DE LA DISTILLATION DU BOIS DE CERF
Comme ses analogues, et pour les mêmes motifs, on le conservera à l’abri de la lumière et de l’air.
D’apres M. Guibourt 5 3 kil. de bois de cerf produisent environ :
640 gr. d’esprit ,
115 — d’huile volatile non rectifiée,
90 — de sel volatil,
,030 - de résidu noir { “ires iZ
125 — de gaz.
L’huile animale de Dippel, ainsi nommée du nom du chi- De rhuile ani miste qui, le premier, en fit l’objet de recherches suivies, n’était maiedepippei. autre, que le produit empyreumatique de la distillation de la Sa ct9JJJP°si' corne de cerf, formé en boulettes, au moyen de la poudre de charbon d’os, redistillé en cet état à plusieurs reprises, puis, une dernière fois, redistillé encore, mais alors avec de l’eau, de manière à ce qu’il passât incolore : elle devait donc offrir une grande analogie avec l’huile volatile de corne de cerf des pharmacies, bien que la distillation qu’on lui faisait subir par l’intermédiaire de l’eau, dût en éliminer certaines substances qui distillent à feu nu.
Jusqu’à ces dernières années, on ignorait complètement sa nature, et avec elle, celle des produits empyreumatiques de la distillation des matières animales. Les recherches de M. Bcrzôlius, Reichenbach, Unverdorben, ont jeté un grand jour sur cette partie longtemps obscure de nos connaissances.
D’après M. Berzélius, les produits empyreumatiques de la décomposition ignée des matières animales, différeraient essentiellement des produits analogues provenant des matières végétales, par la présence de l'ammoniaque , en quantité plus que suffisante pour saturer les acides carbonique, acétique et autres, qui se produisent en même temps que lui.
De là précisément l’alcalinité des premiers , l’acidité des seconds, alors même que certains des principes préexistant dans la matière végétale seraient azotés, parce que la petite proportion d’ammoniaque qu’ils produiraient ne pourrait saturer les acides.
Toïu. I.
A part cette différence, on trouverait dans les uns et dans les autres :
to Des matières liquides et volatiles, du reste, de compositions et de propriélés variables, suivant leurs origines, que M. Berzélius appelle du nom commun de pyrelaines, des mots grecs 'srv f0(y feu, et fÀaiOv huile (huiles produites par le feu).
La créosote, le picamare, l’eupione, le capnomore , de M. Reichenbach sont de véritables pyrelaines.
2° Des matières solides et volatiles, du reste, aussi de compositions et de propriétés variables, que M. Bérzelius nomme pyrostéarines de 'îstu jooî, feu, et ffrêap, suif (suifs produits par le feu).
La paraffine (de parmn affinis , parce que son indifférence remarquable ne lui permet de se combiner presque avec aucun corps), la naphtaline, le pittacale, se rattachent à ce groupe.
3° Des matières solides et fixes, du reste, comme les précédentes, non moins variables par leur compositions que par leurs propriétés. M. Bérzelius les nomme py ré Lines de «v^os, feu, et pVT L\JY\ , résine (résines produites par le feu).
La présence deces dernières dans les produits de la distillation, ne peut qu’être le résultatdeleur entrainement, en quelque sorte mécanique, par lesgazet par les vapeurs, puisqu’elles sont fixes.
L’huile volatile de corne de cerf des pharmacies doit donc constituer un liquide extrêmement complexe, un mélange de diverses pyrelaines, de diverses pyrostéarines, à l’exclusion des pyrétines restées dans la cornue à la suite de la rectification. Etcomme toutes les pyrelaines., en absorbant l’oxygène de l’air, deviennent solides, noires, fixes, de liquides, d’incolores, de volatiles qu’elles étaient, et se transforment en pyrétines, on voit que les changements que le médicament éprouve au contact de l’air, portent principalement sur les pyrelaines qui en font partie.
