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HISTORIQUK. L'idée d'aller accrocher, au moyen d'un instrument quelconque, et d'entraîner au-dehors une tête qui ne descend pas, ou qui ne descend pas à temps, est si naturelle que, dés l'enfance de l'art, elle a dû se pre'senter à l'esprit de tous les praticiens — et cependant le forceps est une invention moderne.
En 1670, un accoucheur anglais, Chamberlen, vînt à Paris où il offrit de vendre, pour 10,000 écus, un instrument au moyen duquel , disait-il , il terminait en moins d'un quart d'heure les accouchements les plus difBciles. Il ne parvint cependant pas à délivrer une femme toute contrefaite que lui présenta Mauriceau. Quoiqu'il eut également échoué à terminer cet accouchement, Mauriceau fit grand bruit de l'échec de son confrère et celuici désappointé repartit pour Londres remportant, sans l'avoir fait connaître, son instrument avec lui.
Quel était-il, était-ce un forceps ? était-ce un levier î On n'en sait rien. On a retrouvé en 18 16, ces deux instruments dans une armoire cachée d'une maison que la famille Chamberlen a habitée dans le canton d'Essex. S'il est impossible de préciser , dit M. Chassagny, lequel ides membres de la famille Chamberlen a le mérite de l'invention , il est au moins certain que tous ont à répondre devant la postérité , du fait odieux d avoir tenu secret un procédé à Taide duquel ils prétendaient pouvoir éviter d*af freuscs mutilations du fœtus en sauvegardant une et souvent deux existences.
Quoiqu'il en soit, en 1 721, un belge, Jean Palfyn, de Courtrai (1), présenta à Tacadémie de Paris, le premier forceps connu dans la science.
On a accuse Palfyn de plagiat : l'accusation ne nous parutt ni fondée ni vraisemblable. Chamberlen n*était pas homme à divulguer à Pall\*n un secret qui feisait sa fortune et pour lequel en France, il a>*ait demandé 10,000 écus. Ce secret \\\\ du ixstc si bien gardé que c'est seulement en lySS, 63 ans après le voyage de Chamberlen à Paris et 12 ans après TinventUm de Palfyn, que Butler et Chapman décrivirent le prc-
y\\ M le l>'' S o c n c n S â dccou\*cn une lettre de P a l f y n aux «utoriics u\ut\MpAW« Je i\>uitrAi « il leur emoie son azatomie chirurgicale « en sou- \%M\n kW «« «nnkw^noc j^ CvHirinii >» <^ ?n ^vjf^TicA-f^iiù dot den auteur gtbùrtig
mier forceps anglais. Le forceps de Palfyn nest encore qu'une grossière ébauche, c'est l'enfance de l'art; le forceps de Chapman au contraire n'a plus guère qu'à recevoir la nouvelle courbure pour être parfait. Or , on n'invente pas un outil grossier et nidimentaire quand on peut s'en annexer un perfectionné.
Nous croyons donc que c'est au nom de Palfyn que doivent légitimement se rattacher la gloire de l'invention du plus précieux des instruments de chirurgie et le souvenir reconnaissant de l'humanité.
En 1747, Levret en France, et, en 1752, Smellie en Angleterre , imprimaient aux mains de fer de Palfyn la plus importante des modifications qu'elles aient subies en leur donnant une nouvelle courbure, la courbure pelvienne. En courbant l'instrument, Levret n'avait qu'un but, ménager le périnée souvent blessé par le forceps droit, mais Smellie poursuivait un résultat plus important , il voulait permettre à l'instrument de pénétrer plus haut et, le premier, il l'appliquait au détroit supérieur. L'un et l'autre croisaient les branches et les articulaient, le premier au moyen d'un pivot et d'une mortaise, le second au moyen d'une double encochure ; l'un et l'autre fenêtraient les cuillers ; l'un et l'autre avaient un petit forceps droit, à ufle seule courbure sur le plat, et un long forceps, offrant une seconde courbure sur le bord. Sauf par leur mode d'articulation et par leurs manches , les instruments ne différaient guère entre eux : les manches du forceps de Levret étaient plus longs et terminés en crochets, ceux de Smellie étaient courts, droits et recouverts de cuir, comme les cuillers elles-mêmes.
