HYGIÈNE : ALLAITEMENT
(Gardien, t. III, p. 117; Briand, p. 373). Ces nuances dépendent, en effet, de la différence que les téguments présentent déjà sous le rapport de leur perméabilité au sang.
Ingesta : de r allaitement.
L'allaitement est le complément naturel de la gestation. Il peut être complet ou incomplet.
I. ALLAITEMENT COMPLET. Les animaux mammifères allaitent leurs petits aussitôt qu*ils accusent le besoin d'aliment. La femme ne ferait-elle pas bien de suivre les exemples que la nature lui donne et d'allaiter son nouveau-né sitôt après sa naissance ? Non, car la femme, en raison même de sa structure , accouche plus laborieusement que les animaux et l'expulsion de son enfant lui coûte tant d'efforts qu'elle est trop fatiguée pour remplir, immédiatement après la délivrance, ses nouvelles fonctions de mère.
On a donc coutume de donner d'abord à l'enfant quelques cuillerées à café d'eau sucrée et de ne le mettre au sein qu'au bout de 6 à 8 heures, quand la mère a joui d'un sommeil réparateur. Mais on ne doit pas différer davantage, on ne doit pas surtout attendre jusqu'au 3® ou 4« jour, sous le prétexte que le lait n'est bien élaboré qu'alors, ni pour le motif invoqué par M. Mattei, que la succion d'un sein vide produit des crevasses. Nous l'avons dit déjà, la titillation des mamelons par la bouche du nouveau-né, favorise l'établissement de la sécrétion laiteuse, et le moyen le plus sûr de prévenir la fièvre de lait, c'est d'empêcher l'engorgement des seins (Gardien , Nœgelé , etc.). La fluxion qui s'opère vers les seins est un dérivatif providentiel contre la fluxion qui pourrait se porter vers l'utérus.
Pour l'enfant lui-même, le colostrum, ou premier lait, a l'avantage de le purger et de le débarrasser de son méconium.
On ne peut guère préciser, pour les premiers jours surtout, combien de fois l'enfant doit teter dans les 24 heures : on donne
comme moyenne, un repas toutes les 2 heures. — Il importe d'obtenir de bonne heure la régularité des succions et d'éviter surtout de trop les rapprocher, car il faut que le lait ait le temps de bien s'élaborer et les digestions celui de se parfaire. Un léger dérangement gastrique ou intestinal se dissipe par une diète d'une ou de deux heures : il s'aggrave si, prenant les cris qu'il arrache à l'enfant pour des cris de faim, on charge, on recharge et on surcharge l'estomac, au lieu de lui laisser le temps de se débarrasser. L'intelligence des gardes-couches est ici de la plus haute importance, puisqu'elle doit parfois suppléer à celle -de la mère et toujours mettre celle-ci en garde contre sa faiblesse. Nous connaissons telle de ces femmes qui dirige l'allaitement de manière à rendre toujours inutiles les visites du. médecin ; telles autres , au contraire , dont tous les nourrissons deviennent malades et malingres.
L'enfant de quelques jours doit teter une ou deux fois la nuit, et, s'il est confié à une nourrice robuste, ces deux repas de nuit peuvent lui être continués dans la suite; mais s'il est allaité par sa mère, qui n'a pas toujours la même vigueur, on conseille à celle-ci de le mettre au sein au moment où eUe va se coucher et de se le faire apporter le lendemain de bonne heure : elle peut jouir ainsi d'un sommeil suffisant, ce moyen réparateur par excellence.
Si l'enfant s'éveille la nuit, on lui donne du lait coupé d'abord, puis de l'eau pure. Au bout de très-peu de jours son instinct lui dira que pour n'obtenir que de l'eau claire, tout autant vaut dormir tranquille.
