L ESPAGNE ET LE PORTUGAL
défiait trop des hommes et il lui manquait les vues larges de son père. — Après avoir terminé la guerre contrôla France par le traité de Cateau-Cambrésis, il quitta les Pa^'s-Bas et se rendit en Espagne où il fixa définitivement sa résidence. L’événement le plus important de son règne fut la révolution des Pays-Bas qui amena la séparation de la Hollande. En Espagne Philippe II eut à lutter contre plusieurs insurrections des Mauresques qui, bien que baptisés, continuaient à professer secrètement l’islamisme. Il ne fut pas toujours heureux dans ses guerres "contre les Turcs, qui furent défaits par Don Juan dans VAbataille déLépante, mais qui défendirent avec succès leurs possessions en Afrique, où Philippe II avait l’intention de fonder un royaume chrétien. La réunion du Portugal et des colonies portugaises sous le sceptre de Philippe II accrut la puissance de ce prince et le dédommagea de la perte des provinces hollandaises. Cependant la grande expédition qu’il organisa contre l’Angleteire échoua complètement; le duc de Médina- Sidonia ne put ramener en Espagne que quelques débris de la Flotte invincible. La guerre qu’il avait entreprise en France sur les sollicitations de la Ligue contre Henri de Navarre se torrnina'par la pai.v de Vervins. Ces
mcDtüans le choix de ses ministres et de ses généraux ; quoiciuo lier, il était accessible à ses sujets, écoutait leurs plaintes, modérait, pour ne pas les efTrayer, la sévérité de son regard et faisait droit à leurs justes réclamations. »
— Guerre contre la France (1 557-1 Victoire de Si-Queniin remportée sur les Français (l’an 1 557). Paix lio Cateau-Cambrésis (l’an 15.59) ; les conquêtes faites dos deux côtés sont rendues. Départ de Philippe II pour l’Espagne (l’an 1559). — Guerre dans les Pays-Iîas et [séparation des sept provinces unies (voyez le § suivant). — Il y avait en E.spagne un grand nombre d’habitants descendant d’anciennes familles arabes et désignés parle nom de i/aurcsi/uM, qui continuaient à pratiquer l’islamisme en secret et pervertissaient mémo un bon nombre de chrétiens. Philippe 11 leur interdit l’usage de leur langue, de leurs vêtements et des bains. Plusieurs insurrections éclatèrent, et le roi fut obligé d'employer des mesures énergiques pour sonmeiire les rebelles, qui avaient conclu des alliances avec les musulmans d’Afrique et avec les Turcs. Guerre contre les Turcs et bataille de Lépante (Pan 1571). Prise de rt/nù par Don Juan d’Autriche (l’an 1.573); cette ville est reprise parles Turcs, (l’an 1547). — Réunion du Portugal à l’Espagne (voyez ciêdessus). — Guerre contre Elisabeth d’Angleterre (voy. plus haut, p. lOî )
— Procès de Don Carlos, fils du roi. Ce prince avait conçu le projet d’assassiner son père ; il mourut en prison ; Philippe 11 lui pardonna auparavant
nombreuses guerres épuisèrent les ressources de l'Espagne; cependant on ne peut pas faire à Pliilippe II le reproche d’avoir mal administré les finances de son royaume. Madrid était devenue la résidence ordinaire du roi ; Philippe y bâtit le célèbre palais de XEscuriaîy où il mourut d’une maladie douloureuse supportée avec une résignation vraiment chrétienne.
L’eSPAGNE jusqu’à la séparation du PORTUGAL ET LA
CONCr.USION DU TRAITÉ DE WESTPHALIE ( 1598 - 1648 )-
Philippe III, prince d’un caractère indolent et faible, abandonna le gouvernement au duc de Lerme, son premier ministre, qui subit lui-méme l'ascendant d’un homme de basse extraction auquel il conféra le titre de cornue d’OKua. Philippe conclut la paix avec l’Angleterre et continua à soutenir l’archiduc Albert dans la guerre contre la Hollande. L’expulsion de toute la population mauresque fut l’événement le plus important du règne de ce prince : cette mesure fut provoquée par une vaste conspiration que les Mauresques avaient tramée et dans laquelle étaient entrés le prince de Maroc et le roi Henri IV de France. L’Espagne perdit ainsi un grand nombre d’habitants qui se retirèrent en Afrique ; cependant il n’est pas exact de considérer l’expul-
et lui donna sa bénédiction : quelques auteurs modernes ont émis é ce sujet les accusations les plusabsurdes contre Philippe II. — Intervention de Philippe Il dans les guerres de religion en France (voyez plus haut, page, 1l8j. Il cède la souveraineté de la Rcigique h sa flile Itabelleet 6 son gendre A Iherl d’Aulriche(voyez le § suivanil.