11 faudrait un gros volume pour décrire tous les changements apportés aux différentes parties du forceps : chaque accoucheur et chaque fabricant a voulu lui imprimer une modification , mais la plupart de ces tâtonnements ont été faits au hasard et sont le résultat du caprice plutôt que l'expression d'une doctrine.
De nos jours encore beaucoup de praticiens n'ont d'autre forceps que celui de Levret, qui n'est ni le meilleur ni le pire de tous ceux qu'on a imaginé depuis lors. On s'est beaucoup agité sur place mais, en somme, on n'a pas fait beaucoup de progrés. Quand on ne sait pas se servir des forceps anciens, disait Velpeau, on en invente un nouveau.
Nous figurons page 336 celles des modifications du forceps qui, au point de vue théorique , nous semblent offrir le plus d'intérêt :
Fig. ■;.. Fig. iSï. Fig. i53. Fi« '5+
Palfyn, 1711. Chapman. 1733. Levret, 1747. SmeHie, 173»
DU KORCEPS
L'une des branches du forceps, appelée branche mâle, branche à pivot ou branche gauche, se place dans le côté gauche du basan : l'autre, appelée branche femelle, branche à mortaise ou branche droite, s'applique dans le côté droit.
Chacune des cuillers est fenétrée dans la majeure parlie de sa longueur. La fenêtre est limitée par les Jumelles, antérieure et postérieure, et par le bec ou le mors : elle a pour but d'alléger
le poids de Tinstrument, de permettre l'engagement de la partie de la tête qui lui correspond et de diminuer ainsi les chances de glissement.
Chaque cuiller offre deux courbures : Yancienne ou la céphalique sur le plat, lui permet de s'adapter exactement à la surface convexe du crâne; — la nouvelle ou la pelvienne, sur le bord antérieur ou sur champ, lui permet de s'adapter à la courbe du bassin lorsque l'instrument s'applique au détroit supérieur.
Pour pouvoir articuler les branches, il faut toujours que la mâle soit au-dessous de l'autre, ce qui exige parfois un décroisement préalable. Pour éviter cet inconvénient, Tarsitani, Tureau et Rizzoli ont imaginé des forceps qui peuvent s'articuler quelle que soit la situation respective des deux manches ; mais ces modifications ne sont pas généralement adoptées et elles ne sont en réalité pas bien nécessaires.
Le léniceps (leniter capiens) de M. Mattei tient-il ce que son nom semble promettre et au lieu de saisir fortement la tête comme le forceps (fortiter capiens), la saisit-il avec douceur? Ses cuillers sont un peu plus courbes et plus largement fenêtrées , et les
manches , au lieu de se croiser , viennent se fixer sur une poignée transversale, de manière qu'on peut, selon le besoin , les immobiliser à trois degrés différents d'écartement (FIG. i6o et i65). Grâce à cette disposition , elles ne compriment guère la tête horizontalement; elles l'accrochent en quelque sorte par leurs mors et l'attirent ainsi vers le bas.
Appliqué au détroit supérieur , à la méthode allemande, le léniceps s'oppose moins que le forceps ordinaire à la réduction du diamètre céphalique engagé dans le diamètre sacro-pubien et, dans le cas d'enclavement surtout, c'est là un avantage considérable.
Fig. 166.
Fig. 167.
Le rétroceps de M. Hamon (rétrocapiens) est un lénîceps dérangé (FIG. 166) : il peut bien sappliquer de la même façon, mais, en principe, il doit être appliqué asymétriquement , c'est-à-dire de manière que les branches embrassent la partie de la tête qui se trouve en arrière (i). Cest du neuf, est-ce du mieux ? L'instrument ne peut convenir selon nous que pour faire décrire au crâne son mouvement de pivot au-dessous de Tarcade pubienne. Si Ton suppose la tête au détroit supérieur, il n'est pas rationnel de n'en saisir qu'un segment, et surtout le postérieur, pour lui faire franchir une ouverture dont l'axe est dirigé en arrière et en bas. A tirer sur le forceps placé comme M. Hamon le représente lui-même (FIG 167), il est évident que le front est sollicité à décrire un arc de cercle autour de l'occiput : en d'autres termes l'instrument tend à étendre la tête dans l'excavation.
