‹ Cours complet de grammaire latineChapitre 3 sur 220 · E. SOMMER · texte numérisé non relu

E. SOMMER

PREFACE

Le Cours complet de grammaire latine que je publie aujourd’hui n’est que le développement des principes posés dans V Abrégé que j’ai publié au mois d’avril dernier. On y retrouvera donc exactement le même plan, le même ordre de matières, mais avec plus d’abondance et plus de détails que n’en comportait un ouvrage exclusivement destiné aux commençants. Dans l’abrégé, je n’ai fait que donner les règles générales avec les exceptions les plus importantes ; dans le Cours complet, j’ai passé en revue toutes les particularités qu’il est intéressant de connaître, mais je n’ai eu ni la prétention ni la volonté de tout dire. J’aL écarté tout ce qui a un caractère par trop exceptionnel, soit pour la forme même des mots, soit surtout pour les règles de syntaxe. Une construction un peu rare, une fois bien expliquée, mettra l’élève intelligent en état de comprendre d’autres constructions analogues. 11 y a d’ailleurs un danger à présenter à l’enfant toutes les formes exceptionnelles, toutes les déviations de syntaxe qui marquent les premiers âges et la décadence d’une littérature, ou qui accusent l’originalité de l’écrivain : c’est qu’au milieu de tant de faits accumulés, la règle générale est en quelque sorte perdue dans les exceptions, et que l’élève ne voit plus bien clairement quelles sont les formes qu’il faut toujours employer, quelles sont celles qu’il faut éviter avec soin. Aussi ai-je toujours pris garde, chaque fois que l’indication d’une forme rare ou d’un tour de phrase exceptionnel m’a semblé utile pour l’intelligence des auteurs, de dire tout aussitôt que ces formes ou ces constructions ne doivent jamais être imitées. J’ai dû commencer moi-même par choisir mes exemples chez les écrivains les plus purs, chez ceux de la meilleure époque. J'aurais désiré conserver ceux de Lhomond, qui sont dans toutes les mémoires et dont quelquesuns sont devenus populaires; mais je n’ai pas pris, comme

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Lhomond, le français pour base, et il m'a semblé mieux, puisque je partais du latin, de donner en tête de mes règles des phrases latines. Si, parmi mes exemples, on en trouve quelques-uns, heureusement fort rares, de Justin ou d’Aulu- Gelle, etc., cela ne veut pas dire que les mêmes expressions ne se retrouveraient pas dans Cicéron, dans César ou dans Tite Live, mais seulement que je n’ai pas eu la bonne fortune de mettre la main sur des phrases assez courtes pour être données en exemples, ou que je n’ai pas voulu faire subir la moindre altération à celles qui, à peu de chose près, auraient pu me convenir.

Le plan que j'ai suivi, comme on a pu le voir par \' Abrégé, se rapproche assez de celui de yiomond , sauf les différences que je n’ai pu éviter et qu’il serait fastidieux de signaler une à une. La méthode de Lhomond a cet incontestable avantage, qu’elle est éminemment française, qu’elle se met tout à fait à la portée des jeunes intelligences; elle a pour elle la tradition de nos écoles, la sanction de l’Université, tout un passé utile : elle a formé les grammairiens mêmes qui ont tenté, inutilement jusqu’à ce jour, delà renverser. L’autre méthode, que j’appellerais volontiers la méthode allemande, n’a pas su encore con-' quérir les sympathies de nos écoles, parce que, loin de faciliter et de simplifier le travail des enfants, elle le leur rend plus pénible et plus aride par l’appareil scientifique dont elle s’entoure. Elle a pour point de départ celte affirmation, démentie chaque jour par l’expérience, que les idées abstraites ne sont pas inaccessibles à l’enfant. Sans doute on rencontre quelques intelligences d’élite, qui commencent de bonne heure, je ne dis pas à comprendre, mais à entrevoir les lois philosophiques du langage : est-ce une raison pour vouloir imposer à tous un système d’étude qui ne peut profiler qu’à quelques-uns , et dont les avantages sont d’ailleurs plus que compensés par de sérieux inconvénients? Ainsi, pour la syntaxe, la méthode dont je parle étudie d’abord philosophiquement la valeur de chaque cas, et, cette valeur une fois établie, elle en déduit toutes ses règles : il lui faut donc, après avoir passé en revue, à propos du génitif, tous les adjectifs, les verbes, etc., qui gouvernent ce cas, recommencer la même opération pour chacun des cas suivants, et par conséquent, ou multiplier les

