DES SIGNES CONVENTIONNELS PROPOSÉS POUR ÉTABLIR UNE LANGUE
Nous avons dit dans nos Préliminaires que toutes les sciences humaines établissent leur fondement sur un certain nombre de conventions. Or comme toute langue se forme d*abord par une série de conventions, la nôtre peut, moins qu'aucune œuvre humaine, se soustraire à cette nécessité.
I^ première condition, celle qui domine toutes les autres, est assurément la détermination des signes ou lettres dont nous formerons la Langue universelle. Disposé que nous sommes à profiter de tous les trésors laborieusement amassés par nos devanciers, nous acceptons avec reconnaissance cette analyse merveilleuse de kl parole humaine, et sa fidèle représentation au moyen de carac-tcres ou Ictires, Ainsi, nous composerons des mots, qui seront euxmêmes composés de syllabes et celles-ci de lettres.
Nous distinguerons, avec toutes les grammaires, les voyelles des consonnes, et nous compterons quinze voyelles et seize consonnes.
2 tANGDS UNIVERSELLE.
Des Voyelle.
Les voyelles comme les consoDoes seront empruntées aux langues connues.
Nous en distinguons quinze, et nous donnons à chacune d'elles un signe spécial dans l'écriture ; de telle sorte que le même caractère ayant toujours le tnéme son, il n'y aura ni confusion, ni difficulté, dans la reproduction écrite des voyelles parlées. Ce système, adopté également pour les consonnes, nous procure ce bénéfice que l'orthographe est la simple peinture de la parole, sans toutes ces conventions ultérieures qui en compliquent le mécanisme. Un enfant qui connaît ses trente et une lettres, ne court aucun risque de pécher contre l'orthographe quand il écrit des phrases dictées, parce que chaque voix et chaque articulation ne peuvent être notées que d'une seule manière.
Les voyelles sont :
Radicales f ^' '' '' '' "
douces.
( a, s, y, ew, » fortes.
Grammaticales : â, é, ê, ô, û (1).
Les radicales, comme on le verra plus tard, sont plus spécialement destinées à former le radical des mots ; et les grammaticales répondent surtout aux besoins de la grammaire.
Elles se prononcent comme dans les mots :
r là, dez, mi, dot, nu douces.
( bas, laid, saint, beau, doux fortes.
Grammaticales: franc, le, jeu, bon, un.
(l) Ces voyelles grammaticales se rencontrent rarement dans nos conventions ; mais nous les adoptons comme une réserve qui offrirait, au besoin, une ressource précieuse et comme une de ces richesses que Ton doit ménager.
LANGUE UNITERSELIE. 3*
En étudiant Tanalyse radicale, nous reconnaîtrons l'avantage de îa combinaison décimale dans laquelle sont rangées nos voyelle» radicales; l'usage traçait d'ailleurs cette division tout naturellement.
Nous appelons douces les voyelles qui se prononcent avec quelque facilité, et fortes ces mêmes voyelles quand elles exigent un plusgrand effort dans l'émission de la voix.
Nous aurions dû peut-être considérer comme radicale forte la voyelle i; mais, quoique nous soyons scrupuleux sur tous les prineipes d'analogie qui doivent faciliter l'étude de notre Langue, nous avons cru qu'il ne faltait pas être aveuglément esclave de cette règle, quand elle pourrait entraîner quelque inconvénient un peu> grave. La distinction des sons a et a, e et s, o et &>, u et t$, ne demande à la voix et à l'oreille qu'une légère attention ; peut-être s'en aurait-il pas été de même pour celle des sons t et t Nous n'ignorons pas que plusieurs peuples n'éprouvent pas de difficulté à faire cette distinction, et qu un Anglais ne confondra jamais be (bi)^ être, avec bee (bî)^ abeille ; mais comme ce dernier son se présentera toutes les fois que deux t doux seront de suite, ce qui se rencontrera quelquefois, et que la longue i ne se distinguerait pas toujours suffisamment de ces deux i,. ou gênerait la voix quand son retour serait réitéré, comme il arrive assez fréquemment; nous< avons cru plus convenable de le remplacer,, dans les radicaux, par le son nasal y (ira), plus distinct et plus disposé à recevoir l'articulation.