Uytterhoeven, père, de Bruxelles, a inventé en 1808, un long forceps exclusivement destiné à être appliqué au niveau et au-dessus du détroit supérieur et dans le diamètre antéro-postérieur du canal.
(FIG i55). La branche qui correspond au sacrum est plus longue que l'autre et ne présente qu'une seule courbure; la branche antérieure en présente deux sur le plat, l'une en haut pour s'appliquer sur la tête, l'autre plus bas pour s'adapter au bassin. Fort difficile à placer, ce forceps, au point de vue de la traction, est un des plus mauvais qui existent et M. Beau mer s, de Lyon, a eu bien tort de le réinventer en 1849.
(1) Les deux mains légèrement recourbées et appliquées lune contre l'autre en se regardant par leur face palmaire, représentent assez bien le lénîceps : se touchant par leur bord cubital elles représentent le rétroceps.
'40 nillICL LTKS PROVKNANT DU CORPS A EXPULSER
M. Chassagny de Lyon (i), à la suite d'études fort remarquables , est arrivé à composer le forceps non croisé que nous avons représente par la figure iSj. Il démontre par le calcul el par des expériences fort ingénieuses , que plus les branches d'un forceps sont longues, de l'articulation aux mors, et mieux elles valent : mieux elles s'adpatent à la tète; moins elles doivent la comprimer pour la retenir ; moins leur pression est oblique et moins elles sont exposées à glisser. Il établit encore que la léte peut mieux s'allonger entre des branches parallèles qu'entre des branches croisées. L'inconvénient de ce forceps est de distendre tbrtemeni la vulve — et de ne pouvoir être entraîné par les mains.
MODE d'action du EORCEPS (2).
Comme son nom l'indique le forceps est une forte pince, fortiter capit ; mais est-ce une pince capable de réduire la tête ou propre seulement à l'entraîner? Examinons ces deux points, ils sont du plus haut intérêt théorique et pratique.
/. Au point de vue de la réduction.
Il est généralement reconnu aujourd'hui que le forceps classique est un mauvais instrument de réduction et la pratique de tous les jours démontre qu'il peut à peine réduire la tête de quelques millimètres sans compromettre gravement l'existence du Icetus. Un enfant qui doit subir pour naître une réduction d'un centimètre, peut être expulsé vivant par les etforts de l'organisme; il est presque sûrement perdu si on le soumet au forceps. D'où viennent ces résultats si ditiérents ? La nature expulse la tête en lui laissant toute liberté de pivoter vers les espaces les plus larges ; la compression est lente, graduelle et la réduction n'est portée que jusqu'au point strictement nécessaire ; le crâne n'est comprimé qu'entre deux points et pendant qu'un diamètre fléchit tous les autres peuvent s'épanouir à l'aise : en d'autres termes la boite crânienne change de forme et ne diminue guère de
11) Mcihodc des tractions soiucnucs. Paris. 1871 .
'2) \'oir : Note sur Icquilibrc du lc\icr et du forceps par L. J. Hubert Mcmoires de IWcadcniic royale de médecine de Belgique, 18Ô0).
