SOINS A DONNER A L'ENFANT
la femme pour que les liquides, qui s'écoulent de la vulve, ne lui pénétrent ni dans la bouche ni dans les narines. On attend alors qu'il respire bien et que la circulation funiculaire soit arrêtée ou à peu près (i). On pratique, au besoin, quelques frictions ou quelques légères aspersions, s'il tarde à crier et s'il est un peu bleu ou un peu étourdi. Si ses cris sont voilés ou s'il tousse, on lui passe une barbe de plume ou le doigt sec ou recouvert d'un linge très-fin, dans l'arrière-bouche pour en extraire les mucosités qui peuvent s'y trouver.
Il faut ensuite procéder à la section et à la ligature du cordon. Les anciens n'opéraient cette section que quand la délivrance était faite (Hippocrate, Mauriceau, Deventer, Guillemeau). Qnelques-uns cependant ne suivaient cette régie que dans le cas de délivrance facile et prompte (Aristote, Dionis).
On a aussi discuté longtemps pour savoir s'il faillait commencer par la section ou par la ligature. On a même discuté sur l'instrument à employer pour la section et sur la matière à employer pour la ligature. Questions futiles : nugœ difficiles.
Lorsque la respiration est bien établie, on jette sur le cordon, une première ligature, formée de 3 à 4 brins de fil et assez longue pour être maniée facilement, à 4 ou 5 travers de doigt du nombril ; puis une seconde, plus haut, vers la vulve. Entre ces deux liens, un coup de ciseaux opère la section.
Les ligatures, celle du côté de l'enfant surtout, doivent être placées bien perpendiculairement à l'axe du cordon. On serre fortement le nœud simple, puis on le fixe par un second nœud droit. Nous avons l'habitude de renverser ensuite le cordon et de faire un même nœud double sur l'autre face.
La ligature du côté de la mère n'a pour but que d'empêcher le dégorgement du placenta ; elle est beaucoup moins importante que l'autre et un nœud simple suffit. Il est même des praticiens qui se dispensent de l'appliquer ; mais à tort car elle peut être trcs-utile.
Une telle négligence à l'égard de la ligature fœtale serait coupable, car l'expérience a démontré que si, par une cause quelconque, la respiration vient à s'embarrasser , la circulation tend à se rétablir par le cordon ; or, si cette voie est encore, ou est
(I) IVttprùs M. IV Budin, lier le cordon immédiatement après ii nal'^'rtacc, ccM priver Tcaftint de 92 grammes de sang en moyenne — q««ntnd tfi\ormc et qui correspond» toutes proportions gardées, à une saignée de \;\M\ grrtmmc» chcx l'adulte.
redevenue, perméable, une hémorrhagie morteUe peut sen suivre (i). Un de mes collègues a perdu un de ses enfants de cette manière (2).
La constriction doit être assez forte, avons-nous dit, mais elle ne doit jamais être portée au point de couper une partie de la gaine en même temps que les vaisseaux ombilicaux. Cette gaine résiste en général très-solidement ; mais elle peut présenter une fragilité exceptionnelle dont il faut tenir compte.
En i855, une femme dont les trois premiers enfants étaient morts d'hémorrhagie ombilicale, entra à la maternité de Louvain. Pour les deux derniers du moins, mon père soupçonna que Texcès de force employé pour prévenir l'accident, avait bien pu en devenir la cause, en opérant la section des vaisseaux et d'un point de leur gaine. En conséquence, il eût soin de placer deux petites languettes d'emplâtre de diachylon sous une première ligature, appliquée à quelques centimètres de l'ombilic; plus loin, il fît une ligature ordinaire, médiocrement serrée puis, avec le même fil, une troisième sur le bout du cordon replié en anse. Grâce à ces précautions il n'y eut plus d'accident.
Lorsque le cordon est gras, il est prudent de le débarrasser de son excès de gélatine de Warthon, car cette matière disparaissant assez vite, la ligature se trouverait bientôt trop large et partant sans action. On conseille de couper d'abord la tige ombilicale, puis de la comprimer avec les doigts, du nombril vers le bout libre; mais il est souvent difficile d'en exprimer ainsi la gélatine. On se trouve mieux de pratiquer des mouchetures dans les points où cette matière est le plus abondante, puis de l'exprimer par une douce pression. Sa transparence permet d'éviter sûrement la blessufe des vaisseaux ombilicaux.
