‹ Cours d'accouchements professé à l’Université catholique de LouvainChapitre 108 sur 114 · LAIT · texte numérisé non relu

LAIT

d'anesse

Beurre

Sucre de lait ....

Matière caséeuse . . .

Eau

ALLAITEMENT

Le lait trop riche est difficilement digère', surtout si l'enfant est faible. Il y a alors indication d'e'loigner les repas , puisque le lait devient d'autant plus clair et plus léger qu'il séjourne plus longtemps dans les mamelles, comme Peligot l'a constaté et comme le savent toutes les vachères. Il convient également, dans ce cas, de soumettre la femme à un régime plus végétal qu'auparavant et de donner à l'enfant une cuillerée d'eau sucrée après ses repas'

Nous le répétons : le véritable critérium de la bonté du lait c'est l'état de santé du nourrisson. Un enfant dépérit sans que l'analyse la plus scrupuleuse révèle la moindre altération dans la composition du lait. Vous changez de nourrice et il. revient à la santé. C'est que, dit Trousseau, certains laits, comme certains vins, sont mal tolérés par certains estomacs.

IL ALLAITEMENT INCOMPLET OU MIXTE. Il se peut que la mère n'ait pas assez de lait, ou ne jouisse pas d'une santé assez robuste, pour allaiter complètement son enfant. On peut suppléer à son insuffisance :

1° Par des panades à l'eau ou au lait; 2° par des bouillies, également à l'eau ou au lait; 3° par du petit lait; 4° par du lait de première traite; 5° par du lait coupé; 6° par le lait artificiel de Liebig ?

Il convient d'abord de régler le nombre et les heures des repas. En supposant que la femme puisse donner quatre à cinq fois le sein dans les 24 heures, voici ce que nous lui conseillons généralement : le soir, avant le coucher, le sein; dans la nuit, du lait coupé, de l'eau sucrée; vers 4 à 5 heures du matin, le sein; à 7 heures, un repas artificiel; à 10 heures, le sein; à midi, un repas artificiel; dans l'après-midi, une ou deux fois le sein; à 7 ou 8 heures, repas artificiel; avant le coucher de la femme, le sein.

PANADES. A Louvain, et dans beaucoup de localités en Belgique , le premier aliment le plus usité est la panade aux biscottes. A défaut de biscottes, on peut employer la croûte supérieure du pain un peu séchée au four , mais alors il faut la détremper assez longtemps. La mie du pain de froment bien cuit, séchée au four et réduite en poudre grossière convient aussi.

Voici comment s'y prennent nos gardes-couches : selon l'âge de l'enfant, elles mettent 1/2, i, 2 ou 3 biscottes dans une cer-

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taine quantité d'eau et elles les laissent bien de'tremper à un feu mode'ré. Lorsque l'heure du repas approche, elles les soumettent à un feu plus vif et les font bouillir pendant 7, 10 à i5 minutes ; puis elles y ajoutent du sucre et les battent avec une fourchette, de manière à ce que la panade soit bien liée : la cuisson et le fouettage doivent précéder immédiatement l'administration de la panade : on peut la passer à travers une étamine, un tamis ou une passoire.

Lorsque les enfants ont des coliques , on ajoute quelques graines d'anis à la panade avant de la passer. On - a alors ce qu'on appelle la crème de pain (i).

On épaissit ces panades à mesure que l'enfant se développe et on les rend plus nutritives en y ajoutant graduellement une certaine quantité de lait, et même vers quatre mois, si l'enfant va à l'air , un tiers ou la moitié d'un jaune d'œuf. Vers cette même époque, beaucoup de gardes-couches ajoutent à l'eau et au lait un peu de bière de Louvain, surtout pour le repas du soir. Elles pensent que cette Biersoep procure un meilleur sommeil. Plus tard encore, vers 9 à 10 mois , on ajoute , mais toujours graduellement, une certaine quantité de bouillon maigre à la panade à l'eau.