Lorsque la mère est tout à fait bien portante ou lorsqu'elle est remplacée par une nourrice, l'enfant est tenu au sein seul jusque vers 6 mois. L'éruption des premières dents, qui indique le moment de modifier l'alimentation, n'a généralement lieu qu'à 7 ou 8 mois, mais elle est assez souvent accompagnée de quelque dérangement intestinal et sous ce rapport, il vaut mieux devancer un peu cette époque, pour que l'enfant s'habitue peu à peu au changement de régime.
DIFFICULTÉS DE L'ALLAITEMENT. Il arrive fréquemment que des primipares vous disent : nous avons essayé de mettre l'enfiant au sein, mais il n'a pas teté. Où est la cause de la difficulté : vient-elle de la mère ou de l'enfant?
1° Du côté de la mère. Les mamelons peuvent être trop courts, comme il arrive surtout aux primipares qui ont porté
des corsets mal faits. On parvient généralement à remédier à cette brièveté quand on a du temps devant soi, et c'est pour ce motif qu'il faut toujours vous enquérir de l'état des seins de la femme, enceinte pour la première fois, qui vient à l'avance vous réclamer pour son accouchement. Les précautions ayant été négligées, que faut-il faire? Allonger le mamelon ou y suppléer? Lorsque la brièveté n'est pas très-considérable, il suffit parfois de recourir à la bouche d'une femme, ou à celle d'un enfant fort , pour faire ressortir le mamelon et de mettre inmiédiatement le nouveau-né au sein avant que le bout soit revenu sur lui-même. Ou bien on allonge celui-ci au moyen du vide que l'on peut opérer avec une pipe en terre, avec un suçoir en verre, avec la pompe à sein et, plus simplement, avec une boule en caoutchouc ou en gutta-percha. Lorsque le bout est bien allongé, on tâche de le faire saisir immédiatement par l'enfant. Que celui-ci l'ait saisi ou non, il faut ensuite chercher à maintenir l'allongement au moyen d'un couvre-sein en verre, en buis, en gomme élastique, en plomb ou en cire. Ce dernier peut s'improviser : à cet effet, on plonge un morceau de cire vierge dans de l'eau chaude, on l'aplatit et on en fait une rondelle d'environ 8 centimètres de diamètre, au milieu de laquelle on enfonce un dé à coudre pour former une saillie que l'on perce d'un trou au moyen d'une aiguille à tricoter.
Si ces moyens ne réussissent pas, il reste à suppléer au mamelon par un bout de sein artificiel en gomme élastique, en ivoire flexible, en liège ou mieux en pis de vache. On a confectionné des pompes à sein, munies d'une tétine à laquelle l'enfant peut être appliqué pour recevoir le lait, à mesure que le piston le tire du sein. Mais ces instruments coûtent trop cher pour devenir d'un usage général. Il est assez rare d'ailleurs qu'ils atteignent complètement leur but. On peut aussi essayer le moyen que M. Legroux conseille dans le cas où il existe des ulcérations qui rendent la succion directe trop douloureuse : on prend une peau de baudruche au centre de laquelle on pratique quelques piqûres d'épingle et on la colle par sa circonférence au pourtour du mamelon, dans une étendue de quelques centimètres. Pour la coller on emploie le coUodion élastique :
Pr. CoUodion 3o grammes, térébenthine i 1/2 grammes, huile de ricin 1/2 gramme ; mêlez et appliquez à l'aide d'un pinceau. Avant de mettre l'enfant au sein, on ramollit la baudruche avec de l'eau sucrée.
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Fig. 58. Mais il y a mieux que tout
cela aujourd'hui — et nous ^^ commandons un appareil trèssimple composé d'une cupule en verre, d'un petit tube et d'une tétine en caoutchouc (FIG. 58).
Il permet à la femme de se former elle-même le mamelon — Elle suce jusqu'à ce que l'appareil soit amorcé et alors elle peut passer la tétine à l'enfant. Cet appareil peu coûteux (i,5o fr.) peut rendre les meilleurs services : i^ dans le cas de crevasses; 2° quand l'enfant est très-faible ; 3° quand les mamelons sont trop courts ; 4° quand la mère n'a pas encore la manière de tenir son enfant ou 5^ quand, pour une cause quelconque, elle ne peut pas se tenir assise dans son lit.
