos maitis cdhfi^s;

•*•« Crètel P^'cst â ces dieux' que vous sacrifiez.

Cette ambitieuse politique, cette humeur présomptueuse , vices inhérents à la grandeur dépeinte dans Aganîemnon , témoignent combien Homère connaissait la nature; puisquil ne représente un monarque absolu que sous ces dehors si funestes aux peuples. Cependant leur triste effet pourrait imprimer une ombre d'injustice à lobjet de l'expédition qu'il commande et que le poète a dessein d'illustrer, si Ton n était assuré de la bonté de la cause des Gfecs par la présence de Nestor, qui domine sur la majesté di^

rang par la majesté de l'âge y de rexpérience, et de la sagesse. Héros vénérable , une longue habitude des ^^«1". dangers auxquels il échappa victorieusement tant de fois, et des assemblées où il présida dès long-temps, le rend paiement propre aux combats et aux conseils ; la persuasion s*écoule de ses lèvres en paroles aussi douces que le miel ; ce que son élocution facile paraît avoir de trop verbeux, caractérise par-tout sa vieillesse entraînée par l'abondance de ses souvenirs. Il a vu des temps qu'il croit meilleurs , des hommes qui valaient mieux que ceux du présent , des exploita plus fameux que ceux dès guerriers qui l'environnent, des malheurs, des périls plus grands; aussi rien ne le décourage, rien ne l'abat, rien ne Tétonne; et, toujours prête à éclairer les autres, sa mémoire, féconde «n récits et en leçons , est comme la lumière vivante de l'armée ; il sait conserver son empire sur tous, en gardant à chacun ses droits de préséances 9 et en limitant leurs justes prétentions, par la douceur ou par la fermeté. Lui seul osera dire au 'bouillant Achille qu'il doit respecter Agamemnon , parce qu'il gouverne des états plus étendus que les siens ^ et dire au fier Agamemnon qu'il doit ménagea Achille, pal?ce qu'il est lé plus valeureux des Grecs et leur phis solide appui. Entre les hommes dont il aime à ^s aedompagner , celui qu'il préfère est Ulysse , ingénieu;:^ en J,^*^" tontes les ruses de guerre, habile destracteur des villes, prudent jusqu'à la distimulatron , homm^ en qui le courage, non moins constant que réfléchi, semlile n'être qu'une factrlté secondaire, qu'un instrament de son active industrie qui se plaît sur<»tout

de Diomiàe.

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à triompher dans les traverses difficiles et dans les embuscades; sa valeur, bien que redoutable, est moins irrésbtible que la force et les grâces de son éloquence. Dans le choc des armes on le compte au cecond rang des braves j mais il est le premier dans le conseil ; c^est à lui qull appartient de gourmander Tinsolence de Thersite , ridicule orateur de la plèbe et des camps , éternel épilogueur de la conduite des chefs les plus sages, les injuriant dune voix aigué^ toujours s*ffttaquant aux rois, aux grands, et présoitant le risible contraste de la loquacité mutine, insensée et turbulente à côté de l'éloquente raison du fils de Laêrte. En ce dernier, les dons de Tespriti ^^t suivis de lorgueil chatouilleux qulls inspirant; avec quelle finesse le naturel Homère sait peindre ce définit d'où nait son irascibilité soudaine aux moindres atteintes ! Agamemnon courroucé parcourt les rangs et exhorte les principaux chefs à repFendre les armes; il rencontre Ulysse qui ne sait pas encore que le signal du combat ait^été donné; il lui reproche sa lenteur, et Taecuse d'être plus enclin à délibérer qua combattre : Ulysse lui répond avec Vamère indignation de la fierté qu'on outrage. Atride passe^ et trouvant Diomède dans la même inaction, le traite avec la mèsne injurieuse sévérité, mais celui-ci se tait; et, songeant que toute la responsabilité des événements pèsent sur ce monarque, il excuse son injuste véhémence , et sa valeur , au-dessus du soupçon , ne veut l'en faire repentir qu'en courant à de soudains exploits. Ce fils de l invincible Tydée, tout enflammé d'uri héroïque sang qui bout dans ses veines , brille de l'édat