BOUILLIES. Elles se préparent en délayant peu à peu de la farine ou de la fécule, dans une petite quantité de liquide et en la remuant doucement et soigneusement. On ajoute ensuite le restant du 'liquide (eau, lait coupé, lait pur) et on chauffe doucement jusqu'à épaississement. Lorsque la bouillie est bien cuite, on y ajoute du sucre et on la passe à travers un tamis ou une passoire.

On peut employer la farine de pomme de terre , de riz , celle d'arrow-root, qui est plus légère, ou celle de froment qui est

(1) Gardien, t. III, p. 498, donne une autre manière de préparer la crème de pain, qui a été formulée par la Faculté et suivie avec succès à l'hôpital d'Aix. Elle pourrait être adoptée par les gens de la campagne qui n'ont pas toujours le temps nécessaire pour préparer convenablement chaque repas.

On coupe un pain de froment horizontalement en deux; on le sèche au four, comme les biscottes, puis on le trempe dans de l'eau pendant six heures. On le presse dans un linge, on le met dans un pot et l'on fait» bouillir dans une quantité suffisante d'eau pendant 8 heures, en remuant de temps en temps avec une cuiller et en y versant de l'eau chaude à mesure que l'autre s'évapore.

On ajoute, par livre de pain, anis 4 grammes et sucre 3o grammes, puis on passe à travers un tamis de crin. Lorsque l'enfant doit manger, on chauffe de cette crème autant qu'il en faut pour un repas.

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plus nutritive à cause de son gluten (i). Si l'on fait usage de celle-ci, on conseille de la sécher préalablement au four (2).

De Lacoux loue beaucoup la semoule et, en effet, la plupart des enfants la digèrent très-bien.

Les bouillies bien préparées ne méritent peut-être pas tous les reproches qu'on leur a adressés et, quoiqu'en général nous leur préférions le lait coupé et les panades, nous les employons cependant, comme Gardien le conseille (t. III, p. 486), lorsqu'il y existe de la diarrhée avec selles vertes.

PETIT-LAIT. Il peut se préparer en ajoutant un peu de crème de tartre au lait de vache qu'on fait bouillir, ou bien, en battant des blancs d'œufs frais dans du lait récent et en faisant bouillir à un feu modéré. Lorsque le coagulum s'est formé, on jette le tout sur un filtre (méthode anglaise). Le petit-lait ainsi préparé, sans acide, est très-agréable, et il convient surtout pour les repas de la nuit. Il peut aussi être employé avec avantage pour couper le lait qu'on administre dans la journée.

LAIT COUPÉ. Le lait de vache pur est trop fort ; il contient surtout trop de caseum pour un enfant qui vient de naître. On doit donc le délayer ou le couper. On peut le couper avec du petit-lait, avec de l'eau, de l'eau de gruau, de l'eau d'orge, de l'eau de riz, de l'eau de gomme. On préfère l'eau d'orge ou de gruau quand le ventre est resserré, celle du riz ou de gomme, au contraire, quand il y a dévoiement.

Quand il n'existe pas d'indications spéciales, mieux vaut couper le lait avec du petit-lait et même avec de l'eau, car les décoctions ne sont pas toujours bien préparées, ni toujours bien fraîches au moment où on les emploie.

Il importe que le lait lui-même soit toujours aussi frais que possible. Celui de première, traite étant plus léger, doit être moins délayé et il peut même être donné bientôt pur. On l'obient facilement des marchands parce qu'ils savent qu'il contient moins de crème.

Beaucoup d'auteurs conseillent de faire bouiUir le lait et de le séparer de sa crème. Carter veut au contraire qu'on choi-

(1) Le vermicelle contient aussi beaucoup de gluten (Trousseau).

(2) On a même conseillé de la roussir : mais c'est lui enlever une partic de ses propriétés nutritives.