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règles à l’infîni, ou surcharger chaque règle d’une multitude de détails. Il lui faut surtout se démentir et se contredire à chaque instant : car , si on pose pour principe général que le génitif exprime l’idee de possession , comment l’expliquera-t-on avec les verbes accuser, condamner , avec les verbes d’estime, etc.? comment surtout se tirera-t-on des adjectifs qui gouvernent tantôt le génitif et tantôt le datif? Si le datif « marque proprement le terme où aboutit une action, » s’il est « le cas d’attribution, » comment l’expliquerons-nous avec des adjectifs tels que similis, inimiciis et tant d’autres? Ce n’est, je le répète, qu’à force de subtilités ou de contradictions, eu accumulant les exceptions , en revenant à chaque instant sur les mômes principes pour les présenter d’une manière nouvelle, que l’on peut sortir de ces embarras. La méthode de Lhomond, au contraire , dégagée de quelques erreurs depuis longtemps reconnues, est simple, claire, facile; elle n’exige pas trop d’efforts d’une jeune intelligence, elle permet de mesurer et en quelque sorte de régler les progrès.

Je n’ai que peu d’observations à faire sur les deux premières parties de mon Cours complet de grammaire latine. Quelques personnes se sont étonnées que je n’aie pas présenté la conjugaison latine et la conjugaison française en forme de tableaux. Je l’aurais pu facilement, et peut-être cette disposition auraitelle mieux répondu, en apparence, au titre de Méthode uniforme que portent mes grammaires : j’y étais donc naturellement disposé. Mais diverses considérations m’en ont détourné : on a remarqué plus d’une fois que cette répartition du verbe en tableaux embarrasse les jeunes élèves plutôt qu’elle ne les aide; d’un autre côté, les modes, en latin et en français, ne sont pas remplis comme en grec; l’indicatif seul est complet, d’où il résulte que ces tableaux offriraient un aspect peu symétrique et disgracieux. Mais mon principal motif a été le désir de mettre en regard, dans le latin comme dans le français, les temps accomplis et les temps définis. Cette division des temps du verbe, que je dois à M. Alexandre, et qui avait été entrevue parBurnouf, mais seulement entrevue, est surtout frappante de vérité lorsque l’on présente ainsi, l’un vis-à-vis de l’autre, les temps correspondants de chaque série. On peut

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voir dans le français qu’elle partage nettement les temps en deux catégories , temps simples et temps composés : il en est de même eu latin pour la conjugaison passive et la conjugaison déponente; quant à la voix active, la séparation n’est pas moins nette , tous les temps accomplis dérivant du premier d’entre eux, le parfait. J’ai donc trouvé, dans la disposition que j’ai adoptée pour le verbe, le double avantage de jeter de la clarté dans tout ce qui se rapporte à la conjugaison et à la formation des temps , et de ne pas choquer les habitudes reçues. Mais pour le grec, les élèves étant plus forts s’accommodent mieux de la forme synoptique. Aussi , dans mon exposé de la conjugaison grecque , les deux classes de temps , au lieu d’être partagées symétriquement en deux colonnes , le seront-elles non moins symétriquement en deux tableaux.

Je n’ai pas jugé utile d’entrer, pour les verbes latins, dans tous les détails des irrégularités que présentent dans leur formation les parfaits et les supins. Je me suis borné à quelques exemples qui permettront de se rendre compte des différences et des analogies. Ce sujet , où l’on a toujours à craindre de descendre aux subtilités, a été traité supérieurement et d’une manière complète, par M. Dutrey, dans sa Nouvelle grammaire de la langue latine , à laquelle se reporteront les personnes qui voudront étudier toutes les modifications que subit le radical dans le verbe.

Pour les adverbes, j’ai été arrêté un moment par une difficulté qui, au fond, n’a rien de sérieux : l’accentuation. On sait que cette accentuation, qui n’existait pas chez les Latins, est tout arbitraire; elle s’est introduite peu à peu dans nos publications classiques pour faciliter à l’enfant la distinction des adverbes et des autres espèces de mots qui ont des terminaisons analogues. J’aurais voulu pouvoir supprimer tous les accents; mais comment refuser à l’élève, dans sa grammaire, un secours que lui offrent tous ses autres livres d’étude ? J’ai donc conservé les accents que l’usage a en quelque sorte autorisés, et j’ai surtout consulté, dans les cas douteux, les dictionnaires de M. Quicherat, qui sont dans toutes les mains. J’ai retiré l’accent, comme il l’a fait, aux adverbes de quantité tantum, quantiim, etc., lorsqu’ils jouent le rôle d’un nom et sont suivis du génitif; mais je l’ai retiré aussi à tanto, quanlo, etc., pour

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bien marquer que ce ne sont pas des adverbes, mais des ablatifs employés adverbialement.