dont le couvre uh impétueux courage, secondé par -la force et la jeunesse ; sa noble ardeur, qui sait envisager les périls, les mesurer, et les affronter sans pâlir, sait aussi-bien s'arrêter généreusement devant l'ancien ami quil rencontre dans la mêlée ^ au rang de ses adversaires. Détournatit ses armes par le souvenir de l'hospitalité sainte, il nous révèle, en un moment , que son cœur n est pas moins pieux et sensible qu incapable d épouvante. Ses coups savent choisir la route honorable de la victoire; la fureur du carnage ne Fenivre point; il s'élance en aigle à Utivers les hasards; et son ame belliqueuse domine les mouvements les plus terribles des .batailles. Vainqueur du dieu Mairs lui-même^ il n'est oie second des héros qu'à l'heure oii reparaît Achille. Comment le desâraxÂjai pinceau qui caractérisa ce modèle de vaillance, a-t-il pu dessiner les deux Ajax sans retomber dans les mêmes traits ? en peignant l'un magnanime , et les . deux autres téméraires; encore l'inégalité de vigueur ef ;d'audace distinguera- 1 -elle les deux frèreà entre eux : l'Ajax , indomptable fils de Télamon , enhardi par la force du corps, -se montre impitoyable et farouche ; l'emportement brutal de ses sens ajoute à la férocité de son naturel ; il signale bien moins l'amour de la gloire que la frénésie des batailles; il s'aveugle en face de la mort que ses robustes bras rejettent sur tout ce qui l'approche; il ne frémit que de la retraite et des ténèbres où Jupiter, qu'il brave, peut ensevelir les éclatants efforts de sa rage guerrière. Que papportefons-nous de Teucer , si remarquable par une valeur ^f c««^*rw

' ■ * » de plnsieun

mêlée d'une juste prudence P dldoménée> de qui le$ «tre» héros.

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aiM ont rallenti les démarches sans affaiblir Félan de son courage? de Patrocle, dont le lustre héroîcjue est comme un rayonnement de la splendeur de son inTiiicible ami ?

Il renverse dans lautre armée le généreux Sarpédon , impossible à confondre encore avec son célèbre frère dont il parut quelquefois le digne émule. Ne croirait-on pas que le poète ait épuisé jusqu'à ses dernières nuances en ces groupes belliqueux? Non, Fabondance en est intarissable; il répand des couleurs aussi fortes, et peut*étre plus riches sur ioa ^SmÛ^, adorable Hector. Le ton pur, la touche mâle et gracieuse de ce beau caractère en font le modèle parfait des guerriers saintement armés pour leurs dibux, pour leurs foyers, pour leur pays, et pour leurs familles; mélange inexprimable de tendresse, de patriotisme, de courage et de vertus domestiques. Il allie la piété filiale et firatemelle, Tamour conjugal, et la paternité sensible au dévouement absolu d'une vie consacré à la défense de tous les liens. les plus chers, auxqods il s*arrache, en s'offrant chuque jour à la mort. IL poursuit les assiégeants, la flaqime à la main, dans le sein de leurs camps et jusque sur leurs vaisseaux^ et lorsqu'il a fait fîiir les plus redoutables, s'il fuity abandonné t seul devant Finsurmontable Achille entouré de son armée, cette fuite ne saurait avilir son héroïsme trop sigsalé; elle devient la frappante image de la terreur qui peut saisir la bravoure lasse et désespérée après mille victoires superflues f:et cette épouvante grandit la stature idéale du demi-dieu qui la fait naître. La foule des guerriers

