‹ Cours complet de météorologieChapitre 167 sur 194 · PLUIE DE BLÉ · texte numérisé non relu

PLUIE DE BLÉ

P1.UXB BB Buà. — Après de ferles pluies on a souvent trouve par terre des corps qui avaient une analogie éloignée avec des grains de blé, et qui paraissaient, comme ces derniers, composés en grande partie de farine ; mais on a démontré déjà depuis longtemps que ce n’étaient pas des graines de céréales, et qu'ils n’étaient pas tombés du ciel. MM. Gœppert et Treviranut ont étudié ce sujet dans ces derniers temps".

En juin 4830 on trouva près de Greisau, village de Silésie, après une pluie d'orage, un certain nombre de corps de nature végétale sur des parties couvertes de gazon. Ces corpuscules étaient extérieurement d'un jaune brun, au dedans d’un blanc transparent, sphériques, rarement cylindriques, ayant de 4 à 48 millimètres de long et 2 à 4 millimètres de diamètre; ils avaient le goût de la farine, mais laissaient dans la bouche un arrière-goût âcre et brûlant.

décoction d'épinards. Noua recueillimes cette neige, et, en fondant, elle donna une eau très-faibiement colorée. Dans une autre course je trouvai cette matière verte semblable à une poussière répandue i la surface d’un champ de neige dont la majeure partie était couverte d'une quantité énorme d’r/<rmo/ococc«s nivalii. Audessous de la surface et sur les bords du champ , la neige était aussi colorée en vert. Je recueillis la matière verte de la surface , et. au bout de quelque temps, elle se déposa au fond du flacon ; alors je décantai la plus grande partie du liquide, qui était incolore.

Une goutte de ce liquide fut placée sur le porte-objet d’un microscope éclairé suivant la méthode de M, llajardin. Cet habile observateur était présent, ainsi que M. Biol, et voici ce que nous constatâmes. L'eau était remplie d'une matière verte amorphe, au milieu de l.aquelle on distinguait des grains de Protococcut verts parfaitement sphériques On en remarquait aussi quelques-uns d’une teinte rouge et beaucoup plus gros, enfln d'autres à peine rosés qui , pour la grandeur, étaient intermédiaires entre les deux premiers. Depuis j’ai examiné ces grains rouges ou rosés au n icroscope. et j’ai trouvé que ccUe neige verte se composait de granules variant pour la grosseur et la couleur.

Les uns paraissaient simples ; ils étaient verts ou d’un rose pâle et de 0,Ül A 0,06 de millimètre de diamètre; quelques-uns rares, et d'un rouge de sang, avaient 0,02 de millimètre. D’autres globules paraissaient composés , c’est-â-dira formés d’une enveloppe reufermanvdes globules i l’intérieur. Leur diamètre était de 0,06 A 0,065 de millimètre de diamètre. M. Moaugne voulut bien les examiner avec moi, et dessiner l’im d’entre eux sous un grossissement de 3000 fuis. Il avait une paru! épaisse et contenait cinq granules rouges. Jamais je n'ai pu voir distinctement un globule renfermant des granules verts.

A}rant examiné comparativement de la neige rouge {Httinalococcus nivalis) re- * cueillie dans le voisinage de cette matière verte, nous pûmes vérifier 1 identité des globules rouges de la neige verte avec ceux de la neige rouge. Celte dernière offrait de plus des chapelets plus ou moins longs, formés par des globules simples ajoutés bout A bout , et rappelant l'apparence moliniforme des espèces du genre Torula. Il est évident, d’après ce que nous venons de voir, que la neige verte {Protococcus viridis) et la neige rouge [Hirmalo occus nivalis) sont une se de et même plante à dilTérents ét.ats; mais il est dilficife de décider quel est l'état primitif. Toutefois, en réfléchissant qu’on voit des utricules incolores renfermant des granules rouges qui deviennent libres quand l’utricule mère vient A disparaître, on peut supposer avec quelque raison que la couleur rouge est particulière au globule jeune, qui verdit ensuite sous l’influence prolongée de la lumière et de l’air Or, on conçoit que si la neige n’est pas très-ancienne , ou si elle e^t balayée par les vents, comme c’est le cas le plus fréquent, surtout dans les montagnes, VHsematococcus rouge n’a pas le temps de verdir, M.

