THERMOMÈTRE
mm.
4 0*‘soir,
8 matin.
8 matin.
Les navigateurs, qui ont un si grand intérêt à connaître tous les signes précurseurs d’une tempête, rapportent une foule d'exemples de leur liaison avec les oscillations barométriques. BLruieniteriA attribue le bonheur avec lequel il a su toujours prévoir les coups de vent à la constance avec laquelle il observait le baromètre ; Scoretbjr affirme qu’il a prédit les tempêtes 47 fois sur 4 8 en consultant le baromètre. Mes observations me montrent qu’on doit craindre un coup de vent, surtout en hiver, lorsque le thermomètre est haut et que le baromètre baisse rapidement. Souvent, lorsque j’avais remarqué ces deux signes, la tempête n’était pas violente à Halle , mais elle se déchaînait sur d'autres parties de l’Allemagne ou de l’Europe. Je pourrais rapporter un grand nombre d’exemples de ce genre , mais quiconque possède un baromètre peut en observer lui-‘'même.
Le manque d’observations simultanées sur un grand nombre de points ne permet pas de poursuivre ce phénomène jusque dans ses détails. Quand l’air se meut rapidement d’une région vers une autre , le baromètre doit baisser dans la première , monter dans la seconde. C’est une vague qui s’élève dans un point, s’abaisse dans un autre , mais dont il serait dillicile de déterminer la forme,
p.nrCo que nous ne savons pas de combien cliacun de ses points est élevé au-dessus du niveau moyen des eaux. Les observations faites en Europe ne suffisent pas à la solution du problème : des abaisse ments de plusieurs centimètres ont souvent lieu sur toute la surface de rEuro[)e, et c’est en Asie et en Amérique qu’il faudrait cbercher la hausse correspondante. Déjà d’anciens observateurs, tels que Woodward, Wallii et d’autrcs, avaient trouvé que dans l'Europo occidentale les baromètres haussaient ou montaient simultanément; dans la suite Brandes et Pictet ont confirmé ce fait. Mais si le sens des oscillations est le même sur une grande surface, leur amplitude ne l’est pas; on s’en aperçoit surtout lorsqu’on calcule la différence de niveau do deux points par le baromètre. Ainsi à diverses époques j’ai trouvé entre Berlin et Halle des différences qui étaient de 50 mètres au-dessus ou au-dessous do la différence de niveau moyenne. La comparaison de Halle et de Paris m’a donné des écarts encore plus considérables. Admettons donc que la dépression barométrique atteint son maximum dans un point, et va en diminuant suivant tous les rayons d’une circonférence dont ce point est le centre , pour disparaître à la distance de plusieurs centaines de myriamètres où l’on trouve que l’instrument se tient au-dessus de la moyenne du lieu. Brande*, dans son Histoire météorologique de l’année 1783, rapporte des faits qui confirment ce que nous disons. Il a comparé des observations faites on Europe depuis Mafra , près de Lisbonne , jusqu’à Torneo et Pétersbourg , et il a vu que le baromètre baissait dans un point tandis qu’il montait sur un point éloigné. Il reconnut que cos oscillations étaient accompagnées de changements dans la température. Le froid avait été fort intense dans les premiers jours de janvier; mais vers le 5 il diminua rapidement en Allemagne et en France. A Torneo et à Pétersbourg le thermomètre baissa au contraire, et, dans cotte dernière ville, il descendit le 9, par un temps serein, à — 31». .Jusqu’à ce jour, le baromètre avait baissé -constamment dans toutes les jiarlies de l'Europe moyenne. A Berlin, Sagan, Copenhague, il baissa de 29 à 30 millimètres; à Bade, Vienne, Prague, Erfurt, Gcptlingue, de ii"”; à Wurzbourg, de 20“"“; à Mannheim, de 18“”; à Munich, de 16““; en Suisse, de 7““. A La Rochelle, il était resté à la hauteur moyenne; à Marseille et à Rome, il avait baissé du 5 au 7, et il éUiit ensuite remonté jusqu’au 9; à Pétersbourg et Torneo, où le thermomètre avait baissé, le baromètre était remonté do 1l““ dans la première ville, do I6™“ dans la seconde. Il y avait donc un espace, compris entre Berlin, Sagan et Copenhague, où la chaleur relative atteignait son maximum, et c’est à partir