capacité. Le levier, dans des mains habiles, peut imiter de très-près le me'canisme naturel, mais le forceps ordinaire ne le peut pas : la tête — saisie dans le sens de sa longueur par Tellipse de l'instrument, comprimée dans le sens transversal par les cuillers, et dans le sens antéro-postérieur par le bassin, — ne peut guère changer de forme, et les allongements compensateurs se faisant mal, elle diminue de capacité et elle se réduit par tassement. A un autre point de vue, la courbure céphalique, qui permet à l'instrument de s'adapter à la convexité du crâne, empêche qu'il la comprime à l'endroit désirable. Voyez une tête laborieusement extraite, les mors seuls sont imprimés dans les téguments et Tempreinte porte où? sur les joues, sur la face, c'est-à-dire que l'effort s'est épuisé sur un diamètre irréductible tandis que les bosses pariétales ont à peu près complètement échappé à l'action des cuillers (i). Il faut observer encore qu'au détroit supérieur l'obstacle est constitué par le diamètre sacro- pubien rétréci et qu'il est impossible d'y placer l'instrument. Sans doute la tête diminue de volume sous l'effort de tractions énergiques, comme le fer s'étire au laminoir, mais à quel prix et comment? par les résistances de l'anneau osseux à travers lequel on l'entraîne et malgré la pression défectueuse de l'instrument — et la preuve c'est que la réduction s'obtient beaucoup plus aisément si, au lieu d'étreindre la tête dans le cercle de fer du forceps, on l'entraîne au moyen d'un tire- fond implanté dans sa voûte. Faut-il donc renoncer au forceps comme agent de réduction? Oui, si en le modifiant, on ne peut pas lui faire perdre, du moins en partie, ses défauts.... capitaux. Les études nécessaires pour arriver à des modifications rationnelles sont encore incomplètes et les problèmes qui se posent sont les suivants : de combien peut-on réduire une tête, et avec quelle force? — quelles compressions les efforts produiront-ils sur les organes maternels? quelle forme, quelle trempe et quelles dimensions faut-il donner à l'instrument pour obtenir les réductions les plus inoffensives pour la mère et pour l'enfant?
RÉDUCTIBILITÉ DE LA TÊTE. Lorsqu'on serre une tête dans un forceps puissant, on la voit s'aplatir et s'allonger un peu,
(0 Cette pression des mors peut se démontrer en outre expérimentalement au moyen du petit dynamomètre que M. Chassagny a imagine d'adapter aux t^cs des oiillers.
les OS chevauchent et le cuir chevelu se plisse ; si Teffort con> tinue et se renforce, l'allongement devient de moins en moins évident et, chose étrange, le chevauchement disparaît et la peau se tend : que se passe-t-il donc? Le cerveau, fortement comprimé, résiste à la manière des liquides et réagit dans tous les sens. La pression continue-t-elle ? ou le forceps se fausse, ou les os éclatent, ou la cervelle, réduite en bouillie, s'échappe par les orbites, les narines, les sutures et le trou occipital. La tête est ainsi rendue ductile au point de pouvoir traverser un rétré> cissement de 5 centimètres de diamètre, mais ce n'est évidemment pas là le résultat que Ton cherche, ce que Ton veut c'est une réduction compatible avec la vie du fœtus.
Baudelocque a fait des expériences sur 9 têtes de nouveaunés : elles se sont réduites à des degrés différents, mais jamais de plus d'un centimètre et le diamètre perpendiculaire au diamètre saisi s'allongeait à peine de quelques millimètres. Péterquin, expéiimentant de la même manière, est arrivé à des résultats tout autres et il constate un allongement constant et proportionnel du diamètre crânien perpendiculaire au diamètre comprimé. D'où \iennent ces différences? uniquement, d'après M. Chassagny, de la forme et de la trempe des forceps employés. Eussent-^Ues été concordantes du reste, ces expériences n'auraient pas encore une grande valeur ; elles ont été faites sur une table, dans des conditions qui ne se présentent pas dans la nature. Pour devenir probantes elles doivent être refaites dans des bassins artificiels qui enregistrent les compressions, avec une puissance toujours la même , et au moven d'instruments de dimensions, de forme et de trempe différentes. C'est ce que M. Chassagny a tenté et voici les résultats auxquels il est arrivé :
I® Une même tête étant saisie par différents forceps dans le sens de son diamètre bi-pariétal, la réduction de ce diamètre est nulle avec le forceps de M. Pajot; elle est de 5 millimètres avec le forceps de Hat in et de 10 millimètres avec le forceps de M. Chassagny;