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d'Homère , on les admire ; mais son Hector', plus ad* mirable y on le pleure. Son courage ne ressemble pas à celtii de Pandarus qui lance une flèche perfide à Ménélas, pour rallumer le feu de la discorde prêt à s^teîndre, ni au courage d*Enëe, qui mesure les devoirs de Isa vaillance généreuse à la défaveur que les parents d'Hector lui font éisuyer dans leur coUr, sans le refroidir pour leur salut ; autre délicate nuance de cet inimitable tableau , où tons les degrés de là vertu guerrière se caractérisent depuis le fils de Pelée, qui en est la suprême hauteur, jusqu'à la dëgradatioii de Paris, là' mollesse de celui-ci ne mérite lé nom de lâcheté qu'en comparaison' avec tant d^hôihmes audacieux dont il ne peut soutenir le parallèle. Piqiié des remontrances de son frère, il ne refuse point de courir ' au' tihamp de l^itaille pour Tacquit de son honneur ; il s^y soutient avec noblesse ; son semblable passerait encore pour assez brave , non dans' nos camps, mais dans nos villes; et si la jactancé, exaltée en lui par le luxe éblouissaîni! des armes dont il se pare, relevait une beauté pareille «eh quelque galant cavalier, sa fougue bondissante et légère né paraîtrait pas hiéprisable à nos modernes Hélènes. Celle qu'adorait \ë beau Troyen , infidèle épouse d*un béros grec , et conséquemment juge non moins experte du vrai courage que les femmes des guerriers firariçais, accuse soti amant des goûts efféminés que lui inspira la volupté dans àes 'bras. A la nouvelle du défi qtté lui adresse Ménélas, et aux approi^hes du duel entre eirx prôNfoqùé, cette beauté se sent ellemême assez couràgeoèe , -en ^suyant les pleurs que

Canct^ de Pim.

Caractère d'Hélène.

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lui a coûtés sa faute, pour accueillir agréablement ridée dun retour à son premier époux et aux douceurs du nœud marital qu^alors sa versatilité regrette; tant les belles sont douées dune secrète hardiesse à braver les changements detat, et à réparer généreusement leurs torts par de tendres raccommodements! Ce vague et passager mouvement d*hésitation féminine entre deux objets trahis à-la-fois dans la pensée, est y selon moi, Tun des traits les plus finis du caractère d*un sexe charmant et volage. Il ne ^pouvait t*échapper, Homère, tu saisis le vrai si naïvement! A cette inconstance, tu sais unir encore la timide séduction qui penche son ame vers le noble Hector^ dont les égards la remplissent d'une pudeur rougisr santé, et dont la vertu, qui la tient en respect, ébranle à son insu lamour qu'elle promit à son coupable frère. Tu révèles jusqu'aux plus intimes secrets de ses affections mobiles et partagées. Tu la suis sur les tours d^lion, sur les créneaux de la citadelle, où Fentraïuent ses émotions, sa curiosité, et cet empressement bien caractéristique de sa coquetterie et de son inquiétude; tu la suis dans tous les lieux où la transporte sans cesse le besoin de se déplacer , de distraire son tourment, de briller publiquement aux yeux éblouis , de les interroger sur ses appas , sur sa honte , et même de défier les jugements dont triomphe sa beauté. Laissons apprécier la vérité de cette situai tion agitée à nos actives Aspasies, dégénérées de 1 esd AncL^omaque. prit ct dc lelégancc attique. Elles jugeront moins bien que les femmes délicates et vertueuses du recueillement sédentaire d'Andromaque : craintive, au fond

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de sa chambre nuptiale, à peine ose-t-elle en sortir ^ et traverser sa ville dont les malheurs l'affligent ; ses mains brodent les vêtements guerriers du héros son mari, dont elle invoque le retour, en soupirant au milieu de ses compagnes. Le seul bruit de son retour la tire de la retraite où ses soins lui préparaient un bain réparateur. Elle passe, voilée, jusqu'aux portes Scées que va franchir son Hector, et sa marche hâtive est suivie de son enfant porté par une fidèle nourrice. Voilà sous quel appareil son époux la rencontre; les grâces de sa maternité font sa seule parure. Le poète ne néglige pas de caractériser l'enfance dans l'effroi d'Astyanax, à la vue du panache flottant sur la tête de son père, qui ôte son casque pour Tembrass^r. Le noble couple rassure la peur de lenfant par un sourire mouillé de larmes; expression sublime de la tendresse alarmée qui dicte à ces deux époux des adieux dont le touchant souvenir est immortel. La maternité^ mêlée à l'amour conjugal dans le cœur de la jeune Andromaque, n*est pas moins bien dépeinte sous les traits qui lui sont propres dans l'âge avancé de la féconde Hécube. Le pathétique de ce personnage nVst surpassé que par les effets profonds du caractère de l'auguste Priam. Père de^?»»* et véritable roi tout ensemble, il se montre en effet doublement paternel; il souffre dans tout ce qui tient à lui; ses entrailles s'émeuvent à-la-fois pour ses fils et pour ses sujets, pour ses brus, pour leur nombreuse race, et pour sa vaste cité. Ses pas, ses discoiurs^ ses anxiétés, sa diligence, son attachement aux uns,* son indulgente faveur pour les autres, ses fai-

