BRUIT
ter qu’ils ne fissent tous deux partie du m^me pliénomène. Le 20 décembre 4829 une aurore très-brillante se montra depuis 8 lieuros et demi jusqu’à 11 heures du soir, au-dessus d'un banc de nuages fort épais qui couvrait les cimes des montagnes situées au nord du lieu qu’il habitait ; quoique le reste du ciel fût clair, cependant l’aurore ne dépassa pas une hauteur de 20 degrés. En môme temps un autre ministre protestant, M. James Pauli, à Tullynessle, à 4 kilomètres d'Alford, a vu que l’aurore avait une clarté inusitée dans le voisinage du zénith de manière que sa hauteur ne délassait peutêtre pas 1300 mètres.
Les observations faites par les navigateurs anglais dans le nord semblent conduire aux mêmes résultats; Parry dit même avoir vu un rayon d’aurore boréale se précipiter vers le sol à peu de distance devant lui. Quand les aurores boréales sont visibles sur une grande partie de la terre , il s’ensuivrait que leurs rayons s’étendent sur une grande surface.
BaUZT QUI ACCOMPAGNE E AUROILE BOB.ÉAX.E. —
Dans les hautes latitudes quelques observateurs ont entendu un bruit particulier pendant l’aurore boréale; qiiel(jues-uns le comparent au frôlement d’une étoffe de soie que l’on roule sur ellemême, d’autres à la crépitation de l’étincelle électrique, quelques-uns au bruit d’un incendie'agité par le vent. Ce bruit est surtout, dit-on, fort intense quand les rayons sont dardés avec vivacité. D’autres observateurs, dignes de toute confiance, n’ont jamais entendu le moindre bruit en Scandinavie; les Anglais n’en parlent pas dans leurs voyages au nord; Thienemann, en Islande, et Wrangel, Sur les côtes de la Sibérie, n'ônt jamais rien entendu ; il s’ensuivrait en tout cas que ce bruit n’accompaguc pas toutes les aurores boréales. Quoi qu’il en soit, ce bruit s’explique diüicilement, sans compter qu’on peut le confondre avec le siiUement du vent, auquel on ne prèle nulle attention quand on est distrait par d’autres bruits, mais qu’on remarque lorsqu’on contemple silencieusement un phénomène extraordinaire. Si un seul observateur avait pu mesurer l’intervalle qui s’écoule entre le dardement des rayons et ce bruit , alors non-seulement sa réalité serait prouvée , mais on pourrait encore en déduire la hauteur des aurores boréales. Personne n’a jamais parlé de cet intervalle. Si nous supposons aux rayons une distance de 2 myriamèlres, je ne saurais dire si le bruit parviendrait jusqu’à nous; pendant des orages je n’ai jamais trouvé qu’il s’écoulât plus de 40 secondes entre l’éclair et le tonnerre. Il serait inexact de citer ici les distances auxquelles on perçoit le bruit du canon : car d’un côté le sol transmet le son
plus vite que l’air, et de l’autre ce son se propage dans une cou> che d’air de même température , tandis que celui qui se produit dans les couches supérieures de l'atmosphère se transmet dans des couches de température différente *.
ÉTAT BB S.’ ATMOSPHÈRE PENDANT DES AURORES BORÈAXiES. — La connexion entre l’aurore boréale et certains états de l’atmosphère n’est pas moins problématique que les bruits qui l’accompagnent. Dans tous les pays où elles apparaissent souvent, on attribue à l’influence de l’aurore tous les changements de temps qui arrivent; mais les résultats sont si discordants qu’il est impossible d’en tirer une conclusion raisonnable, d’autant plus que les observations ne s’appliquent jamais qu’à une localité déterminée. Or, les aurores étant non-seulement visibles en Europe, mais encore en Amérique, il faudrait connaître l’état moyen de l’atmosphère sur de grands espaces après les aurores : ce qui n’est pas possible dans l’état actuel de la météorologie pratique. On peut conclure une seule chose de toutes les observations existantes, c’est que les aurores brillantes, et qui dardent beaucoup de rayons, sont souvent des avant-coureurs de coups de vent et d’une distribution anormale de la chaleur à la surface du globe. Mais, ce sujet étant encore peu connu , je ne m’y arrêterai pas plus long-temps.
