‹ Cours d'accouchements professé à l'Université catholique de LouvainChapitre 63 sur 165 · V. Du sciage du crâne · texte numérisé non relu

V. Du sciage du crâne

I. En 1842, M. Van Huevel, de Bruxelles, eut Tingénieuse idée d'adapter au forceps ordinaire une scie à chaînette dans le but de diviser la tête du fœtus en deux segments (FIG. 124). En 1844 il appliquait le forceps-scie pour la première fois, sur la femme vivante. Chaque cuiller est creusée dans toute sa longueur, d'une coulisse en T renversé : deux lames conductrices, présentant une crémaillère pour s'engrener avec les cannelures de la clef qui les fait mouvoir, font progresser la scie à chaînette dans la coulisse.

Mode d'emploi. Avant l'opération il faut choisir, au moins un aide, l'instruire de son rôle et essayer l'instrument à vide, pour s'assurer de la régularité de son jeu. On vide ensuite le rectum et la vessie et la femme est placée sur un lit élevé comme s'il s'agissait de la délivrer par le forceps ordinaire. Les cuillers sont alors introduites sur les côtés du bassin : il importe de les pousser très-haut et de ramener leurs mors très en avant afin qu'ils dépassent sûrement la base du crâne; afin que l'angle sacro-vertébral, souvent fort saillant dans les bassins très-viciés, ne se trouve pas dans le champ de la scie, et afin que la scie puisse diviser la tête en deux segments à peu prés égaux.

Le forceps appliqué, on serre un lac autour de ses crochets et on confie son manche à un aide chargé de le maintenir appuyé sur la commissure postérieure de la vulve. L'opérateur saisit alors les lames conductrices armées de la chaîne et engage d'abord de bas en haut, leur extrémité inférieure entre les manches du forceps puis il introduit leur extrémité supérieure, préalablement huilée, dans les gouttières en — | et il les pousse jusqu'à ce que la chaîne se trouve contre la tête. Dans l'instrument de

M. Miithicu, ce temps de l'opcration est singulièrement simpltOé. l'oiir vviicr que la chaîne blesse le vagin pendant son ascension, il iniporie île laisser pendre au dehors sa portion composée de iliiihioim tnmchiints : il importe encore de s'assurer par le doigl »i tiii repli du vagin, ou si le col n'est pas interposé entre U thiiJiic i-i Iti lèic. La clef est alors adaptée à l'instrumcni ei luiilu'c fi un iiide churgt! de la faire tourner irès-lentement pi'udunl \\iu: l'accoucheur met la scie en mouvement. Le sciage

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lui-même réclame la plus grande attention : il doit se faire posément à longs traits, sans secousses, ni précipitation, ni violences. La chaîne doit toujours être tendue. Les mains ne peuvent se trouver ni trop écartées, ni trop rapprochées, ni trop haut, ni trop bas : elles doivent entraîner la scie en lui faisant suivre soigneusement la direction des coulisses dans lesquelles elle glisse : sans ces précautions elle se courbe, s^encastre ou se rompt.

Lorsque les conducteurs sont arrivés au bout de leur course, la clef tourne à faux, le sdage est terminé, on enlève la clef et on retire la chaîne.

M. Mathieu, l'habile fabricant d'instruments de Paris, a construit en 1874, un forceps-scie d*un maniement beaucoup plus

facile que Tancien (FIG. 12 5).

Extraction. L'extraction du fœtus est certainement la partie la plus importante de l'opération tant à cause des difficultés qu'elle présente parfois au praticien, que des dangers qu'elle Fait courir à la mère. Mieux l'instrument a été appliqué et plus grands sont les deux hémisphères osseux à bords tranchants , qui doivent traverser les parties maternelles ; mal appliqué, il n'enlève du crâne qu'une rondelle et l'opération est à recommencer. Des tractions lentes et prudentes sur le forceps laissé en place, amènent parfois les deux . segments ; d'autres fois elles n'en amènent qu'un seul, ordinairement le postérieur; d'autres fois encore rinstrument, revient à vide. Les cuillers tiendraient mieux sans doute, si au lieu de prendre point d'appui sur le trait de la scie, elles pouvaient s'appliquer sur lé diamètre perpendiculaire à celui qui se trouve divisé. Lorsque l'extraction par le forceps échoue « on va à la recherche du segment ou des segments restés en arrière, au moyen de pinces à dents de loup imaginées par M. Van Huevel.

On doit avoir soin de saisir de larges surfaces et d'imprimer à la pince un mouvement de torsion qui recoquille l'os sur luimême en cornet : il faut de plus, pendant ces manœuvres, protéger des doigts les parties maternelles contre les esquilles qui pourraient les blesser. Nous insistons sur ces précautions parce que la statistique nous montre que 3o femmes sur 100 éprouvent des accidents puerpéraux à la suite de l'emploi du forceps-scie.

Il arrive que le segment détaché de la tête, reste adhérent au tronc par les muscles du cou ou par un lambeau de peau,

et les tractions exercées pour l'extraire ont parfois eu pour résultat, en abaissant le tronc et en faisant basculer l'autre segment, de substituer une présentation de l'épaule à celle du sommet et d'ajouter ainsi à la gravité de l'opération elle-même, les dangers d'une version à opérer dans les pires conditions.

LIMITES. Les limites dans lesquelles on peut espérer de bons résultats de l'application du forceps-scie, ont été déterminées par M. Van Huevel lui-même : à moins de conditions exceptionnelles (issue du tronc, putridité du fœtus, avortons), on ne doit plus recourir au sciage du crâne toutes les fois que le bassin se trouve réduit, dans une de ses dimensions, à moins de 54 millimètres. Dans ces conditions il préférerait l'opération cérarienne, (juand bien même l'enfant aurait cessé de vivre. M. Hyernaux va plus loin que son maître et recule la limite à 40 millim. Il nous pourrions même, ajoute-t-il, agir dans des rétrécissements (>Ius considérables encore, si la question se bornait à une simple réduction du crâne. »

RIÎSULTATS STATISTIQUES. ([) Dans un travail qu'il a lu iiu Congrès international des sciences médicales de Bruxelles, en 1875, M. Hyernaux rapporte 228 observations de sciage du •iTinc, dont il en récuse 53 (tout mauvais cas est niable, dit le proverbe} pour arriver à un chiffre de mortalité de 10,6 p. 00. Nous ne pouvons pus admettre cette manière d'épurer les stalistiques : les chiffres ne comportent point de toilette. Pour le

[O Nou« niius niscrvons Uc donner plus loin, dans lëtude comparée que ii<iu* tcrtinft de diverses méthodes il'embr}*otomie, notre appréciation sur l'inilrumeiit de M, Van Huevel. Au point de me de l'opéraiion en e]lemtme iioua nous bomennts ici ît foire un rapprochement entre le ciphalotribe et le 'i'fi:eps.»i,ip, appliqué» dans des bassins mesurant 65 millimètres au pltu.

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