Par une dessiccation rapide le goût àcre disparaissait , et le grain avait alors celui d’une amande. Des recherches exactes ont fait voir que ces grains étaient les tubercules de la (icaire (Ranuncttlus ficaria L.), plante très-commune en Silésie. Au milieu de juin les feuilles et les liges de celte jilante printanière se dessèchent, et il ne reste que les racines, qui se composent de G à 20 petits tubercules fixés à de faibles radicules. Une fprte pluie entraîne ces Iji- • bercules, les sépare de la racine et les amène dans les jKiints déclives : aussi les Irouve-t-on après la pluie, mais personne ne les a encore vus tomber avec elle.

On avait déjà observé il y a long-temps ces tubercules dans dilTérentes contrées, mais on les avait méconnus. Des graines de plusieurs plantes charriées et accumulées dans certains |K>ints par de fortes pluies ont été prises aussi pour des produits de l’almo- , sphère ; telles sont les graines de Melampyrum nemorosutn, Veronica hederœfoiia , etc. l'ersonne ne s'étonnera que des coups de vent accompagnés de pluie puissent ainsi transporter des graines et des fruits.

PLUIES B’AxnMAUZ. — Dc petits animaux, tels que des grenouilles, des {wissons, des chenilles, etc., paraissent tomber quelquefois avec la pluie : au moins les a-t-on trouvés en grand nombre dans les champs après la pluie; mais ce sont des animaux enlevés par le vent, entraînés par les pluies, ou que l’humidité a fait sortir de leurs retraites. On a soutenu dans ces derniers temps que des animaux étaient tombés du ciel, même par un temps calme; à toutes cos assertions je ne connais pas d’autre ré(>onse que celle qu’un des naturalistes les plus distingués de l’époque fit à quelqu’un qui lui assurait avoir vu dc ses yeux un de ces phéno mènes. « 11 est heureux, lui dit-il, que vous l’ayez vu, car maintenant je le crois; mais si je l’avais vu, je ne le croirais pas. »

BROUII.I.AIID SECf/rocAencr Nebel, Hoeherauch, Uaarrauch, Landrauch, Sonnenrauch, Aloorrauch, Ileiderauch). — Voici comment ce phénomène se présente dans l’Allemagne méridionale.^ Lorsque, pendant le jour, le ciel est parfaitement pur et sans nuages, le bleu du ciel n’a pas le ton azuré qui lui est ordinaire; il est mat sans présenter la teinte qu’on observe lorsque de fins cirrus troublent sa transparence . dans ce dernier cas la couleur blanche est dominante, avec le brouillard sec le bleu est terni par un mélange d’une couleur sale. A quelques degrés au-dessus de l’horizon le bleu du cjel est brusquement interrompu, et on voit qu’il se termine supérieurement par un anneau plus ou moins bien limité d’uno couleur d’un rouge brun-terne. Les cumulo-slralus , dont le bord

' BAOL’ILLARD SEC.

supérieur est ordinairement d’un blanc brillant, paraissent plus ou moins colorés en rou^e vers midi, même lorsque les nuages ont une hauteur de 30® à 40® au-dessus de l’horizon. Les objets terrestres éloignés et d’une couleur foncée paraissent elfacés et couverts d’un voile bleu. Le soleil a un aspcet mat, même lorsqu’il est élevé; sa lumière offre une teinte rougeâtre. Les ombres des objets terrestres sont mal terminées. Quand l’astre se rapproche de l'horizon , il a une couleur d’un rouge de sang; on peut le regarder sans être ébloui, et son éclat est tellement affaibli qu’on ne le voit plus avant qu’il ne soit descendu au-dessous de l’horizon. 11 arrive même que le bord inférieur du soleil est à peine visible, tandis que le supérieur offre un bord rouge parfaitement limité.

