‹ Cours complet de peinture a l'huileChapitre 5 sur 15 · É VRE-UX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY · texte numérisé non relu

É VRE-UX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY

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Aperçu sur les principaux peintres animaliers. — La peinture des animaux proprement dite, ne remonte pas très haut dans l'histoire de l'art; c'est aux écoles hollandaise et flamande que l'on doit les premières tentatives en ce genre, où l'art devait s'élever si haut.

Dès l'an 1600 de nombreux artistes hollandais s'illustrèrent comme animaliers ; voici d'abord Pierre de Laer (dit le Bamboche), qui vécut de 1595 à 1 655 ; le Bamboche était à la fois peintre de genre et animalier de talent; il fut ainsi un précurseur de Wouvermans. Vers cette époque, ce fut, en Hollande et en Flandre une véritable floraison, un épanouissement subit de talents nombreux parmi les peintres d'animaux. La Hollande à elle seule donna le jour à de très grands talents tels que : Albert Cuyp, Jean Asselyn, Bartholomé Breenberg, Isaac Ostade, Philippe Wouvermans, Jean-Baptiste Weenix, Jacques Van Der Does, Nicolas Berghem. A tous ces grands noms de la peinture hollandaise, vint tout à coup se joindre le plus grand artiste animalier connu jusqu'alors dans les annales du genre : Paul Potter qui vécut à peine vingt-neuf ans de 1625 à i654 et qui laissa des chefs-d'œuvre surpassant tout ce qui avait été peint jusqu'alors. Le catalogue du Louvre consacre une notice intéressante à ce peintre et graveur si précoce, qu'il était, dit-on, déjà célèbre à seize ans. Sa mort prématurée fut un malheur immense pour l'art et particulièrement pour l'école hollandaise.

Paul Potter a été le plus grand peintre animalier du xvn° et du xvme siècle. Nous n'avons pas à juger ici, s'il a été égalé au xix°, c'est Pavenir qui le dira en permettant aux critiques et aux artistes futurs de juger impartialement nos contemporains. Ce qu'il faut surtout louer dans le génie de Potter, c'est l'audace tranquille qu'il a montrée en peignant le premier, des tableaux où les animaux étaient représentés comme sujet

principal et peints pour eux-mêmes, ce que personne, parmi les artistes de cette époque, n'avait osé entreprendre. « Les bêtes du paysan, le cheval du peuple, ont fait un nom immortel à Potter, qui à son tour, les a pris sous la protection de son génie. Jamais il ne fut donné aux animaux d'occuper la première place dans les créations de la peinture et Ve former à eux seuls un tableau. Depuis la Renaissance, personne Savait osé attribuer une importance pareille aux animaux domestiques; personne ne les avait introduits avec autant d'autorité dans le domaine de l'art. Les Hollandais eurent cet honneur, que pour la première fois, ils donnèrent leur part d'intérêt et de lumière aux races inférieures de la nature *. »

La Hollande si riche par le talent de ses artistes, vit s'accroître le nombre de ses enfants célèbres dans ce xvne siècle qui fut si fécond ; c'est encore à cette heureuse époque que naquirent tant de maîtres, parmi lesquels il faut citer, Jean Lingelbach qui vécut de 1625 à 1680, et qui a laissé des tableaux de chasse et de chevaux supérieurement peints. Vient ensuite Adrien Van der Gabel de i63i à 1698. Moucheron, de i633 à 1686, fut un savant paysagiste qui peignit des animaux importants. Karel Dujardin né vers l'an i635 et mort en 1678, mériterait plus qu'une mention ici, si la place ne nous était pas limitée par le cadre même de cet ouvrage. Melchior de Hondecoeter qui fut un animalier de grand talent, se spécialisa uniquement dans l'étude des volatiles, il vécut de i636 à 1695. En 1639 naquit dans cette bien heureuse Hollande, à Amsterdam, un artiste dont le nom est aussi connu que celui de Paul Potter, c'est Adrien Van de Velde, qui tout enfant fut doué d'une facilité si grande qu'elle surprit les connaisseurs et décida le « peintre Wynants, alors en grande réputation à Harlem », à se charger de son éducation artistique, présageant un grand maître dont l'Ecole hollandaise serait fîère un jour. La biographie de Van de Velde a été fort bien écrite par Charles Blanc dans VHistoire des peintres (Ecole hollandaise) à laquelle nous empruntons la plupart de ces renseignements. Nous nous contenterons donc de dire ici que ce célèbre artiste est mort en 1672 à Amsterdam, à l'âge de trente-trois ans. Enfin, parmi les peintres animaliers qui furent célèbres en Hollande au xvne et au xvmc siècle, il faut encore citer Jean Van Huchtenburg qui vécut de 1646 à 1733 et qui a laissé quantité de tableaux de batailles où les chevaux y sont peints supérieurement.

L'Ecole flamande compte aussi dès le commencement du xvne siècle un grand nombre de peintres animaliers qui eurent beaucoup de talent ; le premier est Pierre Snayers qui vécut de 1 5g3 à 1662. Jacques Jordaens, ce peintre si réputé pour la vie qu'il sut donner à ses person-

1 Charles Blanc. Histoire des peintres de toutes les Ecoles.

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nages, fut souvent entraîné dans ses compositions à peindre des animaux et l'on connaît de lui des chevaux, des ânes et des chèvres qui sont de très beaux morceaux de peinture.

En 1379, naquit François Sneyders qui s'adonna spécialement à ce genre et dont le remarquable talent de peintre animalier n'a pas été surpassé dans les tableaux de chasses; ses chiens et ses sangliers ont une allure et une vie surprenantes. Puis vinrent des artistes comme Jean Miel, qui vécut de 1^99 à 1664 ; Adrien Van Utrecht né en 1^99 mort en i65a ; Abraham Van Diepenbeeck qui vécut de 1607 à 1675. Jean Fyt, peintre et graveur animalier d'un très grand talent, est né à Anvers en 1609; il y mourut en 1661.

L'Ecole flamande compte encore quelques peintres animaliers qui furent très connus, parmi ces derniers, nous citerons: Franz Van Bloemen, né en i656 et mort en 1748 ; Jean Van Bredael de i683 à 1750; Charles Van Falens de 1684 à 1733 et enfin Ommeganck né en 1755, mort en 1826.