La brièveté des mamelons n'est parfois qu'accidentelle ou passagère, comme il arrive souvent lorsque l'on attend le 2< ou le 3c jour avant de mettre l'enfant au sein. Les seins étant fortement distendus, les mamelons s'étalent, s'élargissent par leur base et perdent par conséquent en hauteur. Il suffit alors d'attendre que l'engorgement se dissipe et de le modérer par les moyens que nous indiquerons plus loin. Pendant les 12 à 24 heures d'attente, on nourrit l'enfant au petit lait ou au lait coupé.
Quelquefois l'enfant saisit bien le mamelon, il le tire avec force, mats bientôt il se fâche et le lâche , soit parce qu'il n'y trouve rien, soit parce que le colostrum lui répugne. Cela est plus rare qu'on ne le croit généralement et en tout cas, il fout revenir à la charge; car si la sécrétion laiteuse doit s établir, elle s'établira le mieux et le plus vite sous Tinfluence de la succion naturelle. Si on ne réussit pas, on est bien obligé d'attendre que le lait soit mieux formé et plus abondant , ou de prendre une nourrice, ou de recourir à une alimentation artificielle.
Assez souvent les primipares n'ont pas la manière de tenir leur enfant ; elles rappliquent mal au sein, ou elles ne lui en allongent pas une portion suffisante dans la bouche. Leurs vctcments, ou le maillot de Tentant, sont quelquefois une cause de gcne qu'il faut faire disparaître. Il faut au moins enlever les Ungcs qui s'opposent à ce que le corps du nouveau-né se courbe et s'adapte bien à celui de la mère. Si cela ne réussit pas, on
essaie la méthode américaine qui consiste à laisser la femme couchée et un peu inclinée vers son enfant quelle tient à côté délie, le long de son corps, à la paresseuse. Il faut rassurer ces jeunes mères que la crainte de Tinsuccès met parfois dans un état de tension nerveuse ou d'éréthisme , qui pourrait bien faire obstacle à Texcrétion du lait.
Une cause de difficulté , mais qui ne survient en général qu'un peu plus tard, c'est l'existence d'excoriations, de crevasses ou d'ulcérations du mamelon. Une foule innombrable de moyens ont été tour à tour vantés et abandonnés.
A la Maternité de Bruxelles, on se loue de la pommade suivante que M. Hyernaux donne comme presque infaillible : Pr. Cérat ou axonge 8 grammes, teinture ou benjoin et baume du Pérou, aâ i gramme.
On a aussi conseillé de passer, après chaque succion, un pinceau chargé de teinture de benjoin sur la petite plaie. Il est souvent nécessaire de la toucher deux fois par jour avec une solution de nitrate d'argent au io<> ou au 6«. On fait laver le sein avant d'y remettre l'enfent.
Le docteur Guillot pratique des lotions avec l'eau phagédénique. — Eau distillée i litre, sublimé i gramme.
Le remède de Lébert, très-vanté aussi longtemps qu'il est resté secret, se compose de : Eau distillée 3o grammes; nitrate de plomb 5o centigrammes; un peu d'orcanette, ad colorent.
Enfin M. Legroux se loue beaucoup du bout artificiel qu'il fabrique avec la peau de baudruche.
20. Du côté de Venfant, Le nouveau-né, surtout quand il n'est pas à terme, peut n'avoir pas assez de force pour teter et cependant son salut est à ce prix. Si le mamelon de la femme n'est pas assez long ou si son lait ne coule pas assez facilement, il faut absolument recourir à une nourrice. Le biberon est presque sûrement mortel dans ce cas, mais la poqnpe, avec bout de sein, peut rendre les plus grands services en attendant qu'on ait trouvé une nourrice convenable ou que l'enfant ait acquis la force de saisir directement le sein de sa mère.
