‹ Cours complet de météorologieChapitre 159 sur 194 · TROMBES · texte numérisé non relu

TROMBES

enlèvent à plusieurs mètres de hauteur des corps légers, tels que la poussière, des feuilles d’arbre, de la paille. Les trombes sont des phénomènes analogues sur une plus grande échelle. Le tourbillon existe non-seulement dans les nuages, mais encore dans l’eau qui s’élève, et va rejoindre le nuage qui s’abaisse vers elle.

Les trombes ne sont pas également fréquentes sur toutes les parties do l’Océan. Au mdieu de la mer équatoriale nous ne les trouvons que là où les vents alizés ne soufilent pas d’une manière régulière; elles se montrent seulement dans la région des calmes. On les rencontre habituellement dans le voisinage de la côte ou dans des détroits, et elles se forment le plus souvent au moment du changement des moussons : quelque chose d’analogue se passe dans les latitudes plus élevées, où elles coïncident souvent avec des orages.

D'après les faits réunis par d’autres et par moi, les trombes ont lieu {iresque toujours lorsque deux vents opposés passent l’un à côté de l’autre, ou bien quand un vent très-vif règne dans le haut do l’atmosphère tandis que le bas est calme : j’en ai vu un exemple remarquable sur le Rigi en 1832. Étant sur le sommet de la montagne, j’examinai des masses de brouillards qui marchaient l’une vers l’autre dans la vallée de Goldau, tandis qu’autour de moi l’air était calme et le ciel serein. Au bout de quelques instants les masses se réunirent, et j’observai un mouvement gyratoire au milieu d’elles; le brouillard s’étendit avec une inconcevable rapidité, et de violents coups de vent en faisaient jaillir la pluie et la grêle. En même temps la température avait baissé au point que de l’eau arrêtée entre les dents des roues de mon anémomètre de Woltmann fut congelée. Un médecin de Dantzig qui arriva le soir me raconta qu’il avait essuyé sur le lac des Quatre-Cantons un violent orage , pendant lequel les nuages avaient été chassés dans des directions différentes; en môme temps il avait vu une trombe.

Si les courants qui se rencontrent dans les hautes régions de l’atmosphère sont violents, si leur température et la quantité de vapeur d’eau dont ils sont chargés sont très-différentes, alors la vapeur est rapidement condensée. A mesure que le tourbillon augmente , il descend , et le diamètre de la colonne diminue ; on ne saurait décider si ces vésicules sont entraînées de haut en bas, ou si la condensation se propage dans le mémo sens. Enfin le tourbillon atteint la surface do l’eau, celle-ci s'agite, s’élève et ressemble à un poêle fumant. Pendant que la mer monte le nuage s’abaisse, et tous deux finissent par se réunir; il arrive aussi quelquefois que la mer s’élève sous la forme d’un cône, tandis qu’un cône renversé s’abaisse du nuage sans que tous deux se réuni.ssenl. Dans la plupart

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des cas la colonne est plus mince au milieu qu’on haut ou en bas ; dans d’autres circonstances c’est sur la mer que se montre la première trace de la trombe , un cône s’élève de la surface des eaux , et c’est seulement au bout de quelque temjjs que les vapeurs d’en haut se condensent à leur tour.

Ce qui prouve que la trombe est formée en grande partie de vapeurs condensées, c’est que )’eau qui s’en échappe n’est jamais salée, môme en pleine mer.

Si l’air est très-sec, alors ces tourbillons ne déterminent pas toujours la condensation des vapeurs, et la violence du vent n’en est que plus remarquable. Ainsi deux de mes amis se dirigeaient un jour par un temps couvert do Halle vers Giebichenstein ; tout à coup ils furent séprés par un coup de vent, et l’un fut poussé contre un mur, l’autre jeté dans un champ, sans que des personnes peu éloignées eussent aperçu le moindre trouble dans l’atmosphère.

