Cours complet de grammaire latine
Depuis longtemps les meilleurs esprits sont préoccupés d’une imperfection regrettable dans notre enseignement grammatical : je veux parler du manque d’unité. Nous possédens d’excellentes grammaires, mais toutes rédigées au point de vue exclusif de la langue à laquelle elles s’appliquent, Chaque auteur a son système, quelquefois meilleur que celui des grammairiens qui l’ont précédé, mais quelquefois aussi simplement différent. Il en résulte qu’une certaine confusion s’introduit dans l’esprit des jeunes gens qui étudient successivement ou simultanément les trois langues : la variété des définitions, la divergence et souvent même l’opposition des principes de syntaxe, nuisent à des progrès que l’unité de méthode, de plan et de nomenclature, rendrait au contraire plus certains et plus rapides. Les inconvénients sont les mêmes lorsque de l’étude de la langue française on passe à celle d’une langue vivante ; mais c’est surtout pour les trois langues classiques que l’unité d’enseignement peut donner d’excellents résultats. Elles dérivent l’une de l’autre : on doit' donc retrouver, à côté des particularités qui font leur génie propre, des principes qui leur sont communs à toutes trois.
Toutefois c’est peu de constater le mal, c’est même peu d’entrevoir le remède : le grand point est de l’appliquer, et pour en venir à la pratique il faudrait une sûreté de connaissances et presque une infaillibilité de doctrine dont moins que personne je puis me flatter. J’ai cependant entrepris ce travail, et avec quelque défiance que je doive penser et parler de moimême, je ne puis dire que j’aie abordé sans préparation cette œuvre difficile. Ma vie presque entière a été consacrée jusqu’ici à des publications classiques de nature à mettre sans cesse en rapport les trois langues : de nombreuses éditions ou traductions des auteurs grecs ou latins à l’usage des classes, d’autres essais de traduction plus littéraire sur Pindare, Homère, Plaute, les Pères de l’Église grecque, enfin plusieurs travaux lexicographiques, m’ont accoutumé à chercher sans cesse les points de rapprochement ou de contact entre le français et les langues anciennes.
Mais ces motifs n’auraient pas suffi pour triompher d’une timidité trop légitime, si le hasard ne m'avait placé, au point de vue de l’ouvrage que je méditais, dans des circonstances exceptionnellement heureuses. D’anciens travaux de collaboration sous une direction qui m’a été très-précieuse, et des relations plus récentes, mais dont je ne saurais trop me féliciter et Ca, Lxt. . a