La ligature doit être placée, avons-nous dit, à 5 centimètres du nombril. Cette distance n'est cependant pas de rigueur : il importe seulement qu'on puisse, au besoin, pratiquer une nouvelle section et une nouvelle ligature et que celle-ci ne soit ja-
(1) Toute gêne de la respiration a pour résultat de s'opposer à l'entrée du sang veineux dans les poumons. Qu'en résulte-t-il cAef l'adulte? L'engorgement du S3rstème veineux ; mais chez le nouveau-né^ ce système veineux peut se dégorger dans le système artériel par le trou de Botal et le canal artériel, et plus bas, par les artères ombilicales, si elles ne sont pas liées.
(2) L'un des Pharaons, roi d'Egypte, voulut corrompre deux sages-femmes Séphora et Puha, pour leur faire couper les cordons ombilicaux de manière à foire mourir tous les enfants mâles des Israélites.
mais assez rapprochée de Tabdomen pour pincer Tanneau cutané qui s'avance parfois sur la racine des vaisseaux, ou pour étreindre une anse d'intestin herniée. Sabatier, Dupuytren, J. Hatin ont vu des fistules ombilicales qui avaient été produites par des maladroits ou des ignorants.
La ligature et la section opérées, on enveloppe le nouveau-né de flanelle ou de linges chauds, ou, si la température de la chambre est assez élevée, on place la main droite sous les fesses et on entoure la racine de la cuisse gauche avec les doigts, tandis que la main gauche est appliquée sous le dos et forme avec l'indicateur et le pouce un anneau autour du cou : tenu de cette manière l'enfant ne peut glisser ni tomber pendant qu'on le transporte sur les genoux de la garde. Là on s'assure s'il est bien conformé et s'il ne présente pas d'occlusion de quelque ouverture naturelle.
NETTOYAGE DU NOUVEAU-NÉ. L'enfant naissant est recouvert d'un enduit onctueux, produit de la sécrétion sébacée d'après les uns, simple dépôt du liquide amniotique, d'après les autres. Pour enlever plus facilement cet enduit avec de l'eau, on le naêlc d'abord à du beurre frais, à un jaune d'oeuf et plus général^ ment à de l'huile. Un linge imbibé d'huile, est promené successivement sur les différentes régions du corps et dépose une couche d'huile plus ou moins épaisse, selon que l'enduit luimême est plus ou moins abondant. C'est dans les plis des articulations, au cou, derrière les oreilles et parfois sur tout le dos, que le dépôt est le plus considérable et qu'il faut le plus d'huile pour le dissoudre.
L'enduit, ainsi dissous , est enlevé au moyen d'un autre linge, ou d'une autre éponge imbibée d'eau tiède ; puis on essuie et on sèche bien la partie nettoyée. Ce lavage doit s'opérer successivement, par régions, afin d'éviter le refroidissement qu» pourrait résulter d'une ablution générale.
Les parents tiennent parfois à ce que l'enfant soit lavé dans un bain simple ou aiguisé par un peu de vin. On peut obtempérer à ce désir, à la condition que le liquide soit tiède; mais » faut s'opposer aux bains froids que quelques philosophes ont voulu remettre à la mode. Cette pratique pouvait convenir auz Spartiates qui aimaient mieux des enfants morts que des enfants faibles ; mais aujourd'hui que la dignité et la valeur de l'homme ne »c mesurent plus à la vigueur de son organisation physique»
il est impossible d'adopter un semblable procédé. Plonger dans un bain froid un enfant sortant du sein de sa mère, c'est-à-dire, d'une température de 38° à 39° centigrades, c'est lui faire subir une épreuve à laquelle il pourrait bien ne pas résister. Le froid est tonique, sans doute, mais c'est par degrés insensibles que le nouveau-né doit y être habitué. Les lotions, les bains d'eau froide, les refroidissements brusques lui donnent des ophthalmies, des bronchites, des coliques intestinales, des spasmes, et même le tétanos, qu'on observe surtout dans les maisons d'enfants trouvés (Gouraud). La mortalité a diminué à Bruxelles, ici et ailleurs, depuis qu'on ne porte plus les nouveau-nés à l'hôtelde-ville pour la constatation du sexe (i).
Si le bain ne peut pas être froid — il ne doit pas non plus être trop chaud. « L'excès nuit en tout » et Keber rapporte qu'en deux ans, sur 38o enfants qu'elle reçut, une sage-femme en perdit 99 de tétanos occasionné par des bains trop chauds.