Les résultats annoncés par Unverdorben diffèrent singulièrement des précédents. Selon ce chimiste, les produits empyreumatiques de la distillation des matières animales et végétales, n’offriraient aucune analogie de composition. Dans les premiers, les seuls qui doivent nous occuper ici, se trouveraient :
DE LA CREOSOTE. 307
Une matière neutre, fixe, solide, de couleur brune qu’il ap pelle fuscine , de fuscus brun ;
Une autre matière neutre, volatile, liquide, incolore, et très altérable à l’air, à laquelle il n’assigne aucun nom particulier;
De l’ammoniaque combinée à un acide volalit particulier (le pyrozoïque de riasv po < feu, et £ C0ÏK3Ç, animal) ;
Quatre bases salifiables particulières, toutes quatre azotées, toutes quatre volatiles, qnoiqu’à des températures différentes 5 l’odorine (de odor odeur), l’animine (de animal ), l’olanine (de oleum animale ), et l’ammoline (de ammoniacum oleum).
Mais la majorité des chimistes considère Sa fuscine comme une pyrétine; la matière huileuse volatile innommée, comme une véritable pyreîaine ; les quatre bases salifiables azotées, comme autant de combinaisons d’ammoniaque avec des matières empyreumatiques.
La créosote que l’on emploie, à l’état liquide, pour arrêter De la créosote, les hémorragies ; en fumigation, pour cicatriser les ulcères de la trachée artère; parce qu’elle possède la double propriété de coaguler l’albumine, et par conséquent de former à l’ouverture des vaisseaux sanguins une sorte de tampon, de prévenir la décomposition putride, et d’en arrêter les progrès lorsqu’elle est commencée; est la seule, parmi les substances empyreumatiques précitées, qui ait reçu des applications en médecine. On l’extrait au moyen d’un procédé très compliqué, de la matière goudronneuse, que l’on obtient très en grand dans les fabriques d’acide pyroligneux.
On introduit le goudron dans une cornue en terre, et l’on distille à feu nu , jusqu’à ce que l’on aperçoive d’abondantes vapeurs blanches. De là, un produit beaucoup plus fluide que ne l’était la matière mise en expérience, formée de trois couches de densités différentes. On sépare la plus dense, au moyen d’un entonnoir à robinet, ou par décantation; on la lave à l’eau légèrement acidulée par l’acide sulfurique, 011 la prive, le plus complètement que faire se peut, du liquide de lavage qui l’imprégnait, et on la distille dans une cornue en verre. Les premières portions, presque exclusivement formées d’eupione volatile à -{- 169°, tandis que la créosote ne l’est qu’à 2Q3°* sont rejetées; les
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dernières, principalement formées de créosote impure, sont conservées; on les agite fortement et pendant longtemps avec une solution de potasse caustique, d’une densité de 1,12, puis on laisse reposer.
Le liquide se sépare en deux couches, l’une plus légère, presque entièrement formée d’eupione, l’autre plus pesante et aqueuse, contenant en solution la créosote combinée à la potasse.
Cette solution, à peu près incolore, est exposée à l’air pour qu’une matière étrangère qu’elle entraîne, et que l’air modifie en la colorant en noir, se décompose ; on filtre, et dans la solution alcaline, on ajoute un très léger excès d’acide sulfurique étendu, de manière à mettre en liberté la créosote, que son peu de solubilité dans l’eau, à l’état de liberté, et sa pesanteur spécifique de 1,037, fait se rassembler au fond du vase. On décante le liquide aqueux qui la surnage, on la distille avec soin, et finalement, pour l’obtenir parfaitement pure, on répète ces traitements successifs par la potasse, par l’air, par l’acide sulfurique et par la distillation, jusqu’à ce qu’elle ne se colore plus au contact de l’air.
Il est bon, à la dernière opération, de remplacer l’acide sulfurique par l’acide phosphorique, que l’on n’a pas la crainte de voir se volatiliser en partie.
La créosote est un liquide incolore, neutre aux réactifs, d’apparence oléagineuse, de saveur âcre et brûlante, d’odeur à la fois empyreumatique et particulière. Elle s’unit à l’alcool, à l’éther, aux huiles volatiles, à l’acide acétique, en toutes proportions, et se dissout dans environ 100 fois son volume d’eau.
On la conserve dans des flacons bien fermés : lorsqu’elle est bien préparée, elle ne s’y colore pas ou du moins n’y prend qu’une légère teinte rosée.