Il est également impossible de dire si l'électricité atmosphérique est en général plus forte qu’à l’ordinaire; si certains observateurs ont noté ce fait, personffë n’a bien étudié la nature de cette électricité lorsque, par un ciel serein, l’aurore boréale ne se montrait pas au ciel.
MAONÈTISME TERRESTRE PENDANT LES AU- RORES BORÉALES. — La connexion entre les aurores boréales et le magnétisme terrestre ne saurait se nier; le point culminant de l’arc se trouve sensiblement dans le méridien magné-
* Dans leur hivernage & Bosekop , MM. Lottia , liraTali , l.iUichook etSiljntrona n’ont jamais entendu de bruit particulier pendant les aurores boréales. En revenant en France, i travers la Laponie et la Suède , nous avons interrogé, M. Br«- T»i» et moi , toutes les personnes intelligentes que nous avons rencontrées. A notre question : Avez-vous entendu le bruit de l'aurore boréalet leur réponse était presque toujours affirmative ; mais lorsque nous demandions quelle était la nature de ce bruit, nous obtenions les réponses les plus contradictoires. Quand nous insistions sur la possibilité de le confondre avec le bruit du vent, celui des arbres agités, le frôlement produit par la neige qu'il balaye devant lui , le murmure des flots de la marée, nous arrivions à la certitude que ces observateurs ne s'étaient point mis eu garde contre toutes ces causes d’erreurs : ces bruits les frappaient dans le silence de la nuit et parce qu’ils étaient concomitants d'un phénomène brillant qui attirait leur attention. Aussi ces personnes flnissaient-elles par partager notre incrédulité et par nous avouer qu'elles avaient adopté sans examen l'opinion reçue, mais que leur conviction n’était point le résultat d’une observation attentive et défiante. M.
TlNFLUENCE magnétique. 4CI
tique, et le centre de la couronne boréale dans le |trolon»ement de l’aiguille d’inclinaison; dejdus, l’aiguille aimanloo est très-agitée pendant les aurores, comme Celtlui et Hiorter l’ont vu pour la première fois à U|)sal le mars I7H. Tantôt elle Jévie de plusieurs minutes ou de plusieurs degrés à l’e^l, est agitée, et revient lentement ou rapidement dans le plan du méridien, qu’elle dépasse quelquefois pour se porter à l'ouest. Les oscillations de l’aiguille sont aussi variables que les aurores boréales elles-mêmes. ' Quelquefois l’aiguille est assez tranquille, mais c’est quand l’arc est immobile à l’horizon; dès qu’il commence à darder des rayons, sa déclinaison change à chaque instant : cela arrive dans nos latitudes, môme lorsque les aurores ne sont visibles que près du pôle.
La liaison qui existe entre les rayons de l’aurore et les mouvements de l’aiguille n’a pas encore été suffisamment étudiée; on ignore si le pôle nord est attiré ou repoussé, et on ne pourrait le savoir qu’en faisant un grand nombre d’observations correspondantes.
D’après wîlke, l’inclinaison est aussi variable que la déclinaison pendant les grandes aurores boréales, l’aiguille s’élève et s’abaisse avec la couronne boréale ; mêmes remarques pour l’intensité. Suivant M. Hansteen, elle augmente souvent beaucoup peu de temps avant l’apparition de l’aurore; mais dès que l'aurore a commencé elle diminue d’autant plus que celle-ci est plus brillante, et elle revient ensuite lentement , souvent seulement au bout de 24 heures , à sa valeur primitive : d’autres observateurs ont constaté ce fait».
• M. Braraii conclut lies observations qu’il a faites à Bosekop (lat. 69“58'N.), sur les variations de l'intensité verticale (composante verticale de la force maj^n étique), que cet élément éprouve, lors de l'apparition des aurores boréales, des changements analogues i ceux de l'intensité horizonialc. En général sa valeur augmente lorsque l'aurore boréale paraît ou va paraître j puis elle diminue pendant la période la plus active de ce phénomène.
M. Siljrsirccni a discuté, de son côté, les observations qu’il a faites dans le même lieu , et comparé entre elles les variations simultanées de la déclinaison, de l'inclinaison et de l'intensité horizontale magnétiques. Il est arrivé aussi à cette loi remapiuable : a Lorsque le pôle nord se porte vers l'ouest , l'inclinaison a coutume n de diminuer et l'intensité horizontale d'augmenter, n
En même temps, et toujours d’après les mêmes observations, le pôle nord mar- ^ chant vers l’ouest , l'intensité verticale augmente, mais dans un rapport moindre que ne le fait l'intensité horizontale. Si, pur exemple, cette dernière augmente do 1/10* de SB valeur, la composante verticale augmentera de 1/20' ou de 1/26* de la sienne ; la diminution observée dans l'inctinaison est le résultat de ces deux accroissements inégaux.