Quand la faiblesse du nouvèau-né n'est pas extrême, ou quand la difficulté de l'excrétion laiteuse n'est que momentanée, une voisine de bonne volonté lève parfois la difficulté et voici comment : elle nourrit . le nouveau-né, pendant que son propre enfant tette la nouvelle accouchée et, au bout de quelques jours, chacune reprend son enfant. Quelquefois il suffit d'appliquer un
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instant Tenfant le plus fort au sein pour lui substituer le plus faible dès que le mamelon est bien allongé et que Texcrétion est bien en train ; car c'est le commencement surtout qui est difficile.
Cazeaux dit avoir observé plus d'une fois une faiblesse du nouveau-né résultant d'un sommeil trop prolongé et, partant, d'une trop longue abstinence. Il peut être nécessaire de le réveiller et de lui donner un peu de lait coupé avant de le mettre au sein. Le moyen préventif, on le devine sans peine, consiste à ne pas laisser le sommeil se prolonger outre mesure.
Quelquefois l'enfant saisit le mamelon, opère quelques succions et s'endort à la douce chaleur du foyer maternel. Il faut le démaillotter ou au moins lui découvrir les jambes, bien l'éveiller avant de le mettre à l'œuvre et, chaque fois qu'il fait mine de s'endormir, lui frictionner les pieds, au besoin même avec un peu d'eau fraîche. On ne doit cependant pas prendre pour du sommeil le repos que les enfants, les faibles surtout, se donnent de temps en temps au sein et il faut respecter cette halte puisqu'ils en ont besoin.
Quelquefois le nouveau-né suçote, et lèche le mamelon, mais ne le saisit pas franchement. Il faut l'amorcer et, à cet effet, msinuer, au moyen d'une cuiller, quelques gouttes d'eau bien sucrée, entre la lèvre supérieure de l'enfant et le sein de la mère. On répète cette petite opération jusqu'à ce qu'il fasse un mouvement de déglutition, et on la continue jusqu'à ce qu'il suce réellement le mamelon. Avec du temps et de la patience, on réussit souvent à faire prendre le sein à des enfants que mère et garde désespéraient de voir jamais teter^ On essaie le même moyen avec les enfants colères qui se mettent à crier quand le lait ne leur arrive pas assez vite.
Quelquefois l'enfant s'applique la langue contre le palais, au lieu de la disposer en gouttière sous le mamelon. Il faut la lui abaisser au moment où la mère lui met rapidement le mamelon en bouche.
Quelquefois il ne se donne pas la peine de teter parce qu'il a déjà pris l'habitude de boire à la cuiller : il faut alors le soumettre momentanément au biberon, mais disposer l'instrument de manière à ce qu'il soit obligé de sucer, c'est-à-dire de faire effort, pour en tirer quelque chose.
On peut aussi employer ce qu'on nomme ici une sucette, c*c8t-à-dire , un biscuit humecté d'eau sucrée, dans un linge fin,
qu'on lui retire graduellement de la bouche et qu'on humecte de moins en moins pour le forcer à teter dessus. Quelquefois il ne tette pas, parce qu'on Ta gorgé d'eau sucrée, de lait et quelquefois même de panade. 11 faut le prendre alors par la famine.
Il peut avoir le filet ou le frein de la langue trop long. L'extrémité de la langue est alors en forme de spatule, de feuille de pourpier ou de cœur de carte, et il ne peut pas l'avancer suffisamment. Cette anomalie, beaucoup plus rare que ne le pensent les gardes-couches, réclame une petite opération : la section du filet.
Un coryza peut obstruer les narines et rendre la succion plus ou moins difficile et fatigante ; s'il l'empêchait absolument il faudrait bien recourir momentanément à la cuiller ou au biberon.
Lorsqu'on ne découvre pas la cause qui empêche un enfant de teter, on doit examiner la bouche et l'arrière-bouche, car il peut exister une division du voile et de la voûte du palais qui constitue un obstacle malheureusement insurmontable.
