DE L ETHER AZOTEUX OU NITREUX
Cela fait, il luteles jointures, engage sous la cornue un fourneau à main ne contenant que quelques charbons incandescents, et sitôt que les premières bulles apparaissent au sein du liquide, retire le fourneau, le remplace par une terrine, puis, si malgré l’absence du feu l’ébullition paraît menacer de devenir tumultueuse, à l’aide d’une éponge imprégnée d’eau, se hâte d’arroser la cornue. Sans cette précaution, la chaleur que développe la réaction pourrait ne pas tarder, en s’accumulant, à produire un dégagement de vapeurs et de gaz capable de déterminer la rupture de l’appareil, au grand danger de l’opérateur, que les éclats du verre et la projection de l’acide atteindraient. Les affusions d’eau ne doivent pas être interrompues , car autrement la cornue s’échaufferait considérablement pendant l’intervalle, et le contact de l’eau froide ne manquerait pas de la briser quand on viendrait à les reprendre; on les continue jusqu’à ce que le liquide abandonné à lui-même, cesse de bouillir, époque à laquelle son volume a diminué des 2/3.
Alors on trouve dans le ballon, et à la surface de la solution des flacons, un liquide jaunâtre que l’on rassemble, que l’on décante dans une cornue munie d’un ballon à long col entouré de glace, et que l’on soumet à une légère ébullition, de manière à ne recueillir que les premiers produits. Ceux-ci sont placés dans un flacon, avec de la magnésie ou de la chaux en poudre, on agite, on laisse déposer et l’on décante.
Une nouvelle distillation, proposée par quelques praticiens, aurait le grave inconvénient d’altérer le médicament et spécialement de le rendre acide.
500 gr. d’alcool peuvent fournir 100 gr. d’éther.
Dans cette opération , l’acide azotique cède tout ou partie de son oxygène aux éléments combustibles de l’alcool, de là de l’acide azoteux, de l’acide hypoazotique, du bioxyde, du protoxyde d’azote, de l’azote, de l’eau, des acides carbonique, acétique, formique, oxalique, malique, de l’aldéhyde, une matière très facile à charbonner et sans doute d’autres produits; secondairement, des éthers azoteux, acétique, formique, oxalique, par la combinaison des acides précités avec l’alcool, à son tour ramené à l’état d’éther hydrique.
462 52® leçon.
Les gaz se dégagent, n'entraînant que les traces d’éther dont ils n’ont pu se débarrasser en traversant la solution saline.
Les éthers azoteux, acétique, etc., accompagnés d’alcool et d’acide azotique échappés à la décomposition, d’acide acétique et formique restés libres, d’aldéhyde, se réduisent en vapeurs, pour se condenser dans le ballon ou dans les flacons.
La matière facile à charbonner, l’acide oxalique, beaucoup d’acide azotique, de l’acide hypoazotique, même de l’acide acétique, et de l’alcool, restent dans la cornue.
A l’encontre de ce qui a lieu avec l’acide chlorhydrique, l’éthérification par l’acide azotique s’accompagne donc de phénomènes complexes, et donne naissance à une multitude de produits.
La rectification a pour résultat de volatiliser l’éther azoteux, de préférence aux matières étrangères, qui l’altèrent, notamment de préférence à l’alcool, à l’acide azotique, à l’acide acétique, à l’éther acétique et le traitement par l’alcali, de fixer les dernières portions d’acide.
Après ces deux opérations, le produit ne retient plus que des traces d’aldéhyde, à la présence de laquelle il doit de ne bouillir qu’à -j- 21°, au lieu de -|-t6,4, de présenter une densité de 0,886, au lieu d’une densité de 0,947.
C’est en cet état qu’on l’emploie en médecine.
M. Guibourt substitue à l’appareil de M. Thénard, un appareil qui lui a permis d’opérer sans danger, sur 3 à 4 kil. d’alcool; d’après lui, la cornue tubulée en verre, dont au besoin l’on prolongerait le col au moyen d’une allonge, serait abouchée avec l’extrémité supérieure d’un récipient en plomb, et l’extrémité inférieure de celui-ci , pénétrerait à son tour dans le col d’un flacon portant sur sa paroi inférieure, près du fond, une tubulure qu’un tube de sûreté de Welter mettrait en communication avec un autre flacon. Celui-ci serait en partie rempli d’alcool concentré, uniquement destiné à compléter la condensation des vapeurs; ce qui obligerait à le réserver pour une autre opération du même genre.