Toutes les fois qu'un barreau magnétique est dévié de sa position, on peut imaginer que l'un a appliqué une force horizontale, verticale ou ob'ique i son extrémité nord , la force inverse & l'extrémité sud , et que le changement observé est le résultat de cette double force perturbatrice qui se surajoute aux forces ordinaires.
Si maintenant l'on se icpurte i la loi du variation simultanée découverte par M. Siljrsirirm , et si on l'interprète conformément à la remarque précédente, on en conclura facilement que les forces peiturbatrices ne sont pas indidéremment siis-
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4G2 AI RORLS BORÉALES.
CAUSE SES AURORES BOREALES. — Quoiqu’elles soient 6\i(lpmmcnt liées iulimemenl au magnétisme, il est re[jcnrlanl impossible de dire quelle est cette liaison. Sans doute on connait assez bien les lois de la distribution du magnétisme à la surrace du globe, mais onjgnore cependant si la terre est composé» de particules magnéticjues, ou si des courants magnétiques intérieurs déterminent la direction de l’aiguille : ce qu’il y a de certain, c’est qoe la distribution du magnétisme est liée à celle de la chaleur, puis<|ue les pôle4 du froid et les pôles magnétiques coïncident probablement entre eux.
•Imaginons qu’une cause quelconque, telle que la distribution anormale de la température, trouble l’équilibre du fluide magnéti- (|ue et augmente sa force ; alors il y a étincelle magnétique comme on la produit dans un aimant arliticiel. Prenez un fil de cuivre entouré de soie et portant à l’une de ses extrémités yne petite lame de cuivre bien décapée; tournez le tout en hélice autour d’un aimant, et courljez l’autre extrémité du fll de telle façon qu’il soit peu éloigné de la plaque de cuivre et puisse la loucher : vous verrez une étincelle partir entre les doux extrémités du fil chaque fois que vous romprez ou que vous rétablirez le circuit, c’est-àdire chaque fois que vous changerez l’état magnétique de l’aimant.
L’aurore boréale paraît être un phénomène analogue, dù à une rupture dans l’équilibre magnétique du globe; mais expliquer touU^ fes circonstances que présente l’aurore , c'est ce qui est impossible dans l’état actuel de nos connaissances. J’ai discuté les différentes hypothèses émises à ce sujet dans mon Traité de météorologie ; peutêtre les effluves magnétiques se répandent-elles dans l’air raréfié . comme le fluide électrique dans le vide, et l'on comprend que leur direction soit celle d’une aiguille librement suspendue.
ccDtihles de-toutes les directions diverses qu'il est possible d'inaginer, et qu’elles afîectionnent de préférence un certain sens que les observations laissent entrevoir dés aujourd’hui sans en permettre une détermination rigoureuse. Cette identité de direction laisse entrevoir une communauté d'origine, une sorte de foyer, situé probablement dans l’intérieur du globe, et duquel émanent ces forces ; celles-ci pourraient d’ailleurs être altraciives ou répulsives pour le pôle nord des aiguilles. En plaçant à Bosokop une aiguille magnétique de telle sorte qu’elle décline de 33* à rO. ou méridien astronomique, et que son inclinaison soit defiO», sa direction prolongée sous terre devra al'er rencontrer ce foyer principal <les forces perturbatrices magnéliqiies. L’observation prouve encore que les forces agissent d’habitude par attraction sur le pôle nord à l’époque où l’aurore boréale paraît, et par répulsion vers le milieu et vers la fin de ce phénomène. Il reste maintenant a savoir si les observations simultanées faites sur différents points du globe confirmeront ces Indications. M.