Presque tous les observateurs disent que la trombe marche lentement en tournant sur son axe; si le courant s’élève, comme on le voit dans les tourbillons de sable, il j>eut entraîner des masses énormes. Wolke raconte qu’un pasteur près de Jever a vu près de l{e[)solt, endroit situé à trois myriamôtres de la mer, une trombe passer devant lui , dessécher instantanément un étang et projeter les poissons çà et là. Toutes les descriptions prouvent que dans ces cas le vent a une force extraordinaire. Ainsi le docteur Mercer a observé deux ou trois trombes dans le port de Saint-.Iean-d’Antigoa ; à la surface de la mer il vit un cercle d’environ 60 mètres de diamètre dans lequel l’eau était agitée et lancée vers le ciel. Une petite maison de bois fut soulevée tout entière et transportée à la distance do t3 mètres, sans être renversée ni démolie. Il est remarquable que la maison fut portée de l’est à l’ouest, quoique la trombe marchât de l’ouest à l’est. J’emprunte aux papfers publics un autre exemple du môme genre : le 2S octobre 1 820, on venait d’étendre sur un pré en Silésie une grande quantité do toile; les ouvriers étaient à table lorsque la tempête se déclara quelques instants après midi, et souleva des nuages de jioussiére si épais que le jour se convertit en ténèbres épaisses. Les jwrtes et les volets de la blanchisserie furent enfoncées avec un fracas épouvantable , les portes furent soulevées dans leurs gonds, et le vent renversa une lourde charrette, de façon que les roues étaient fournées en haut. La toile fut enlevée, roulée sur elle-même, etla ma.ssc la plus grosse fut portée à 15 mètres au-dessus de la maison et lancée à 150 pas dans un fossé et au milieu des buissons. On travailla pendant plusieurs heures pour débrouiller cet écheveau de toile; il se composait

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de 27 morceaux dont chacun pesait <1 kilogrammes, et au milieu se trouvait un poteau de 2 mètres de long, 30 centimètres de large • et 6 centimètres d’épaisseur, qui servait de pont pour traverser un fossé peu éloigné. La trombe l’avait enlevé avec la toile qu’elle avait roulée autour et enlevée au-dessus de la maison , quoique son poids, sans compter celui de la planche, fût de 297 kilogrammes environ *.

Quand on se rappelle la force avec laquelle de petites trombes soulèvent l’eau, on ne s’étonne plus qu’une grande puisse produire de tels effets. Quelques auteurs ont attribué ces effets à l’électricité; mais si l’on s’appuie sur ce qne ce fluide détermine de semblableà effets à la surface de l’eau , il ne faut pas oublier que des forces purement mécaniques peuvent les produire comme elle. D'autres physiciens ont pensé qu’il se formait un vide partiel dans lequel l’eau s’élevait comme dans un corps do pompe; mais, à supposer que ce vide existât, l’eau ne s’y élèverait qu’à la hauteur de <1 0 mètres et le mouvement en hélice n’existerait pas. On a dit aussi que des gaz sortaient subitement de terre à l’endroit où se forme la trombe et élevaient l’eau : une semblable hypothèse n’a pas besoin d’élre réfutée *.

’ La trombe qui ravagea le village de Châtenay, près Paria, le 18 Juin 1839, rompit près de leur base des ormes ayant 1">,50 de circonférence. M. L. LaUnne, ingénieur des ponts-et-chaussées, qui dressa le plan des lieux après le désastre, estime à 4&6 kilogrammes par mètre carré l'effort exercé contre certaines parties de murailles renversées.

D'après M. Itcnaui , architecte , la trombe qui passa sur la ville de Conrthexon ( Vaucluse I, le 30 mai 1841, renversa un pan de rempart ayant 12 mètres de long sur 8 mètres de haut et un mètre d’épais.seur. TTne grande partie des matériaux furent transportés de l'autre côté de la Scillc, & la distance de 8 mètres environ. Dans le faubourg d'Orange, une façade neuve en construction fut démolie. ( Compfes rerulvs de l'Acnd. des sciences , t. IX, p. 219, et t. Xin, p. 223. )

* Dans le Traité des Trombes que M. Pcltîcr a publié en 1810, on trouve la relation de 137 trombes. Dans ce nombre on en remarque 33 qui ont existé au milieu du calme , '20 qui n'avaient pas de mouvement gj ratoire , 37 qui présentaient eu ce mouvement. Le silence des relations sur le reste des trombes est une présomption en faveur de la négative, parce qu'une relation, dit M. l'eltier, est l'indication de ce gui est, et noir de ce qui n’est i>as. 10 ont eu lieu sous un ciel sans nuages , 7 sont multiples, c’es*-à-dire qu’il y a plusieurs branches sortant du liiême tronc;

3 ont été formées entre les nuages, etc., etc.

On y trouve en outre 52 relations de phénomènes orageux qui ont produit des effets analogues aux effets des trombes; enfin ce traité contient le détail des expériences qui reproduisent les dii erses parties de ce météore au moyen de l'électricité. L'cn.«emblc des faits ne parait pas favorable à la théorie qui attribue cet ordre de phénomènes à des tourblOons do vent. (Voyez aussi, sur les trombes, l'article de M. Oerstedt, dans \ Annuaire de M. Schumacber pour 1338.) M.

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