La troisième partie du Cours complet renferme, tout ce que l’on est convenu d’appeler idiotismes ; elle répond à peu près à la partie de la grammaire de Lhomond si improprement désignée sous le nom de Méthode. Peut-être trouvera-t-on que j’ai réussi à mettre un peu d’ordre dans des éléments si divers. Je n’ai pas voulu présenter séparément les idiotismes latins et les idiotismes français, parce que c’est surtout par le rapprochement et la comparaison que l’on peut étudier avec fruit les particularités de deux langues différentes. J’ai partagé les idiotismes, tant latins que français, en quatre chapitres, selon qu’ils se rapportent: 1” aux pronoms et aux adjectifs pronominaux; 2“ aux adjectifs et aux adverbes de quantité ; 3“ aux conjonctions et aux prépositions, surtout en tant qu’elles tiennent lieu desconjonotions, comme cela arrive devant les infinitifs ; 4“ aux verbes. J’ai insisté principalement, et l’on ne songera pas sans doute à m’en faire un reproche, sur les adjectifs et les adverbes de quantité. C’est là, en effet, pour la traduction du français en latin, un des points les plus délicats. Je n’ai pas craint de donner à ce chapitre un peu plus de développement qu’on n’en trouve généralement dans les grammaires; mais aussi il me semble difficile que l’enfant qui l’aura lu avec attention soit exposé à ces fautes trop nombreuses auxquelles donne lieu l’emploi de l’adjectif ou de l’adverbe.

En général, dans cette partie des idiotismes, je me suis borné à donner pour chaque locution un ou deux des équivalents les plus autorisés. L’essentiel, c’est que l’élève soit mis en possession d’une formule irréprochable pour chacune des tournures françaises qui ne peuvent pas se transporter littéralement dans la langue latine. L’usage, la lecture des auteurs, et surtout la pratique du beau dictionnaire français-latin de M. Quicherat, lui fourniront peu à peu d’autres équivalents qui, pour s’éloigner davantage de la phrase française, n’en seront pas une traduction moins fidèle.

J’ai consulté, avant d’arrêter définitivement ma rédaction, les travaux les plus remarquables et les plus récents dont la langue latine a été l’objet; mais les deux livres, entre tous, qui

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m’ont été le plus utiles , ce sont les grammaires de Madvig, professeur à l’université de Copenhague, et de M. Dutrey. La première, dont je me suis éloigné beaucoup pour le plan et la distribution des matières, m’a fourni de précieux renseignements et des exemples puisés aux meilleures sources ; la seconde, celle de M. Dutrey, m’a éclairci bien des points restés obscurs pour moi, même après la lecture de Burnouf, et j'ai les plus grandes obligations à ce savant maître dont les travaux et la doctrine ont si grandement honoré l’Université de France, en donnant une nouvelle impulsion aux études et aux recherches grammaticales. Les conseils, d’ailleurs, ne m’ont pas manqué ; plusieurs savants, que je regrette de n’être pas autorisé à nommer ici , n’ont pas dédaigné de jeter les yeux sur mes petits abrégés, et leurs observations bienveillantes m’ont permis, non-seulement d’en rendre la rédaction plus satisfaisante, mais de revoir avec fruit le volume déjà terminé que je publie aujourd’hui. Enfin, j’ai été assez heureux pour obtenir, pendant l’impression de mon livre, les conseils d’un de mes meilleurs amis, qui est en même temps l’un des professeurs les plus distingués des lycées de Paris. M. Beaujean a bien voulu lire en entier ma grammaire latine, comme il avait lu déjà ma grammaire française, et je dois à la sûreté de son goût, à la sévérité de sa critique, toujours juste d’ailleurs, d’importantes améliorations.

Paris, le 30 octobre 1861.

DB

PREMIÈRE pacte.

ÉLÉMENTS DU LANGAGE

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