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sisse un lait contenant beaucoup de crème, et qu'on ne le fasse pas bouillir. Pour la première semaine de la vie, il le coupe avec partie égale d'eau, et ajoute gros comme une noix de sucre par pinte de mélange. Il diminue ensuite graduellement la quantité d'eau, de sorte qu'à la fin du second mois la proportion soit de i partie d'eau pour 4 parties de lait. 11 maintient cette proportion jusqu'à la fin du 6^ mois, et alors il y ajoute de la très-fine farine de froment à la dose d'une cuillérée à café par repas.

Quand les quatre premières dents sont sorties, il accorde un biscuit mou, deux fois par jour et bientôt, à partir du 8^ ou du 10^ mois, une nourriture animale : du bouillon à l'arrow-root, qu'il donne tous les deux jours, alternativement avec le lait.

Il insiste sur deux points : 1° la régularité des repas (2 heures au moins d'intervalle, et 3 heures, au plus, dans les premiers temps) ; 2° l'extrême propreté des biberons, car la moindre trace de lait aigre a bientôt aigri tout le lait frais.

LAIT ARTIFICIEL DE LIEBIG. Liebig a donné la formule d'un lait artificiel qui porte son nom et dont la composition chimique se rapproche beaucoup de celle du lait de femme (i). Voici sa préparation. Prenez : Lait de vache 160 grammes, farine de froment 16 grammes; faites bouillir en agitant jusqu'à bouillie homogène ; retirez du feu et ajoutez immédiatement : 16 grammes d'orge germée broyée dans un moulin à café ex mélangée avec 32 grammes d'eau froide et avec 3 grammes d'une solution de bicarbonate de potasse (2).

Ce mélange opéré, on met le vase qui le contient dans de l'eau chaude et on le place dans un endroit chaud jusqu'à ce que la bouillie soit devenue moins épaisse et qu'elle soit douce et liquide comme de la crème. Au bout de i5 à 20 minutes, on remet le tout sur le feu, on fait bouilHr pendant quelques instants et on passe à travers un tamis serré de fil ou de crin. Il est bon d'abandonner le liquide au repos pour que les

(1) Sur 1000 parties il contient : caséum, 3i; beurre 3i. sucre de lait 43. C'est-à-dire que, comme le bon lait de femme, cette composition contient : éléments plastiques ou nutritifs 10, éléments respiratoires ou de calorification 38. (Gaz. méd. de Paris, 1867, p. 4o5).

(2) Cette solution se compose de deux parties de bicarbonate sur quatre d'eau.

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matières fibreuses fines reste'es en suspension se déposent. Ce lait se conserve 24 heures en été. Il est déjà très-employé en Allemagne et en Angleterre. En France M. De Paul a fait de tristes expériences et voué quatre enfants de l'hôpital des cliniques, au lait de Liebig : ils sont morts tous les quatre : deux dès, le second jour de l'expérimentation , un le troisième et un le quatrième jour {Ga:(. méd. de Paris, 1867, p. 4o5). Tous ont été pris de diarrhée dès le second jour (i). Le baron Justus von Liebig n'est vraiment pas heureux dans les drogues qu'il patronne !

La mère peut-elle se dispenser d'allaiter son enfant ?

(( Christianas mulieres adhortari operae pretium est, ut fihos suos propriis lactent uberibus, non aUenis nutricibus tradant, » dit Natalis Alexander.

Le philosophe Favornius s'adressant aux dames de la Rome impériale, leur disait : « n'est-ce pas outrager la nature, n'est-ce pas être mère à moitié que de rejeter son enfant loin de soi au moment où l'on vient de lui donner le jour ? Convient-il de nourrir de son sang dans ses entrailles je ne sais quoi qu'on ne connaît pas , et de ne pas vouloir le nourrir ' de son lait quand on le voit vivant et que c'est un homme ?» — Ces conseils paraissent avoir été entendus et certaines épitaphes de cette époque, pour honorer la défunte, portent cette mention : filios suos propriis ube?'ibus educavit.

