L'HUILE
Dans ce cas les animaux doivent être étudiés au seul point vue de la valeur et de la couleur, en posant de larges touches.
Dans ce travail qui est forcément très rapide, il arrive souvent, même aux artistes exercés par une grande pratique, que l'ensemble des touches soit très informe et qu'il y ait des erreurs de proportions assez grandes: il ne faut pas se préoccuper de cela et surtout ne pas corriger une faute de dessin, si la valeur est juste; les retouches ne doivent se faire que pour parfaire une valeur et un ton ; ce n'est pas un dessin que l'on est venu faire, c'est un croquis de la couleur ; en le corrigeant, on s'exposerait à ce qu'il reste encore mal dessiné et à lui faire perdre les premières qualités qu'il possédait.
Par la pratique, il sera aisé d'acquérir une grande rapidité d'exécution, ces pochades doivent se faire en dix minutes et moins.
Conseils sur la manière de peindre un tableau de paysage avec des animaux. — Dans un paysage où les animaux sont le véritable sujet du tableau, il faut avant tout se préoccuper de l'effet, et du dessin, non pas des détails, mais de la construction solide et bien établie des lignes principales. On devra donc, avant tout, s'assurer de la proportion des animaux par rapport au paysage et connaître par une échelle de proportions établie à cet effet, les dimensions des animaux placés sur les différents plans du tableau. (Voir dans tous les traités de perspective la démonstration de l'échelle de proportions.)
Supposons comme exemple une plaine de Normandie avec des animaux, ainsi que le montre notre planche hors texte page 27.
C'est un tableau dont le motif se rencontre à chaque pas dans l'Eure ou le Calvados. Voici comment il faudrait procéder pour l'exécuter. La première chose à faire quand on a été frappé par la beauté d'un effet, et qu'on veut en faire un tableau, c'est de peindre plusieurs pochades jusqu'à ce que l'on ait réussi à en exécuter une qui soit bien dans l'effet que l'on veut obtenir. Cette pochade définitive doit, avant tout, donner les valeurs et la couleur de l'ensemble, terrains, ciel et animaux.
On exécutera ensuite un dessin très étudié, d'après nature. Ce dessin pourra être fait par tel procédé préféré, peu importe, pourvu qu'il soit bien juste de proportions. Quand le dessin sera achevé, on le décalquera sur une toile et l'on fera une étude spéciale pour l'exécution ; cette étude qui doit être très finie, très détaillée, est souvent peu agréable à voir parce qu'en y retravaillant plusieurs séances, on obtient une peinture pénible et fatiguée de retouches ; il ne faut pas s'en préoccuper, car la pochade servira à rectifier sur le tableau, ce qui aura été mal peint; souvent les détails de l'exécution entraînent à négliger les valeurs, on perd de vue l'ensemble de l'effet; c'est pour remédier à cela que la pochade est indispensable à l'exécution d'un tableau.
ANIMAUX 27
L'étude pourra être grandie plusieurs fois quand on peindra le tableau définitif et si l'on a pu exécuter dans l'étude môme, les animaux que l'on se propose de grandir ensuite, on pourra alors savoir quelle dimension exacte ils devront avoir dans le tableau. Supposons que l'étude soit agrandie quatre fois, ce qui donnerait 4° centimètres de hauteur pour des animaux ayant 10 centimètres dans l'étude ; cette proportion étant connue, on pourra alors faire poser des animaux pour les mouvements ordinaires (ceux qui accusent l'immobilité), en exécutant des dessins et des études peintes de la grandeur de l'exécution définitive et l'on n'aura plus qu'à recopier ensuite à l'atelier pour peindre le tableau.
Si l'étude n'a pas été faite pour servir à un agrandissement, en un mot, si on ne se décidait à en faire un tableau qu'après réflexion, il deviendrait nécessaire en ce cas, de peindre une esquisse que l'on grandirait ensuite comme il vient d'être dit. Connaissant alors les proportions que les animaux devront avoir dans le tableau, il faudra faire des dessins séparés, agrandis aux proportions voulues et les décalquer ensuite sur la toile définitive. Les artistes professionnels peuvent se servir de différentes études et les arranger pour leurs besoins immédiats en les agrandissant ou en les diminuant, parce qu'une longue pratique leur permet ces faciles transformations, mais pour les premiers tableaux on ne pourra obtenir un bon résultat qu'avec les précautions qui viennent d'être indiquées.
Voici pour terminer ce que nous avions à dire au sujet de ces premières études, une lettre fort intéressante que Paul Yayson, le peintre animalier si connu, a bien voulu nous écrire :
« Vous avez eu l'idée, bien flatteuse pour moi, de me demander quelques lignes sur l'art du peintre animalier, sur la manière dont les jeunes artistes doivent diriger leurs études ; combien vous m'embarrassez !
« Il me semble que sur ce dernier point, il ne peut y avoir de système, puisque chacun de nous, cherche, sent et voit autrement que son voisin.
« Et puis, il y a tant de façons de bien faire ; l'un s'éprend de la science, de la beauté, de la forme, l'autre se passionne pour la magie de la couleur, laissez-moi dire pour la poésie du ton à certaines heures.
« Si grande que soit mon admiration pour les bêtes de Rosa Bonheur, pour leur dessin précis, leur structure savante, il s'y mêle cependant un désenchantement, c'est de n'y pas trouver plus d'harmonie dans la couleur. N'est-on pas autrement enthousiasmé par la grasse et riche palette de Troyon et plus charmé par les petites vaches imprécises dont Corot tache çà et là ses paysages humides de rosée. Ces bêtes incorrectes, souvent, vues chez ce dernier en simples notes, mais si harmonieuses de ton dans l'atmosphère matinale, si intimement liées au paysage î Ces
qualités me paraissent de toutes, les plus rares, il y faut l'œil et l'âme d'un poète.