PniLippE III (I598-If)6t), prince bon mais sans énergie, avait cependant reçu une éducation soignée ; son pèreJ’avait fait assister aux délibérations du conseil d'Etat pour l’initier aux affaires publiques. Il éloigna les conseillers de son père et donna un pouvoir presque absolu au marquis de Dénia, qu’il créa Duc de Lemre. Celui-ci se laissa dominer par un homme entreprenant et hardi, Rodrigue de CaUeron, qui de simple soldat devint comte ifOlica et qui se rendit odieux par son arrogancét Guerre des Pays-Bas (voyez le § suivant). Paix de Londres conclue avec Jacques I (l’an 160i). Expulsion des Maureequet (l’an 1G09) : le nombre de ceux qui quittèrent alors 1 Espagne s’élevait a 7 ou 800,000. Les auteurs modernes attribuent b tort b cet événement la dépopulation de l’Espagne ; elle provenait de plusieurs autres causes : 1* de la mort noire, grande épidémie qui, en 1350 et 13(j1, avait enlevé les deua: liere de la population ; 2° de la conversion d’une grande partie de terres labourables en péturages pour d'immenses troupeaux de moutons, désignée sous le nom de prieiUge de la
l/liSPAGNE ET LE PORTUGAL.
sion des Maure sques comme l’unique ou même la principale cause de la dimi nution de population dans ce pays Le puissant duc de Lerme, après avoir réussi à obtenir le chapeau de cardinal, finit par être disgracié et fut envoyé en exil. Philippe III mourut peu de temps après et laissa le trône à son fils Philippe IV. — Ce prince avait encore moins d’énergie que son père; mais il trouva un ministre capable dans la personne du duc d'Olioarôs qui travailla sérieusement à relever la prospérité intérieure de l’Espagne, tout en lui conservant son influence comme grande puissance européenne. L’habile ministre ne put cependant pas atteindre ce double but ; la nation espagnole manquait alors d’énergie, et de plus les ressources financières du pays étaient complètement épuisées. Olivarès eut en outre à lutter contre le puissant génie de Richelieu, qui fit échouer tous ses projets et qui travailla à abaisser l’Espagne, pour affaiblir la maison de Habsbourg. Le duc d’Olivaros soutint d’abord la cause de l’empereur Ferdinand II dans la guerre de Trente-Ans et combattit à la fois contre la Hollande et la France. Mais les troubles qui éclatèrent en Espagne le forcèrent de renoncer à la guerre. Une révolte en Catalogne fut suivie d’une insurrection plus formidable en Portugal.
nifala ; üe I expulsion des juifs et des maures sous Kerdiiiand et Isabelle ; 40 d’une émigration considérable pour le Mexique et le Pérou. Disgrâce du duc de Lerme(ranl6i8) et exécution du comte d'OIiva qui était accusé d'une foule de crimes par ses ennemis. Mort de Philippe 111 (lan 16il). — jPut- Lippe IV (163v-t665). Leduc d'OIirarèi, hommed'un grand to'ent, auquel le roi donna sa confiance, travailla sérieusement il porter remède aux maux qui allligeaient sa patrie ises elTorts échouèrent contre l'apathie de la nation espagnole, à laquelle les immenses richesses affluant l'Amérique avait fait abandonner toute espèce dindustrie. Le commerce de l'Espagne eut beaucoup à soulTrir des Hollandais et des Anglais ; plus d'une fois les flottes espagnoles revenant de l'Amérique tombèrent entre les mains de ces ennemis. Olivarès conçut le projet d’établir des impôts fixes dans tous les pays soumis à la couronne d'Espagne et d'organiser une armée régulière de 140,000 hommes, pour laquelle chaque province devait fournir son contingent ; mais les Etats dés provinces s’y opposèrent Révoltes des Catalans U’sn 1640-1661). Révolution de Portugal ; Jean de Bragance, descendant de Catherine, fille d’Emmanuel, est élevé sur le trône (l 'an 1640) et s'y maintient contre l'Espagne. Disgrâce du duc d'OIivarèsfl an 1643). Traitéde Munster entre l’Espagne et la Hollande {l’an J 648 . Voyez Schaefer, Histoire lie Portugal, 4”” vol.