Le vœu de la nature est que la mère allaite son e'nfant : aucun mammifère ne refuse de laisser teter ses petits. Le sein de la femme n'est pas un vain ornement et Dieu en y plaçant une source de vie , a voulu que cette source coulât. Elle est dénaturée la mère qui pouvant allaiter son enfant n'en accepte pas le devoir. La récompense se trouve du reste à côté du devoir accompli et la femme qui nourrit est moins exposée aux maladies puerpérales : métrites, métro-péritonites, phlébites etc. , que celle qui ne nourrit pas. Sous ce rapport, même quand

(1) Ce lait avait été préparé d'après le procédé de Liebig, sous le contrôle de M. Wûrtz, et nos cuisinières ne ^peuvent avoir la pi'étention de faire mieux que ce savant chimiste. L'industrie s'en chargera pour elles ou plutôt c'est fait déjà — sed timeo Danaos. Comme le dit d'ailleurs M. Guibourt, il est un produit naturel qui se rapproche plus du lait de femme que ce produit chimique : c'est le lait de vache lui-même.

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elle ne peut pas continuer l'allaitement, il est des praticiens qui l'engagent à donner le sein pendant 4 à 5 semaines, ne fût-ce que peu et concurremment avec la nourrice.

La femme qui ne nourrit pas est non seulement plus exposée aux maladies puerpérales aiguës, mais aussi aux affections chroniques du système utérin et des mamelles : leucorrhée, engorgement de la matrice, tumeurs du sein.

L'allaitement bien dirigé fortifie souvent la mère, au lieu de l'affaiblir, et nous connaissons maintes femmes qui ne se portent jamais aussi bien, et n'ont jamais autant d'embonpoint et de fraîcheur, que pendant qu'elles nourrissent. On dirait qu'elles font aussi de la chair de lait.

A la femme qui craint de se déformer la gorge , on cite l'exemple des Géorgiennes qui allaitent leurs enfants sans que cela nuise à l'élégance de leurs formes. A celle que l'attrait des plaisirs détournerait de l'esclavage de la lactation, il faut exposer les inconvénients que présentent très-souvent les nourrices à gages. A toutes il faut faire comprendre qu'en remplissant leurs devoirs de mère, elles sont plus sûres de conserver l'attachement de leur mari et celui de leur enfant.

Tout dans l'ordre physique et moral milite pour l'allaitement maternel et cela est si vrai qu'une mère de constitution médiocre est généralement préférable à la plus belle nourrice. On a écrit des volumes pour le démontrer : nous ne savons à qui ils s'adressaient ou s'ils étaient bien nécessaires ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que nous ne devons jamais nous mettre en frais d'éloquence pour engager nos bonnes femmes flamandes à nourrir leurs enfants ; au contraire, nous avons souvent bien de la peine à obtenir d'elles qu'elles renoncent à cette satisfaction , quand des motifs de santé l'exigent impérieusement.

Différentes circonstances peuvent s'oposer à l'allaitement maternel. Tels sont, par exemple, certains cas d'illégitimité de l'enfant ; les cas où la femme n'a pas de lait ; ceux où elle n'a qu'un lait très-insufïisant ou de mauvaise qualité ; ceux où elle n'a pas de mamelons et où on ne parvient pas à les former ; ceux où elle porte quelque affection ou quelque prédisposition susceptible de s'aggraver par l'allaitement et de se transmettre à l'enfant. Parmi ces affections, il faut placer en première ligne la tuberculose; puis viennent les scrofules, les dartres, la goutte, la gravelle. La syphilis n'est pas une contre-indication, car l'allaitement permet de traiter les deux individus à la fois, l'enfant par la mère.

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La femme ayant commence' à nourrir, il peut encore surgir telles conditions qui la forcent à renoncer à son entreprise : une maladie grave quelconque, des abcès profonds dans les deux seins, une se'cre'tion excessive amenant l'épuisement ou, au contraire, le tarissement ou la détérioration du lait et, comme conséquence, le dépérissement de l'enfant.

Parfois la mère maigrit et s'affaiblit ; elle éprouve de la chaleur, des tiraillements dans la poitrine et dans le dos ; elle accuse de la faiblesse dans la vue ; elle a une petite toux, avec ou sans expectoration : on dirait qu'elle devient phthisique. Cet état, qu'on a appelé tabès lactea, n'est pas rare et réclame le sevrage immédiat.