« Pour la science de la forme, la première qu'il faille acquérir, je n'apprendrai à personne que le mieux est de ne travailler que d'après nature ; tout ce que l'on puise à cette source est bon et sain et laisse à chacun les meilleures chances d'accuser son originalité.
« Si j'avais autorité pour conseiller un débutant sur la direction de ses travaux, je le mettrais en garde contre la consultation du travail des autres et aussi de la photographie dont on abuse tant. Ce qui sort de l'objectif est curieux, surprenant sans doute, mais le plus souvent déformé, figé, privé plus ou moins de mouvement et de vie. Le moindre croquis d'après nature, pris sur le vif, vu à travers le tempérament, l'impression de chacun, est bien autrement expressif. Certes la photographie est un document précieux, mais bon à consulter seulement, par qui sait y lire et en corriger les défectuosités.
« Je dirais encore à mon débutant, qu'au point de vue pratique, si le dessin est bon, le modelage est excellent pour graver la forme dans la mémoire de l'artiste, pour mieux approfondir ce qu'il y a sous la peau de l'animal. Il m'objecterait sans doute que ces conseils n'ont pas le mérite de la nouveauté ; qu'il les mette en pratique néanmoins, il s'en trouvera bien.
« Et quand il possédera à fond, la structure, l'essentiel, à mon humble avis, lui restera à apprendre, à moins qu'il ne veuille travailler que pour la plus grande joie des vétérinaires et des éleveurs ; s'il veut faire œuvre d'artiste, il devra voir souvent les animaux de près (leur société n'est pas désagréable en général), les voir dans leur milieu, dans leur fonction, en surprendre l'allure, les mouvements, le caractère ; étudier les jeux de lumière sur les robes lustrées par le soleil et les reflets du ciel. Il verra combien ils concourent à l'expression du caractère d'un pays ou d'un site, au pittoresque, au charme d'un paysage qu'ils enrichissent de leurs taches superbes. Et si c'est un sensible, la longue fréquentation des champs, l'observation des animaux, lui révéleront la poésie des scènes rustiques, des couchers de soleil, de l'heure mystérieuse où, d'un pas paisible, rentrent bêtes et gens, tandis que derrière le rideau d'arbres surgit la lune qui brille avec douceur. Tout cela se résume en deux mots : aimer la nature et l'étudier. » Paul Vayson.
Cette lettre si intéressante est écrite par un véritable artiste, tous ceux qui la liront y puiseront un enseignement salutaire dont nous ne saurions assez remercier l'auteur.
Le nombre des observations à faire en étudiant ces animaux ainsi que les sujets d'études et les motifs de tableaux, sans cesse renouvelés, amènent peu à peu l'artiste à se spécialiser. L'étude des vaches, des bœufs, des veaux, qui obligent aussi à celle du paysage et des marines
où ils vivent, fournissent aux peintres un nombre de recherches suffisantes pour qu'il y consacre sa vie. Il est d'ailleurs nécessaire de se spécialiser ainsi pour parvenir à bien faire et les plus grands peintres animaliers y ont été obligés, tant il y a à apprendre de choses pour être le peintre d'un animal.
Il est à remarquer que tous les artistes pensent de même au sujet de la photographie etquesi, comme le ditVayson: « ce qui sort de l'objectif est curieux, il est le plus souvent déformé.... La photographie est un document précieux, mais bon à consulter seulement par qui sait y lire et en corriger les défectuosités. »
L'habitude de consulter des photographies a aussi l'inconvénient de faire aimer les détails et amène tout naturellement à faire oublier qu'ils sont les ennemis de la bonne harmonie de l'ensemble ; si l'on ne répudie courageusement cette mauvaise habitude, on en arrive fatalement à voir photographiquement, et l'on copie au lieu d'exprimer un sentiment, presque un état d'âme. On fait le procès-verbal minutieux, détaillé, on n'ose plus synthétiser de peur d'omettre un caillou ou un chardon, en un mot, on devient photographe, on n'est plus artiste.
L'âme d'un artiste est un miroir doué de la faculté merveilleuse de réfléchir les objets matériels, en leur communiquant pour ainsi dire, quelque chose de la vie humaine. La nature infinie dans ses aspects prend toutes les formes qu'il plaît au génie de lui donner. Mélancolique pour les poètes agités d'une sensibilité inquiète; sereine pour les cœurs tranquilles; orageuse pour les âmes passionnées; ses manifestations sont aussi nombreuses que les faces de l'esprit humain. Il y a autant de natures que d'individus ; mais la nature dans son unité est invisible comme Dieu! Un paysage n'est donc pas seulement un fragment de la création matérielle, c'est aussi le portrait ou plutôt la sensation d'un homme.
« En voyant les tableaux de Paul Po tter et ceux de Van de Velde, je me figure que l'un dut être le modèle de la bonhomie, l'autre un mélange de grâce et de sincérité. » (Charles Blanc. Histoire des peintres.)
Nous terminerons nos conseils sur la manière de peindre les races bovines, en disant que les animaux qui sont en marche ou dans des mouvements quelconques, doivent être peu exécutés, au point de vue des détails; la préciosité fige le mouvement, ce qui démontre d'ailleurs au premier aspect qu'on s'est servi de photographie et les connaisseurs ne s'y trompent pas.