blesses même envers Paris, et sa brusque inégalité dans sa cour, après la perte d'Hector, dernier soutien le plus précieux, il nest rien qui ne manifeste la bonté du cœur de ce monarque. Une première demarche la signale ; il mène son fils adultère jurer un traité de paix solennelle que doit sceller son combat singulier avec Ménélas; et, demandant aux Grecs rassemblés de ne pas rester témoin du péril de son fils, spectacle qu^il ne pourrait soutenir, il se retire après le sacrifice. Combien, s il n'ose assister à une lutte dont l'issue est douteuse, éprouvera - 1 - il d'affliction en allant lui-même chercher le corps d'un autre fils qu'il chérissait davantage , et en touchant , pour lob* tenir , les mains sanglantes du destructeur de toute sa race ! Tels sont les puissants mobiles de tant de caractères humains et invariables, si distinctement tracés par ce poète que le faible chantre de Henry décréditait en l'accusant de n'avoir peint que des héros grossiers, des dieux grossiers^ et des sentiments analogues à leurs temps barbares ; et au mérite duqud il n'accorde que d'avoir ieté quelques semences de philosophie et quelque idée du destin parmi des rêveries et des inconséquences (i). Si Voltaire, qui, n'ayant plus à vaincre ses contemporains , tourna sa jalousie contre l'antiquité qu'il crut effacer, avait respecté ses propres suffrages et le tribunal de l'avenir, il n'eût pas poussé la vanité jusqu'à vouloir déprimer le chef-d'œuvre dont la prépondérance l'écrase. S'il eût bien compris

(i) Volt, dictionnaire philosophique, att. Destin.

1 ancien système allégorique, il neût pas trouvé les dieux d'Homère grossiers comme ses héros ; il ne lui eût pas semblé bizarre qu'au moment où Jupiter re* nonce à prolonger la vie d'Hector, Apollon, qu'il ridicule sous le sobriquet de son génie gardien , àbandoifnât ce héros prêt à périr; car il eût pensé que ce dieu ne figurait autre chose que la lumière du jour enlevée au guerrier par la mort. De même , lorsque Achille en courroux tire à demi son épée contre Agamemnon, la déesse, qui lui saisit les cheveux et qui retient sa main^ n'est que l'image de ce rayon subit de prudence qui réprime en lui l'emportement de la colère. Mais nous avons déduit ces ressources du merveilleux ; disons seulement qu'Homère , si ha* bile à différencier les caractères humains, n'exerce pas un art moins exquis à varier ceux de ses divinités, conformément à leurs attributions religieuses, aux allégories naturelles , et aux traditions chimé* riques. Je m'épargne le soin superflu de vous exposer le dénombrement de ces divins acteurs qui ne se démentent pas plus que ses acteurs réels dans les scènes multipliées de sa fable. N'ai-je pas omis plus d'objets que je n'en ai cités ? Est-il possible d'énumérer cette quantité de personnages marqués par mille nuances toutes diverses, et qui prouvent que leur auteur avait tout vu , tout entendu , tout dessiné ? Copions-le comme a fait Virgile : si nous ne pouvons surprendre la nature , nous serons encore à côté d'elle.

