‹ Cours d'accouchements professé à l'Université catholique de Louvain (volume 2)Chapitre 21 sur 113 · DES GROSSESSES MOLAIRES. !« MOLE HYDATIQUE (l · texte numérisé non relu

DES GROSSESSES MOLAIRES. !« MOLE HYDATIQUE (l

On donne le nom d'hydatides utérines à des vésicules, ordinairement fort nombreuses , tantôt agglomérées autour d'un axe commun, à la manière des verticilles, — tantôt disposées en grappes, à la manière des grains de raisins.

Anatomie. Ces vésicules portent-elles bien leur nom et sontelles des vers vésiculaires ou cystiques — ou bien répresententelles une altération anatomique des éléments de l'œuf?

Les travaux de notre collègue Van Beneden ont démontré que les tœnias et les hydatides, sont deux phases d'une même existence, deux formes d'un seul et même ver. Le tœnia, sexué, habite les cavités tapissées d'une muqueuse ; l'hydatide , agame , vit enkysté dans l'épaisseur même des tissus ou dans des cavités closes. L'hydatide d'un herbivore devient le tœnia du carnassier dont l'herbivore est la proie.

(i) Voir : Mémoire sur les môles hydatiques, par L. J. Hubert (mémoires de Tacad. de méd. de Belgique i86o).

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On a trouvé des hydatides (cysticerques ou échinocoques) dans le foie , la rate , le rein , le sein , le tissu cellulaire , les muscles et jusque dans Tœil de Thomme. Il ny aurait donc rien d'extraordinaire à ce qu'on les rencontrât aussi dans Tépaisseur du muscle utérin, mais il serait surprenant qu'ils prissent , contrairement à leurs habitudes , domicile dans une cavité tapissée par une muqueuse, comme Test la cavité uérine.

Reuss, Ruysch et Albinus considéraient déjà les vésicules de la môle utérine, comme des altérations des vaisseaux sanguins et Vallisnieri, comme un état morbide des vaisseaux lymphatiques du placenta,

Velpeau d'abord, puis Cruveilhier, M°^ Boivin, MM. Robin et Lebert ont établi qu'elles consistent dans la dilatation, avec hydropisie, des villosités du chorion ou des vaisseaux qu'elles engainent.

Voici la description d'une môle examinée par M. Lebert :

« La pièce se compose de divers éléments. Il y a d'abord « une masse rougeâtre , friable , assez semblable à la substance « d'un placenta. De plus on aperçoit une très-grande quantité « de vésicules , ellipsoïdes ou globuleuses , transparentes , variant « du volume d'une tête d'épingle à celui d'une amande. Ces « vésicules sont reliées entre elles et fixées dans la masse friable a par des tractus filamenteux assez forts. Quelques unes sont « aussi fixées par leurs deux extrémités. Les autres ne tiennent a que par un point de leur surface, à l'aide d'un court pédoncule, « et flottent comme des grains de raisin. »

« J'ai pu m'assurer que cette môle hydatique est due au « développement des villosités du chorion. A l'état normal , les « villosités choriales commencent par être creuses; sur les produits « très-rapprochés de l'époque de la conception , on trouve aisc- « ment une cavité dans leur intérieur. Leur paroi se compose « de deux couches : l'une extérieure , épaisse , transparente , « hyaline , presque amorphe ; le microscope n'y découvre que « quelques granules, au sein d'une substance privée d'organisation; « l'autre intérieure, tellement mince qu'on ne peut ni l'isoler ni l'a- « percevoir à l'œil nu ; elle est constituée par des cellules et tt des noyaux. La cavité renferme de la sérosité. J'ai retrouvé u tous ces éléments dans les parois des kystes placentaires. Ek « plus sur cette pièce , j'ai vu toutes les transitions entre les « villosités choriales et les vésicules les plus volumineuses. •

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Notre collègue M. Van Kempen nous a fourni la note suivante :

« J ai examiné au microscope simple et au microscope com- « posé, la pièce pathologique que vous m'avez communiquée. Je « n'y ai reconnu aucune trace de ver échinocoque ou de ses c crochets, mais j'ai trouvé, dans les parois des vésicules, un cy- « toWastème résistant, parsemé d'un grand nombre de cellules, sem- « bla"bles à celles du tissu cellulaire ou conjonctival en voie de « formation. Je considère la tumeur comme provenant de Thy- 0 pertrpphie des villosités du chorion. »

Les vésicules peuvent recouvrir tout l'œuf, se trouver disséminées dans le placenta, ou être circonscrites sur une portion du chorion.