Quand on étudie l’histoire des tentatives qui ont été faites pour expliquer les phénomènes naturels, on voit que les hommes se sont toujours attadiés à tous ceux qui présentaient quelque chose d'étrange ou de merveilleux. Depuis l’époque où Galilée a prouvé que les lois de la chute des corps sont de la plus hau^e importance en physique, cette tendance s’est un peu njodifiée; toutefois la météorologie se ressent encore de sa. fâcheuse influence. Où sont les observateurs qui s’occupent de la succession régulière des modifications de l’atmosphère , et les physiciens qui cherchept à en reconnaître les lois? C’est à peine si l’on regarde les instruments. Mais que le baromètre ou le thermomètre présentent une élévation ou un abaissement extraordinaires, alors tout le monde est en émoi, et on se figure que les météorologistes vont en tirer les plus belles conséquences. J’ai eu maintes fois l’occasion, dans le cours de cet ouvrage, dc-faire voir que ces faits extraordinaires ne nous apprennent rien, précisément parce qu’on les a observés isolément sans s’inquiéter de ce qui les précède et sans examiner ce qui les suit. -Ces réflexions s’appliijuent surtout agx faits que nous allons étudier dans cette section. Les pluies de soufre, de sang, de météoces enflammés, ont, dès les temps les plus reculés, produit une grande sensation; les gens du monde les regardent comme devant être l’objet principal des méditations des météorologistes. Mais ceux-ci ne leur accurdent pas plus d’importance que les zoologistes n’en accordent aux monstruosités, dont l’intérêt ne saurait être égal à celui de la série animale tout entière. Ces sujets prêtent au romanesque , mais ils ne sont pas féconds en conséquences et en enseignements.
phénomf:nes problèmatioues.
PI.UZB8 BB SOUFRB. — Autrefois, et encore aujourd’hui , l’on a dit qu’il tombait souvent de la fleur de soufre avec la pluie ; après de fortes averses on trouvait que les eaux tranquilles étaient couvertes d'une poussière jaune, et, comme elle s’enflammait aisément, on en a conclu que c’était du soufre : tous les ans on trouve do ces nouvelles dans les journaux. Des recherches plus exactes ont prouvé que cette poussière n’était rien autre chose que le pollen de certaines fleurs, et des pins en particulier, qui était balayé par les vents et précipité avec la pluie; EUholu l’avait déjà dit en 1676. La nature du pollen dépend de celle des végétaux, qui croissent à une certaine distance. Sohmieder croit qu’en mars et en avril c’est le pollen des aunes et des noisetiers; en mai et en juin, celui des pins, des sureaux et du bouleau ; en juillet, en aoflt et en septembre, celui des lycopodes, des Typha et de plusieurs espèces d'Equisetum. Quand des étangs sont couverts de cette poussière, on trouve ordinairement ces végétaux dans le voisinage, et dans les bois on les observe aux endroits qui sont exposés aux vents.
PLUIES BE SANG. — Dans les chroniques du moyen âge il est souvent question de pluies de sang; sur le sol ou dans les eaux on trouvait des taches rouges, et la superstition y voyait un présage do la colère divine. Ce phénomène se reproduit de temps en temps. Mais des recherches microscopiques ont prouvé que ces colorations provenaient do végétaux ou d’animaux innombrables qui remplissent quelquefois les eaux. Souvent cependant il tombe avec la pluie une j)oussièro rouge contenant des principes inorganiques colorés par le fer ou par l’hydrochlorate de cobalt.
On s’est beaucoup occupé dans ces derniers temps de la neige rouge; déjà de Saunure, Ramond et d’autres observateurs l’avaient vue sur les Alpes et sur les Pyrénées. Dans la baie de llairm, Rosi trouva que la neige était pénétrée quelquefois à plusieurs décimètres de la substance colorante; dans les Alpes on l’observe sur des pentes peu inclinées. Au microscope on voit que ce sont des granules rouges dont la nature n’est pas encore parfaitement connue '.
’ On peut considérer ces granules comme des végétaux réduits i leur plus simple expression , savoir, 4 une cellule remplie de liquide. Un grand nombre d'infusoires circulent au milieu de ces utricuies, qui leur servent de nourriture; la couleur rouge est la plus ordinaire, cependant ces utricuies peuvent verdir comme tous les autres végétaux. L'observation suivante en est la preuve ;
Lorsque nous débarquimes au Spitzberg le i6 juillet 1838, je m'aperçus, en traversant un champ de neige avec mon ami M. Ilnrsii, que l'empreinte des derniers pas que nous avions faits avant de passer de Ja neige sur la terre était d'une couleur verte. La su/face même de la neige était blanche . m.ais, A quelques centimètres au-dessous, il semblait qu'elle avait été arrosée avec reaii résultant d'une