On me demandera pourquoi je n'ai pas encore défini dans ce grand tableau le caractère qui s'en dé-

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tache si éminemment en relief sur le premier plas des figures principales, celui du merveilleux Achille. C'est que lanalyse de ses qualités rentre dans la huitième condition épique , et qu il me faut à son ^rd Lcf psMioM. vous parler des passions dont Y Iliade entière est ani* mée. Une chaleur d'enthousiasme qui la remplit d'un bout à l'autre semble comme luri feu sacré qui Fenflamnie. Le poète, entraîné par les passions qu'il décrit, et qui dans mille endroits le passionnent luimême, n'a pas l'air d'avoir le temps de narrer; elles l'interrompent sans cesse , elles-mêmes prennent la parole, s'interpellent , se répondent, et se signalent par les expressions du courroux, de la crainte, de l'espoir, de la menace, de l'ironie, et de la douleur. Les dieux , les guerriers , qu'elles précipitent les uns contre les autres , se provoquent et se heurtent avec l'impétuosité des éléments déchaînés. Elles agitent avec une égale fureur et la terre, et la mer, et le ciel, et se combattent jusque dans les plus hautes régions de l'Olympe, et jusqu'au fond des enfers. Dès le premier chant^ ce sont elles qui ouvrent la scène; elles suscitent la discorde entre l'orgueil d'Atride^et la véhémence d'Achille. Bientôt leur souffle embrase le sein de Diomède et des violents Ajax, qui, transportés par l'infatigable ardeur de la gloire et par la furie du carnage , traversent les champs du Scaniandre, pareils à des tempêtes. D'un autre côté, le brûlant amour de la patrie , passion courageuse et invétérée dans Famé d'Hector, étincelle en ses regards plus terribles que ceux de Méduse , éclate dans ses clameurs belliqueuses , le plonge à travers

des flots de sang et de poussière , et fait briller en ' ses mains les torches qui vont incendier les tentes et les flottes ennemies. Cependant une passion plus fatale et plus profonde que toutes ces passions dont la fougue milite ensemble, cest celle qui enchaîne à son repos Fobstination de l'implacable Achille, pasTion^ spectateur oisif des désastres qu'il cause par le seul refus de son bras. Quelle conception qu'une telle immobilité soit le ressort passionné de toutes les forces agissantes! Là, le résultat donné par loriginalité du plus entier caractère atteste l'inspiration dun génie incomparable. Admirez là savante combinaison de rinventeur. Labsence du héros durant les deux tiers de la fable ly maintient toujours pré- 5ent, par les effets des malheurs que produit la passion qui récarte de l'armée; et en l'isolant, elle le place au-dessus de tous ses rivaux de gloire. Mais quelle est cette passion qui le captive et l'éloigné? la colère; et la sienne est d'autant plus aveugle et vindicative, quelle naît de la plus irascible fierté. Nous avons remarqué qu'Homère imprime des généralités étendues à ses principales physionomies: o^nëniit^i c'est ainsi qu il figure dans le vieux Priam la pa- d'ào»*'» ternité royale, dans Agamemnon l'impérieuse souveraineté. Quelle image collective a-t-il concentrée dans . AcHiLLB P l'humeur orgueilleuse et indomptable d'une ABMÉE. Blessé dans son fier honneur, dépouillé du prix de ses exploits, brûlant d'exterminer le jphef qui le lui arrache , et furieux de ne pouvoir ron^pre le joug forcé de la discipline , il se venge par le bejBoin éprouvé qu'on a de sa valeur, et jure qu'il la

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tiendra plutôt oisive que de s armer pour un prince altier qui Toutrage. Ses compagnons d'armes périront; son implacable ressentiment entendra leurs cris sans pitié) sourira même à leur défaite sanglante. Il n'est pour lui plus de devoir, plus d'intérêt commun, plus de gloire du pays, depuis que la sienne fut hu* miliée. Achille, irrité par une offense personnelle qui l'endurcit aux maux de tous , laisse égorger ses compatriotes pour contenter les vœux de sa muette colère. Tel est l'homme que regardait Alexandre comme le type de Phéroïsme des guerriers : faites-lui subir un parallèle avec Brutus-l'Ancibn condamnant ses propres enfants à là mort pour défendre tes lois de la patrie , avec le dictateur Camille immolant le souvenir de sa propre injure au salut de sa cité natale , avec le magnanime Gaton se sacrifiant soi-même à la mémoire de la liberté publique; tels sont les autres hommes que l'histoire nous offire en modèles de P héroïsme des législateurs. Comparez^ et vous évaluerez la frénétique passion d'Achille à son juste prix.