Parfois on retrouve l'embryon au milieu de la môle : c'est la môle vésiculaire embryonnée de M"»^ Boivin; parfois l'embryon est résorbé et il ne reste que le liquide amniotique : c'est la môle vésiculaire creuse. Dans une troisième variété, appelée môle vésiculaire en masse , non seulement l'embryon, mais encore les eaux de Tamnios ont disparu ; les parois du sac amniotique se sont soudées et elles forment, avec le chorion et le placenta plus ou moins malades et dégénérés , une masse friable , rougeâtre , comme fougeuse et d'un volume fort variable : on en a vu qui pesaient i6 livres! M. Portai a compté jusqu'à 6070 vésicules dans une seule de ces tumeurs. Le volume de la vésicule elle-même varie de celui d'une tête d'épingle à celui d'un œuf d'autruche ( Welle r).

La môle adhère à la matrice par l'intermédiaire de la caduque; mais celle-ci peut ne pas s'exfolier du tout , comme elle peut aussi s'exfolier en partie ou en totalité , de sorte que, lors de son expulsion , la masse vésiculaire est tantôt nue , tantôt enveloppée complètement ou en partie. La fragilité de cette enveloppe et la friabilité de la tumeur elle-même , expliquent pourquoi la môle n'est souvent expulsée qu'en fragments et parfois à des intervalles assez éloignés.

Symptômes, Puisque la môle vésiculaire n'est qu'une dégénérescence de l'œuf, il est tout naturel que la femme accuse d'abord tous les signes rationnels de la conception , mais comme l'embryon meurt bientôt et disparaît généralement , la marche de la gestation devient anormale et les incommodités de la grossesse s'exagèrent parfois, jusqu'à constituer de véritables maladies. L'accroissement de l'utérus est très-rapide et souvent tel que le

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viscère prend en quelques semaines , parfois en quelques jours , un développement qui ferait croire à une grossesse de 5 à 7 mois, alors que la suppression des régies ne date que de 2 ou 3. Parfois le volume du ventre, après avoir augmenté très-vite, reste stationnaire ou même rétrograde, s'il survient des pertes. En somme, au lieu d'être régulièrement progressive et préfixe, comme dans la gestation normale , Tampliation du globe utérin est capricieuse et inégale.

La matrice présente parfois des bosselures et des inégalités; elle est d'une consistance molle et pâteuse , mais la main n'y rencontre pas les tumeurs dures et mobiles formées par le fœtus; elle est mate dans toute son étendue et l'oreille y perçoit parfois un frémissement , un frôlement caractéristique , ou une sensation comparable à la crépitation des gaines tendineuses enflammées sous le doigt. Elle peut entendre encore un bruit de souffle, mais jamais le double battement caractéristique de la présence d'un enfant vivant. Le col est habituellement ramolli dans une certaine étendue et béant intérieurement; dans certains cas le doigt peut arriver à l'orifice interne et toucher un corps mou, inégal, spongieux, moins ferme que le placenta, mais moins friable quun caillot sanguin. Le segment inférieur de l'utérus est développé — plus épais que dans les cas de placenta praevia — mais moins dur que lorsqu'il est occupé par une partie fœtale.

Bientôt, à l'occasion d'une violence extérieure ou de contractions douloureuses et intermitentes comme celles de l'accouchement , il survient des pertes plus ou ou moins abondantes . tantôt séreuses , tantôt teintes d'un peu de sang , qui s'arrêtent ordinairement pour se reproduire à des intervalles variables. Quelquefois il se produit de véritables hémorrhagies, dues à la congestion et à la rupture de vaisseaux par suite de décollements. Quand les contractions utérines sont énergiques et soutenues . clic» amènent l'expulsion de la môle toute entière ou seulement de quelques uns de ses fragments.

