NOTIONS PRÉLIMINAIRES SUR LES LEVÉS A LA BOUSSOLE
I". §. Description de la boussole du topographe.
223 . L’invention de la boussole appartient à la France; Guyot de Provins, poète que l’empereur Fre’de’ric Barberousse reçut à sa cour, est le plus ancien des écrivains qui parle de cet instrument merveilleux, et de l’emploi qu’en faisaient les marins français dès le douzième siècle, sous le nom de marinière, pour diriger leurs vaisseaux (1). Nous avons toutefois à regretter que le nom du
(1) Quelques écrivains prétendent que la boussole était connue des navigateurs de l’antiquité ; d’autres en attribuent l’invention aux Chinois , aux Arabes, etc.; des modernes veulent que Flavio di Gioja , d’Amalphi , .l’ait inventée; il n'est pas jusqu’aux Anglais qui en réclament l’invention , à cause de quelques analogies phoniques , qu’ils, signalcut , dans des mots d’une origine ancienne et commune. Si l’on devait ici se fonder sur des preuves de ce genre, la Jlexir de lis , qui , de tout temps et chez toutes les nations , a été employée pour désigner le nord dans la boussole, ne montrerait-elle pas que les premières ont été construites en France, et ne serait-elle pas en faveur des Français un argument plus valable? Mais plusieurs historiens, tels que le cardinal Jacques de Vilry , qui vivait vers 1200 , dans son Historia H ierosolim. cap. 4 g; Brunet Latini , de Florence, mort en , dans son Trésor ou Tesoro , écrit d’abord en français, puis imprimé en italien, etc., oht parlé de la boussole comme étant déjà de
compatriote qui découvrit In propriété directrice de l’aimant , nous soit entièrement incounu, et de ne pouvoir 1 associer aux tributs d’admiration dus au génie de l’immortel Christophe Colomb, qui, grâce à la boussole, doubla l'immensité de notre univers.
Les premières boussoles étaient loin de la perfection de celles usitées de nos jours ; elles consistaient en un morceau d’aimant, ou en vm barreau aimanté posés, sur un flotteur, à la surface de l’eau \ contenue dans un vase. Il est très-probable que, vers l’an i3o 2, Flavio di Gioja, d Amalfi , imagina de soutenir un barreau ou aiguille aimantée par un pivot aigu, et ce nouveau mode de suspen- r' sion perfectionna singulièrement la boussole.
Cet instrument ne fut d’abord employé que par les marins, qui bientôt fixèrent sur l’aiguille aimantée un disque de carton portant une rose des vents, dont la position, relativement à la longueur du vaisseau, indique la direction de la route en pleine mer. Plus tard, les topographes s’approprièrent la boussole, et la construisirent d’une manière convenable à sa nouvelle destination.
224 . La boussole du topographe, dont les pièces ont été si bien combinées par les ingénieurs géographes français, est représentée en detail dans la planche 4- La vue générale de l’instrument est dessinée par la ftg. 5i , et les fig. 52 et 53 eu offrent respectivement l’élévation du côté de la lunette, et la coupe par un plan vertical perpendiculaire au mi-
leur temps généralement employée par les marins français. Voyez , pour plus de détail , la Dissertation sur l’origine de la Jioussole , par M. Doin.-Alb. Azuni.
lieu de ce côté. Les lettres se correspondent dans les trois figures considérées, qui montrent que la boussole se compose d’une aiguille aimantée 'sn, munie d’une chape d’agate a, par l'intermédiaire de laquelle elle est soutenue dans une situation » horizontale sur la pointe d’un pivot aigu d’acierp, qui occupe Je centre d’un limbe LL , de cuivre rouge, horizontal, d’environ 1 5 centimètres de diamètre, divisé en grades et en fractions lorsque sa grandçur le permet.