POIDS DE L’ATM0SPI1#:RE
do ce centre que la hauteur barométrique allait en augmentant suivant tous les rayons. Une partie de l’air s’était déplacée vers le nord, qui est beaucoup plus froid; ce mouvement de l’atmosphère s’étendait au delà des limites de l'Europe. Le même jour où la pression barométrique était si faible en Europe , elle était très-forte à New- York et à Ipswich dans le nord de l’Amérique. Les observations de Beauchamp à Bagdad , dans l'intérieur de l’Asie , prouvent que le thermomètre y est descendu le 10 au matin à — 1°,2, et que le baromètre , qui depuis le 5 jusqu’au 8 avait monté de 9mm 92, avait atteint son maximum mensuel et se trouvait à 13”“ au-dessus de la moyenne. Ainsi donc , à Ipswich , Bagdad et Pétersbourg, la température -avait sensiblement baissé, et on comprend que l’air plus échauffé de l’Allemagne devait s’écouler de ce côté et provoquer une ascension du baromètre. Il y avait donc une région chaude avec faible pression , une région froide avec pression très-forte. Entre ces deux régions, on trouvait tous les passages imaginables. Si nous posons la limite là où le baromètre avait conservé sa hauteur moyenne et n’avait pas beaucoup oscillé , nous pourrons joindre ces poinLs par une ligne traversant La Rochelle , Âlarseille, Rome , puis passant à l’est de la Hongrie et au nord de Stockholm et deTorneo, de manière à former une courbe rentrante.
Les masses d’air entre lesquelles l’équilibre était ainsi rompu se mouvaient avec une grande rapidité. Dans la soirée du 8 janvier, il y eut un violent coup de vent dans l’Allemagne méridionale. A Ratisbonne, il dura du 8 au soir jusqu’au 9 au soir, pour recommencer le 10. A Mannheim, la tempête se lit sentir dans la nuit du 8 au 10, elle venait de l'Ü.S.O. Sur le St-Gothard et en Bavière les journées du 8 au 10 janvier furent très-orageuses. A Prague, il y eut un violent coup de vent dans la nuit du 9 au 10; mais l’orage ne paraît pas avoir continué. A Sagan , un vent violent de S.O. souilla du 9 au 11 janvier; à Berlin le vent était frais, mais il devint violent dans la journée du 11. A Goettingue, il y eut une tempête assez forte à partir du 8 au soir. A Copenhague, il paraît qu’il y eut du vent seulement vers le 9. Dans tous ces endroits, le vent venait de l’ouest ; à Marseille et sur le St-Gothard, du N.O.; dans le centre et au nord de l’Allemagne , du S.O. et de l’ouest. En Italie , il était variable sans être très-violent. Le 8 et le 9 il venta fortement du S.E. à Stockholm; de l’est à Pétersbourg; du N. O. à Spydberg en Norvège; de l’ouest à Bagdad. En un mot, dit Brandet, il Semblait qu’une forte pression de l’atmosphère à Pétersbourg et A ïorneo eût déterminé dans le Nord l’établissement d’un courant venant de l’est, tandis qu’une pression non moins
PENDANT LES TEMPÊTES. 3îl
forte dans les régions méridionales et occidentales chassait l'air dans la direction du S.O. au N.E., pour compenser la faible pression qui existait dans l’Allemagne septentrionale. Tout ce que nous* savons sur la formation des vents rend cette explication Irés' plausible Ceci nous explique aussi pourquoi, suivant l’observation de Sooretby, la tempête ne commence que quand le baromètre a atteint son minimum. Tant qu’il y a un courant ascendant dans le voisinage du sol, le baromètre baisse; il ne monte que lorsque les courants inférieurs arrivent pour remplir le vide. Ces vents de S.O. entraînent avec eux une masse de vapeurs qui se résolvent en pluie.
