ERGOT DE SEIGLE
Des 45 femmes chez lesquelles Hoffman a provoqué Taccouchement avant terme au moyen de Tergot, aucune n a éprouvé le moindre accident. La provocation du travail par Tergot serait donc de tous les procédés connus, le plus dangereux pour V enfant et le plus inoffensif pour la mère.
Conditions d'emploi (i). Nous croyons que Tergot de seigle est un des médicaments donc laction ecbolique ou oxytocique est la plus sûre et la plus précise. Mais comme tout moyen actif, comme toute force mal dirigée, Tergot, dans des mains malhabiles, devient dangereux précisément en raison de son activité. Il n'y a que les substances sans vertu que Ton puisse prescrire banalement et plus un médicament est puissant, plus il importe de bien définir les conditions précises de son emploi: Nous basant sur Faction physiologique de Tergot, voyons les cas dans lesquels il faut se garder de le prescrire et ceux dans lesquels il est appelé à rendre d'excellents services.
Contre-indications : A) DU COTÉ DE LA MÈRE : 1° Il est évident que lorsque les douleurs sont régulières et énergiques, il est inutile, et il serait dangereux, de les surexciter.
2° Dans le cas de vice du bassin, ou bien lorsque le retard dans l'expulsion tient uniquement, soit à un vice de présentation, soit à une anomalie de position, pourquoi provoquerait-on des contractions qui ne peuvent vaincre l'obstacle, mais qui peuvent amener la rupture de la matrice? Il ne faut pas essayer de proportionner la force à la résistance, quand celle-ci est insurmontable.
30 On ne donnera pas non plus l'ergot de seigle lorsque l'obstacle est constitué par le col utérin ou le périnée : ce serait s'exposer à voir se déchirer ces parties.
4** L'ergot est encore contre-indiqué chez la femme qui offrirait déjà de l'agitation ou des signes de congestion vers la tête : il augmenterait sûrement ces accidents puisqu'il peut les faire naître.
50 Après la naissance de l'enfant, si le délivre est retenu, ce n'est pas à l'ergot que vous demanderez son expulsion. Vous
(1) De même que la quinine, d'après Monte verdi, pourrait être cm, ployée au lieu de l'ergot pour amener le reserrement de l'utérus, — de même l'ergot pourrait remplacer la quinine dans le traitement des fièvres paludéennes. (Voir les recherches sur les propriétés du seigle ergoté du D^ D u b o u é, de Pau).
risqueriez de Tcmprisonner dans le resserrement total et soutenu de l'organe : attendez que le délivre descende ; s'il y a inertie , combattez-la par les moyens que nous dirons plus tard, et si l'inertie amène l'hémorrhagie, introduisez la main, excitez Torgane pour l'obliger à détacher le placenta, mais ne donnez pas un médicament qui dans ces cas, d après M. Pajot, fait périr 8, si pas (), femmes sur lo !
B) DU COTÉ DE l'enfant. (>' L'action de l'ergot de seigle étant telle que l'enfant ne peut y rester quelque temps soumis sans courir de graves dangers, on n'est autorisé à l'administrer que lorsqu'on a l'espoir fondé de voir l'accouchement se terminer rapidement. Il ne suliit donc pas que la conformation du bassin soit régulière, les parties molles bien préparées, la présentation et la position du fcetus normales, il faut encore que le travail soit assez avancé pour que quelques douleurs énergiques sufiisent à le terminer.
7^ Dans les présentations du siège nous ne prescrivons qu'exceptionnellement Tergot parce que nous lui préferons, comme moins dangereuse, Textraction manuelle ou instrumentale. Avonsnous besoin d'ajouter que dans les présentations du tronc l'ergot tuerait sûrement l'enfant et rendrait la version impossible ?
8'^ Les bruits du cieur sont-ils ralentis ou affaiblis, une anse du cordon fait-elle procidence ? Prescrire l'ergot c'est enlever à l'enfant le peu de chances qu'il a encore de naître vivant.
Indications, i" Vers la fin d'un accouchement qui a marché régulièrement jusque là, si les douleurs s'éloignent ou s'affaiblissent il peut être indiqué de leur rendre de l'énergie par l'ergot... ou de les suppléer par le forceps.