Mécontonts de lu domination espagnole, les Portugais se soulevèrent et proclamèrent roi le duc de Bragance sous le nom de Jean IV. L’indépendance du royaume de Portugal fut ainsi rétablie avec l’élévation de la maison de Bragance. Peu de temps après, le duc d’Olivarès tomba en disgrâce. Dans le traité de Wesphalie Philippe IV fut obligé de reconnaître l’indépendance de la Hollande. La décadence de l’Espagne fit dès lors des progrès rapides.
IV. — GCEUIIES DE KEUGION DANS LES PAYS-BAS JOSQU’a LA PAIX DE SIUNSTEB. ( I 5 (il - 1 0*s).
Gouvernement du duc d’albe (1567-1573). — Lorsque Pliilippe II envoya le duc d’Albe dans les Pays-Bas, la iranquilliic s’y trouvait rétablie, grâce aux mesures prises par la gouvernante Marguerite de Parme. Le duc y arriva à la tête d’une armée do vingt mille hommes, avec l’intention bien arrêtée de punir les fauteurs des troubles, qui avaient désolé ces provinces, et de prendre des mesures énergiques pour rétablir l’autorité du roi. Son arrivée lut le signal d’une nombreuse émigration ; ceux qui se croyaient menacés sortirent du pays; le prince d’Orange,
IV. A cunsutter : Strada, De bello belytco — WaRenaar, Histoire, nationale (en hollandais) — Léo, Histoire des Pays-Bas. — Les ouvrages de De Gerlache et David, eités p. 48.
GouvEnsEMEXT Di' üic d’Aliie (\ovez plus haut, pag. 61). Caractère énergique du duc, qui sous Charles-Quint s’était distinguo comme général; il avait été témoin des suites fâcheuses qu'avait eues la trop grande condescendance de ce prince envers les protestants. 11 se proposait de punir les fauteurs des troubles, d'intimider les protestants pur des mesures de rigueur et de rétablir l’autorité de Philippe II. .Maison agissant avec une sevéïité excessive et en méconnaissant les droits les mieux établis, il favorisa les projets ambitieux de Guillaume d’Orange et contribua ainsi h la guerre de religion qui se termina par la séparation d’une partie des Pays-Bas d’avec la monarchie espagnole. Quoique le duc d’Albe mérite des reproches tres-sérieux, on est allé trop loin, en lui uttiibuant un caractère sanguinaire et en soutenant qu’il se faisait un plaisir de commettre desactes de cruauté ; toute la vie de ce grand capitaine conliedit lormellement cette opinion trop passionnée. — Arrestation des comtes d'Rymoni et de Homes et de quelques autres seigneurs (l'an 1667;. Abdication de .Varyuerite de Parme, qui se retire en Italie. Conseil des troubles, espece de cour militaire ixcei lionnclle, chargée de découvrir et de juger les instigateurs de troublés
Les oübrrrs de religion dans les PaYs-das. 133
un des premiers, s’éloigna avec nn certain nombre de seigneurs. L’arrestation des comtes à'Egmont et de Ho 'nes, par les ordres du duc d’Albe, décida Marguerite de Parme à donner sa démission de gouvernante des Pays-Ras et à se retirer en Italie. Le gouvernement passa aux mains du duc, qui institua un tribunal exceptionnel pjur juger ceux qui avaient pris part aux troubles : ce tribunal , appelé par le duc conseil des troubles, reçut du peuple le nom de conseil de sang. D’Egmont et do Homes furent condamnés à mort et exécutés à Bruxelles avec plusieurs autres personnages de distinction. Après avoir * dispersé les corps d’armée^ au moyen desquels le prince d'Orange avait envahi à la fois la Frise et le Limbourg, le duc d’Albe, pour se procurer de l’argent, fit lever dos impôts extraordinaires malgré l’opposition des Etats des provinces. Cet acte arbitraire augmenta le mécontentement que le gouvernement sévère du duc avait déjà provoqué.