L'Ecole allemande eut peu de peintres animaliers aux deux siècles précédents ; nous n'en connaissons guère que quatre à pouvoir citer. Ce sont d'abord : Jean-Henri Roos qui vécut de i63i à i685 et Théodore Roos, né en 1 638, mort en 1698. Puis vinrent George-Philippe Rugendas de 1666 à 174^ et Jean-Elie Ridinger, né en 1695, mort en 1767, dont le talent comme peintre et comme graveur est resté célèbre, surtout parmi les amateurs d'équitation et les chasseurs, car ce peintre « a publié, nous dit Charles Blanc, — l'Art de monter à cheval, gravé en taille douce. -La chasse au cerf, avec ses nombreuses péripéties, n'a pas eu, je crois, de meilleur peintre que Ridinger, ni de plus instructif, je veux dire de plus fidèle ».

Malgré la très grande faveur que l'on accorde à tous les animaux domestiques dans la Grande-Bretagne, l'Ecole anglaise ne compte que deux peintres animaliers qui vécurent à la fin du xvme siècle ; c'est Constable, le paysagiste, qui peignit des chevaux et des vaches dans ses tableaux; mais quoiqu'ils fussent suffisamment dessinés et peints, ces animaux ne sont que des accessoires dans les superbes pages de ce maître et ne le classent que très imparfaitement parmi les peintres animaliers ; il vécut de 1776 à 1837. Augustus Wall Callcott né en 1779 mort en 1 844» fut aussi un paysagiste, sachant peindre des chevaux dans ses paysages, mais nous le répétons, ces deux artistes sont surtout des paysagistes.

L'Ecole espagnole aux siècles précédents semble s'être désintéressée de tous les genres de la peinture, en dehors de la figure où elle excella, avec des noms illustres entre tous. C'est à peine, si nous voyons figurer un peintre animalier, Francisco José Goya y Lucientes né en 1746, dans la patrie des Murillo, des Velasquez et de tant de grands peintres.

Cet artiste a peint des chevaux, des scènes de toreros, des mulets, et peut être classé comme animalier ; il mourut en 1828.

L'École italienne ne compte pas parmi ses artistes si nombreux, de peintres spécialistes parmi les animaliers ; on ne peut guère citer que Antonio Tempesti ou Tempesta, né en 1 555, et mort en i63o, qui peignit des chasses et des batailles ; Salvator Rosa, qui vécut de 161 5 à 1673, a peint des batailles dans lesquelles il a fait figurer des chevaux. On connaît aussi de cet artiste des tableaux où il a peint des vaches, des moutons, et des chèvres, mais encore ces tentatives ne classent-elles pas le peintre parmi les animaliers.

L'Ecole française, dès le xvne siècle a su comprendre tout le parti que l'on pourrait tirer des animaux au point de vue de la peinture et Claude Lorrain fut peut-être le premier qui osa les peindre dans ses tableaux de paysage ; on sait qu'il vécut de 1600 à 1682.

Nous citerons encore parmi les artistes qui peignirent des animaux dans leurs tableaux, surtout des chevaux et des chiens, Charles Lebrun né en 1619, mort en 1690. Le Bourguignon (dit Jacques Courtois) né en 1621, mort en 1676. Van der Meulen, le célèbre peintre de batailles qui vécut de i634 à 1690. Joseph Parrocel, né en 1648, mort en 1704.

Avec Alexandre-François Desportes naquit en 1661, réellement un peintre animalier de grand talent et comme le dit Charles Blanc : « c'est le premier en France qui a peint les animaux et les chasses. » Cet artiste mourut en 1743. Jean-Baptiste Oudry, né en 1686, mort en 1755, fut aussi un célèbre animalier, mais comme la critique trouve toujours le défaut de la cuirasse, ainsi que l'a dit avec beaucoup de justesse son biographe d'Argenville, « Les tableaux d'Oudry sont plutôt l'ouvrage de l'esprit et.de l'imagination que du sentiment et du cœur. Chez lui point de ces effets saisissants que le génie devine quand il est échauffé par une âme ardente. Ses inventions sont sages et bien ordonnées, son dessin correct, ses lumières habilement disposées, son pinceau adroit et facile, et cependant à toutes ses œuvres, il manque ce je ne sais quoi d'imprévu, cet entrain, cette libre allure qui sont les rehauts du talent. »

La liste des peintres animaliers qui furent la gloire de l'Ecole française au xvne et au xvme siècle, est trop longue pour que nous puissions consacrer à chaque artiste plus qu'une citation, aussi est-ce wec regret que nous donnons si brièvement les noms et les dates où ils vécurent, espérant que les lecteurs y trouveront ainsi l'essentiel et qu'ils y puiseront le désir de lire tout ce qui a été recueilli sur leurs biographies, dans « L'histoire des Peintres » de Charles Blanc.

Charles Parrocel, qui peignit des batailles et des chevaux, vécut de 1688 à 1752. Jean-Jacques Bachelier, né en 1724, mort en i8o5, a peint de très beaux animaux. François Casanova, peintre de chevaux et de batailles a vécu de 1727 à i8o5. Jacques-Philippe Louterbourg qui a peint le

même genre que le précédent, vécut de 1740 à 1 8 1 4- Jean-Louis Demarne a laissé une grande réputation comme peintre animalier, il vécut de 1744 à 1829. Jean-Baptiste Huet, né en 1 74^ et mort en 181 1, fut un grand peintre ainsi que Carie Vernet dont les chevaux furent célèbres. Ce dernier artiste eut pour père Joseph Vernet, le célèbre peintre de marines ; il vécut de 1758 à 1 836. François Gérard qui a peint des chevaux et des batailles, vécut de 1770 à 1837. Antoine Jean Gros, le grand peintre militaire a souvent peint des chevaux remarquables, il vécut de 1771 à 1 835. Horace Vernet peut aussi être classé comme peintre animalier^ car il a peint en ce genre des toiles célèbres comme « Mazeppa » où les chevaux sont tellement importants qu'ils sont à eux seuls le prétexte et le sujet du tableau.

Théodore Géricault dont les chevaux sont aussi célèbres que son tableau « Le naufrage de La Méduse » vécut de 1791 à 1824. Alexandre Gabriel Decamps a laissé comme animalier des toiles remarquables ; il a peint des singes dont l'expression est extrêmement saisissante ; oc peut admirer au musée du Louvre « Les chevaux de hallage » qui est un superbe tableau.

Alfred Dedreux est encore un artiste remarquable qui a laissé, avec une grande réputation de peintre de chevaux, le regret de sa mort tragique ; il fut tué en duel ; il vécut de 1808 à 1860.