Dans l’exemple que nous venons de voir, il y avait une, sorte de compensation en Europe entre les différentes hauteurs du baromètre.Cela n’arrive pas toujours, et nous trouvons souvent de grandes différences à la surfacode notre continent. C’était ce cas le 21 décembre. Citons encore une tempête de l’année 1783. Le baromètre descendit très-bas jusqu’au 9 février, surtout dans le centre de r.Angleterre : ainsi à Lyndon , dans le Rutlandshire , où il était le plus bas , il se tenait à 31““ au-dessus de la moyenne. La région dans laquelle il était à 30““ au-dessous de cotte moyenne peut être délimitée par une ligne parlant à l’ouest de Franecker, passant par Amsterdam et puis par l’Allemagne méridionale. La ligne où il était à 29™“ se dirige de Middelbourg à St-Malo. Celle où il était à 27““ part du sud de Middelbourg, traverse leSeelande, laisse Dunkerque au nord, se dirige vers Paris et de là vers le centre de la Bretagne. La zone où le baromètre était à 25““ audessus de la moyenne va de Bruxelles directement vers le sud , puis au S.O par Orléans vers La Rochelle ; celle où il n’était qu’à 20"" au-dessous de la moyenne va de Goettingue à Mayence , au nord de Metz, au sud de Troyes, au nord de Limoges, et se termine dans la direction de Bordeaux. A Copenhague, le baromètre était à 1 8"“ au-dessous de la moyenne et cette zone est limitée par une courbe qui se dirige au sud du côté d’Erfurt, puis au S.O vers Wurzbourg, à travers l’Alsace, vers Lyon et les Pyrénées occidentales. Le baromètre était à 16““ au-dessous de moyenne dans une région limitée par une ligne joignant Spydberg en Norvège et Stockholm , passant à l’est de Berlin, allant au nord de Ralisbonne, à Munich, et au sud de Genève vers le Dauphiné. Le baromètre était à 13““ au-dessous de la moyenne au sud de Sagan , à Prague, à Ratisbonne, sur le Saint-Gothard , dans quelques parties du Dauphiné et à Montpellier. Il se tenait 11““ plus bas à Marseille et à Mont-Louis au pied des Pyrénées. Enfin à Bude et
à Pacloiic il était à 9”"‘, à Mafra à 10®“, à Pétersbourg et Torneo, à Pologne et à Rome à 7"*” au-deâsoua de la moyenne.
■ En Europe ces variations sont toutes dans le même sens , mais d’autant moins fortes qu’on s'éloigne davantage du contre de l’Angleterre. Brandet fait observer que le 8 février le baromètre était à New-York de 20 é 22 millimètres au-dessus delà moyenne; et les observations de Bagdad font voir que, du 8 à midi jusqu’au 9 à la même heure, il avait monté de 12““, 58, quantité considérable pour ce pays. En même temps le thermomètre avait baissé de plus de 10“ et le vent avait tourné au nord. Dans la plupart des contrées do l’Europe on ne remarqua que de petites oscillations du thermomètre, mais il y eut des tempêtes, des orages et de la pluie. Après ces tempêtes, le baromètre remonta très-vite en Europe; tandis qu’il baissa à Bagdad , où la température s’élevait sans cesse *.
La forte dépression du mercure qu’on observe dans ces cas, lient à la constance des vents du sud qui pendant quelque temps l’emportent sur ceux de l’est Elle a lieu bien plus rarement après des vents du nord. -Lorsque dans sa rotation normale le vent tourne brusquement du sud au nord, il arrive souvent qu’une hausse notable succède à une forte baisse. M. de Buch insiste sur celle circonstance. « Tous ceux , dit-il , qui observent habituellement le baromètre, savent très-bien qu’on hiver les deux extrêmes se montrent souvent à peu de jours d’intervalle, et je crois avoir remarqué que le baromètre monte beaucoup plus vite qu’il ne descend : » Toutes les observations que j’ai comparées confirment ce fait, conséquence nécessaire de la loi do rotation découverte par M. Bove, et de l’influence du vent sur la température et la pression. Dos pluies abondantes sont la suite de ces mélanges d’air. Si le vent du nord l’emporte , les nuages disparaissent et l’augmentation de pression est accompagnée d’un rayonnement trèsintense qui détermine du froid. Toutefois c’est seulement si le baromètre s’élève lentement qu’on doit s’attendre à un froid continu : si le baromètre a monté rapidement, il ne larde pas à baisser ; mais le second minimum est moins bas que le premier.