Homère ne voulut pas la rendre contagieuse, puîsqu'en la peignant telle qu'il l'a pu voir dans les camps, son art ne la donne pas en exemple , mais en leçon ineffaçable contre l'ivresse de l'orgueil militaire. Il TOUS montre ce superbe comme un prodige de tous les extrêmes; la supériorité de sa muse pouvait seule embellir ce monstre d'égoïsme glorieux et d'inflexibilité sanguinaire. Que de soins ne prend-il pas pour adoucir la dureté des traits de son ame farouche et morose, par l'image de sa beauté, de sa jeunesse

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ornée d'une blonde chevelure, de son agile vigueur, des talents qu il reçut de Chiron , de son goftt à toucher la lyre , et de cette empreinte de sombre rhclàn"* colie qui) sans cesse, présente à sa vaillance extraordinaire laspect d'une mort inévitable et prochaine;' car le poète s est bien gardé de le jamais dire invulnérable, il atteste le contraire par la voix d'Agénor et des autres ennemis qui méditent son trépas, certain de rehausser par-là lopinion qu'on preAd dé soti courage ; il prononce à ce dessein la liberté qu'il a dû* choix de vivre ou de mourir, ainsi que rexjfriihéht les vers de notre docte tragique :

« Les Parques à ma mère, il est vrai, l*ont prédit,

« Lorsqu'un époux mortel fut reçu dans spn lit : v

« Je puis choisir , dit-on, ou beaucoup d'ans sans gloii^«

« Ou peu de jours suivis d'une longue mémoire.

« Mais, puisqu'il faut enfin que j'arrive au tombeau,

« Voudrais-je , de la terre inutile fardeau ,

«Trop avare d'un sang reçu d'une déesse, .

« Attendre chez mon père une obscure vieillesse;

« Et , toujours de la gloire évitant le sentier ,

« Ne laisser aucun nom, et mourir tout entier ?

Ce n'est pas tout : Hpmère tire de ses vices même les nobles qualités qui Thonorent, La fougue d» bouillant Achille ne souffre en lui ni contrainte ni détours y tiop incapable d effroi pour n'être pas sincère 9 sa propre bouche déclare que l'homme qui ment £t déguise la mérité dans ses paroles y lui est plus odieux que les portes de V enfer. Triste et solitaire en sa tente, il a cédé sa. belle Briséis sans répandre une larme de

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regret; ce nest pas Famour <)ui le peut charmer^ c est le désir d'une impérissable mémoire; il ne pleure que son affront; il lui tarde que le sang des Grecs lui paie les larmes de sa rage. Cette passion aldère, qui désarme ses mains , le ferait croire insensible à toutes les affections humaines; mais son excès est balancé dans son cœur par une autre passion qui ne s'éteindra qu'avec sa vie; Tamitié^ la tendre amitié , sentiment pur et sublime, participe en son être à tous les transports de sa violence naturelle. A peine ▼a«t-on lui annoncer la perte de son ami, que dans sa douleur effrénée, plus implacable encore qu*en son ressentiment, il oubliera Toffense des Atrides, ne voudra plus que venger la chère moitié de luimême ; et rugissant dans les combats, et déchirant mille victimes , fera tout tomber sous les coups portés par la passion de son désespoir. La féroce indépendance de cet Achille, qui n'a d'autre arbitre que soi dans ses querelles, qui n'agit que par sa propre impulsion, qui ne fait rien que pour lui-même, l'emporte, après sa victoire sur Hector, à s'affranchir envers son ca« davre de tous les liens des bienséances , de toutes les lois de Thumanité. On en frémirait d'horreur, si le nom de son cher Patrocle, qu'il croit ne pouvoir assez venger, ne se mêlait à ses actes de barbarie; et c'est cette fureur passionnée qui rend son caractère souverainement épique; inexorable au milieu des partis dont les succès où les revers dépendent de son repos ou de son action, il a lair d'être le dieu du

L'intérêt dcstiu dcs armécs.