Nous voici maintenant arrivé aux contemporains : Brascassat (Jacques Raymond) né à Bordeaux en 1804 et mort à Paris en 1867, a laissé des toiles remarquables qui sont fort admirées dans les musées et les galeries particulières. Le musée du Louvre en possède deux très jolies. Mme Rosa Bonheur qui mourut l'année dernière, peut être regardée comme un des plus grands artistes que la France ait compté parmi les peintres animaliers. Personne," avant elle, n'avait peint des bœufs au labour avec cette vérité de mouvement et cette justesse d'expression. Peut-être ferions-nous quelques réserves quant à l'exécution de cette artiste si supérieure, mais comme nous nous sommes interdit toute critique, dans cet ouvrage, nous louerons bien sincèrement un talent de dessinateur qui n'a pas été surpassé.

Le plus extraordinaire des peintres animaliers fut Constant Troyon né à Sèvres en 18 10 et mort à Paris en i865. C'est un grand artiste, dans toute la force du terme, un réaliste à la façon des vieux maîtres qui, en cherchant avant tout la vérité, n'ont banni de leurs ouvrages ni le sentiment ni la beauté.

Après Constant Troyon viennent quantité de peintres modernes d'un réel talent tels que Van Marcke qui fut un élève de Troyon et qui a peint des tableaux d'animaux, notamment des pâturages normands où de grands bœufs, de superbes vaches sont représentés supérieurement.

Dans le grand nombre de peintres animaliers vivant actuellement,

nous citerons parmi les plus en vue, Hermann-Léon, Paris, Marais, Charles Jacques, Julien Dupré, et nous terminerons ces citations par deux talents très supérieurs que tout le monde admire : Barillot et Vayson, dont les nombreux succès sont connus de tous.

Considérations sur l'art du peintre animalier. — Lorsqu'on se destine à la peinture, il est assez rare que l'on sache immédiatement à quel genre on veut se vouer plus spécialement. Si on est favorisé par la [fortune, on peut attendre que la vocation s'accuse et on se décide en pleine connaissance de cause ; mais la plupart des peintres naissent avec l'envie de peindre pour tout patrimoine, et dès leurs premiers essais, ils sont en lutte avec Fart et la vie matérielle ; il faut vivre ! Devant cet effroyable problème à résoudre, quelques-uns reculent et abandonnent • une carrière qui soumet le néophyte aux plus dures épreuves, accompagnées de jeûnes qui dépassent de beaucoup ceux que l'église nous ordonne. Les plus intrépides, les plus touchés de la grâce, en un mot ceux qui ont le don, sont prêts à mourir, s'il le faut, plutôt que de renoncer à Fart et il est rare qu'ils ne parviennent pas, sinon à obtenir degrands succès, du moins à fournir une carrière honorable qui les fait vivre facilement et dans laquelle ils trouvent toujours des satisfactions d'amour-propre, notamment par l'estime de leurs confrères. Dans cette nombreuse catégorie des déshérités delà fortune, quelques-uns trouvent facilement leur voie, mais la plupart sont soumis à d'interminables tâtonnements.

Cette voie, n'est le plus souvent qu'une facilité insoupçonnée chez celui qui la possède, souvent même elle lui est révélée par le goût du public ; aussi voit-on des artistes peindre malgré eux des tableaux que le public demande et qu'ils n'auraient jamais consenti à peindre, si la fortune en les dotant les avait rendus indépendants.

C'est pour cette raison que nous connaissons tous des artistes voués, non seulement à un genre, mais à un seul et même sujet dont ils ne peuvent plus sortir, sous peine de garder pour eux une peinture que les marchands et les amateurs n'achèteraient pas.

Nous allons donc supposer que l'élève après avoir essayé de peindre des natures mortes, des fleurs, des paysages et des marines, a l'intention d'essayer de peindre les animaux, voici d'abord ce que nous lui conseillons pour faciliter ses études.

Premières études d'animaux. — La première condition sans laquelle on ne peut rien espérer, c'est de savoir très bien dessiner. La peinture des animaux n'est possible qu'à ce prix; le jeune peintre devra donc dessiner beaucoup avant de se livrer aux patientes études des animaux qui demandent avec la science du dessin et de la couleur, le don de l'ob-

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servation ; c'est avec ces auxiliaires que I on apprend à connaître les mœurs, le caractère et jusqu'à la pensée des bêtes.

Il est donc indispensable d'aller dans les écoles et les académies dessiner des figures d'après l'antique d'abord, pour former le goût des belles lignes et habituer Y œil à voir simplement, puis de dessiner ensuite le modèle vivant. Quand on aura beaucoup dessiné la figure humaine, on aura acquis une facilité très grande pour saisir rapidement les formes si mobiles des animaux. Nous ne voulons pas dire que l'on saura les dessiner, nous affirmons que l'on aura beaucoup plus de chances d'y parvenir rapidement. L'art du peintre animalier ne permet pas un dessin de sentiment comme celui du paysagiste, qui tout en respectant les lois de la perspective, peut à son gré, agrandir ou diminuer telle partie de la nature qu'il copie. La reproduction de la nature doit être exacte chez les animaux; le dessin et les proportions sont soumis à des règles invariables que la construction ne permet pas d'interpréter. Aussi pour parvenir à un résultat satisfaisant, lorsqu'on aura beaucoup dessiné de figures, il faudra commencer par étudier l'anatomie des animaux dans les musées spéciaux.

La difficulté de bien connaître les animaux aux multiples points de vue de la forme, de la couleur et des mœurs, etc., oblige les artistes à se spécialiser; aussi voit-on des peintres se vouera l'étude d'un seul animal. Tel ne peint que les chiens, tel autre, comme Lambert, le peintre des chats, ne peint que les félins domestiques, d'autres enfin ne peignent que des chevaux, des moutons ou des vaches. Il est nécessaire, lorsque l'on débute dans les études d'animaux, d'essayêr presque tous les genres pour se rendre compte des ressources que l'on en pourra tirer et aussi pour donner à son tempérament de dessinateur ou de coloriste le loisir de se manifester. On sait que tout peintre à son insu, sera classé rapidement parmi les dessinateurs s'il est attiré par la forme, s'il cherche l'expression parle trait; ou bien rangé dans la classe des coloristes, si la couleur et l'effet général le retiennent davantage que le dessin, s'il préfère l'ensemble au détail. On ne peut pas espérer devenir un peintre animalier, au vrai sens du mot, si l'on n'est pas en même temps un paysagiste ; s'il en était autrement, le champ d'action serait limité aux intérieurs d'appartements, d'écuries ou de bergeries et de poulaillers, puisque la cour de ferme elle-même fait partie du paysage. Le peintre qui se trouverait placé dans ces conditions ne pourrait donc espérer peindre que de petits animaux, chiens, chats, poules, canards, lapins, etc. ; dans ces conditions les études de paysages seront aussi utiles au peintre animalier que les études des animaux eux-mêmes.