EMMAILLOTTAGE. La famille tient parfois à ce que l'accoucheur préside au premier habillement et surtout à l'application du bandage de ventre. On roulait autrefois le nouveau-né* dans une longue bande, comme les Egyptiens enroulaient de bandelettes leurs momies. Ce maillot est heureusement abandonné. Quelque soit le mode d'emmaillottage, il faut que nulle partie ne soit trop serrée, ni exposée à être atteinte par des épingles ; que les membres jouissent d'une certaine liberté et que les langes soient assez chauds et partant en rapport avec la saison.
Le nombril exige une précaution particulière. Pour prévenir le tiraillement du cordon, on a l'habitude de l'envelopper d'une compresse et de le fixer par un bandage de corps. Cette compresse peut être percée d'une ouverture centrale, ou fendue jusqu'au milieu de sa longueur.
Le cordon engagé dans l'ouverture, ou dans la fente de cette compresse, est renversé à gauche pour éviter qu'il comprime le foie, puis enveloppé dans la pièce de linge. Un bandage, large de 4 à 5 travers de doigt et faisant i 1/2 lois le tour du ventre, maintient le tout en place.
(1) La déclaration de naissance doit être fiaite à létat civil dans les trois jours, si TenÉant vit, dans les 24 heures, s il est mort. Elle doit être feite par le père et, en son absence, par laccoucheur. Celui-ci doit toujours s'assurer que la formalité est remplie, car il est responsable de la négligence du père et passible d'une amende assez forte toutes les fois que la prescription de la loi na pas été observée à temps.
^:i PREMIERS SOINS A LENFANT
M. Matrei pense que cet appareil favorise plutôt qu'il ne previoit les oraillements du cordon et il propose de le supprimer.
Le ccrion, qui se desséche peu à peu et tombe généralemsait du 4« au d« four, répand parfois une odeur infecte et rédanxe dans cous Les cas quelques soins de propreté. Jusqua sa chute, on doit ouvrir le bandage de corps, au moins matin et soir, peur poTiettre le dt^agement des gaz. Au besoin, on fait quelques asperâons sur la compresse, avec de leau de Cologne, de Teau légèrement chlorurée ou phéniquée.
A lu chute du cordon, il reste à Tombilic une petite plaie qu'il surHt ^:cneralement de couvrir d'un linge fin, sec ou imbibe d*huiie d'olive, d^amande douce, ou de glycérine, ou bien encore dv: vin ciieilê tiède iBriand).
Quelquetois il se développe au centre de cette petite ulcératiea un bourdonnement quon est obligé de réprimer par une pincée d^alua caldne.
La compresse ombilicale devient évidemment inutile quand le cordoit est tombe ; mais le bandage de corps doit être consené pendant si:i semaines, deux mois, et même davantage, s'il s'agit d'un e<ttu:it criard ou appartenant à une famille prédisposée aux hernies. Les entunts à la mamelle sont en effet fort sujets à Tcxomphole que le bandage a pour but de prévenir. Ce bandage doic être si:î^.plement contentif : s'û exerce une compression trop lar>:e et trop iorte. il favorise la production des hernies inguilulci^* plu* ^rra^-es et plus ditfidles à guérir que Tombilicale. Celle^i ^^KHÎraii presque toujours spontanément car, quoiqu*eUe soit irèsvvn^iuuiK et souvent négligée ou mal traitée, il est fort rare que ks nxîUcicns oient à l'invoquer conune motif dexemption.
Les nou^ eau-nes ont quelquefois le ntz épaté, surtout quand U tète « lo:\gtemps séjourné au passage. D'autres fois, ils ont le crâne de v^rmc et allongé par le caput succedaneum. Les gardescouches se cr\>ieni alors obligées de recourir , pour remédier à ces dîtiormiics. à des frictions et même à un pétrissage qui ncsi pas sans otfnr des dangers : « ne sutor ultra crepidam. >• Dites leur qu'elles se donnent là une peine parfaitement inutile et que tout sera rentré dans Tordre au bout de 24 à 48 heures, sauf toutefois les exceptions, contre lesqueUes du reste leurs manipulations ne pourraient rien.
L'enfant dont la peau doit devenir fine, blanche ou rose» est d'un rouge vif en naissant. Il est, au contraire, d'un blanc mal, lorsque la peau doit devenir épaisse, brune ou terne