'"«"fTbil.*** A la seide volonté de ce héros extraordinaire s'al-

DE. LITTÉRATURE. a6i

tache TiN^TÉRET, ou pour mieux m expliquer, le nœud central de l'épopée entière. La force de cette condition ne Ait nulle part plus sensible qu'en ce poëme où l'unité d'action, jointe à l'unité de héros principal , ne comporte qu'un nœud unique. Achille s est retiré des batailles; Jupiter a pramis que sa querelle serait vengée; les Grecs périssent vaincus par les Troyens; et l'orgueil d'Agamemnon , trop aveuglé par sa confiance en ses titres, est humilié jusqu'à solUciter d'Achille l'oubli de son offense, au prix d'immenses richesses et de l'offre d'une quantité de belles esclaves , en compensation de l'enlèvement de sa Briséis, quil lui rend encore avec elles. La déplorable situation du camp, le choix des plus nobles chefs députés vers le héros pour le fléchir , leuï* incertitude de pouvoir surmonter ses déterminations absolues, tout coïncide au véhément intérêt d'une ambassade de laquelle dépend la fin d'un danger imminent. Cet admirable nœud se forme et se resserre par les ressorts les plus puissants de 1 éloquence ; trois discours consécutifs , suivis de trois répliques d'Achille ^ rassemblent; en cet endroit, le complément des beautés oratoires; toutee que peuvent produire les genres démonstratif, délibératif, narratif, modéré , sublime , et passionné , s'y trouve réuni. Si nous ne nous étions fait la loi de ne recourir en ce sommaire à aucun témoignage d'autrui , et de n'appuyer nos motifs d'admiration que de nos propres sentiments, nous ferions intervenir l'autorité de Démosthènes et de Quintilien en faveur de ces harangues, qui leur parurent des modèles pour les orateurs. L'empreinte des humeurs

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diverses des personnages se grave en chacun avec une étonnante variété. Ulysse expose le sujet en un exorde plein de clarté, d'adresse, et dlnsinnation ; il ne néglige, dans -le cours du discours, aucun. moyen de persuader, d'entraîner, et de convaincre : avec quel art il atténue les torts de FofFenseur, tandis qu'il exalte les vertus généreuses de loffensé, et qu*il radoucit en le flattant ! ce n'est qu après lavoir attaqué par toutes les raisons , et séduit par les plus riches présents, qu'il s'adresse à son cœur dans une péroraison fondée sur la peinture du malheur des Grecs et des triomphes d'Hector , dont il ne parie qu'afin de piquer la jalousie d'Achille , intéressée à le repousser. Celui-ci plus obstiné dans sa colère qu'Ulysse n'est éloquent, puise les arguments de sa vive réfutation dans le souvenir- de l'injustice et dans l'équité de son ressentiment; sa passion semble raisonner plus profondément que la raison même : que de grâce, mêlée a la force de ses paroles ! Je n'en citerai que quelques-unes, tirées de la traduction nouvellement publiée par M. Dugas-Montbel, traduction remarquable en notre langue par une rare élégance , qui me paraît n'avoir rien coûté à la fidélité du texte grec : si je choisis cette dernière, écrite dans le vrai goût des anciens , c'est qu'elle nous fournit le plus récent hommage à la gloire de notre plus antique modèle.

« Un sort semblable (dit Achille) attend le guerrier « qui fuit les périls , et le guerrier qui les af&onte; le lâche « et le vaillant jouissent des mêmes honneurs; le soldat « oisif et le héros fameux par mille exploits meurent éga- « lement. Je n'ai recueilli aucun fruit de tous les maux

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« que j'ai soufferts , moi qui , toujours , exposai ma vie « pour vous défendre. Comme Toiseau apporte à sa couvée, « encore sans plumes, une nourriture ravie parmi les dan-^ « gers ; ainsi j'ai passé de longues nuits sans sommeil ; « ainsi mes jours se sont écoulés au milieu du carnage , « combattant de vaillants ennemis > pour les femmes des « Atrides. »

