SUPERFÉTATION
lo Dans le cas de grossesse extra-utérine, un second œuf peut être fécondé et venir se développer normalement dans Tutérus; 2<> Dans Tutérus bicorne ou bifide, un fœtus de quelques semaines, n^obstruant pas tout Torgane, peut laisser le passage libre dans lautre corne et permettre le contact d'un nouvel ovule avec le liquide fécondant; (i)
3^ Il faut une dizaine de Jours à Tovule pour arriver de Tovaire à Tutérus : on comprend que durant cette descente de Tœuf par une trompe, une nouvelle fécondation puisse s'opérer par l'autre. Voici deux faits à l'appui de celte assertion. Le premier est emprunté à Buffon. Il rapporte qu'une femme blanche, violée par un nègre quelques jours après avoir reçu les approches d'un blanc, accoucha neuf mois plus tard de deux enfants : l'un était blanc, l'autre mulâtre (2). *Lç second fait est cité par Briand (t. I, p. i25). Une Jument est saillie par un cheval et cinq jours plus tard par un âne : elle mit bas un poulain et un mulet.
40 II existe parfois de conduits anormaux allant du vagin ou du col de la matrice vers les trompes. Ces communications anormales expliquent une superfétation qui paraît impossible dans les conditions ordinaires.
En dehors de ces quatre hypothèses, la superfétation est difficile à comprendre, et cependant elle ne peut être niée d'une manière absolue. La femme Vivier, de Strasbourg, accouche d'un enfant vivant, le 3o avril 1748. Un mois après, Leriche, chirurgien-major de l'hôpital , examine cette femme et constate qu'elle porte encore un enfant dans l'utérus, et en effet, le 16 septembre elle accouche d'une fille qu'on reconnaît être parfaitement développée et venue à terme. Or, du 3o avril au 16 septembre, il y a 4 mois et 16 jours, d'où il suit que le second enfant était à mi-terme quand le premier est né. En 1755 , le professeur Eisman fit l'autopsie de la femme Vivier et fut bien étonné de ne découvrir dans l'organisation rien d'anormal qui
(1) The Lancet rapporte le fait suivant. En 1870 une femme met au monde deux enfants qui paraissent avoir 6 mois... et trois mois plus tard, un 3® enfant à terme. Le docteur Ross constata quelle avait deux utérus : les 2 premiers enfants avaient été portés par l'un et le 3*' par l'autre.
(2) On connaît aujourd'hui 4 faits analogues. Prus en rapporte un bien plus curieux encore, celui d'un fœtus bicéphale dont une tête était mulâtre tandis que l'autre tête et le corps étaient blancs. Nous livrons ce cas aux méditations des théoriciens.
34 ŒUF HUMAIN
pût expliquer le fait extraordinaire de deux accouchements à terme dans un espace de 4 mois. Il n'y a évidemment ici qu'un moyen de nier la superfétation, c'est de dire avec Cassan, que le premier enfant est né à 7 mois et le second à 11 1/2 mois.
ŒUF HUMAIN
L'étude de l'ovologie rentrant dans le cadre du cours de physiologie plutôt que dans celui du cours d'obstétrique , nous pouvons nous borner à rappeler brièvement, les points principaux du développement de l'œuf, tel qu'on le décrit encore généralement.
Dans l'ovaire l'œuf humain est contenu dans la vésicule de De Graaf et entouré du disque proligére. Il se compose : d'une zone transparente, membrane vitelline ou premier chorion ; d'un vitc^lus ou jaune, et d'une vésicule offrant une tache germinativc (tache de Wagner).
En se détachant de l'ovaire, l'œuf entraîne avec lui une portion du disque proligére qui disparait bientôt, et, comme la vésicule de Purkinjc a disparu (?) plus tôt encore, il semble réduit au vitcllus seulement et au chorion. Dans la trompe le disque proligére est remplacé par une couche d'albumine dans laquelle on a vu des spermatozoïdes.
Le jaune, ou vitellus, se segmente, sa masse se divise et se subdivise en deux, quatre, huit, seize parties et ainsi successivement, de sorte qu'il finit par offrir l'aspect d'une mûre.
PRKMlf:RKS MODIFICATIONS SUBIES DANS LA MATRICE. Le
jaune après s'être segmenté presqu'à l'infini, semble disparaître et être remplacé par un liquide, do sorte qu'on pourrait croire que l'œuf ne se compose plus que de ce liquide et du chorion. Il n'en est pas ainsi cependant : car si on plonge l'œuf dans l'eau, celle-ci pénètre par endosmose et détache de la face interne du chorion une autre membrane, sous forme d'ampoule. 11 existe donc, dès ce moment, une vésicule emboîtée dans une autre vésicule. La vésicule externe, est toujours le chorion ; l'interne est le blastoderme ou la vésicule blastodermique qui va jouer le rôle principal dans le développement ultérieur du produit de la conception.
ŒUF HUMAIN
Cette vésicule blastodermique elle-même doit être bientôt considérée comme formée de deux feuillets (FIG. 2), l'un externe ou tégumentaire, tt , l'autre interne ou muqueux, mm.
Fig. 2
Voyons comment ces parties se développent.
Sur un point du blastoderme on aperçoit bientôt une tache qui , circulaire d'abord, devient ensuite elliptique, tq : c'est la tache embryonnaire. L'une des extrémités de cette tache se renfle et se recourbe un peu pour former ce qui sera plus tard la tête, l'autre pour constituer le pelvis. La tache embryonnaire s'infléchit aussi sur les côtés pour former l'ouverture ventrale ou ombilicale, qui est d'abord relativement fort large.