La bonne construction est la première qualité à acquérir, mais quand on peint des animaux qui se meuvent, il est important de laisser les contours vagues, de ne rien détailler des muscles, des plis de la peau ou des parties du poil, les pieds doivent à peine se montrer, c'est en exécutant les détails des sabots que l'on immobilise l'animal, et c'est aussi en prouvant trop sa science que l'on ôte l'essentiel, qui est la vie. La photo-
3o COURS COMPLET DE PEINTURE A L'HUILA
graphie instantanée ne donne pas non pins la vie, en raison directe des détails trop précis qu'elle montre, détails que nos yeux ne peuvenl saisir dans la nature ou du moins que notre intelligence n'a pas le temps nécessaire pour comprendre.
Les chevaux. — Le cheval est certainement l'un des plus beaux animaux que l'on puisse peindre, parce qu'il joint à sa grâce naturelle et à la beauté de ses formes, une très grande variété de nuances dans les
Os d'une (ôte de cheval (vue de profil).
couleurs de son pelage, depuis le blanc le plus clair jusqu'au noir d'ébène en passant par toutes les gammes du gris, du jaune et du rouge. La variété des races est aussi en assez grand nombre pour que des ar Lis Les qui se sont spécialisés en peignant les chevaux uniquement, aient encore limité leur art à une seule espèce de chevaux. Fromentin n'a peint que la race arabe, Carie Vernet, les chevaux de course, Horace Yernet, les chevaux de guerre et les chevaux sauvages. Géricault préférait les chevaux de trait et de labour ; Alfred Dedreux a peint les chevaux de selle ; Veyrassat n'a peint que des chevaux de ferme, de halage et surlo utiles vieux chevaux, etc.. Le cheval est donc l'animal le plus beau, on a même dit le plus noble ; il est aussi le plus docile et le meilleur modèle parce qu'il est fort intelligent. C'est ce qui permet de l'étudier commodément en le faisant poser; avantage que Ton a rarement avec les autres animaux.
Le moyen le meilleur d'apprendre vite à dessiner les chevaux, comme pour toutes les espèces d'animaux d'ailleurs, c'est d'en bien connaître la structure. Il faut commencer par dessiner les os, têtes, jambes et le squelette tout entier, dessiner ensuite des ensembles de squelette de pro-
fil, de face et de trois quarts. La myologie est aussi indispensable, car chez le cheval les muscles sont très apparents et il faut absolument en connaître les fonctions et la place pour dessiner rapidement des mouvements très justes. Toutes ces études pourront se faire en commençant par dessiner des squelettes dans les muséums d'histoire naturelle, en consultant des livres spéciaux sur l'anatomie du cheval, et enfin en dessinant et en peignant des chevaux morts chez les équarisseurs. Les têtes qui sont si belles et si expressives, devront être dessinées avec autant d'at-
ïête de cheval (vue de trois quarts).
tention que si l'on étudiait un portrait et il est nécessaire d'en connaître la construction au point de pouvoir les dessiner de mémoire dans tous les raccourcis possibles. Il est facile d'obtenir ce résultat en dessinant beaucoup de tê tes au muséum et en peignant ensuite dans toutes les poses une tête de cheval mort.
L'étude sur des cadavres apprendra à exécuter le morceau, parce que n'ayant pas la préoccupation de voir le modèle se déplacer on aura devant soi tout le temps nécessaire pour effacer et recommencer, jusqu'à ce que l'on soit satisfait du travail ; il n'y aura donc pas de raisons pour que le résultat final ne soit bon et instructif.
Nous avons dit déjà qu'il est nécessaire de redessiner de mémoire les études faites avec la nature, nous ajouterons encore qu'il est très utile aussi de faire du modelage d'après de bons plâtres pour commencer et aussi d'après des
Tète de cheval (vue de face).
études que l'on a peintes soi-même d'après nature ; cet exercice est le meilleur pour apprendre et retenir de mémoire la forme si compliquée et si gracieuse du cheval.
Le modelage est fort amusant, il fait comprendre une foule de choses dont on ne se doutait pas; aussi lorsqu'on a touché un ébauchoir, se passionne-t-on pour cet art. Le modelage est devenu fort simple comme procédé, depuis l'invention de la plastiline. C'est une terre glaise qui ne sèche pas, elle a tout l'avantage de la terre ordinaire, tout en supprimant l'ennui de mouiller constamment avec des linges ; elle dispense aussi du baquet dans lequel on faisait macérer la terre sèche, ce qui était vilain, sale et encombrant. La plastiline se trouve chez tous les marchands de couleurs et de fournitures pour artistes.
Ces premières études auront amené l'élève à connaître le cheval, c'est pourquoi les travaux qu'il entreprendra ensuite en dessinant des animaux vivants en seront singulièrement facilités. Les chevaux de trait sont faciles à faire poser, il suffit de les atteler à une voiture quelconque et souvent même de les attacher pour qu'ils donnent au peintre de longues heures de pose, si l'on a eu la précaution de les placer de façon à ce que le soleil et les mouches ne viennent pas leur rendre le repos impossible.
Nous avons déjà dit que les études d'animaux devaient se faire dans toutes les poses et tous les mouvements, face, profil, dos, etc., etc., quand on pouvait les faire poser, et qu'il fallait se mettre en garde contre la tendance que l'on a, de faire des études de profil ; d'abord l'étude de profil n'est pas pittoresque, elle ne donne que la moitié de l'animal et il semble que l'artiste l'a faite ainsi par crainte de difficultés trop, grandes. On devra donc quand on fera des profils, ménager des mouvements de jambes qui tout en laissant le corps de profil, montrent les quatre membres, afin de ne pas s'exposer à une faute de goût déplorable.
Les mouvements de face ou de dos doivent également se présenter un peu de trois quarts, ce qui est toujours plus gracieux.
Les chevaux de course ou de selle ne peuvent poser que peu de temps ; ils sont trop nerveux et trop impatients pour rester en place, néanmoins on parvient à les étudier, en les faisant tenir par des palefreniers. Comme les chevaux de labour, de trait, de halage, etc., sont plus patients, c'est avec eux que l'on fera les meilleures études; elles seront d'ailleurs nécessaires pour apprendre à exécuter; si l'on désire ensuite peindre les chevaux de selle cela deviendra plus facile.