Pour se placer immédiatement dans les meilleures conditions de réussite possible, il faudra apprendre à dessiner avec le modèle vivant et peindre beaucoup de paysages; ce n'est qu'après ces préliminaires que

Ton commencera à dessiner des squelettes d'animaux ; si l'élève est paysagiste et coloriste, il est presque certain que c'est par l'élude des vaches qu'il commencera. Nous allons donc faire comme lui et voici les conseils que nous donnerons à ce sujet.

Les premières études, les plus utiles, les plus indispensables aux peintres de bœufs et de vaches sont celles de l'anatomie de la bête, il faut dessiner attentivement la forme des os, en mesurer les longueurs et les comparer entre elles, en prenant des notes écrites qu'on pourra toujours retrouver et consulter quand la mémoire se trouvera en défaut.

Os d'une lêle de vache (vue de face).

Ces études renouvelées en étudiant les raccourcis des différents mouvements permettront de comprendre une infinité de choses inexplicables quand on étudiera ensuite les animaux vivants. Les têtes surtout devront être dessinées avec le squelette, dans tous les mouvements possibles de profil, de face, de trois quarts, etc., afin de bien se pénétrer de la construction et de pouvoir placer en juste connaissance de cause les parties osseuses et les parties molles.

Il sera nécessaire de redessiner souvent de mémoire les squelettes ainsi étudiés d'après nature; en s'adonnant à cet exercice, on aura vite conquis la facilité de construire un animal bien proportionné, et les croquis les plus rapides que l'on exécutera ensuite avec les animaux vivants se ressentiront toujours de la science qne l'on aura acquise par de solides études de début.

Les remarques faites sur les squelettes de vaches, à propos des largeurs relatives de chaque partie seront ensuite renouvelées, soit sur les bons moulages d'après nature faits sur des animaux morts, soit sur des moulages d'après des œuvres de sculpteurs connus, soit enfin d'après de bonnes reproductions des tableaux les plus célèbres.

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Ces comparaisons démontreront une foule de choses fort instructives. On y verra que la longueur de la tête prise du sommet jusqu'au mufle est la longueur exacte de l'omoplate ; que cette même longueur répétée trois fois donne la hauteur de l'animal, depuis le sabot jusqu'à l'extrémité de l'omoplate ; que l'on peut placer juste la hauteur de la tête entre le sol et la ligne du ventre, etc., ainsi que le montre notre dessin page 10. Les études de myologie si indispensables

Os d'une tête de vache (vue de profil).

pour connaître les muscles principaux, ainsi que leurs fonctions, seront par la suite rendues nécessaires, mais elles ne sont pas obligatoires au début ; il faut savoir surtout très bien construire la charpente, l'ossature de l'animal, afin de le proportionner sans fautes, le reste viendra ensuite. Il ne faut pas que ces préliminaires rebutent les jeunes peintres qui supposeraient que de semblables études sont trop arides; bien loin de là, elles sont tout au contraire remplies d'intérêt et de surprises qui donnent de l'ardeur au travail ; plus on sait de choses, plus on veut en savoir. Quand on a dessiné des vaches, on veut ensuite dessiner des chevaux, des chiens, des chats, des moutons, etc., etc.

Tout en se livrant à ces premières études, il sera bon de dessiner des animaux d'après de bons plâtres en les éclairant vigoureusement pour obtenir des effets qui mettent en relief les parties saillantes, en accusant les creux et les bosses.

Ces études si amusantes à faire donneront le goût de la ligne et du

dessin à ceux qui seront plus naturellement enclins à chercher la couleur; elles auront aussi l'avantage de faire comprendre et aimer la recherche de l'effet .

On sait qu'il y a trois genres de recherches très différentes pour lesquelles on peut également se passionner selon le tempérament dont on est doué, c'est la ligne, V effet et la couleur. On peut, au moyen du trait sans ombre, dessiner de façon à donner un grand intérêt artistique à tou tes choses. La recherche des belles lignes dans une figure est suffisamment

Hauteur de la tête comparée aux différentes parties du corps.

compliquée pour que l'artiste né dessinateur, ne cherche pas autre chose ét s'il étudie les animaux, il y trouvera un champ aussi vaste et aussi fertile à" exploiter. L'effet est pour certains tempéraments une autre façon d'envisager les choses et passe avant toutes les autres recherches. Soit qu'il dessine ou qu'il peigne, l'artiste qui cherche l'effet ne veut voir avant tout, dans un sujet quelconque, que des oppositions de lumières et d'ombres très accentuées qui mettent vigoureusement les plans en relief : pour un tel tempérament le contour n'existe pas, il ne s'occupera pas plus de ce qu'il devient dans les ombres qu'il ne le dessinera dans les lumières, il ira jusqu'à sacrifier la forme des détails, ne voulant voir que des proportions exactes donnant un ensemble juste par des ombres, des demi- teintes et des lumières, Tout ce qui sera sans effet ne l'intéressera pas, la nature éclairée de face, sans ombre qui est tant à la mode actuellement n'aura pour lui aucun charme et s'il peint, tout lui sera bon pour obtenir l'effet : il négligera le ton et la couleur pour résumer chaque

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chose en n'y voyant qu'une valeur, c'est-à-dire un degré de blanc ou de noir relatif, qui lui donnera l'effet.