Que se passe-t-il ensuite? Le chorion, c, constituera toujours une membrane d'enveloppe, qui s'accroîtra pour son compte mais restera étrangère à l'évolution de son contenu.
Le feuillet externe du blastoderme offre deux portions : l'une charnue, tq , qui constituera le corps de l'embryon ; l'autre membraneuse , tt , qui formera , comme nous le dirons bientôt , l'amnios et le second chorion.
Le feuillet interne du blastoderme présente aussi deux portions : l'une intra-embryonnaire ou intestinale , ii , qui s'allongera , se repliera en circonvolutions, pour former le tube digestif et ses dépendances ; l'autre extra-embryonnaire ou vésiculeuse, mm, qui sera la vésicule ombilicale. Reprenons successivement ces parties.
Fig. 3 FORMATION DE L'AMNIOS. Sup-
posons que l'on puisse accrocher de deux doigts le feuillet blastodermique externe aux points / et 5^ et les attirer vers le haut (FIG. 3), on formera deux plis qu'on appelle les capuchons céphalique et caudal.
Si l'on opère en même temps et de la même manière sur les parties latérales, on produit un seul pli
circulaire, avec une ouverture centrale correspondant au dos de
'embryon (ombilic amniotique). (FIG 4, o.)
ŒUF HUMAIN
Fig- 4 Les capuchons, se développant de
plus en plus, finissent par se mettre en contact, par s'adosser et se sou.
der (FIG. 4), de sorte qu'ils ne sont plus séparés que par une cloison, 0.
Cette cloison disparaissant bientôt, il existe deux sacs distincts, indépendants Tun de l'autre , ss et a. Que constituent ces deux sacs maintenant isolés?
L'externe , 55 , va s'adosser au chorion primitif qu'il remplace ; car celui-ci disparaît. C'est donc le second chorion.
L'interne, a, qui enveloppe l'embrj'on de toutes parts, sauf à Touverture ventrale qui reste libre , constitue l'amnios. Du liquide, liquide amniotique, s'amasse dans ce sac et 1 écarte ainsi de Tembryon, auquel il n'adhère plus qu'au pourtour de l'ouverture ombilicale.
Fig.
Formation de l'allantoide.
D'après ce qui précède, on peut à un moment donné supposer, théoriquement du moins, que l'œuf offre à 'peu près la disposition représentée par la figure 4 où le deuxième chorion, sSy va remplacer le premier chorion, c; où la vésicule ombilicale, VO^ communique encore avec l'intestin; et où rembr\on est sJparé de l'amnios par une couche de liquide.
C'est vers ce moment que, du cote do l'cxtrcmitc caudale, là où l'intestin est encore confondu ttvcc Itt vessie, on voit apparaître un appendice en cul-de-sac , AL, qui se projette en dehors du ventre, se place auprès et audessous du pédicule de la vésicule ombilicale, pour constituer l'allantoide. yyh\, 5,^
L'allanto'uio s'alloniîc rapidement et va bientôt s'appliquer contre le chorion quelle tapisse en totalité chez certains animaux.
Elle a donc un pédicule qui se compose d'une partie cxtraabdomiaalc, ou pédicule proprement dit, et d'une partie intraabdominole. Celle-ci est Youraque,
ŒUF HUMAIN
Fig. 6 Le pédicule porte vers l'al-
lantoïde, ou vers le chorion, deux artères et deux veines qu'on appelle allantdidiennes (FIG. 6) et plus tard ombilicales. L'extrémité capillaire de ces vaisseaux s'enfonce dans les villosités du chorion. Une partie des villosités s'atrophie bientôt tandis que l'autre partie, se développant' de plus en plus, constitue le placenta fœtal. Pendant que ces vaisseaux s'allongent et augmentent de calibre, le pédicule de la vésicule ombilicale s'allonge, se rétrécit et se ferme ; la vésicule ombilicale elle-même s'atrophie et se laisse refouler vers le placenta, entre l'ail anto'ide et l'amnios.
L'amnios , de plus en plus distendu par du liquide , va tapisser la face interne du chorion et du placenta ; mais, comme il adhère à tout le pounour de l'ombilic, il ne peut prendre cette disposition qu'en formant une gaine aux parties qui , sortent du ventre, c'est-à-dire aux pédicules de l'allantoïde et de la vésicule ombilicale et à leurs vaisseaux.
Pendant un certain temps, une portion de rimestîn sort encore de l'ombilic ; mais cet ouverture se rétrécissant peu à peu, la hernie se réduit et il en subsiste rarement quelque chose au moment de la naissance.
Quant à l'embryon, i! flotte dans le liquide amniotique et il se trouve en communication avec le placenta , et médiatement avec la matrice , par le cordon ombilical.
LIQUIDE AMNIOTIQUE. Nous avons vu qu'il existe , entre l'embryon et l'amnios , un liquide. Le poids de ce liquide dépasse d'abord celui du nouvel être pour lui devenir ensuite inférieur. Ce poids , à terme , est très-variable : 5oo à i ,000 grammes et plus. Les eaux sont parfois si peu abondantes que l'accouchement se fait, comme on le dit, à sec. D'autres fois elles sont si copieuses qu'il y a hydramnios ou hydropisie de l'œuf ; nous avons vu une femme en perdre au-delà de deux grands seaux. Assez généralement l'abondance des eaux est en raison inverse de la force du fœtus.