La formule que nous donnons page 33 aidera vite à comprendre les lignes principales ; elle servira au débutant pour apprendre la construction d'une tête, de face.
A N l M AUX
Dès que l'on saura construire des têtes, on apprendra la construction d'un ensemble de profil.
Formule pour construire une têle de cheval (vue de face).
Ces moyens, qui, à première vue, semblent très enfantins, font acquérir une grande facilité de compréhension; ils sont d'autant plus simples à apprendre que c'est toujours le principe du carré, du rectangle ou du
triangle qui sert de base et dans lequel on encadre les lignes principales soit qu'elles présentent l'animal de face, de profil, ou de trois quarts.
Nous ferons encore observer que la longueur de la tête est la même que celle de l'omoplate et qu'en la reportant sur les diverses parties du corps, on s'aperçoit que cette longueur concorde avec celle des os du bassin, etc., etc., ainsi que le montre le dessin ci-contre.
Formule de construction; ensemble d'un cheval (vu de profil).
Les croquis de chevaux sont des études excellentes pour apprendre à connaître leur allure ; le peintre qui veut se consacrer à l'étude exclusive des chevaux doit avoir sur lui tout ce qui est nécessaire aux croquis rapides, et, partout où il se trouve, il doit consigner ses observations, de façon à pouvoir posséder à fond la science du mouvement ; ce n'est qu'à ce prix, qu'il parviendra à faire des tableaux intéressants.
La manière de peindre le cheval ne diffère pas sensiblement de ce qui a été dit au chapitre précédent; quelle que soit la nuance de la robe de l'animal, c'est toujours par les tons foncés qu'il faudra commencer, comme cela a été dit tant de fois, continuer par les demi-teintes et terminer par les tons clairs ; les parties luisantes se peignent toujours ne
ANIMAUX *5 terminant un morceau. Il est nécessaire de ne pas empâter les lumières
Formule pour dessiner un âne de profil.
et si Ton sent la nécessité de les peindre plus solidement que tout le reste, il faudra néanmoins que ces lumières soient peintes dans le sens
et sans rugosités pour bien montrer que le pelage est lisse, presque soyeux ; les empâtements sans discernement donneraient l'aspect du bois ou du plâtre, ce qui serait d'un très vilain effet.
L'Ane. — Parmi les animaux domestiques, l'âne est à la fois, le plus aimé et le plus malmené; comme il est très familier, tous le rudoient, depuis l'enfant jusqu'à l'homme. Il ne trouve de vrais amis que parmi les bêtes, et le chien est celui qui est le meilleur pour lui. L'âne est tyrannisé par tous en raison de sa douceur et de la patience à toute épreuve avec laquelle il supporte les mauvais traitements. Cet animal si gracieux quand il est jeune, principalement, ou quand il n'a pas été déformé par des travaux au-dessus de ses forces, est d'une intelligence qui offre beaucoup d'intérêt à l'observateur et fournit aux artistes une infinie variété d'études à faire.
Notre dessin hors texte page Z-j montre un animal qui pose, pendant que son portraitiste travaille ; elle servira à démontrer comment les deux compères procèdent et s'entendent. On voit en effet que les études sont alignées à côté Tune de l'autre et que, pour ne pas perdre de temps,
l'auteur de ces lignes (car c'est lui qui peint prière au lecteur de ne
pas confondre avec celui qui pose) mène plusieurs études de front, selon les caprices de son modèle qui se dérange souvent ; on aperçoit sur le panneau plusieurs études peintes, ainsi que nous conseillons de le faire.
Nous pensons qu'il est inutile de répéter ce qui a été dit précédemment quant aux procédés pour peindre puisque la forme et la couleur de l'animal sont les seules choses qui ne soient pas semblables ; le ton est changé, mais la manière d'exécuter est identique. Nous n'ajouterons pas ici une redite de plus, à toutes celles auxquelles nous sommes obligé.
Les formules que nous donnons page 35 serviront à comprendre les lignes générales qui sont assez souvent en rapport avec celles du cheval, mais nous recommandons surtout aux commençants l'étude du squelette pour faire de rapides progrès.
lL.es moutons. — Tous les peintres paysagistes ont besoin de faire des études de moutons, parce que ces animaux font, en quelque sorte, partie du paysage, qu'ils animent et complètent. Il y a quantité de motifs dans lesquels, il ne saurait entrer aucune figure, ni chevaux, ni vaches, ni ânes et qui cependant, ont besoin d'être animés, car il est quelquefois nécessaire de mettre un point de repère qui détermine une proportion et fasse comprendre d'un coup d'œil au spectateur, soit l'immensité d'une plaine, soit la hauteur d'une montagne ; ce n'est que par des comparaisons de proportions avec ce que l'œil a l'habitude de voir et de toucher, que l'on peut, par opposition à l'infini, obtenir ce résultat. Le mouton et la chèvre sont souvent employés à cet effet. L'avantage
des moutons, c'est qu'ils sont peu colorés, de petites proportions et peuvent se traiter selon les besoins de chaque tableau, soit en les exécutant beaucoup soit en les indiquant seulement par des taches bien en valeur. Le mouton étant un élément dont le paysagiste ne saurait se j> passer en certaines occasions, nous ne saurions assez lui en recommander l'étude. Cet animal est d'ailleurs fort intéressant et peut ensuite fournir quantité de sujets de tableaux, il n'est plus alors simple figurant, il devient assez important pour jouer le premier rôle.