n énumère ses longs services ^ il rappelle qu une humiliation en devint le salaire: son noble désintéressement se caractérise par le refus de tous les présents d^Agamemnon, qu'il désigne, sans le nommer, réticence . naturelle à la haine : son nom odieux l'irriterait encore; il méprise fièrement et ses dons et lui. Son dédain lui laisse Briséis ; il rougirait même d'accepter Tune de ses filles en mariage, dût -elle lui apporter en dot les trésors de vingt royaumes. Notons cette circonstance , qui nous atteste que la fable de Vhymen et du sacrifice d'Iphigénie fut une invention postérieure à \ Iliade. Enfin, après la récapitulation de ses griefs, sa passion lui j$uggère toutes les formes animées de la plus orgueilleuse ironie, et termine en déclarant son projet de quitter l'armée et de repasser les mers dès le lendemain. A la vigueur de ces discours succède le grand pathétique de celui du sage Phénix; c'est là qu'une prosopopée fameuse personnifie les prières suppliantes. Une courte narration, amenée en incidence , revient au fonds du sujet auquel s'applique un puissant exemple du repentir qui suit les excès de la colère. Ce récit de Phénix , comparable à ceiix de Nestor, n'est pas, comme l'ont pensé les critiques , une superfétation , mais une beauté

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très -louable; car outre TaTantage de senrir à imr* qaer les traits de la Tieillesse dans ces héros , il ajoute à retendue de la conception générale. Ces continuels ressoQTenirs des hommes qui Técurent contemporains des Centaures , de Pirithoûs, et de Bellérophon , rattachent dans tout FouTrage la mémoire des fastes de la génération la plus reculée à celle que tous rend présente et virante la grandeur des tableaux de YHiade^ qui vous fait assister ainsi , par Vintenrention des vinllards, au spectacle de plusieurs âges écoulés devant ces che& de races. Vous napprenez les détails de Fenfance d* Achille et les avis paternels de Pelée, que par les redites inspirées à la tendresse de son Tiens gouvemeur. Achille , sans s'amollir encore , renont^e pourtant à fixer le jour de son départ , mais il promet de ne jamais changer de résolution à Tégard des Atrides : alors Ajax interpelle ses compagnons, et par un tour indirect il leur dépeint la dureté de rhomme qui méconnaît les droits de la patrie, de la commisération, et de l'amitié; puis, attaquant Fimpitoyable héros par la tacite de Fapostrophe, il le confond en lui reprochant son ingrate et farouche insensibilité. Achille, cette fois, ne répond |dus qu'il partira , ne jure plus de ne point conibattre ; cepen* dant, par une gradation progressive des effet» que produit 1 éloquence sur les cœurs les plus inflexibles, il se relâche en ce point qu'il entrevoit la nécessité de reprendre le glaive, si l'audacieux Hector vient menacer sa tente ou ses vaisseaux ; mais il persiste dans son refus irrévocable envers Agamemnon , qu'il abandonne à ses périls ainsi que toute Farmée. Con*

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sidérez ici plusieurs choses : Téloquence d*Ulysse est celle de lart, et ses subtiles finesses échouent contre 1 énergie du naturel : l'éloquence de Phénix, est celle du sentiment, elle attendrit, et balance les résolutions, sans les changer : Féloquence d'Ajax est l'expression d un mâle courage et de la vérité ; elle déconcerte Tobstination quelle ne peut vaincre. Je ne crois pas qu'on ait jamais plus savamment représenté la lutte de l'éloquence contre une volonté inébranlable, et les degrés insensibles des variations d'un cœur superbe. Ce seul morceau nous prouve qu'Homère n'ignorait ni les secrets de l'esprit , ni les mystères de l'ame; il consacra tout un chant à ce magnifique nœud de l'épopée , tant il en reconnut l'importance. Les ambassadeurs vont rapporter la fatale réponse d'Achille au camp des Grecs ; et le refus du secours de ce héros prolonge les vicissitudes du sort de tous les acteurs de la fable. Les nœuds partiels et secondaires de tous ses chants sont aussi-bien tissus et proportionnés aux actions qui concourent à l'action principale. Je ne ferais, en les décomposant l'un après l'autre, que multiplier mes éloges du plus docte des poètes. CH)servons seulement que de chacun de ces nœuds dérive une surprenante péripétie.

Traitons cette dixième condition comme nous avons ^* p^rip^ut». traité la précédente : Homère nous conduirait trop loin si nous prétendions le suivre pas à pas ; et quelque détaillé que pût être notre commentaire des péripéties marquantes qui jettent tant de charme en ' son ouvrage , et qui sont la source de tant d'émotions - inipréyues dont il pénètre ses lecteurs, nous n'aurions

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