2'^ Si le seigle ergoté est parfois employé pour activer un travail languissant, il peut l'être aussi dans un accouchement trop prompt: mais alors, c'est dans un autre but, celui de prévenir l'inertie consécutive à la déplétion brusque de la matrice.
3^ Après l'issue du placenta , l'ergot est un hémostatique sûr et inodènsif.
4*' L'ergot de seigle amenant le retrait de l'utérus et agissant sur les iibres des vaisseaux, on comprend de quelle utilité il peut être dans les hémorrhagies de l'accouchement et de l'avortement, et dans certaines atièctions utérines. Nous reviendrons sur ce sujet.
ERGOT DE SEIGLE 2i
5° MM. Guérin et Mattéi ont conseillé Tergot comme un moyen prophylactique de la fièvre puerpérale.
6° Nous remployons fréquemment, après la délivrance, chez les femmes dont la matrice est paresseuse et dont le travail à été languissant, et aussi chez celles dont le travail a été trop prompt, pour empêcher le relâchement de Torgane et prévenir rhémorrhagie secondaire.
'f* Tout récemment on a proposé de traiter les varices par des injections hypodermiques d'ergot. Elles produisent des douleurs cuisantes et souvent de petits abcès. L'injection d'ergotine a été recommandée aussi contre certaines tumeurs fibreuses de la matrice, aussi bien pour combattre les hémorrhagies dont elles saccompagnent, que pour obtenir leur régression.
Les conditions qui du côté de la mère et de Fenfant réclament ou permettent Temploi de Tergot de seigle, sont rarement réunies, surtout chez les primipares et lorsqu'elles le sont, il faut encore, avant de prescrire la poudre excitante, tout préparer pour faire au besoin une application de forceps et pour tirer le nouveau-né de Tétat de mort apparente. Lorsqu'elle est ingérée et que son action devient manifeste, l'accoucheur doit ausculter fréquemment et terminer l'accouchement dès que la circulation fœtale se ralentit ou s'affaiblit sensiblement.
Mode <r administration et doses, La plupart des praticiens donnent l'ergot de seigle à la dose de 1/2 à i gramme dans un peu d'eau sucrée ou de thé, dose qu'ils répètent, au besoin, 2 à 3 fois, à 10 ou i5 minutes d'intervalle.
Nous avons l'habitude de prescrire 3 grammes de poudre d'ergot en 4 paquets — et il est rare que nous devions en faire prendre plus de deux quand le médicament est de bonne qualité. Nous délayons la dose dans un doigt d'eau, de thé ou de vin.
Les Américains ont conseillé la décoction d'ergot en injection dans l'utérus (?).
Tout récemment on a préparé de la teinture d'ergot : cette teinture serait moins souvent vomie que la poudre. Elle se donne par doses de 5 à 6 grammes jusqu'à effet.
Le médicament a aussi été administré par la peau et tout récemment encore le D^ G. Paul a recommandé, comme plus rapide et plus sûr que l'ergot en nature, l'extrait d'ergot en injection hypodermique. Il injecte un gramme (= 0,066 milligram. d'extrait) de la solution suivante ;
eau
glycérine { ^ '^ grammes
extrait hydroalcoolique d'ergot, 2 grammes.
M. Bon Jean a fait de Tergot un extrait, Tergotine, qu'on prescrit ainsi :
Pr. ergotine i 1/2 grammes ;
eau commune .... 90 grammes ; sirop d'écorces d'orange 3o grammes.
Une cuillerée à bouche, de 10 en 10 minutes, jusqu'à terminaison de l'accouchement. Au besoin on porte la dose d'ergotine à 4 ou à 8 grammes et même au-delà.
L'ergotine est moins souvent vomie que l'ergot de seigle en substance ; mais elle nous a paru réveiller moins sûrement les douleurs de l'accouchement. En revanche nous la préférons dans les métrorrhagies ordinaires , dans les ménorrhagies , dans les engorgements utérins. On la donne dans ces cas à la dose de 2 à 6 grammes par jour.
L'ergot de seigle provoque assez souvent des vomissements mais cela ne l'empêche pas toujours d'agir : une nouvelle dose est parfois mieux suportée qu'une première, et l'on pourrait au besoin l'administrer en lavement.