La même mesure doit être prise quand survient une nouvelle conception. Quoiqu'on puisse invoquer l'exemple des femelles d'animaux qui allaitent et portent en même temps, nos femmes civilisées n'ont généralement pas une organisation assez riche pour pouvoir nourrir deux enfants à la fois, l'un de ■ leur lait, l'autre de leur sang.

Le retour des règles n'empêche pas une mère ou une nourrice de continuer à allaiter, si d'ailleurs Tenfant n'en est guère dérangé ; mais on n'accepte pas pour nourrice une femme dont les règles sont revenues.

Peut-on pj'éjuger avant V accouchement si la femme pourra noiC}~rir son enfant ?

Une femme pourra très-probablement nourrir son enfant si elle est bien constituée et bien portante ; si elle a les mamelles bien développées et les mamelons bien formés. En examinant la gorge, on tient compte du développement des veines et du volume des glandes mammaires, plutôt que de celui des seins considérés dans leur masse. Les seins plus ou moins coniques, comme le sont ceux des statues antiques, sont préférables aux seins gros et plats, parce que le volume des premiers est dû à la glande, celui des seconds au tissu adipeux.

L'activité des mamelles est souvent en rapport avec celle du système utérin et avec l'abondance des règles. Ainsi les femmes très-peu réglées ont souvent peu de lait ; par contre, celles qui le sont avec excès, voient souvent leurs menstrues reparaître après 3 ou 4 mois d'allaitement, et cette circonstance est défavorable. Médium tenuere beatœ.

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D'après M. Donné (i) : i) Si pendant tout le cours de la gestation, on peut à peine tirer de la mamelle une goutte de colostrum, le lait sera peu abondant, pauvre et insuffisant ;

2) Si le colostrum est abondant, mais fluide, aqueux, coulant facilement, semblable à une eau de gomme le'gère et ne présentant pas de stries de matière jaune, visqueuse, le lait pourra être abondant, mais il sera pauvre, aqueux et peu substantiel ;

3) Mais si, à 8 mois par exemple, on obtient facilement plusieurs gouttes de colostrum, et si ce liquide, reçu dans un verre de montre, contient une matière jaune, plus ou moins épaisse, plus ou moins foncée, formant des stries qui tranchent par leur couleur et leur cons'stance avec le reste du liquide, la femme sera bonne nourrice.

Lorsque, pour une cause quelconque, la femme ne nourrit pas, ou lorsqu'à l'époque du sevrage, anticipé ou non, la sécrétion laiteuse continue avec une certaine abondance, peut-on la modérer ou la tarir ?

Sous prétexte de prévenir des épanchements laiteux, des engorgements, des inflammations et des abcès des seins, on a l'habitude à Louvain et ailleurs, de faire vider les mamelles par la bouche d'une femme experte. Nous avons vu souvent ces tireuses de seins à l'œuvre, et nous avons acquis la conviction qu elles extraient très-peu de lait et qu'elles irritent fortement les organes. Nous n'avons guère plus de confiance dans les emplâtres, même dans celui de nos bonnes Sœurs de l'hôpital, quoiqu'il jouisse de la réputation attachée à tous les remèdes secrets. Nous ne nous opposons pas aux sommités fraîchement cueillies de jeunes plantes de menthe (2). Ce moyen n'agit probablement que par sa fraîcheur ; mais ce que nous conseillons avant tout c'est le repos de l'organe , l'emploi de l'huile camphrée en onctions légères , l'application d'une bonne couche d'ouate et, au besoin, celle de cataplasmes d'une douce chaleur (3). Un ex-

(1) Conseils aux mères, p. 6.

(2) D'après le D'" Dasara quand on place la plante de menthe sous une aisselle seulement, la sécrétion du lait ne se suspend que dans le sein de ce côté, l'autre mamelle continuant à sécréter comme d'habitude.