On sait tout le parti que Troyon a su tirer de ce joli petit animal qu'il a peint par tous les effets. On connaît aussi par les photographies et les reproductions de tous genres, les superbes parcs à moutons, les bergers et leurs troupeaux, les tondeurs de moutons, peints par J.-F. Millet. Tout le monde a vu les beaux tableaux de Charles Jacque, ses intérieurs de bergeries si remarquables, ses rentrées et ses sorties de l'étable dans lesquelles tous les animaux se pressent dans la hâte de jouir de la liberté, ou dans le désir du repos à l'air pur des prairies ; d'autres fois il nous représente ses bêtes préférées bousculant tout dans la ferme, effarouchant les poules et les poussins, sous l'œil paterne du bon vieux chien qui sévira tout à l'heure si cette indiscipline se prolonge. Les procédés de reproductions ont vulgarisé les belles œuvres de ce Maître qui a lui-même gravé quantité d'eaux-fortes représentant la basse-cour, l'étable, l'abreuvoir, et jusqu'aux troupeaux de moutons paissant dans les bois.
Cette œuvre si originale doit être consultée par les débutants, non pour la copier, mais pour se rendre compte de tout ce que l'on peut imaginer avec les moutons comme sujet de tableaux et comme accessoire. Il y a des animaux, et le mouton est un de ceux-là, qui, l'on ne sait pourquoi, donnent le sentiment de la mélancolie ; est-ce par la lenteur de ses mouvements ou par la monotonie de sa couleur ? Est-ce par la rondeur de sa forme qui lorsqu'il est en troupeau surtout, épouse les mouvements du terrain et en accuse mollement les lignes ?
Ce qu'il y a de certain, c'est que l'on n'éprouve pas la même impression en voyant un troupeau de moutons qu'en voyant un troupeau de chèvres, pourquoi? C'est que... « il est au fond de l'âme humaine un sentiment que certains aspects de la nature ont le pouvoir d'éveiller, c'est la mélancolie... La mélancolie est un fruit du nord. Aussi tous les paysagistes Hollandais en ont-ils laissé l'empreinte sur les brumeuses campagnes de leurs tableaux, à l'exception de ceux qui ont voyagé ou vécu longtemps en Italie. — Ch. Blanc. » Le mouton est un animal mélancolique*.
Le peintre qui étudie les moutons, ne f ût-ce que pour les mettre accessoirement dans ses tableaux doit commencer par en connaîtra l'anatomie et surtout l'ostéologie. C'est le moyen le plus rapide pour en connaître la forme et les construire de mémoire.
On trouve des squelettes de moutons dans tous les muséums et pour étudier les têtes, le mieux est de s'en procurer une en la faisant cuire pour que les os soient bien dépouillés de la chair. On la dessine dans tous les sens et on l'accroche ensuite à l'atelier pour 1 avoir toujours
sous les yeux.
L'étude des têtes de moutons se trouve d'ailleurs très simplifiée, car on peut s'en procurer une chez le boucher, qui moyennant une indem-
Os d une tête de bélier.
nité insignifiante pour la valeur de la peau sera livrée tout entière ; on pourra donc alors la faire poser en plein air et obtenir de précieux renseignements en la copiant attentivement.
Notre planche en couleur page 41 montre le genre des études que l'on doit faire et le sens de l'exécution pour chaque partie. Il faudra faire ces études de grandeur naturelle et les exécuter avec beaucoup de soin, parce qu'elles serviront pendant toute la vie ; et comme elles seront souvent consultées pour divers renseignements, il est nécessaire, qu'elles en contiennent la plus grande quantité possible : dessin exact, couleurs et valeurs justes, exécution serrée, mensuration exacte avec la nature, etc. Tous ces renseignements peuvent à un moment donné être demandés à l'étude, qui, nous l'avons dit déjà doit être le dictionnaire du peintre.
L'exécution poussée très loin est indispensable dans ces sortes d'études faites avec le cadavre « Qui peut le plus, peut le moins ». Il est bien entendu que les petits animaux qui seront ensuite placés dans un tableau de paysage, ne devront pas être exécutés avec une telle minutie ; ce serait contraire à toutes les lois de l'enveloppe et de la perspective aérienne. Mais il peut arriver que l'on soit obligé de peindre de grands animaux de premier plan, voire même des tètes importantes au bord du
ANIMAUX
cadre, et c'est alors que l'on regretterait des études trop sommaires, si l'on n'avait pas suivi nos conseils.
Les procédés d'exécution demeurent toujours les mêmes ; c'est par le dessin exact et la justesse des valeurs que l'on obtient un bon résultat. Quant à la manière de peindre, il n'y en a pas d'absolue et l'on fera soi-même sa cuisine, comme on dit à l'atelier. Toutefois nous dirons que le moyen suivant peut être employé avec certains avantages : lorsque le dessin aura été bien étudié en prenant soin de ne pas salir l'apprêt de la toile, on passera le trait à l'encre de Chine pour le fixer. On pourra également employer cet autre moyen : dessiner et mettre à l'effet en modelant les ombres au fusain, puis, après avoir fixé avec le fixatif direct et le vaporisateur on commencera à peindre. Ce procédé est facile et offre l'avantage de montrer rapidement l'effet. On peut encore mettre les valeurs à l'encre de Chine au lieu de se contenter d'un simple dessin au trait. L'étude des valeurs n'est jamais trop attentive, c'est pourquoi en les étudiant d'abord, rien qu'avec du noir, on en simplifie la recherche, et quand on peint, on n'a plus qu'à s'occuper de la coloration, puisque l'on connaît déjà leur degré de noir par rapport au blanc. Il faut prendre tout d'abord la valeur du fond sur lequel ou voit le modèle se détacher. Ce fond pourra être choisi comme bon semblera, mais il faudra toujours qu'il soit copié exactement et ne pas le remettre après coup. Il ne faudrait pas, par exemple, peindre une tête dans un appartement et copier ensuite un fond de paysage, cela donnerait un ensemble faux, parce que les ombres et les lumières ne seraient pas en rapport avec ce fond. Il faut toujours copier exactement l'ensemble et si l'on préfère peindre dans un appartement, c'est le fond de cet appartement, derrière le modèle qu'il faudra copier. Dans ce cas, il serait préférable de peindre dans une écurie parce que l'harmonie brune que l'on y trouve refléterait les ombres et donnerait à l'ensemble des tons utilisables pour les études, quand on s'en servirait ensuite pour peindre les animaux dans une bergerie.