2<» Pour obtenir ces divers degrés de réduction la pression cxcrccc par les forceps croisés est quadruple de celle exercée avec le forceps de M. Chassagny;
:<o Lorsqu'une tête est saisie d'une bosse frontale à l'apophyse niasloïdc opposée le plus grand écariement des sinus est de 10 ccmimclrcs avec le forceps Chassagny, de 11 12 avec celui de Il al in cl de i3 avec celui de M. Pajot (et les diamètres de Texcavailon «ont de la î) ;
DU forceps' 443
40 Pour entraîner une tête à travers un même détroit, s'il faut une force de 18 kilogrammes avec le forceps de M. Chassagny, il en faudra une de 25 avec l'instrument de Hatin, et une de 3o avec celui de M. Pajot ;
S^' Dans les bassins artificiels à parois mobiles , là où le forceps de M. Chassagny ne produit aucun écartement, celui de Hatin en produit un de 5, et celui de M. Pajot un de 8 mil.;
60 Pendant les efforts de l'extraction, les mors des cuillers ne se rapprochent point , tandis' que ceux du forceps de Hatin se rapprochent de 6 et ceux du forceps de M. Pajot de ymiL;
70 Non seulement la réduction du diamètre saisi est plus considérable , la force exigée et les compressions subies par le bassin moindres, quand on se sert du forceps de M. Chassagny que lorsqu'on se sert des deux autres , mais encore le cerveau du foetus aurait beaucoup moins à souffrir puisqu'une tête artificielle remplie d'eau (i), saisie par les trois forceps et entraînée avec une force égale à travers un même bassin , perd pendant son extraction, 7 grammes de liquide avec le forceps de M. Chassagny, i3 avec celui de Hatin et 20 avec celui de M. Pajot (2).
Ces expériences démontrent que, comme agent de réduction, l'instrument de M. Chassagny est le moins mauvais et celui de M. Pajot, malgré ses apparences doucereuses, le pire et le plus brutal des forceps. Mais M. Pajot se moque agréablement de ces expériences faites <( dans des bassins de fer battu avec des têtes de fœtus en peau de veau ».
//. Au point de vue de la traction.
La théorie de la traction est trop importante et, en général, encore trop mal comprise, même par les auteurs classiques, pour que nous ne nous arrêtions pas à J'exposer avec soin.
(1) Cette tête est en caoutchouc vulcanisé ; elle est massive dans les parties qui correspondent à la face et à la base du crâne et elle présente un vide qui correspond à la cavité crânienne. Ce vide est rempli d'eail avant l'expérience. L'eau est incompressible et la région peut changer de forme mais non de capacité sans que le liquide s'écoule : la quantité d'eau écoulée donne exactement la mesure de la diminution de capacité.
(2) Sur la compression et la réductibilité du crâne, voir les recherches de Kehrer, Rûncke, Barnes, Chassagny, Frankhauscr et Fehling, de Leipsig.
M. Chassagny a parfaitement compris que la traction, destinée à suppléer ou à aider la poussée naturelle, devrait s*insérer au centre de figure même du crâne, pour lui laisser toute liberté de rouler sur ses axes et d'obéir aux résistances du canal, qui repoussent les plus grands diamètres fœtaux vers les plus grands diamètres pelviens. De là son forceps entraîné par des lacs attachés aux fenêtres, près des mors, à la faveur dappareils à tractions mécaniques. Nous reviendrons plus loin sur ces appareils et, pour le moment, c'est de l'extraction manuelle que nous allons principalement nous occuper.
Mon père a démontré par le calcul (i) pourquoi le forceps ordinaire était défectueux ; comment il fallait s'en servir pour atténuer le plus possible ses défauts ; et enfin il a fait voir comment, par une modification très-simple, il était possible de les corriger complètement.
Lorsqu'un corps traverse un canal, il y rencontre des résistances plus ou moins vives selon que les dimensions du contenant et du contenu sont dans des rapports plus ou moins exacts. Ces résistances se combinent de manière à pouvoir être représentées par une résultante^ ou une résistance unique, dont la direction se confond avec Taxe du canal. Les résistances des
parois du bassin <FIG. 168) sont représentées par leurs perpendiculaires eo, io, qui se décomposent en forces horizontales cf, ij^ tendant à réduire le crâne, et en verticales im^ en, qui s opposent à sa descente et qu'on peut représenter par une résistance unique fR^B^m-^-en, Pour que le corps soit expulsé ou extrait, il faut qu1l soit soumis à une force, pression ou traction, supérieure à f\K^ s exerçant sur lut en sens contraire de la résistance. Supposons dabord un forceps droit bien appliqué sur la lcU\ taisant ^\*stcme avec elle, et avant exactement la direction de l'axe du bassin,
\ I rs iRACrioNs kafrckf^ o après l'.kxe du canal
Fig. 169.
