‹ Cours d'accouchements professé à l'Université catholique de Louvain (volume 2)Chapitre 20 sur 113 · GROUPE : I. GROSSESSE DISSIMULÉE OU CACHÉE · texte numérisé non relu

GROUPE : I. GROSSESSE DISSIMULÉE OU CACHÉE

La jeune fille ou la femme qui a conçu dans des conditions illégitimes, s'efforce de cacher aussi longtemps qu'elle le peut, jusqu'au moindre signe qui pourrait révéler sa faute. Quelques unes y mettent un art infini et arrivent à termes ans éveiller autour d'elles le moindre soupçon. Consulté par des parents inquiets le médecin est souvent fort embarrassé. 11 est délicat et difficile de s'enquérir s'il y a eu des relations qui rendent la grossesse possible ou probable. Mais on peut s'informer si les règles reviennent ou si elles sont supprimées; s'il n'y a pas d'envies ou de dégoûts inavoués, mais qui se trahissent, et des vomissements qu'on veut cacher. On tâchera de se procurer secrètement des urines du matin , et on tiendra compte des modifications qui peuvent être survenues dans le faciès , dans le moral et dans les formes de la femme. L'attention se portera surtout sur le développement des seins , des hanches et du ventre.

Mis en présence de la femme soupçonnée , le médecin a besoin du flair d'un juge d'instruction : il étudiera la manière dont elle se présente , sa démarche , son port , sa contenance.

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Les conditions d'équilibre de la marche et de la station changent par le fait de la grossesse, et la femme grosse reporte les épaules et le haut du tronc en arrière, pour contrebalancer la surcharge du ventre : il en résulte une attitude particulière , un peu majestueuse , sur laquelle un œil attentif ne se trompe point , quels que soient les efforts que la femme tente pour la dissimuler. Un tablier , un peignoir , un châle savamment drapés , les bras croisés au-devant du tronc , etc. , dissimulent la saillie compromettante du ventre. Le médecin notera ces petits trucs sans avoir Tair de les remarquer ; il fera quelques questions incapables de trahir ses soupçons et relatives à des fonctions éloignées , la digestion , par exemple ; puis il fera remarquer le développement de Tabdomen et il écoutera , comme s'il la croyait , l'explication qu'on lui en donnera. Comme il faut beaucoup d'esprit pour bien mentir , il est rare que cette explication ne renferme pas des détails suspects ou des invraisemblances ; mais le praticien se gardera de les relever et il finira par demander, pour pouvoir guérir l'indisposition , à examiner le ventre. Or , il n'est pas de grossesse dissimulée ou cachée possible avec cet examen qui lève tous les doutes.

Nous ne connaissons pas pour le médecin de position plus embarrassée et plus délicate que celle où le place la découverte de certaines conceptions illégitimes : il n'en est point où il doive se montrer davantage homme de tact, de discrétion et de bon conseil.

2. GROSSESSE LARVÉE OU MASQUÉE. Ordinairement la femme enceinte est d'une entière bonne foi, mais elle se trouve dans des conditions qui l'induisent en erreur et qui peuvent aussi tromper le médecin. Ainsi : quelquefois la grossesse s'accompagne dès le début , de fièvre , d'amaigrissement , de toux , avec ou sans expectoration , avec ou sans matité au sommet des poumons , etc.; on croit à une maladie de poitrine et, cette idée admise, on attribue la suppression des régies à l'affection pulmonaire.

D'autres fois la maladie de poitrine est réelle ; mais sa préexistence distrait l'attention du médecin de l'état de la matrice , et la grossesse intercurrente reste inaperçue.

Il peut en être de même dans les maladies du bas-ventre et, spécialement, dans le cas d'hydropisie ascite et d'hydropisie enkystée de l'ovaire. L'erreur est d'autant plus facile à commettre que la tumeur de l'ovaire, la présence du liquide et une certaine sensibilité du ventre peuvent gêner l'exploration et masquer le développement de la matrice.

GROSSESSES MOLAIRES i23

Pour éviter ces sortes d'erreurs , il faut : 1° songer à leur possibilité'; 2° refaire de temps en temps son diagnostic en se demandant si tous les phénomènes observés s'expliquent suffisamment par la maladie que Ton a d'abord supposée ; S® il faut, enfin, bien explorer l'utérus par le toucher , par le palper , par la percussion , par l'auscultation , etc. , en un mot , par tous les moyens que nous avons indiqués.

Dans les cas que nous venons de passer en revue , la grossesse existe , elle parcourt régulièrement ses périodes , seulement elle reste cachée ou méconnue. Mais il ne faut pas oublier que l'embryon ou le fœtus peut succomber et être retenu plus ou moins longtemps dans la matrice. Dans ces cas on observe d'abord les phénomènes subjectifs de la grosssesse ordinaire , mais bientôt , à la suite d'une cause, appréciable ou non, la femme accuse divers malaises : pesanteur dans le bassin, sensation d'un corps inerte se portant à gauche ou à droite , selon les positions ; affaissement des seins ; puis survient un suintement, sanguin ou fétide, par les organes génitaux externes. On observe en outre l'arrêt complet du développement du ventre et, quelquefois même, une légère diminution de son volume : il y a absence ou cessation des signes qui dénotent vie du produit. Il est rare du reste que , l'enfant étant mort , l'expulsion de l'œuf se fasse longtemps attendre.

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