Le mieux serait de peindre ces sortes d'études en transportant le modèle dans des milieux différents et sur des fonds très variés. On y ferait par exemple des études de tête s'enlevant sur un fond d'herbe et de terrain; d'autres se découpant sur le feuillage des arbres, soit à l'ombre, soit au soleil; on en peindrait d'autres au soleil sur un fond de muraille qui elle même serait au soleil et à l'ombre ; d'autres seraient vues se détachant en silhouettes sur le ciel, etc.. De telles variétés dans les effets constitueraient un fond d'études sur lequel on puiserait dans l'avenir tous les renseignements désirables. Que l'élève ne se figure pas qu'un nombre de documents aussi grand, n'est pas indispensable, jamais il n'en pourra faire assez. Quand on veut utiliser les études à l'atelier, il manque toujours le renseignement que l'on voudrait avoir; si on a le mouvement
il n'est pas dans le sens que l'on désire ; si on a le mouvement et le sens on n'a pas l'effet, il est au soleil quand on le voudrait à l'ombre ou bien il est peint à l'intérieur quand on le voudrait en plein air, etc. C'est pour ces raisons qu'il faut peindre et dessiner quantité d'études et qu'on ne saurait trop travailler.
Le dessin que nous donnons page 4» offre une formule pour dessiner les têtes de mouton ; ce moyen est si simple qu'un enfant peut l'apprendre rapidement ; nous engageons donc les personnes qui commencent à peindre ces animaux à consulter cette formule qui leur montrera comment se construisent logiquement, les lignes principales et typiques de cet animal.
C'est d'abord un rectangle que l'on doit dessiner ; ensuite on le divise en trois parties égales, puis l'on trace une ligne verticale destinée à donner les bosses frontales et la longueur des oreilles. On continue en traçant les deux lignes diagonales qui dessinent les oreilles. Ensuite on place les yeux à l'intersection des lignes du rectangle et de celle qui le coupe au tiers, puis l'on descend les deux lignes courbes, presque diagonales, qui vont en se rencontrant dans le bas du rectangle ; ces lignes servent à donner la forme du nez et la séparation de la lèvre supérieure dont il ne reste plus qu'à dessiner la ligne extérieure ; on la termine en ajoutant le trait qui dessine le maxillaire ou mâchoire inférieure. En suivant cette description tout en regardant le dessin, on exécutera avec une très grande facilité ce qui semble si compliqué à lire. Les autres formules s'exécuteront de la même façon en suivant l'ordre avec lequel elles sont présentées.
Ces études préparatoires étant terminées, il faudra ensuite peindre des ensembles. Les premières études ne sont pas faciles, parce que le mouton ne reste jamais en place quand il est debout; il n'est tranquille que lorsqu'il est couché ou bien quand le soleil est accablant, mais dans ce cas, il recherche l'ombre des moindres choses pour abriter sa tête et comme il utilise tout ce qu'il rencontre, depuis l'ombre d'un rocher très petit jusqu'à l'ombre d'une touffe de genêt ou d'une feuille de fougère cela lui fait prendre des mouvements souvent incompréhensibles et presque toujours inutilisables.
Les procédés que nous venons de donner dans notre dessin feront comprendre la construction du mouton et faciliteront les premières études. Tant qu'il ne s'agit que de faire des croquis dessinés et même des pochades de couleur, on peut travailler dans les bergeries. On pourra même travailler utilement dans les parcs à moutons installés en plein air. Principalement pour dessiner, ces installations offrent de grands avantages aux peintres parce qu'ils retrouvent aisément le mouvement d'un animal qui se déplace, avec un autre animal placé à côté et d'une façon semblable. Ces études sont même agréables à peindre, quand on a fait
ANIMAUX
Formule de la tète d'un moutou (vue de face).
des dessins et des croquis pendant quelque temps avant de prendre la palette. Pour travailler utilement, on prend une toile de 8 ou de 10 et l'on commence dans le haut en établissant des rangées de moutons que l'on quitte ou que l'on reprend selon les caprices des modèles. On commence par exemple un mouton de profil, on le dessine tant que l'ani-
Formule de la tête d'un mouton (vue de profil).
mal pose ; s'il se déplace, on en commence un autre dans le nouveau mouvement; se déplace-t-il encore et de face qu'il se montrait, ne vous montre-t-il plus que le dos on l'abandonne encore pour en faire un autre. Au contraire, reprend-il la pose première en se montrant de profil, faites comme lui, revenez au premier dessin et tâchez de le terminer avant que son caprice ne le déplace. Ces séances premières sont pénibles ; elles fatiguent la cervelle impatiente de saisir la forme sans y parvenir, à cause de la mobilité de l'animal et de l'inexpérience du peintre qui se lasse et s'énerve au point de ne plus pouvoir continuer. Mais, en quelques jours seulement, on aura vite saisi et retenu les lignes générales des mouvements et, devenu plus habile à exécuter, on prendra un plaisir extrême
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à ces études dont on couvrira quantité de toiles qui seront des documents extrêmement utiles.