Le serpentin et les flacons étant refroid is* la cornue serait
di l'éther acétique. 46S
chauffée au bain-marie, en retirant le feu aussitôt que Pébulli» tion se déterminerait.
De V Ether acétique.
C8H603 + C8H8 + HaO ou C8H603 4- C8H40O Sa
Acétate de monohydrate d’hydrogène Acétate d’oxyde d’éthyle, ou composition*
bicarboné, ou d’éther hydrique. d’éther hydrique.
Cet éther est liquide, incolore, d’odeur et de saveur parti- §es propriétés, culières, d’une densité de 0,866 à-[~7°, il entre en ébullition à 71° sous la pression de 0m,76, se dissout dans 7 fois son poids d’eau à la température ordinaire, et dans l’alcool en toutes proportions.
Son peu de volatilité, comparée à celle des autres éthers , explique pourquoi il ne produit pas comme eux une vive impression de froid sur nos organes, et d’un autre côté sa grande différence de solubilité dans l’alcool et dans l’eau, fait qu’il se précipite quand on étend d’eau, sa dissolution alcoolique saturée.
Le Codex pour le préparer, prescrit de placer dans une cor- sa préparation, nue en verre, munie d’un ballon à long col, dont la tubulure porte un tube droit :
100 parties d’alcool à 85° = 33 Cartier,
66 — d’acide acétique à 10° Baumé.
D’ajouter à ce mélange, par petites portions successives, 21 parties 5 d’acide sulfurique à 66°, en agitant afin de prévenir une trop forte élévation de température, par suite la déperdition d’une partie de l’alcool surtout la rupture du vase, de chauffer la cornue, de refroidir le ballon , et de distiller de manière à recueillir environ 135 parties de liqueurs.
On ajoute au produit quelque peu de carbonate de potasse en poudre; on agite, on laisse reposer, on décante après quelques heures de contact, et l’on procède à une nouvelle distillation.
On obtient à peu près autant d’éther qu’on a employé d’alcool : il marque 23°, et peut servir à tous les usages de la pharmacie, quoiqu’il retienne de l’alcool.
52 e LEÇON.
M. Thénard, et avec lui MM. Guibourt et Soubeiran, pour la même quantité d’alcool, ne prescrivent que 63 p. d’acide acétique et 17 d’acide sulfurique.
D’autres auteurs substituent un acétate à l’acide acétique; et d’ailleurs font varier la proportion d’acide sulfurique suivant la composition du sel, de telle sorte qu’après sa décomposition, il reste encore, à l’état de liberté, une partie d’acide sulfurique libre pour 5 d’alcool.
Les formules suivantes ont été données.
Acétate de potasse sec, 3
Acide sulfurique à 66° 2
Alcool à 86° = 34 Cart. 3
Acétate de soude sec , 5
Acide sulfurique à 66° 4
Alcool à 86" 6
Acétate de cuivre cristallisé, 3 Acide sulfurique à 66° 2
Alcool à 86° 3
Acétate de plomb desséché, 5 Acide sulfurique à 66° 2
Alcool à 86° 3
Les acétates de potasse et de soude sont desséchés dans une chaudière en fonte, en a} an t le soin de modérer assez la chaleur pour ne leur pas faire éprouver la fusion ignée, et l’acétate de plomb est maintenu sur le feu, jusqu’à ce qu’il se soit parfaitement desséché, après s’être d’abord fondu dans son eau de cristallisation.
On trouve à faire usage d’acétates, le très grand avantage d’éviter l’intervention de l’eau d’hydratation de l’acide acétique; seulement, comme une notable portion d’alcool distille sans avoir éprouvé l’éthérification, il faut distiller le produit avec addition de 1/5 de son poids d’acide sulfurique, et ne recueillir que les 5/6 du liquide mis en expérience. Le nouveau produit est mis en contact avec un alcali destiné à fixer l’acide qu’il aurait entraîné; l’on décante et l’on distille encore, mais cette fois presque à siccité.