Autre et très différent encore est le tempérament de l'artiste, né coloriste ; pour lui la couleur passe avant tout, le dessin ne l'intéresse que tout juste pour ce qu'il est indispensable de dessiner, il ira même jusqu'à ne pas s'en soucier et s'il a obtenu un beau ton il ne le retouchera pas pour respecter une forme. L'effet ne le préoccupe que médiocrement, ses préférences vont à tout ce qui est beau de couleur et surtout aux nuances délicates (ce qui est fin de ton); c'est ce qui explique la recherche des effets éclairés de face, presque sans ombre. La recherche des choses violentes de couleurs est le propre d'une autre variété du tempérament de coloriste qui recherche l'effet, c'est une question qui a été beaucoup étudiée par les artistes. Il nous souvient de ces bonnes discussions d'atelier, si passionnantes quand on était jeune et où chacun soutenait sa thèse sans une concession ; dans l'une de celles-là quelqu'un avait avancé que l'on était coloriste et violent selon que l'on était blond, brun, châtain ou rouge et que plus on était blond, plus on aimait les choses douces et sans effet ; que par contre, les bruns préféraient les choses brutales et à grand effet. Cette opinion amena à constater immédiatement, en examinant les dessins et les peintures de •chacun, ainsi qu'en observant la nuance de ses cheveux, que celte assertion était presque toujours exacte; elle a d'ailleurs beaucoup de ressemblance avec cette autre remarque qui a cours dans les ateliers ; on dit que chacun dessine selon sa nature ; ce qui veut dire que si l'on est gras et rond, l'on dessinera toujours lourd, mou et rond. Si au contraire, on est maigre et sec, on fera des dessins anguleux, des contours secs et l'on aura tendance à maigrir le modèle. Tout ceci bien entendu, n'est pas d'une exactitude indiscutable, mais ce sont des remarques intéressantes, très souvent justifiées.

L'idéal serait donc d'être doué des diverses qualités de dessinateur et de coloriste tout en aimant les effets saisissants et la douceur des fines colorations, mais comme il y a peu de chances pour que l'on réunisse tant de dons, il faudra par une étude constante de soi-même, savoir discerner ses véritables aptitudes pour les développer le plus possible et faire vibrer sa corde, comme on dit en terme d'atelier.

Premières études de vaches, d'après nature. — Le peintre, qui en venant faire des études d'après les animaux vivants arrivera ainsi armé de bonnes études d'ostéologie, fera de très rapides progrès, et il aura aussi cet énorme avantage de dessiner rapidement; faculté inappréciable, permettant de saisir les mouvements fugitifs si intéressants par la vie qu'ils donnent aux tableaux.

Lorsqu'on aura dessiné des os des ensembles de squelettes, des

plâtres et copié des tableaux, qu'en un mot, on connaîtra suffisamment le mécanisme des membres et de chaque partie de l'animal, on pourra

Vaches (vues de dos).

alors aborder la nature en peignant des vaches dans une écurie. Voici comment nous conseillons de procéder.

Avant de prendre la palette, il faudra dessiner beaucoup de croquis et faire des ensembles de tous les mouvements qui posent; des vaches

Vache (vue de profil).

vues de dos, et debout; des vaches de profil dans le même mouvement, et d'autres vues de trois quarts.

Si Ton peut aussi dessiner ces animaux vus de face, il faudra les étudier attentivement, mais il est fort rare que, dans une écurie, on ait la facilité de voir les animaux autrement que de profil ou de dos, ce n'est que plus tard, quand on se sera déjà familiarisé avec les difficultés si nombreuses du dessin des animaux vivants, que Ton pourra faire des

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études de face, en faisant attacher une vache à un arbre ou à un piquet, dans une cour de ferme.

Les vaches couchées seront étudiées avec autant de soin que les

Vache (vue de trois quarts).

vaches debout, parce que ces études seront appelées à être utilisées très souvent.

Lorsque Ton aura beaucoup dessiné et que l'on voudra peindre, il sera nécessaire de prendre une toile de petit format, toile de 6, de 8 ou de 10 au plus, voici comment on procédera : si la toile est apprêtée en

Vache couchée (vue de profil).

blanc ou en gris clair, il faudra dessiner légèrement avec un crayon à mine de plomb, en disposant chaque dessin, comme on fait des croquis dans un album, ce qui revient à dire, que les dessins devront être petits afin qu'il en tienne beaucoup'dans le format delà toile.

Cette manière de procéder a de très grands avantages, elle permet d'abord de mettre moins de temps à chaque dessin, ce qui est très appréciable quand on a affaire à de tels modèles qui ne posent pas et ne peuvent comprendre ce que l'on voudrait obtenir d'eux; cela permet en outre d'abandonner un mouvement quand l'animal ne le donne plus, pour dessiner celui qui se présente et que l'on abandonnera de nouveau pour la même raison. Par ce procédé, la toile se remplira de mouvements très divers qui permettront de travailler continuellement en abandonnant et en reprenant tour à tour chacun de ces mouvements selon les caprices du modèle.

Ayant peint et dessiné beaucoup de ces petites études, il sera facile alors d'agrandir le format, tout en ne dépassant pas la toile de dix, mais en la divisant en deux parties seulement;, ou, en remployant tout entière pour dessiner (le plus grand possible) un seul animal en réservant dans les parties inoccupées, la place de petits croquis rapides exécutés quand le modèle ne donnera plus le mouvement principal, objet de la séance.

La planche en couleurs ci-contre fera voir un genre d'effet que l'on peut obtenir dans une écurie en faisant attacher une vache près de la porte d'entrée et en bouchant la porte pour éviter que l'animal ne sorte. Placé de cette façon, l'éclairage donnera un effet intéressant à peindre, en raison du jour frisant qui découpe franchement les lumières et les ombres, et du clair-obscur qui montre aussi tout l'animal éclairé par reflet. Si on lui donne à manger, tout le corps restera facilement dans la pose ; pour peindre la tête, on attendra le moment de la rumination pendant lequel la vache et le bœuf restent presque immobiles. Pour peindre une étude de cette importance, il faudra nécessairement plusieurs séances ; dans la première il ne pourra être question que du dessin et de la mise à l'effet, au moyen d'un ton, cela demandera un temps suffisamment long pour que l'artiste soit fatigué, et que le modèle s'impatiente au point de ne plus vouloir poser. Voici comment on procédera :

Lorsque les proportions seront satisfaisantes, après avoir été cherchées au moyen du crayon mine de plomb ou tout simplement avec la craie, on fera un ton composé de blanc, de noir et d'ocre rouge, formant une sorte de brun gris. Le liquide du godet sera composé d'huile de lin mêlée d'un tiers d'essence de térébenthine, pour servir à faire un glacis un peu gras qui facilitera le dessin. Le pinceau à filets sera employé pour dessiner les contours et c'est au moyen de pinceaux et de brosses plates que l'on remplira les ombres en mettant peu de couleur. Les brosses dures et usées, seront fort utiles pour obtenir les demiteintes parce qu'elles laissent moins de couleur sur la toile ; le chiffon pourra au besoin enlever un ton trop foncé pour Péclaicir et le mettre

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à sa juste valeur ; les parties claires seront réservées comme dans une aquarelle ; c'est l'apprêt blanc de la toile, qui en restant intact, donnera l'effet des lumières. Quand un dessin semblable a été exécuté avec soin,il donne un effet très joli et pourrait rester tel ; si Ton n'avait pas le temps de continuer cette étude en la peignant, elle n'en serait pas moins un document utilisable dans beaucoup de cas.