Le pivot p, s’élève perpendiculairement au fond ff, de la boussole, lequel est formé d’un disque de cuivre rouge, parallèle au plan du limbe, et lié invariablement avec lui , à l'aide de quelques vis. Ces deux pièces sont souvent embrassées par une enveloppe cylindrique CC , aussi de cuivre rouge, v disposée comme l'indiquent les figures, et dans laquelle elles peuvent se mouvoir ensemble à frottement. La graduation des divisions du limbe LL, qui est écrite de 10 en io grades, va ordinairement de o à 4oo , et court de gauche à droite , lorsque le zéro est situé en avant de l’observateur. Autrefois on graduait les degrés de part et d'autre de la division où on mettait le zéro , de sorte qu’il y avait toujours deux endroits du limbe portant la même graduation, circonstance qui obligeait de spécifier quelle était la demi-circonfércnce du limbe où on avait effectué la lecture, . et devenait ainsi la source de bien des erreurs.
225. Le système du limbe LL, de l’aiguille sn, du fonds ff, et de leur enveloppe cylindrique CC, est renfermé dans une boite de bois très-sec BBB, ayant la forme d’un parallélipipède rectan-
gulaire , et dont le couvercle s’adapte à coulisse, coin me celn i d’une boiteà domi nos. L’enveloppe CC, est fixée à la boite BB, par quelques vis; et, pour empêcher que les mouvemens dont l’air de l’atmosphère peut être anime ne se communiquent à l'aiguille de la boussole, celle-ci et le limbe sont recouverts d’un disque mincede cristal k, qui remplit exactement l’entrée de l’encastrement cylindrique creusé dans le bloc de bois BB , ou mieux l’ouverture de l’enveloppe CC, et intercepte ainsi toute communication de l’intérieur à l’extérieur.
Il est nécessaire, comme on le verra, que le limbe avec son fond puissent pirouetter ensemble, quand on veut, soit dans l’encastrement, soit dans l’enveloppe de cuivre qui les contient. On se sert pour conduire leur mouvement, ou d’un boulon qui traverse le dessous de la boite B B, par une ouverture en arc de cercle; ou d’un bouton à tète de vis, situé sous le pivot de l’aigui le, et que l’on manoeuvre par-dessous la boite, avec une espèce de clef; ou encore d une vis sans lin parallèle au limbe, et dont la tète est indiquée en v , derrière une petite portion mobile du périmètre de la boite BB. Cette vis sans fin, en cuivre rouge, logée dans le corps de la boite, engrène avec des dents dont la circonférence du fond JJ de la boussole doit être armée.
226. On peut arrêter les mouvemens de l’aiguille en enfonçant, à l’aide de la pièce de cuivre rouge de, une petite broche b, terminée en biseau, laquelle presse un des bouts du levier ni, dont l’autre extrémité, en forme de bague, enveloppe le pivot de l’aiguille, et pousse contre la glace k, la
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chape d’agate a, sur laquelle l’aiguille est montée, et l’empêche ainsi de balotter quand on transporte la boussole d’un endroit dans un autre.
Afin de pouvoir remplacer facilement le pivot p , s’il venait à sede'têriorer, on adapte à demeure au milieu du fond ff , «le la boussole, un guide g, formé d’un tube cylindrique à rebords , qui passe au travers de la boite BB , et vient affleurer sa surface inférieure. L’entrée du tube g, ouverte en écrou dans lequel se loge la tète du pivot p, façonnée en vis , donne à ce dernier et la position et la fixité «lont il doit jouir.
327. Contre une des faces latérales de la boite SB, est appliquée une simple visière ( N # . I , i/ji ) en bois, ou mieux, la règle RR, support d’une lunette plongeante L' L' , pivotant autour d’un axe A, perpendiculaire à la face de la boite considérée, et dont l’axe optique Oo , peut décrire ainsi un plan vertical parallèle à cette face, ou perpendiculaire au limbe de la boussole. Cette lunette , munie d’un réticule que l’on peut mouvoir latéralement, à l’aide d’une vis de rappel v , est combinée avec un niveau à bulle d’air JVJV, et une portion d’un limbe particulier II, comprise entre elle et la face latérale de la boite de la boussole perpendiculairement au plan du limbe , et pouvant pivoter autour du même axe A , pour remplir, quand on le désire, les fonctions d’un véritable clisimètre (1).