Quelquefois le brouillard sec a une intensité remarquable; on en trouve beaucoup d’exemples dans les chroniques. Celui de 1783 a fait une sensation générale en Europe; voici les phénomènes (]u’il a présentés : son épaisseur était telle que, dans quelques points, on ne pouvait distinguer des objets éloignés de o kilomètres; quelquefois ils paraissaient bleus ou entourés d’une vapieur. Le soleil jiaraissait rouge, sans éclat, et on pouvait le fixer en plein midi ; à son lever et à son coucher il disparaissait dans la brune. C’est à Copenhague qu’on le remarqua d’abord le 29 mai; il vint après une succession de beaux jours. Dans d’autres points il avait été précédé d’un coup de vent, en Angleterre il survint après des pluies continues; à La Rochelle on le vit le 6 et le 7 juin, à Dijon le 14; puis l’atmosphère redevint sereine à La Rochelle jusqu’au 18. On le remarqua presque partout en Allemagne, en France et en Italie du 16 au 18; le 19 il fut observé à Franecker et dans les Pays-Bas; le 22 à Spydberg, en Norvège; le 23 sur le Saint-Gothard, et à Rude; le 24 à Stockholm; le 2o à Moscou; vers la fin de juin en Syrie, et le I*' juillet dans r.Alta'i. Quelques observateurs prétendent y avoir trouvé des traces d’acide, mais ces observations n’ont pas plus de valeur que les expériences qui ont été faites sur l’électricité atmosphérique. On l’accuse d’avoir causé une épidémie de charbon parmi les céréales, et des maladies chez les végétaux en général ; mais on sait que ces maladies se montrent sans que le brouillard sec les détermine.

Dans la suite, et surtout en 1834, on a aussi observé un épais brouillard sec. Je l’ai vu le 23 mai sur la montagne de Victor dans le llarz. Le même jour un violent vent du nord le poussa jusqu’à Bâle, où il resta 3 à 4 jours; le 25 on le vit par un fort vont de N.E. à Orléans, et à la même épO(|ue, surtout les 21, 22 et 24, à .Munster. Plusieurs fois, dans le cours de cet été, je notai des brouil-

lards secs plus ou moins épais. Le 28 et le 29 juillet ils furent remarqués à Halle, Freiberg et.Allenberg en Saxe, et ils durèrent plusieurs jours; enfin ils disparurent le 2 août pendant une pluie d’orage, et ne se montrèrent que pendant quelques jours isolés du mois d’août.

Le brouillard sec est surtout commun dans l'Allemagne septentrionale et occidentale ainsi qu’en Hollande; Fînke l’attribue à la combustion de la tourbe. En effet, pour préparer à la culture les terrains tourbeux, on les défonce et on retourne les mottes en automne, afin qu’elles sèchent pendant l’hiver; si le mois de mai est sec on y met le feu, en ayant soiç qu’elles jettent beaucoupde fumée et peu de flamme. Plus l’air et le sol sont secs, mieux l’opération réussit, la pluie l’entrave au contraire ; en été de grandes surfaces s’allument spontanément. La quantité des produits de la combustion alors peut s’élever à 9 millions de kilogrammes.

Dans ces contrées le brouillard sec coïncide avec la combustion de la tourbe; quand l’air est sec, la fumée reste suspendue dans l’atmosphère et peut être entraînée par les venLs Le vent souffle toujours du côté des tourbières quand le brouillard sec se manifeste, et souvent on a vu les brouillards provenant distinctement des marais tourbeux.

Le brouillard sec si épais de 1834 venait en partie de la combustion des tourbières et des incendres qui ont signalé cette année. Pendant qu’on l’observait à la fin de mai dans le Harz, aux environs d’Orléans et de Bàle, il y avait des incendies dans les tourbières. Ainsi en particulier la tourbière de Dachau en Bavière brûla jusqu’à la profondeur de 2“,5, cl l’incendie se propagea même pardessous des fossés pleins d’eau; aux environs de Munster et dans le Hanovre, plusieurs tourbières furent consumées. Plus tard, en juillet, il y eut des incendies terribles de forêts et de tourbières près de Berlin, en Prusse, en Silésie, en Suède et eu Rus,sie; la sécheresse favorisait la propagation de ces incendies et le transport de la fumée.

C’est à la même cause qu’il faut prolxiblement attribuer l’aspect particulier dcTair en automne. Dans les beaux jours, où l’atmosphère est très-sèche, l’air est moins transparent; les objets éloignés ne se voient pas distinctement, ils paraissent entourés d’un léger brouillard. Comme dans beaucoup de contr ées, on brûle à celte époque des las de mauvaise herbe et des souches de pommes de terre, je crois que la fumée qu’ils produisent se répand dans l’atmosphère. *

Peut-on attribuer à la même cause le brouillard sec de 1783, (jui s’étendit sur une grande partie de l’Europe? A l’époque où il

Page 1