Pour peindre les animaux, il n'y a pas de manière particulière et tous les procédés sont excellents ; c'est ce que tous les peintres diront à ceux qui leur demanderont des conseils ; faites comme vous voudrez, peu importe le procédé, pourvu que vous fassiez bien. En effet, c'est aussi notre avis, mais si nous n'avions pas pensé que dès conseils indiquant un procédé pratique, à ceux qui n'ont jamais peint, pourraient éviter des pertes de temps précieux, cet ouvrage serait sans objet. Nous l'avons déjà dit, il faut une méthode pour faciliter les recherches, plus tard l'expérience acquise permettra à chacun de modifier ses moyens d'exécution qui pourront être absolument opposés à ceux que l'on aura appris, mais sans lesquels on ne serait pas parvenu aussi facilement à en trouver d'autres qui soient personnels.

Après tout ce qui a été dit dans les parties précédentes nous ne pouvons que nous répéter la plupart du temps ; toutefois nous dirons encore pour éviter de relire beaucoup de chapitres, que c'est parles ombres qu'il est nécessaire de peindre chaque partie en ajoutant les demi-teintes et en terminant par le clair qui modèle tout. Ainsi prenons pour exemple, les jambes de devant ; c'est par la partie d'ombre qni commence sous l'omoplate que l'on attaquera l'étude en posant tout d'abord une seule valeur foncée dans laquelle on ajoutera ensuite les reflets et les demi-teintes grises, en ayant soin de s'arrêter à l'endroit où le ton change, de manière à ne pas peindre en brun rouge, une partie que l'on voudrait ensuite peindre en blanc. Si tout le bas des jambes est revêtu de poils blancs et que dans un tel effet, les blancs dans l'ombre soient d'une valeur foncée presque égale aux parties de poils roux dans l'ombre, il n'en est pas moins nécessaire de bien observer la démarcation de chaque changement de tons, afin d'obtenir une fraîcheur que des corrections rendraient impossible ensuite.

Toutes les parties d'ombres étant ébauchées on ajoutera les demiteintes et les reflets, puis on peindra les lumières qui pourront être empâtées à volonté, mais qui devront toujours être peintes bien dans le sens du poil et du muscle qu'il recouvre. Les sabots de l'animal seront peints de la même manière en commençant par l'ombre et le ton local ou demi-teinte que Ton posera bien dans le sens et sur lesquels on ajoutera ensuite la lumière si cela est nécessaire, mais ce que l'on recherchera surtout, ce sont les accents, les petites parties foncées qui détachent certaines choses et servent par leurs vigueurs à éclairer les ombres.

i6 COURS COMPLET DE PEINTURE A L'HUILE

Une question qui doit préoccuper continuellement le peintre, c'est celle de l'ambiance dans laquelle se meuvent les animaux qu'il représente ; dans les écuries, dans les intérieurs, l'air ambiant est moins compliqué de tons que dans un paysage et la justesse des valeurs est pour la plus grande part dans l'illusion à produire, mais cette justesse doit être rigoureusement observée ainsi que la mollesse ou l'absence de contours des objets qui s'effacent en s'éloignant. Il est donc nécessaire de se préoccuper autant des objets qui paraissent accessoires, que de l'animal lui-même, pour assigner à chaque partie le rôle qui lui convient ; en un mot, il faut toujours comparer la partie que l'on peint à celles que l'on peindra ensuite. Il faudrait pour bien faire, peindre tout ensemble, pour obtenir une tenue parfaite.

Nous avons demandé à Léon Barillot, le peintre animalier, de vouloir bien nous dire quels moyens il recommandait aux jeunes artistes pour devenir peintres d'animaux, pensant que les conseils d'un spécialiste de cette valeur seraient d'un grand prix pour les chercheurs qui veulent s'instruire. Voici ce qu'il nous a répondu :

« Voilà le petit discours que je tiendrai à un futur émule de Troyon : Puisque mû par une grande tendresse pour les bêtes, vous voulez devenir animalier, commencez par dessiner votre semblable, — le modèle est plus complaisant — et quand vous saurez camper un bonhomme solidement sur ses pieds, allez vivre au milieu des animaux ; étudiez leurs formes dans des dessins serrés quand ils sont au repos, dans d'innombrables croquis quand ils sont en mouvement, afin de les connaître sous tous leurs aspects, de les apprendre par cœur, non pour les peindre de chic, mais pour saisir plus vite une allure ou rectifier en quelques touches rapides, les parties défectueuses, de votre préparation, quand par hasard, ils vous donnent la pose.

« Etudiez aussi leurs habitudes, leurs mœurs, leur caractère, j'allais dire leur esprit... !

« Vous croyez que je les vante ? non ! vivez avec eux et après les avoir bien observés, vous verrez que l'homme pourrait leur envier plus d'une qualité à ces animaux, envers lesquels Michelet craignait d'avoir été injuste, les ayant appelés un jour, « nos frères inférieurs ». Barillot.

On voit que les conseils contenus dans cette lettre se rapportent absolument aux nôtres et se résument à deux choses ; dessiner et observer. L'observation des mœurs, des habitudes et des mouvements de chaque animal apprend à les comprendre, à les aimer et à s'en faire aimer. En flattant leurs goûts, par des caresses et des friandises, on a vite fait connaissance, souvent même l'amitié devient si grande qu'elle aboutit à des familiarités gênantes, mais que faire à cela? L'amitié des modèles est indispensable au peintre pour la facilité de son travail, il est nécessaire

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qu'il puisse s'approcher des animaux qui paissent et pour s'en approcher il faut que les bêtes le connaissent, car les animaux, en général, sont méfiants et craintifs, ayant beaucoup de raisons pour redouter rapproche des hommes.

Quand on aura peint quelques études de bœufs, de vaches et de veaux, dans les écuries, il faudra travailler en plein air, en faisant attacher une vache à un arbre, en ayant soin de prendre une personne

Vache vue de profil (n° i).

pour la garder et lui faire reprendre la pose quand elle s'en écartera. Pour ne pas perdre de temps, il sera nécessaire de dessiner deux ou trois vaches sur la même toile, avec des mouvements presque semblables quant à l'ensemble, mais où certaines parties sont différentes. Par exemple :

Une vache placée comme l'indique le dessin n° i, puis une autre presque semblable, mais dont les jambes ne sont plus placées de la même manière, tout en gardant le même mouvement de profil.