Dans ces opérations, l’acide sulfurique peut être considéré comme agissant d’abord à la manière des corps très avides d’eau, comme enlevant à l’acide acétique et à l’alcool aqueux leur eau d’hydratation; mais plus tard il prive celui-ci de toute l’eau de combinaison qu’il faut lui enlever pour le ramener à l’état d’éther hydrique. Dés brs, l’éther hydrique, une fois produit, se trouvant au contact de l’acide acétique, à l’état naissant; car la combinaison n’a plus lieu quand on agite de
DE L ÉTHER ACETIQUE.
l’éther avec de l’acide acétique , s’y combine, et de là, l’éther acétique.
Ce qu’il y a de certain, c’est que Facidc sulfurique ne fait pas partie du produit ; c’est aussi qu’aucune portion d’éther hydrique libre ne se montre 5 c’est enfin qu’en distillant à plusieurs reprises de l’alcool et de l’acide acétique concentrés, sans addition d’acide sulfurique, on obtient de l’éther acétique; bien que ce soit un mauvais moyen de l’obtenir, parce que l’absence du corps déshydratant, est défavorable à la production de l’éther hydrique.
Quoi qu’il en soit, l’éther acétique que nous venons d’étudier, et qui est le véritable éther médicinal, retient de l’alcool que des lavages à l’eau ne peuvent lui enlever complètement. Quand on veut l’obtenir chimiquement pur, on le fait digérer à froid sur du chlorure de calcium en poudre fine; on décante au bout de quelques heures, la couche d’éther rassemblée au-dessus d’un li quide plus dense, formé de chlorure de calcium et d’alcool, et l’on renouvelle ce traitement par le chlorure calcique, tant qu’il s’humecte; mais sans dépasser ce terme, parce que l’éther lui-même pourrait se combiner avec le chlorure. 11 existe en effet un composé renfermant des proportions égales d’éther acétique et de chlorure de calcium. (Liébig.)
Les éthers sulfurique, chlorhydrique, azoteux, acétique, devront se conserver dans des flacons à l’émeri très hermétiquement fermés, que l’on en remplira et que l’on placera dans des lieux frais, après en avoir assujetti d’une manière quelconque les bouchons.
Leur grande volatilité rend nécessaires plusieurs de ces conditions, et leur altérabilité, les autres.
L’éther sulfurique le mieux rectifié , conservé dans des flacons à moitié remplis, finit par s’altérer, acquiert une odeur qui a quelque chose d’empyreumatique, augmente de densité, diminue de volatilité, devient acide, et se trouve contenir de l’acide acétique et de l’huile douce devin. (Planche, Gay-Lussac.)
L’éther acétique, pour peu qu’il contienne de beau (parfaitement anhydre, l’altération n’aurait plus lieu) devient acide; de l’acide acétique est mis en liberté, de l’alcool est reproduit par Tom. U. 30
De la
conservation des éthers.
îa combinaison de l’éther hydratique avec de l’eau ou ses éîé* ments.
Il paraîtrait même que quelque précaution que l’on prenne, les éléments de l’éther azoteux continueraient à réagir, et que de cette réaction résulteraient du bioxyde d’azote, des acides malique, formique, de l’alcool et de l’acide aldéhydique. Celui-ci est représenté dans sa composition par de l’aldéhyde— )—de l’oxygène.
Outre les composés plus ou moins analogues et souvent même complètement identiques à ceux que nous venons d’étudier, qui résultent de la réaction sur l’alcool des acides phosphorique, arsénique, bromhydrique, iodhydrique, fîuorhydrique, même cyanhydrique et sulfhydrique, quoique avec ces derniers on ne les puisse produire que par voie indirecte; et aussi des acides formique, oxalique, citrique, malique, tartrique, gallique, kinique, benzoïque, succinique, etc.; il existe un grand nombre de composés éthérés, dont on a observé la production dans des conditions correspondantes, notamment en faisant réagir sur l’alcool le chlore, le brome, l’iode, certains chlorures, certains cyanures.
Le corps tout particulier que nous avons signalé sous le nom d’esprit de bois, de bihydrate de méthylène ou de monohydrate de méthyle , en traitant de l’acide pyroligneux, et que nous avons dit être une sorte d’alcool, peut à son tour former une série de combinaisons entre lesquelles on retrouve, quand on les compare aux éthers, les remarquables analogies que présentent cet esprit de bois et l’alcool.
Mais il ne conviendrait pas de les étudier ici, attendu que ces combinaisons intéressent plutôt le chimiste que le pharmacien .