L'enfant prend le sein, mais en tire-t-il du lait et en tiret-il en quantité suffisante?
On reconnaît que l'enfant tette bien à ce que le mouvement de succion des joues alterne avec un mouvement de déglutition, qu'on constate aisément en mettant le doigt sur le larynx et qui est d'ailleurs accompagné d'une sorte de bruissement ou de glouglou annonçant le passage d'un liquide dans les voies digestives. Si on lui retire brusquement le sein , le lait continue à couler en nappe ou même à être dardé.
Il y a abondance quand le liquide coule sur la joue du nourrisson, quand celui-ci s'engorge ou qu'il est obligé de lâcher momentanément prise pour reprendre haleine.
La succion se fait, au contraire, à vide, quand le mouvement de déglutition et le bruissement du liquide font défaut ou n'ont lieu qu'à de très-longs intervalles. L'enfant ne tarde pas à se décourager ; il se fâche, abandonne le sein, crie et prend avec avidité la nourriture qu'on lui présente immédiatement , tandis que, après un bon repas, il est repu, calme, disposé à dormir ou à jouer.
Le moyen le plus simple de constater la quantité de lait ingérée à chaque succion, est celui de M. Nathalis Guillot. On pèse l'enfant avec ses langes; on le met au sein et on le repèse.
Le lait est assez abondant, mais est-il bon ?
En général, le lait abondant est bon ; mais cette règle souffre des exceptions et rien n indique aussi sûrement les qualités dé ce liquide que Tétat de santé du nourrisson. C'est aux fruits qu'on juge Tarbre et au nourrisson, la nourrice ; aussi ne faut-il jamais accepter une nourrice sans avoir vu son enfant et sans s'être assuré qu'il n'y a pas de substitution.
Du lait.
COLOSTRUM. On appelle colostrum le premier lait sécrété. Il diffère par ses caractères physiques, chimiques et microscopiques du lait que les seins élaborent plus tard, quand la fonction est bien établie. Il est jaunâtre, visqueux, d'une saveur fade, alcaline. Par le repos il se divise en deux parties : l'une séreuse, l'autre onctueuse et formant une couche plus forte que dans le meilleur lait. Exposé à l'air il s'aigrit et se putréfie. Traité par l'ammo niaque, le colostrum se prend tout entier en une masse visqueuse, tandis que le lait reste pur et limpide (Donné). Il se coagule à la manière du blanc d'œuf, par le feu et les acides (Parmentier et Deyeux).
Au microscope, le colostrum offre des globules très-petits, liés entre eux par une matière visqueuse et se déplaçant par petites masses agglomérées. Il présente aussi quelques globules laiteux, mais imparfaits, irréguliers, inégaux. Enfin il contient des corpuscules qui lui sont propres et que M. Donné appelle corps granuleux. Ces corps granuleux sont formés d'une foule de grains jaunâtres, demi-transparents, inégaux et renfermés dans une enveloppe transparente.
Tel est le premier lait. Après la fièvre de lait, le liquide devient plus clair, les corps granuleux sont moins nombreux, les globules laiteux deviennent libres et indépendants les uns des autres. Ils prennent la forme qui leur est propre.
Ce n'est cependant qu'au bout de 7 à 8 jours, et quelquefois même de 20 à 3o jours, que la transformation est complète. Si au bout de ce temps les corps granuleux du colostrum persistent encore, ou si, plus tard, ils reparaissent dans le lait, c'est que la femme est malade. Il ne faut donc jamais prendre une nourrice dont le lait contient des corps granuleux. On soupçonne leur présence quand ce liquide, au lieu d'une teinte et d'une consistance uniformes, présente des stries jaunâtres.
LAIT. Le lait est un liquide légèrement sucré, plus fluide que le colostrum, ayant une température d'environ 30° au moment où il sort du sein. Il est plus ou moins blanc. Celui qui a été retenu dans les mamelles, et qu'on appelle lait de première traite (environ le quart de la traite totale), est clair, séreux, opalin, tandis que celui qui se sécrète pendant la succion même, est riche en globules butyreux, et parfaitement blanc.