Fig. 170.
SONT COMPLÈTEMENT UTILES. En effet, la force po (FIG. 169), directement opposée à la résistance /R, sera complètement employée
à la vaincre : passant par le centre de figure du crâne /, elle ne lui imprimera aucun mouvement de rotation et, parallèle aux parois du canal , elle n*aura à surmonter que les résistances naissant du frottement. Pour déboucher un flacon on ne peut mieux tirer que dans Taxe du goulot.
II. LES TRACTIONS EXERCÉES PERPENDICULAIREMENT A L'AXE DU CANAL SE PERDENT ENTIÈ- REMENT EN PRESSIONS NUISI- BLES. En effet : soit la force ps, perpendiculaire au forceps (FIG. 170) le mobile sera bientôt arrêté par la paroi c^ du canal ; le point r deviendra point d'appui et ps agira sur pf comme sur un levier , d'où résultera une tendance à la rotation avec pression en r et en u. Ces pressions en mécanique sont représentées par psy^pf : elles seront donc d'autant plus considérables que le forceps est plus long ou saisi plus loin de la vulve.
Fig. 171.
Ik' A'
III. LES TRACTIONS DIRIGÉES OBLIQUEMENT SE DÉCOMPOSENT EN EFFORTS EXTRACTIFS OU UTI- LES ET EN EFFORTS COMPRESSIFS
OU NUISIBLES. Soient des tractions obliques, d'égale intensité pm, pm\ pm" (FIG. 171). Chacune d'elles peut se décomposer en une force verticale, ou utile, et une force horizontale, ou nuisible. — Or il est facile de voir que plus on s'écarte de la direction po, plus Teffort utile (po\ po^\ po'") décroît et plus Teffort nuisible pk, pk\ pk" augmente.
*^" *^ ■ de donner à la force une
meilleure direction que de la faire passer par le centre du crâne.
Nous venons de voir que la force la mieux placée pm, produit encore un effet compressif^, puisque pm = /o=/s-\-ft. Voyons TefTet produit par une force d'égale intensité, pm', qui s écarte un peu de la seule bonne direction (FIG. 173) : décomposant pm' nous trouvons : pm' ^^pm+p^.
Or, qu'est-ce cette force p^^ qui vient s'ajouter à l'effet de pm, qui se traduit maintenant et n'existait pas tantôt?
C'est évidemment une force nuisible et l'instrument sera sollicité à basculer par ft et p{ qui sont contraires mais non directement opposées. Le même raisonnement est applicable à toutes les forces autres que pm, qu'elles s'en écartent en arrière, en avant ou sur les côtés.
Nous nous retrouvons donc dans les conditions de la fig. 171 et nous sommes autorisés à affirmer : !<> que l'effet nuisible sera d'autant plus considérable que la direction de l'effort sera plus oblique — 2° que le conseil classique de tirer le plus en arrière possible, est absurde.
EN RÉSUMÉ, à cause des erreurs encore généralement en crédit, nous tenions à démontrer rigoureusement : i^ qu'on ne peut jamais tirer sur les crochets ; qu'il faut tirer sur Ventablure ; 20 qu'il faut que la direction de la force passe par le centre de figure du crâne et 3® enfin, qu'au détroit supérieur le forceps ordinaire, même le mieux dirigé, produit encore des compressions.
Après avoir ainsi prouvé mathématiquement le vice de la traction, mon père a cherché les moyens de le corriger et de faire échapper la femme à ces compressions inutiles et regrettables.