Quand le baromètre oscille beaucoup , nous devons en conclure que la température et le temps éprouvent des variations exlraor-
, • Pendant la violente tempête du 7 janvier 1839, le baromètre descendit à Edimbourg à 702"‘“,30; ce minimum eut lieu & & h. 30 m. du matin. A Altona, M. Sebunueher constata que le minjmum se trouvait entre 9 h. et minuit; mais il ne descendit pas aussi bas qu'à Edimbourg, car à 8 h 40 m. il était encore à 716*'“,8. [Complet rtndut de l'Acad. des Sciences, f. viil, p. 176 et 309, 1839.)
dinaires sur un point quelconque du globe. Quoique le manque d’observations ne permette pas de prouver celte vérité jusque dans ses moindres détails, on peut l’établir d’une manière générale. Les années 1821 et 1822 en offrent un exemple remarquable. En 1821, vers Noël, le baromètre a subi en Europe une baisse extraordinaire. Elle fut suivie d’un hiver très-doux à Paris et dans d’autres villes de l'Europe occidentale; les temi)ératures moyennes de janvier et de février furent supérieures de plusieurs degrés à la moyenne générale. Aux États-Unis au contraire , l’iiiver fut très-rigoureux; le courant du Gulfstream se dirigea vers des points qu’il ne visite pas habituellement. En Perse, suivant le rapport de Fraier , l’hiver fut très-froid , de môme qu’en Afrique , où les plaines de Kordofan furent couvertes d’une couche de neige, qui disparut, il est vrai, rapidement. A Paris, l’élc suivant fut plus sec et plus chaud de plusieurs degrés que de coutume. Mais pendant que les vents secs reprirent en Europe , des vents humides et violents soufflèrent constamment dans l'Inde; à Bombay il tomba 83,7 centimètres d'eau de plus que la moyenne, et aussi dans le Kordofan l’armée turque souffrit beaucoup des pluies continuelles.
Quelque chose d’analogue se passa en 1824 et 1825. La terrible inondation du Rhin dans l’automne de 1838, le débordement de la Neva à Pétersbourg, et les coufts de vent do S.O. qui, d’après les observations de Munke et Sohabler, eurent lieu à Schlesvig et dans tout le Holstein , en sont une preuve. Le baromètre oscillait sans cesse et les pluies étaient tellement abondantes que partout, mais principalement dans l’Allemagne méridionale, des sources se firent jour dans les rues et sur les places des villes. Dans la mémo année la moyenne des mois d’hiver fut très-élevée. En Islande au contraire, suivant les observations de Tbontenfen à RcHciavig, la moyenne de décembre fui de plusieurs degrés au-dessous de la moyenne ordinaire, et le baromètre était très-haut tandis qu’il était très-bas à Copenhague. Celte année, si pluvieuse en Europe, fut très-sèche dans l’Inde ; car à Bombay la quantité de pluie fut do 1 1 8 centimètres au-dessous de la moyenne. En Afrique, il parait qu’il y eut de violents coups de vent; car, dans la nuit du 19 janvier 1825, le navire anglais la Chjde, étant à 100 myriamètres de la côte d’Afrique, fut couvert de sable fin que les vents d’est avaient apporté du désert. Dans l’Afrique orientale. Rappel essuya de violents orages; phénomènes très-rares dans ces contrées, à en juger par l’effroi des habitants. x.ey éprouva la même chose dans la Haute-Égypte. L’été suivant, toute la partie septentrionale de l’A-
frique tropicale fut en proie à une grande sécheresse, et, l’inonda- ,tion du Nil ayant manqué, il en résulta une disette complète.