La planche hors texte page 43 montre une étude de mouton faite en plein air par un temps gris.
Pour peindre, comme pour dessiner très sérieusement, on ne peut ainsi qu'il vient d'être dit plus haut, commencer un mouton avec un modèle pour le finir avec un autre donnant le même mouvement; cela est bon pour les croquis où la recherche des lignes principales et la direction des ombres sont ce qui préoccupe avant tout. Chaque mouton est un type spécial, les bêtes ne se ressemblent pas plus entre elles quoique d'une même espèce, que les hommes ne se ressemblent entre eux. Gesontdonc des portraits, des physionomies, des allures très différentes que l'on devra reproduire. Il ne faut pas savoir faire un mouton, il faut savoir dessiner et peindre les moutons.
La difficulté de faire poser un mouton est souvent un obstacle rencontré par le peintre ; c'est un inconvénient en effet, mais il n'est pas insurmontable. Ces animaux ont tellement l'habitude de vivre en troupeaux, de ne prendre aucune initiative, de répéter tout ce qu'ils voient faire aux autres, qu'ils ne peuvent supporter la solitude. Quand on veut les séparer de leurs semblables et les attacher pour les faire poser, cela leur est si insupportable qu'ils ne peuvent s'y résigner. Ils bêlent, ils se désespèrent, essayent de se débarrasser de la corde qui les attachent et finalement, n'y pouvant parvenir, ils prennent des poses et des attitudes qui les rendent méconnaissables et ne peuvent être utilisées. Pour parer à cet inconvénient, il n'y a qu'un moyen, c'est de chercher dans le village un propriétaire qui ne possède qu'un tout petit troupeau qu'il mène paître lui-même. Ses bêtes le connaissent, lui obéissent, et, moyennant une petite rétribution à laquelle les gens de la campagne sont rarement indifférents, il saura obtenir d'un mouton tout ce qu'un peintre désirera, surtout si celui-ci a soin d'acheter du son pour le faire manger à son modèle pendant la pose.
Dans de telles conditions, il deviendra plus facile d'étudier. Gomme on aura ainsi la commodité de longues séances, et même la facilité de les multiplier jusqu'à l'entière terminaison, on devra commencer par établir un dessin irréprochable, dût-on y passer deux séances. Ce dessin peut être exécuté comme on l'entendra ; nous avons dit assez de fois par quels procédés on devait y parvenir, nous ne le répéterons plus. Supposons qu'on ait dessiné avec de l'encre de Chine, voici comment on devra peindre :
La première chose à faire c'est de passer un frottis sur le fond pour établir une valeur qui serve de point de départ (on pourra même copier notre planche pour mieux se rendre compte des explications). Ensuite on commencera par peindre les parties foncées du ventre et du cou,
en peignant avec peu de couleur, pour n'éprouver aucune gêne. Nous n'indiquerons pas exactement quelles sont les couleurs nécessaires aux mélanges pour obtenir les tons ; on sait qu'il n'y a pas de règles absolues et que chaque ton peut s'obtenir par des combinaisons très différentes. Ayant placé les ombres on peindra ensuite les demi-teintes et le ton clair. Tout cela doit être peint largement sans détails et le modelé devra être obtenu rien que par ces trois valeurs; quand tout le corps et le cou, le train de derrière et la queue seront ainsi préparés, on ajoutera alors quelques détails, au moyen d'un pinceau de martre qui dessinera la forme de la laine par des repiqués plus foncés, puis on ajoutera les tons gris qui modèlent ces passages d'un ton plus clair, là où les parties saillantes sont reflétées dans les ombres. Enfin on terminera en plaçant (toujours bien dans le sens) les grands clairs du dos et du cou. Ces parties seront peintes un peu plus en pâte pour bien accuser l'épaisseur de la laine longue qui est si différente du poil court de la tête et des pattes. On sait que les tons du décor où se meut l'animal, doivent vaguement se retrouver dans les tons dont il est coloré lui-même. C'est la théorie du tout dans tout, dont nous avons parlé plusieurs fois. On devra donc bien observer les colorations reflétées dans les tons clairs de la laine pour que le mouton ne soit pas d'un ton étranger au paysage et qu'il forme avec lui un tout homogène.
La tête se peindra ensuite en construisant, toujours sans détails, l'ombre, la demi-teinte et le ton clair. Lorsque ces trois valeurs auront été bien établies on y ajoutera les détails du nez, de la bouche, de l'œil et de l'oreille en procédant toujours du plus foncé au plus clair et en observant attentivement les jolis tons reflétés dans les ombres. Les pattes se peindront pour terminer, en observant tout ce qui a été dit pour * le reste du corps de l'animal et surtout en peignant bien dans le sens. C'est en peignant dans le sens que l'on aide puissamment au modelé qui donne le relief.
Nous aurons dit à peu près tout ce que l'on peut dire au sujet de ces intéressantes études, en ajoutant qu'il est aussi très utile de peindre des moutons de différentes couleurs ; il y en a des noirs, des bruns presque rouges, d'autres tachés seulement par place, de ces diverses couleurs. Il faut peindre les moutons qui sont fraîchement tondus, parce qu'ils sont d'une couleur plus claire et qu'ils laissent voir étant ainsi déshabillés, des creux et des saillies d'os, qu'il est utile de connaître pour placer, en connaissance de cause, un accent qui dessine l'animal.
Les études des tout jeunes agneaux sont aussi indispensables à faire, mais cela demande déjà une certaine science acquise, pour espérer faire des croquis passables, car les formes bizarres de ces jeunes sujets sont autres que celles des adultes et tout ce qui a été fait pour le mouton serait à refaire pour l'agneau s'il était possible de le faire poser, mais il
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faut y renoncer. Tout au plus, peut-on espérer le retenir près de soi en le parquant dans un endroit avec sa mère.