Enfin, conservant encore le mouvement général, on pourra changer celui de la tête qui sera baissé comme dans le modèle n° 2 ou relevé comme dans le dessin n° 3.

L'avantage de conserver un mouvement général, c'est qu'il s'éclaire toujours de la même manière, et que, n'ayant pas à changer des ombres pour les remplacer par des lumières, le travail se fait plus vivement et mieux.

Il y a aussi un certain genre d'études fort utile pour apprendre à exécuter, c'est de peindre des morceaux, avec des animaux morts. Pour

Yache vue de profil, tête" tournée de face (n° 3).

avec un équarisseur et Ton se procurera une tête de vache dont on pourra faire de très grandes études, aussi poussées que possible au point de

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vue de l'exécution, et Ton aura ainsi tout le temps voulu pour peindre dans le sens de chaque plan, ce qui est indispensable pour obtenir le modelé.

Manière de peindre une tête. — Ebauchez rapidement l'ensemble, en employant peu de couleur et en vous servant d'un liquide composé d'huile de lin, d'essence de térébenthine et de siccatif de Courtrai, le tout mélangé en trois parties égales. Cette ébauche terminée et peinte avec des frottis

Dessin dont les traits indiquent le sens à donner aux coups de brosses en peignant.

sans épaisseurs de couleurs, continuez immédiatement l'exécution définitive avant que la couleur de l'ébauche ait séché, et terminez du coup chaque partie. Si le modèle est de différents tons, par exemple, brun ou noir, avec des parties blanches, comme le sont généralement les têtes de bœufs et de vaches normands, il faudra peindre d'abord les parties les plus foncées du poil, en terminant par les plus claires.

Employez de préférence des brosses de soies blanches de forme plate et ne vous servez de pinceaux de martre que pour enlever, par place, la monotonie des rugosités obtenues par la brosse ; les pinceaux seront employés pour exécuter certains morceaux, comme les yeux qui doivent se peindre lisses, sans empâtements.

Peignez chaque partie de la tête, dans le sens indiqué- par les traits de plume dans le dessin de cette page. Le coup de brosse doit être donné

ao

dans le sens du poil et la forme des os, c'est le meilleur moyen d'obtenir le modelé qui donne le relief des plans. Dans les études faites à l'ombre, la valeur de la lumière étant souvent très peu distincte de celle des ombres, puisque tout est en demi-teintes, c'est en exécutant bien dans le sens que l'on arrive à modeler et à donner de l'effet.

Quand on aura peint plusieurs têtes de différentes façons, profil, face, trois quarts, etc., on étudiera chaque jambe, puis on passera aux ensembles.

Étude de vache couchée. — Les vaches couchées sont d'autant plus intéressantes à peindre, qu'elles posent assez longtemps sans se déranger, dans les écuries principalement, parce qu'elles n'ont aucune inquiétude et qu'elles sont plus à l'abri des mouches qu'en plein air. Quand on a dessiné quelque temps ces animaux simples et paisibles, on a vite appris à connaître leurs habitudes et Ton peut prévoir, à certains mouvements qui trahissent leur pensée, le moment où les vaches vont se coucher pour ruminer. Aussi prend-on ses dispositions pour se mettre immédiatement à l'étude sachant que l'on aura une séance relativement longue qui permettra de peindre ; c'est donc une occasion qu'il faudra rechercher, surtout au début des études, car ayant tant de choses à apprendre au commencement, l'immobilité des modèles sera d'un très grand secours.

Pour peindre dans les écuries, qui sont toujours sombres, et faciliter la rapidité des études, il est utile de n'employer que des toiles apprêtées d'un ton foncé. Ces toiles devront être préparées plusieurs mois à l'avance ainsi que cela a été dit dans la partie qui traite le paysage ; si on les préparait peu de jours avant de s'en servir, on s'exposerait alors, à voir, du jour au lendemain, se produire des embus inévitables qui seraient gênants au point d'empêcher la continuation de l'étude tant qu'elle ne serait pas assez sèche pour être désembue. Un apprêt qui n'est pas assez sec a encore l'inconvénient de faire noicir la peinture et nous ajouterons aussi, que si l'on n'a pas eu la précaution de le faire maigre, c'est-à-dire de mettre plus d'essence que d'huile, même quand cet apprêt sera bien sec, ce que Ton peindra dessus se fendillera et l'étude sera perdue, car il n'y a aucun remède à cela.

Il y a deux manières de faire des études de vaches, comme celle qui nous occupe, c'est selon ce que l'on recherche, l'exécution, ou l'effet. Nous conseillerons au débutant de rechercher surtout l'effet, l'exécution viendra ensuite.

Si la toile est apprêtée foncée, on dessinera avec de la craie, le dessin fait ainsi a l'avantage de ne pas salir les tons, comme cela se produit quand on se \ert du fusain ; lorsque l'on est devenu plus habile, on ne se sert que d,> la hampe d'un pinceau, un léger frottement marque suffi-

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samment sur la peinture pour montrer le dessin sans rayer l'apprêt. Il est nécessaire de ne pas s'éterniser sur cette mise en place qui doit se résumer à des proportions justes autant que possible ; il faut bien se pénétrer de cette idée que ce n'est pas une étude du dessin, mais une étude d'effet et de couleur qu'on s'apprête à faire ; si l'étude est bien dessinée, tant mieux, à la condition toutefois qu'elle soit surtout juste de valeur et de couleur. Dans une autre séance, on étudiera l'animal uniquement au point de vue de la forme en faisant un dessin.

Quand on aura terminé la mise en place, on ébauchera rapidement, en observant surtout les valeurs par comparaison entre elles, de manière à voir exactement où se trouvent placés le plus grand noir et le plus grand clair et que le fond soit en rapport avec l'animal qui se découpe dessus.

Les glacis et la demi-pâte seront employés de préférence en raison de la rapidité qu'ils facilitent, mais quand l'effet d'ensemble sera obtenu on aura toute liberté pour ajouter tout ce que l'on voudra et peindre comme on l'entendra; l'important est d'obtenir le plus promptement possible un ensemble, car le modèle peut, d'un moment à l'autre, se mettre debout, les plus petites causes peuvent lui faire prendre cette détermination, une mouche plus acharnée que d'autres, un coup frappé à la porte, une poule qui descend du râtelier où elle s'était perchée, etc. II faut toujours penser à cela pour que l'étude ne souffre pas d'une subite interruption qui la rendrait inutilisable.