Il attachait parfois un essuie-main à l'entablure et, tandis qu'un aide tirait sur ce lacs, il maintenait ou même relevait un peu les crochets. Chailly fixait les crochets sur son épaule et des deux mains tirait sur l'entablure. Lorsqu'il rencontre une résistance sérieuse, le Di* Cousot, de Dinant, appuie du genou
Fig. 174. sur lentablure du forceps,
î / dont il se borne à fixer les
r y crochets. L'instrument dans
Wi VV'^] ^^"^ ^^^ procédés est trans-
^B /n\^ formé en un double levier
^^J î ^^^**ss!^5-<r— --•*-**^^ interpuissant, puisque le point
^^fcj5^ |P "■ ^^^ d appui est aux crochets a
\\ ^* (FIG. 174», la force à Fenta-
V blure, et la résistance aux
^ mors chargés de la téie. Il
agit donc d'après la courbe que les cuillers tendent à décrire autour des crochets immobilisés et comme cette courbe est d'abord dirigée en arrière, l'effort a aussi cette direction et, s'il s'éloigne un peu de l'axe du détroit supérieur, c'est en arrière et non en avant, comme cela a lieu dans Inapplication ordinaire du forceps. Seulement, si la tête n'est pas parfaitement saisie, les cuillers peuvent s'échapper brusquement et léser la paroi postérieure du col, du vagin et le périnée.
La forme même de l'instrument étant la cause de la défectuosité des tractions, il était logique de la modifier.
On sait que l'on peut tirer sur une tige sinueuse ou coudée comme si elle était droite, pourvu qu'elle soit inflexible, de sorte que si, prenant la forme d'un S majuscule, (FIG. i58 et 176) le forceps saisissait la tête au détroit supérieur, puis se ramenait en avant sous la symphyse pubienne pour se reporter ensuite audessous du périnée, sans rencontrer celui-ci, rien ne s'opposerait à ce que les tractions, exercées d une extrémité à l'autre de l'instrument, eussent exactement la direction du détroit supérieur (i).
Un autre moyen, plus simple encore, — puisqu'il n'exige pas la confection d'un nouvel instrument, — de donner aux efforts extractifs une direction irréprochable, consiste à faire forer deux trous dans les manches d'un forceps ordinaire, tout prés de Fentablure, et à y adapter, au moyen de deux clous ou de deux goupilles, une tige de fer rigide qui fait alors corps avec l'instrument (Voir figures 176 et 178). Cette tige dirigée en arrière sous le périnée, permet de donner aux,, tractions une direction parfaite, même lorsque la tête est encoc^» au-dessus du détroit supérieur, et elle permet de conduire *■' l'accouchement
(i) Je viens de trouver que la première idée de la courbure pérméale appartiendrait d après Stoltz à Johnson (1769).
jusqu'au bout, bien qu'au détroit inférieur elle ne soit plus indispensable. — Le premier maréchal ferrant venu peut la construire et forer les trous qui permettent de l'adapter au forceps.
Fig. ,75. Fig. .76.
Je crains bien que cet exposé de problèmes de mécanique n'ait paru un peu aride à tous ceux de mes lecteurs qui ne sont pas des forts en physique : pour ceux d'entre eux qui partagent avec le grand Bossuet, l'infirmité de n'avoir pas l'esprit ouvert aux chifires , et que je rïens à convaincre aussi , je vais essayer de parler aux yeux. Les figures ci-après, que je leur dédie, montrent l'action du forceps ordinaire et du forceps modifié sur une tête retenue au-dessus du détroit abdominal.
Dans 1b première {FIG. 177) l'instrument est empoigné par l'entablure et nous avons donné à l'effort la direction pm , que nous avons démontré être la seule bonne ; — or , même dans ces conditions, qui sont les meilleures, la traction fait encore sur
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35o DIFFICULTÉS PROVENANT DU CORPS A EXPULSER
l'axe du détroit supérieur un angle d'environ 45 degrés , — et en supposant, comme le dit M. Tarnier, une traction de 60 kilogrammes, la tête sera entraînée avec une force de 42 kilog. seulement, tandis que le pubis subira une pression égale de 42 kilogrammes. Il y a donc une perte de force de 3o pour 100 et la pression sur Tare antérieur du bassin est à la puissance déployée dans le rapport de 70 à 100 !