La voyelle u n'appartient pas aujourd'hui à toutes les langues ; mais, outre que c'est une richesse enviée par tous ceux qui en sont privés, cette voyelle convient évidemment à l'organisme humain et ne doit pas être omise. On nous reprochera peut-être alors d*avoir considéré cette voyelle comme douce au lieu de celle qui lui est parallèle 8 ; quoique nous ne puissions établir pour laquelle des deux l'émission de voix, u et 8, exige une plus grande contraction des lèvres, cependant nous aurions sans doute regardé comme douce cette dernière, qui est plus généralement adoptée, si nous ne devions pas la mettre h la tête d'une des plus grandes divisions d&
notre syslème. C'est donc précisément parce qu'elle est d'un usage continuel chez tous les peuples, que nous avons préféré lui accorder une plus grande représentation, ainsi qu'on le verra dans notre seconde partie.
Les signes représentatifs des voix ont été choisis parmi ceux, qui sont surtout employés dans les langues ; toutefois, désireux de conserver les analogies partout où nous le pouvons sans inconvénient, au lieu de créer des formes nouvelles pour chacun des sons qui s'expriment ordinairement de diverses manières dans tous les idiomes, nous avons cherché à mettre d'accord Fanalogie de la forme avec celle du son. Nous avons donc emprunté à la langue la plus riche, au grec, les caractères qu'il fallait nous procurer : les cinq radicales fortes, moins l'y, lui appartiennent; mais sans que l'emprunt du son soit complet. A cet égard, les voix w et 8 sont les seules qui rappellent les sons du grec, tels que nous les rendons en France. Quant aux deux autres a et s, ils ne sont pas allongés dans leurs sons en grec, comme nous les supposons pour notre utilité ; au reste la forme de ces cinq voyelles, comparée à celle des douces^ semble indiquer aux yeux que le son doit être allongé.
Des Consonnes.
Les consonnes choisies, comme les voyelles, parmi celles dont les langues connues nous offrent le modèle, sont au nombre de seize ; Ce sont :
Ç b, g, d, V, j douces.
Radicales : | g"
\ p, c, t, f, h fortes.
Prononciation française : k eli
Grammaticales : l, m, n, r, s, z.
Ces articulations sont admises dans toutes les langues ; pour en faciliter la prononciation, nous' supposerons chacune d'elles suivie
LANGLE UNIVERSELLE. f>
de la lettre muette placée la treizième dans le tableau des voyelles. Elles s'articulent comme en français, sauf la dernière longue qui se prononce che^ et les lettres g eic qui s^articulent toujours comme gu et k.
La distinction entre les douces et les fortes (1) n'a pas ici d'autre portée que le besoin de diviser d'une manière formelle les deux moitiés des radicales. Le terme forte peut se justifier en faisant remarquer que CCS consonnes, plus difficiles à faire sortir que leurs , parallèles, doivent aussi exiger un peu plus d'effort de la part de celui qui les articule.
Quelques autres articulations se rencontrent dans certaines langues ; nous ne les reproduisons pas dans le tableau ci-dessus. Les unes se retrouveront dans le contact des consonnes entre elles; les autres, ou ne sont pas assez distinctes ou effarouchent assez Toreille pour que nous ne les proposions pas. Au reste les progrès ultérieurs de la Laugue pourront tirer parti de ces réserves.
Des Syllabes et des Moto.
La syllabe est composée ou de la voyelle seule, ou de la voyelle précédée de son articulation. Quand deux consonnes radicales sont de suite, la première relève de la syllabe qui précède.
Tout mot se compose d'une partie radicale, précédée et suivie de Iq partie grammaticale.
Par l'association de ces deux éléments, il nous est facile de faire entendre, en prononçant la Langue universelle, les sons habituels de telle ou telle langue connue; nous n'avons pas voulu user de cet avantage trop systématiquement, et affecter une ressemblance trop continue avec celui des idiomes dont l'accent musical nous sourirait
(1) On verra dans rétiidc des radicaux et surtout dans les applications à la numt^ralion décimale, tous les avantages qui résultent de cette division.
particulièrement. Nous n'avons pas perdu de vue que les goûts va^^ rient avec les climats, et que la Langue pour tout le monde doit un peu se prêter au goût de tout le monde. Notre langue pourra donc résonner comme quelques-unes des langues modernes ; mais elle ne «era la copie d'aucune d'elles. Toutefois son cachet rappellera plus souvent celui de l'italien^ de l'espagnol, ou du grec tel que n^us le prononçons en France.