Les mêmes perturbations se manifestèrent sur les deux bords du Grand-Océan. En Californie il y eut pendant l'automne de violentes tempêtes, de même qu’aux îles Sandwich et aux Philippines. Même les vents alizés ne soufflèrent plus régulièrement sur la mer. Ces faits prouvent que les phénomènes anormaux de l'Europe ne sont point isolés , mais se propagent sur toute la périphérie du globe.
Pour démontrer cette vérité, je rapporterai encore les observations suivantes. On sait que l’hiver de 1829 à 1830 a été un des plus froids qu’on ait eua depuis long-temps en Europe; ce même hiver a été tellement doux en Amérique, qu’il n'y avait pas de glace sur la côte occidentale : ce qui permit au capitaine Ho» de s’avancer si loin vers le nord.
L’hiver le plus doux que nous ayons eu depuis long-temps est celui de 1833 à 1834, mais il avait été précédé de violentes perturbations. Depuis le commencement de juillet les vents de S.O. furent dominants dans presque toute l’Europe, Ils étaient souvent d’une violence extrême, surtout à la fin d'août et au commencement de décembre. Les journaux étaient remplis de nouvelles de naufrages sur les côtes de France et d’Angleterre. Dans les Alpes, il y eut des tempêtes et il tomba des masses de neige et des quantités de pluie telles que les habitants furent .forcés de se réfugier dans la plaine avec leurs troupeaux dès le commencement de septembre. Des coups de vent violents se firent sentir dans la mer des Antilles et à la Nouvelle-Zemble. Dans l’Inde, au Brésil et à la Guiano la sécheresse fut si grande qu’un grand nombre d’habitants moururent de faim. En Chine il y eut des inondations terribles, mais la crue du Nil fut tout à fait insignifiante. La lutte entre les vents du sud et ceux du nord se renouvela plusieurs fois dans le cours do l’automne; les premiers l’emportèrent toujours, et rarement le vent soufflait de l’est pendant quelques heures. Des pluies abondantes tombèrent en Allemagne , tous les Qeuves débordèrent. Les vents du sud s’étendaient jusque dans la région des alizés, et les navires furent retardés dans leur traversée de France à Dernerari. Rarement le thermomètre descendit jusqu’à zéro ; les arbres poussèrent des bourgeons ou mois de janvier, et plusieurs espèces restèrent en fleur pendant tout l’hiver ; autour de Halle j’observai le Lamium purpureuin, plusieurs espèces deCrepis et le Thlaspiarvense. Mais l’on frémit quand on lit la description que fait le capitaine Back du froid qu’il a enduré dans son voyage à travers les con-
Digilized by Gooÿl
PENDANT LES TOIPIÏTES.
trées l)orcales de l'Amérique du nord. Aux Étals- Unis et en l’erse l’hiver fut aussi d’une rigueur extrême. Pendant ce combat de vents de terre et de mer, le baromètre en Allemagne ne s’écartait pas beaucoup de sa hauteur moyenne; mais il oscillait beaucoup. Le temps était rude et désagréable, et contrastait avec la température si douce de l'hiver précédent. Enfin les vents d’est l’emportèrent : le ciel devint serein, et le soleil put échauffer la terre. 11 pleuvait rarement, et dans toute l’Europe il y eut une sécheresse générale. Cependant les vents d’ouest cherchèrent plusieurs fois à régner dans l’atmosphère; mais dans celte lutte il y eut des orages très-violents, tels que ceux du 5 et du 21 juillet. Le 21 juillet le baromètre s’était mis à descendre ; le ciel était encore d’une grande pureté , parce que ces vents du sud dissolvaient tous les brouillards; mais le 21 au matin les cirrus se multiplièrent. L’aprèsmidi un violent orage se forma ; les vents d’ouest régnaient dans le haut, dans le bas toutes les girouettes indiquaient un vent d’est. Des nuages épais s’étendirent de l’ouest à l’est pendant que tous les cumulus marchaient de l’est à l’ouest. .A mesure que le vent d’ouest gagnait du terrain, les vapeurs étaient précipitées; mais le vent d’est les refoulait sans cesse. L’orage était accompagné de grêle et de pluie. Cette lutte avait lieu sur une ligne étroite qui passait au-dessus de Halle et était orientée du nord- au sud ; pendant plusieurs jours la lutte se renouvela et son issue était incertaine.