Lorsqu'on s'occupe du choix d'une nourrice, il faut donc examiner non seulement le lait retenu dans les mamelles, mais encore celui qui se forme lorsque l'enfant tette depuis quelque temps déjà. D'après Trousseau, si le lait continue à être séreux, opalin, il faut rejeter la nourrice.
Le lait doit être alcalin et il est d'autant meilleur que son alcalinité est plus prononcée (D arc et). Il convient donc de le goûter et de l'essayer au papier de tournesol. On a conseillé de le soumettre au feu ; s'il s'aigrit par l'ébuUition, c'est qu'il est de mauvaise qualité. Au goût, le lait doit être doux, légèrement sucré.
Le lait contient du beurre, du caséum, du sucre de lait et quelques sels alcalins ou terreux.
Le beurre est suspendu dans le lait sous forme de globules (globules laiteux). Ces globules, sphériques, à contours nets, sont solubles dans l'alcool et l'éther, insolubles dans l'ammoniaque ; ils ont un volume qui varie d'un point à peine perceptible, à i/ioo de ligne, d'après Donné. On les voit très-bien à un grossissement de 3oo. Ils doivent s'observer isolés et nageant librement dans un liquide limpide, quand le lait est pur (Leeuwenhoek, Donné).
Les autres principes du lait, le caséum, le sucre et les sels sont dissous dans le sérum et invisibles au microscope (i).
Par le repos, la matière grasse ou les globules laiteux surnagent sous forme de crème qui, par le battage ou l'agitation, se change en beurre (2). L'épaisseur de la couche de crème indique la richesse du lait en globules. Pour la mesurer, M. Donné a fait confectionner de petits tubes en verre gradués. Le lait de femme, de bonne qualité, doit présenter 3 p. 0/0 de
(1) C'est donc à tort que le microscope aurait la prétention de constater toutes les qualités du lait, puisque le sucre et la caséine lui échappent.
(3) Dans la crème et sous la crème il y a encore une couche de lait blanc ; plus bas se trouve le lait séreux, bleuâtre.
crème. Mais d'après M. Donné, cette épreuve ne doit pas dispenser de recourir au microscope qui peut seul constater la pureté et l'intégrité du lait, c'est-à-dire la présence des globules laiteux nageant seuls dans un liquide limpide (i).
Le caséum est la partie la plus azotée et partant la plus nutritive du lait. D'après Royer-CoUar d,
le lait de femme en contient de 2,75 à 3 p. 0,0 » vache » 3,5o p. 0,0
)) de chèvre » 4-8-9 p. 0/0.
D'après Brudenell Carter (influence de l'éducation sur les maladies nerveuses; i855), la composition du lait varierait selon l'âge et les besoins de l'enfant. Se donnant peu de mouvement, il a d'abord plus besoin d'éléments de combustion ou de matières grasses; aussi le sucre et le beurre sont-ils plus abondants que la caséine dans le lait des premiers mois. Plus tard, l'enfant faisant plus de mouvements, naissent d'autres besoins et la quantité de caséine augmente, tandis que celle du sucre et du beurre diminue.
Les petits des animaux qui ont en naissant une force locomotrice au moins égale à celle d'un enfant d'un an, reçoivent immédiatement un lait qui contient beaucoup de caséine et relativement moins de beurre. Le lait de la vache , convenable pour les enfants âgés d'un an et plus, doit donc être coupé pour les enfants plus jeunes.
D'après Boisson une once de lait doit donner un gros de résidu sec.
Lorsque le lait est pauvre en globules, l'enfant pâlit et vé" gète, alors même que le lait paraît abondant et beau. Ce lait dispose à la diarrhée et au muguet.
(1) Les analyses du lait sont loin detre toutes d accord. Voici celles que nous empruntons à M. Jacqucmicr t. H, p. 804.
PESANTEITR SPÉClFKilE .