Ce n'est donc qu'en faisant des croquis nombreux que Ton apprendra
l orniu'e pour dessiner un mouton de jiroljl.
à connaître ces formes si pleines de charme et de grâce, malgré leurs gaucheries. C'est. aussi par des pochades de couleur que l'on notera leurs claires colorations si utiles pour rompre la monotonie d'un troupeau quand on peint des moutons importants dans un tableau.
Les chèvres. — La chèvre est un animal fort gracieux comme chacun sait ; elle se prête admirablement aux sujets de peinture les plus char-
mants, soit qu'on la considère comme un accessoire dans les paysages soit qu'on veuille en faire l'unique objet d'un sujet de tableau. Les
Formule d'une tête de chèvre (vue de face).
peintres flamands et hollandais en ont dessiné, gravé et peint un très grand nombre. Certains peintres modernes comme Palizzi et Brascassat ont compris aussi que l'on pouvait peindre une variété infinie de sujets agréables sans trop se répéter rien qu'avec ce gracieux animal, qui est parfois d'une très belle couleur. Il y en a de toutes nuances, des blanches
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des jaunes, des rouges, des noires. Il y en a même qui sont à la fois blanehes noires et rouges, ce sont les plus belles à peindre. Les grands poils rouges qui leur couvrent les cuisses prennent au soleil des tons dorés magnifiques, semblables aux plumes des beaux coqs de basse-cour. Les parties du poil noir ont des reflets bleus au soleil et les pattes d'un blanc éclatant sont agrémentées aux jointures de parties jaune soufre d'une coloration charmante que l'œil du peintre sait apprécier et faire valoir.
Nos dessins page 46 montrent une formule pour dessiner la tète de chèvre. En les consultant, on aura vite compris la direction des lignes
Squelette de chèvre.
principales qui caractérisent ranimai et elles aideront à dessiner rapidement d'après nature. Pour exécuter de grands animaux de premier plan où le dessin doit être irréprochable, il est nécessaire de commencer par dessiner des squelettes, comme il a été expliqué pour les moutons et les vaches, et quand on connaît bien la charpente osseuse du sujet, on le fait poser pour l'étudier jusque dans les moindres détails. La chèvre est un animal familier quand elle ne vit pas en troupeau; beaucoup de cultivateurs en ont une ou deux qu'ils élèvent et qui les suivent comme des chiens. Il est facile de les approcher et de les faire poser à l'aide d'une personne qu'elles ont l'habitude de suivre. Les peintres et tous les artistes en général aiment les animaux; ils savent aussi s'en faire vite
aimer en les caressant et en leur donnant du pain ou du sel; beaucoup de chèvres adorent le tabac à fumer et comme on leur en donne rarement, elles se familiarisent vite avec le peintre qui leur procure ce régal. Le meilleur moyen c'est de les bien nourrir, tant qu'un animal a faim, si on lui donne à manger, on peut être assuré qu'il restera tranquille. C'est aussi en plaçant sa nourriture à différents endroits que l'on obtient le mouvement désiré. Veut-on dessiner ou peindre une chèvre qui broute ? on lui place sa nourriture à terre. Veut-on au contraire qu'elle reste en place en tenant la tête dans sa position normale? rien n'est plus facile, la personne qui la garde n'a qu'à s'asseoir et à tenir sur ses genoux la gourmandise qui sourit au modèle. Veut-on enfin obtenir le mouvement d'une chèvre qui lève la tête ? Gela est encore bien simple ; la personne à qui appartient l'animal n'a qu'à se tenir debout en élevant la friandise convoitée et le mouvement sera obtenu.
Si l'on veut encore obtenir un mouvement plus difficile, celui d'une chèvre qui, plaçant ses pattes de devant sur un rocher, se dresse pour atteindre des feuillages, voici ce qu'il faudra faire : La personne qui garde la chèvre montera sur un objet quelconque, chaise, tonneau, baquet, échelle, etc., tout sera bon pour cet usage; elle tiendra l'appât assez haut, afin que la chèvre soit obligée pour l'atteindre de poser les pattes de devant sur une caisse ou un baquet retourné que l'on aura soin de placer à cet effet. Ce mouvement qui peut être souvent utilisé dans les premiers plans d'un paysage, doit fournir plusieurs sujets de tableaux. On peindra l'animal de façon à ce qu'il concentre tout l'intérêt et que le paysage ne soit que le fond et l'accessoire. Pour obtenir un bon travail, il sera nécessaire de ne pas fatiguer la bête par d'autres poses avant de lui faire donner ce mouvement ; il sera bon aussi de ne pas la laisser manger pendant quelques heures avant la séance. Dans ces conditions, on obtiendra la pose pendant un temps suffisant pour la bien dessiner dV.bord et pour la peindre ensuite dans une seconde séance.
Nos deux planches montrent comment on devra peindre l'animal entier et comment il sera nécessaire d'exécuter les différentes parties du corps et de la tête. Nous avons dit souvent que la préparation des toiles couvertes d'un ton un peu foncé offrait des avantages pour les études qui doivent se peindre rapidement; elle a entre autres, celui de ne pas obliger à peindre un fond pour faire valoir les tons clairs qui ne marquent pas sur l'apprêt blanc. Sur le ton blanc de la toile en effet, les parties claires que l'on peint se trouvent sans valeur et décolorées, c'est ce qui oblige le peintre à faire un fond derrière chaque animal, pour le faire ressortir, et le force ainsi à perdre un temps précieux. Avec la préparation que nous recommandons, on fera l'économie de ce temps. (Voir à la planche en couleur page 47 le ton du fond resté apparent autour des études.) Il ne nous a pas semblé utile de donner d'autres détails sur la