Diagnostic. La manifestation des signes d'une grossesse c()mincn«;antc ; l'apparition de pertes séreuses ou séro-sanguinolentes ou «anguincs ; le développement d'abord rapide , et toujours irré^ulicr , de la matrice ; l'absence des signes caractéristiques d'une gcHtution normale , à une époque où , d'après le volume dii vcnirc. iU devraient être évidents; les renseignements de l'auttcullution cl du toucher ; — telles sont les données sur les-

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quelles il faudra baser un diagnostic toujours difficile et que, dans certains cas , lexpulsion de fragments de la tumeur pourra seule rendre certain.

Marche , pronostic , terminaisons. La marche de TafFection est irrégulière quant aux troubles sympathiques qu'elle provoque ; quant à Fabondance , à la durée , au retour et à la nature des pertes ; quant à l'apparition des efforts expulsifs. L'expulsion se fait ordinairement au 3« ou au 4* mois , quelques fois au 6«, au 7* ou au 8« mois ; dans certains cas elle n'a eu lieu qu'au ii« et même au i3« mois, et l'on cite des faits où la femme est morte sans être délivrée. Le plus souvent l'utérus se débarrasse spontanément de son contenu, ou s'ouvre assez pour que l'extraction soit possible, et la femme se rétablit plus ou moins rapidement, d'après l'abondance de la perte et d'après l'état de l'utérus.

En général le part hydatique est plus long , plus douloureux et plus dangereux que l'avortement ordinaire. Car le col de la matrice n'est guère plus préparé que dans la fausse couche et pourtant il doit livrer passage à un corps parfois très-volumineux.

Quand l'expulsion est complète, l'utérus se contracte bien et ferme les vaisseaux béants : la perte est arrêtée et les lochies sont de courte durée. Mais quelques débris peuvent avoir été retenus : s'ils continuent à se développer, le mal n'a fait qu'une étappe et les accidents renaîtront ; s'ils sont détachés, au moins en partie, ils subiront une espèce de fonte putride et s'émietteront en fragments : les lochies seront abondantes, louches et fétides, et il pourra survenir des inflammations , des hémorrhagies consécutives, et de la résorption purulente ou putride.

2° MOLE CHARNUE. Lorsque l'embryon succombe de bonne heure , il peut se dissoudre et disparaître. Il se peut aussi qu'il soit expulsé avec, le liquide amniotique, tandis que le reste de l'œuf est retenu. Il se peut encore, qu'à la suite d'un accouchement, une portion du gâteau placentaire demeure adhérente à la matrice. Or , si le placenta ainsi retenu, en partie ou en totalité, a conservé des connexions vasculaires suffisantes avec l'utérus , on comprend qu'il puisse continuer à vivre , à se développer, à s'hypertrophier même — et il constitue alors ce que l'on a appelé la môle charnue.

Les signes de la môle charnue sont à peu près les mêmes que ceux de la môle hydatique — seulement le ventre se déve-

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loppe moins, mais plus régulièrement ; il ne présente pas de bruit de frôlement ; et les pertes sont toujours sanguines au lieu d être séreuses. Malgré ces signes il est souvent impossible de les distinguer Tune de Tautre. Cette distinction d'ailleurs na aucune importance pratique : les accidents sont les mêmes dans les deux cas et ils doivent être combattus par les mêmes moyens.

Traitement, (i) Le traitement des môles est celui de Tavortement devenu inévitable. Il faut combattre Thémorrhagie par les moyens généraux , le repos , Tair frais , le froid — par le tamponnement , Tcrgot de seigle , le perchlorure de fer , etc. ; aux douleurs trop vives et aux accidents nerveux ou lipothymiques on opposera les opiacés et les excitants; — les écoulements fétides seront combattus par des injections détersives ou désinfectantes ; — enfin on pourra se trouver dans la nécessité de procéder à l'opération difficile de Textirpation , à travers un col qu'il faut parfois dilater artificiellement.

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