Mais, de même que des courants d’eau qui vont en sens opposé produisent des tourbillons, do même il y eut des averses locales très-abondantes. Linfin, le 26 juillet, le vent d'est l’emporta à Halle et repoussa son antagoniste. Le 27 le baromètre monta ; le temps redevint serein , mais le soir il y eut de violents orages sur les bords du Rhin. Le 29 la Hollande et le nord de la Franco étaient le théâtre de la lutte, et le 30 un violent orage éclata en Angleterre. Pendant un mois les vents d’est maintinrent le lem|)s au beau et l’emportèrent dans une lutte qui avait commencé sur les Alpes le 25 août, et s’était propagée le 27 jusqu’au nord do l’Allemagne. Ils régnèrent ensuite sans interruption jusqu’au milieu d’octobre , où les vents d’ouest l’emportèrent à leur tour après des coups de vent qui durèrent plusieurs jours et changèrent la physionomie du temps. Tandis qu’en Europe l’été était remarquablement sec, la crue du Nil fut considérable et des pluies violentes inondèrent l’Inde et la Chine.
Do tels contrastes ne sont pas rares en Europe, et les Alpes forment souvent à cet égard une limite remarquable ; car elles séparent les climats du nord de l’Europe des climats méditerranéens, où
326 l’OlDS Dl:; L’ATMOSPUKRE
la clislribulioii de la pluie n’est pas la même que dans le centre de l’Europe. De là les ditrérences entre les climats du nord et du midi de la France. L'hiver est-il doux dans le nord, les journaux sont remplis des lamentations des italiens et des Provençaux sur les rigueurs du froid. Pour ne pas multiplier inutilement les exemples, je citerai seulement les premiers mois de l’année 1838, qui furent si rigoureux on Allemagno, en France, en Angleterre et en Russie.
A Lisbonne au contraire le temps était pluvieux, mais très-doux; à Marseille les amandiers étaient en fleur au mois de janvier; à Naples et à Alger l’hiver passa inaperçu. Mais ceci prouve que les climats méditerranéens ont seuls été privilégiés ; car de l’autre cété des Apennins, à Bologne et dans la Lombardie, où le climat ressemble à celui du reste de l’Europe, le froid a été fort intense.
Ainsi donc une forte baisse du baromètre ou des oscillations fréquentes de la colonne prouvent qu’il y a des perturbations météorologiques à la surface du globe et des luttes de vents opposés qui changent le temps. Il y a plus ; quand le baromètre monte et descend rapidement, on peut aflirmer que le temps sera variable pendant long-temps. Si nous savions le temps qu’il fait sur le reste de la terre, nous pourrions en conclure celui que nous devons attendre. Il faudrait savoir, quand le baromètre est bas, si le froid est très-intense en Amérique ou en Asie. Dans le premier cas, les vents occidentaux nous amèneront de la pluie; dans le second, les vents d’est nous amèneront du froid. Toutefois, en étudiant au printemps le baromètre et la direction des coups de vent, on peut asseoir quelques probabilités. Si le baromètre a beaucoup baissé par des vents de S.Ü., puis monte lentement ; si le vent pas.se de l’ouest au N.O. et persiste dans cette direction, c’est une preuve de la prédominance des vents occidentaux, et le temps sera influencé par eux : c’est ce que nous avons vu en 1833. Si le baromètre monte au contraire très-vite, et si le vent passe en peu de temps du S.O. au N.E. où il s’arrête, alors il faut s’attendre à un froid prolongé, ' comme celui qui a régné en 1829.