Dans la seconde (FIG. 178), on voit que, grâce à la tige de fer ajputée au forceps, la traction est absolument correcte, puisqu'elle se confond avec Taxe de l'ouverture à travers laquelle la tête doit être entraînée : il n'y a donc plus de force perdue, il n'y a plus de compressions inutiles et fâcheuses contre l'arc antérieur du pelvis.
La modification dont nous nous sommes efforcé de prouver la convenance et les avantages « constitue, dit Chassagny, au « point de vue de la traction manuelle, un immense progrès, « un progrès tel qu'il devrait être interdit de tirer autrement « qu'avec cet intermédiaire. »
« L'avantage qui s'attache à l'innovation de L. J. Hubert, « dit Tarnier, est incontestable. Pourquoi donc le mérite de « cette belle invention est-il resté enseveli dans l'indifférence ou « l'oubli. » C'est d'autant plus surprenant que la modification est plus simple et que l'avantage est plus incontestable.
Fig. 179.
Quoiqu'il en soit, en 1868, M. Morales Alpaca et en 1877, Tarnier, ont repris Tidée proposée par mon père en 1860, et ont fait construire des forceps à manches recourbés en arrière. Ces instruments visent le but désigné par le professeur de Louvain mais ne nous paraissent pas supérieurs au sien. Puissent-ils cependant mieux réussir à lîier l'attention des praticiens sur un progrès dont tant de mères doivent bénéficier !
Nous représentons (FlG. iSç, 179, 180 et 181) les récents forceps
.te Tarnier. Ojns le plus o^mpliquc, M. Tarnier, sans s'en dmiUr. »".( I.»!t que rçssusciicr un rieil insmiment tombé dans louHi, le v;\\:i^ inijiiine p*r Herrmaaa. de Botk. en 1843.
La ressemblance des deux instruments, dit Stoltz, est aussi parfaite que possible. Ils se composent tous les deux de deux parties : branches de préhension croisées, en S, et tiges de traction parallèles, également en S, terminées en haut par de petits crochets s'introduisant dans des trous forés à la partie inférieure des cuillers, en bas par une poignée transversale. — Ces tiges, qui sont une complication, sont aussi un progrès parce que laccoucheur n'ayant plus à loucher aux crochets ne sera plus tenté de leur imprimer des mouvements à contre-sens, et surtout parce que le point dattache de la traction s'éloigne des crochets pour se rapprocher du centre de figure du crâne.
La figure î8o représente l'instrument modifié par M. Mathieu et armé d'un appareil à traction à aiguille indicatrice : l'aiguille quitte l'axe des manches dès que la traction quitte la direction de l'axe des cuillers. (C et B).
Me basant sur les démonstrations qui précèdent j'ai essayé de composer un forceps qui fût correct, au moins, en théorie, comme organe de préhension et de traction. Je lui ai donné :
lo La forme en S, parce que cest celle qui convient le mieux pour l'application au détroit supérieur ;
2° des manches très-courts, parce que les manches longs sont inutiles ou dangereux ;
30 des branches parallèles, parce que la tête peut mieux s'allonger et na pas besoin d'être autant comprimée entre des branches parallèles qu'entre des branches croisées. Les cuillers forment sur les branches le même angle, d'environ 120 degrés, ouvert en avant que l'axe du détroit supérieur forme sur l'axe de rinférieur : leur courbure pelvienne, identique à celle du bassin, est donc plus correcte que celle du forceps commun (FIG. 182).
Leur courbure céphalique est celle du crâne fœtal auquel elles doivent s'adapter (3 centimètres de profondeur sur i5 de longueur). Lorsqu'elles sont appliquées régulièrement sur une tête ordinaire, les mors , comme les tiges , . sont distants de 3 centimètres (FIG. i83).
A 10 centimètres des cuillers, les branches déjà légèrement incurvées, se recourbent brusquement en arrière et forment des lames solides , longues de 1 3 centimètres et à angle droit sur la direction de l'axe des cuillers.