Le prince d’Orange en profita habilement : ayant reçu dc.^ secours en argent d’un certain nombre de commerçants, il équipa une petite flotte qu’il plaça sous h commandement du comte Guillaume de la Mark et qui s’empara de la ville de Brielle dans la Zélande. Le duc d’Albe méprisa
dims les Pays-Bas (voyez plus haut, page SI ). Pn grand nombre de personnes appartenant b toutes les classes de la société émigrent ; le comni( ' ce en soutire. Le prince d'Orange attaque les Pays-Has avec quatre corps d’armée; son frère Louis de Nassau pénètre dans la Frise. Procès et fzéeution des comtes d’Egmont et de Mornes et de plusieurs seigneurs (l'an IbnS). Quelques auteurs portent i» 18.000 le nombre des personnes qui furent mises à mort et à 110,000 lo nombre do celles qui furent frappées do proscription ; ces chiUrcs sont très-exagérés. Le prince d'Orange est repoussé et obligé de se réfugier eu France. Le duc d’Albe se trouvant dans do graves embarras financiers, convoque les Etals-Généraux et obtient, par l’intimidalion, leur consentement à des impéts nouveaux; alors les Eta’s recourent au rot qui ordonne de suspendré l’exécution ries mesures décrétées par !o duc. .Mais celui-ci ne pouvant payer ses troupes, obtient une ordonnance royale pour percevoir les impôts do 10“;o sur les ventes do meubles, et 5°to pour les immeubles. Le peuple se soulevé dans plusieurs villes, même d Bruxelles (l'an 1571) L’amiral de Coligny conseille au prince d’Orange d’attaquer les Espagnols par mer. On équipe une petite floltillo de corsaires, appelés gueux de mer, sous le commandement de Guillaume de la Marck, seigneur do Lumey : elle compte 21 bêtiments. La ville le Brielle prise et devient le centre des opérations maritimes il’an 1572).
d’abord ces gueux de mer, comme OQ les appelait. Mais les provinces septentrionales se soulevèrent à leur tour contre la domination espagnole, et le prince d’Orange pénétra dans le pays de Gueldre, pendant que son frère, Louis de Nassau, prenait la ville de Mons. Le duc d’Albe reprit Mons, et son fils réduisit la Gueldre, la Frise et la Hollande, où il rencontra cependant une résistance vigoureuse; ce ne fut qu’après un siège de sept mois qu’il se rendit maitre de la ville de Haarlem. Le duc d’Aibe fut rappelé an milieu de ces circonstances difficiles et remplacé par le commandeur Don Louis de Requesens.
Les PAYS-BAS jusqu’à l’union d’utrecht (1573-1579). — Requesens poussa avec, vigueur la guerre contre le prince d’Orange qui avait de nouveau envahi la Gueldre avec des troupes mercenaires allemandes. H gagna la bataille de Mooherheide; mais il échoua devant la ville de Leyde, qui fut courageusement défendue par ses propres habitants. Il mourut l’année suivante, et le prince d'Orange qui était déjà parvenu à se faire reconnaître comme gouverneur (stathouder) par les deux provinces de Hollande et de Zélande, conclut avec les Etats-Généraux des autres provinces réunis à Bruxelles la pacification de
Insunection de toutes les provinces septentrionales des Pays-Bas : le prince d’Orange envahit la Gueldre; son frère Louis de Nassau s’empare de Mons. La flotte des insurgés est portée k 150 vaisseaux. Cruautés commises par les armées des deux partis : les troupes mercenaires, qui étaient mal payées, se dédommagent par le pillage. Le duc d'Albe reprend Muns (l’an 157ÎJ: son flis, Frédéric dt Tolede, soumet la Gueldre et la Frise; mais il est arrêté devant Haarlem pendant sept mois ; cette ville est horriblement maltraitée par les soldats (l’an 1573). Le duc d’Albe, peut-être sur sa propre demande, est rappelé.
GouvEn.^E»t^lT ne Reqiiesess (1573-1576). — Son caractère conciliant; il réunit les Etats-Généraux et publia une ainnfslie. Il continua la guerre dans la Zélande, province qui fut perdue pour l’Espagne après la prise de Middelbourg par les insurgés. Le prince d'Oranye envahit la Gueldre et y attendit ses deux frères Louis et Henri, qui avaient réuni un corps d’armée en Allemagne. Ces deux derniers furent défaits sur 1a bruyère de Moock, près de Nimèguc, et périrent dans la bataille (l’un 1574). Siérje de Leyde; les habitants percent les digues de la mer et forcent les Espagnols è lever le siège; fondation de l'université de Leyde. Siège de Zierickzée il’an 1575). Requesens meurt d’une flèvre pestilentielle (l’an 1576). — Le co.xsejl c’Etat