Digiti2«f hy C
Il est peu d’hommes sur lesquels le tonnerre ne fasse une vive impression. Le savant et l’ignorant sont également frappés de la grandeur de ce phénomène. Les peuples que les Européens ont découverts dans les siècles derniers y voyaient le signe de la colère céleste , comme les Grecs et les Romains. Aussi Jupiter Tonnant était-il le plus grand des dieux du paganisme, et dans la Bible il est dit que le tonnerre est la voix du Seigneur irrité. Quelques philosophes de l’antiquité combattirent cette opinion , mais le préjugé resta; et do notre temps encore on entend des sermons, où la foudre qui tombe sur une maison est considérée comme une punition méritée par ses habitants. Quelques anciens regardaient le tonnerre comme produit par les émanations qui s’élèvent du sol ; cette idée fut adoptée par les gens éclairés; et quoiqu'ArUtophane s’en moque dans sa comédie des Nuées, cependant la crainte des dieux alla toujours en s’affaiblissant à mesure que la doctrine d'Bpioure s’étendait davantage. Cette opinion étant encore dominante à l’époque de la renaissance des sciences, on comparait le tonnerre à l’explosion d’une pièce d’artillerie, et on prétendait que le salpêtre et le soufre existent dans l’atmosphère. Mais au milieu du XVII® siècle, Otto de Guerioke ayant produit une étincelle électrique et noté le bruit qui l'accompagne, on revint à des idées' plus saines.
Les physiciens de cette époque s’occupaient spécialement des lois de la mécanique , et la connaissance des phénomènes électriques fit peu de progrès. Mais l’invention de la bouteille de Leyde, en 1716, ramena l’attention sur les puissants effets de l’électricité. Mollet indique nettement l’analogie du tonnerre et de l’électricité, sur la(|uelle le D^Paocord, de la vallée de Chamounix, qui suivait ses leçons, avait attiré son attention. « Si quelqu’un, disait-il
• Leçon» de physique, t. rx', p. 314, 6" édit., 1771.
Digilized by GoogI
après avoir comparé les phénomènes , entreprenait de prouver que le tonnerre est entre les mains de la nature ce que l’électricité est entre les nôtres; que ces merveilles, dont nous disposons maintenant à notre gré, sont de petites imitations do ces grands effets qui nous effraient ; que le tout dépend du môme mécanisme ; si l’on faisait voir qu’une nuée préparée par l’action des vents, par lu chaleur, par le mélange des exhalaisons, est vis-à-vis d’un objet terrestre ce qu’est le corps électrisé en présence et à une certaine proximité de celui qui no l'est pas; j’avoue que cette idée, si elle était bien soutenue , me plairait beaucoup ; et pour la soutenir combien de raisons spécieuses ne se présentent pas à un homme qui est au fait de l’électricité! L’universalité de la matière électrique, la promptitude de son action, son inilammabilité et son activité à enilammer d’autres matières , la propriété qu’elle a de frapper les corps extérieurement et intérieurement jusque dans leurs moindres parties, l’exemple singulier que nous avons de cet effet dans l’expérience de Leyde, l’idée qu’on peut légitimement s’en faire en sup|)Osant un plus grand degré de vertu électrique, etc., tous ces points d’analogie que je médite depuis quehjue temps commencent à me faire croire qu’on pourrait, en prenant l’électricité pour modèle , se former touchant le tonnerre et les éclairs des idées plus saines et plus vraisemblables que tout ce qu’on a imaginé jusqu’à présent. »
Ce que Mollet et winckler exprimaient sous forme de doute fut bientôt démontré par d’Alîbard et Franklin. On trouva que les orages, et même chaque pluie est accompagnée d’électricité. On varia et on multiplia les expériences; mais, après que Riohmann eut été tué par la foudre, on procéda avec plus de prudence. .4 vaut de décrire les appareils et d’analyser les phénomènes électriques , je crois devoir rappeler les principes élémentaires de la théorie do l’électricité.