Nous répéterons encore que c'est en redessinant de souvenir les animaux étudiés 'avec le modèle que l'on arrivera à meubler sa mémoire, au point de pouvoir dessiner facilement tous les mouvements sans avoir recours à la nature. Quand ce résultat sera obtenu, les études seront très facilitées et il sera possible alors de saisir par des croquis, les mouvements fugitifs d'une vache qui se gratte, qui se lèche, se couche, etc., mouvements qui font des sujets de tableaux toujours intéressants.

Avant de parler des croquis et des études d'animaux en liberté dans les pâturages, nous ajouterons encore que, pour faciliter les études d'ensembles, on a recours à un autre moyen pour obliger le modèle à conserver la pose : on se sert d'une charrette dont on cale les roues, puis on relève les brancards que l'on fait tenir horizontalement au moyen de deux chambrières et l'on fait entrer dedans, le bœuf ou la vache que l'on veut faire poser; il suffît alors de fermer l'ouverture en plaçant une branche ou un bâton quelconque qui relie les deux brancards pour que l'animal se croyant enfermé, ne cherche pas à s'en aller, surtout si on a soin de le faire garantir des mouches par un serviteur quelconque et de faire poser l'animal à l'ombre.

Les études de ce genre, doivent se faire le matin de très bonne heure pour éviter les mouches qui harcèlent les pauvres bêtes et rendent leur immobilité impossible.

La mnémotechnie des formes. — Dans le « Manuel pratique de la peinture à V huile », que nous avons publié précédemment, nous avons

Formule pour construire et dessiner une tête de vache (vue de face).

donné des moyens mnémotechniques que nous pensons devoir y emprunter pour les redonner ici en les augmentant. Ces moyens sont très utiles à connaître pour apprendre facilement les têtes de chaque animal, voire de certains mouvements. Au moyen de formules raisonnées, basées

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sur des observations faites d'après nature, nous avons établi des moyens de construction qui permettent de dessiner rapidement une tête de face, de profil, de trois quarts. Ces formules sont applicables aussi à l'animal tout entier, ainsi que le montreront les dessins qui vont suivre.

Les peintres animaliers qui savent dessiner de mémoire tous les mouvements de l'animal qu'ils préfèrent, trouveront puérils les moyens que nous offrons aux commençants, mais cet ouvrage ne s'adressant pas aux peintres professionnels, nous avons de bonnes raisons pour croire

Formule pour construire une tête de vache (vue de profil).

qu'ils seront goûtés par les amateurs et les débutants. Quand on se trouve pour la première fois en présence d'un animal vivant et que l'on veut essayer de le dessiner, on est généralement fort embarrassé, même quand on a acquis une certaine habileté de main. En effet, le modèle ne restant pas en repos, les lignes de sa construction sont insaisissables et on n'aboutit qu'à un dessin informe ; avec les formules que nous donnons ici et qui seront vite apprises, on saura comprendre et trouver rapidement les lignes principales qui construisent chaque mouvement.

Ces formules sont basées sur le principe du rectangle, du triangle et du carré ; il suffira donc de procéder comme dans les figures cicontre.

On commencera comme premier croquis par tracer un rectangle, ensuite on ajoutera successivement les détails, ainsi qu'il est indiqué

Si

Formule pour construire une vache de profil.

dans nos diverses figures. Après quelques exercices on saura de mémoire construire une tête, et il sera facile alors d'en comprendre les lignes en dessinant d'après nature.

Après avoir fait toutes ces études ^préparatoires, on possédera suffi-

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samment la mémoire de la forme pour commencer les difficiles études des animaux en liberté. A cet effet, on devra se munir tout simplement d'un album et d'un crayon avec lesquels on dessinera des croquis de mouvements pendant quelques jours ; enfin, lorsque l'on aura acquis plus de facilité, on devra se munir d'une boîte, dite : boite à pouce; cette boîte n'est en réalité qu'une palette avec des couleurs de rechange, munie d'un système qui fait tenir un petit panneau disposé pour peindre debout en marchant, ce qui permet de suivre l'animal partout où son caprice le mène.

Ce moyen, quoiqu'un peu fatigant est le seul à employer pour étudier les mouvements des animaux en marche et jusque dans les attitudes les plus fugitives comme celles de la vache qui se lève, ou se couche, qui fonce sur une autre pour combattre, etc., etc. Ces études qui offrent tant d'intérêt pour l'artiste, sont aussi de la plus grande importance; sans elles, on ne ferait jamais que des animaux, pour ainsi dire, sans vie ; on représenterait des vaches qui dorment ou qui ruminent, couchées ou debout et l'on s'enfermerait dans un cercle étroit, ou tellement exploité par d'autres qu'il est devenu sans intérêt. Par des mouvements fugitifs, tout au contraire, l'horizon s'agrandit presque sans limites ; c'est à ce but qu'il faut atteindre, c'est là que réside le grand art.

Voyez l'exemple que donne Constant Troyon qui a su peindre les animaux avec une largeur de vue exceptionnelle, remarquez dans ses diverses compositions combien la variété des mouvements est observée ; comme ces bêtes semblent animées ; elles vivent, elles respirent, elles marchent, elles courent. C'est à un tel résultat qu'il faut arriver, et ce n'est que par le travail assidu que l'on peut y atteindre. Troyon avait lui-même beaucoup travaillé, tout en étant doué merveilleusement, car rien ne s'acquiert sans mal. Il avait d'abord fait des études de paysages très serrées, très patientes, faites, on peut l'affirmer, feuille à feuille. Qui aurait osé prévoir à ce moment qu'un jour il prendrait son essor, qu'il se sentirait majeur et libre, assez sûr de lui pour abandonner toutes les traditions et voler enfin de ses propres ailes ? Les tableaux de paysages sans animaux qu'il fit d'abord, sont aussi remarquables que ceux qu'il peignit plus tard et firent sa réputation ; Troyon serait devenu un de nos grands maîtres paysagistes s'il s'en était tenu simplement à ce genre.

Pochades d'animaux. — Les petits panneaux contenus dans la boîte à pouce permettent des études déjà suffisamment grandes; aussi pour les débuts sera-t-il préférable de diviser le panneau en peignant plusieurs études dessus.

Le travail devra se faire sans aucune préoccupation du dessin, car ces pochades ne doivent être en réalité, que des croquis de couleur.

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