(3) Comme moyen abortif de la sécrétion laiteuse, le D"" Castellan conseille l'application du miel sur les seins. Mesnard donnait déjà la même conseil.... et recommandait comme une chose excellente un chapelet de petits morceaux de liège, porté en guise de collier.

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celleiit ' moyen, trop peu employé, est le massage pendant une dizaine de minute et deux ou trois fois par jour , au moyen des doigts enduits d'un corps gras.

Une diète plus ou moins sévère, une légère diaphorèse, au besoin quelque laxatif, suffisent dans l'immense majorité des cas pour prévenir la mammite et ses conséquences. Le professeur Billi dans le cas d'engorgement, administre pendant 2 ou 3 jours l'iodure de potassium en solution et à la dose de 35 à 45 centig. dans les 24 heures. A prioiH, ce moyen semble fort rationnel, vu l'action bien connue de l'iode sur les glandes mammaires. M. Rabuteau conseille également l'iodure de potassium pour modérer et pour taiùr la sécrétion laiteuse.

Lorsque la mère ne peut pas allaiter son enfant, il faut lui faire comprendre les difficultés et les écueils d'une alimentation purement artificielle et l'engager à recourir à une nourrice.

On peut rencontrer plus d'une objection :

1° L'enfant ne s'attachera-t-il pas plus à celle qui le nourrit qu'à celle qui lui a donné le jour ?

Rien n'est plus ingrat qu'un enfant de 12 à 14 mois. Sa nourrice ne l'a pas quitté de quelques jours, de quelques semaines au plus, qu'il Ta oubliée et qu'il ne la reconnaît plus.

2° Ne prendra-t-il pas le caractère, les défauts, et les vices de celle qui va l'allaiter? Rosen dit que les lionceaux nourris de lait de vache perdent leur férocité , tandis que des chiens élevés par des louves deviennent* cruels et dangereux {Gardien, t. III, p. 467). Didon abandonnée par Enée, lui dit : Hircanœ admoriint ubej^a tigres.

Sans doute, les laits exercent, selon leurs qualités diverses, une influence variable sur la constitution et sur le tempérament du nourrisson; ils peuvent ainsi le rendre plus ou moins fort, plus ou moins vif, plus ou moins pétulant, mais là, croyonsnous, se borne leur action. C'est dans l'organisation première et dans l'éducation que les penchants, les facultés morales, affectives et intellectuelles ont leur source et trouvent leur développement. Nous connaissons des familles où tous les enfants ont sucé le même lait et où pourtant tous ont des aptitudes et des caractères tout différents. Eve n'a-t-elle pas nourri Abel et Gain? Et nousmêmes, prenons nous le caractère du bœuf que nous mangeons ?

30 Les npurrices sont sujettes à beaucoup de défauts et elles causent dans une maison des ennuis de toute sorte.

Cela est très-vrai. Il faut d'abord faire un bon choix, puis

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surveiller et bien diriger celle qu'on a choisie. En tout cas il faut placer la santé d'un enfant au-dessus de quelques embarras de peu de durée.

Choix d'une nourrice.

Le choix d'une nourrice est une question assez importante pour que nous lui donnions quelque développement.

La nourrice doit être à la fleur de l'âge : 22 à 82 ans. Si elle est mariée, il est préférable qu'elle ait eu un ou deux autres enfants, parce que son lait est ordinairement alors plus abondant ; parce qu'elle est moins sujette aux maladies des seins ; parce qu'elle a plus d'expérience pour les soins accessoires et parce que la santé des premiers nés témoigne aussi des qualités de son lait. Mais quand elle n'est pas mariée, elle doit être primipare ; car si une première faute peut s'excuser, rien ne garantit qu'une seconde ne serait pas suivie d'une troisième avant la fin de l'allaitement.

Dans tous les cas, la nourrice doit être bien remise de ses couches, c'est-à-dire, au moîjis à quatre semaijies de son accouchement ; sinon, elle est encore sujette aux maladies des seins et aux affections du bas-ventre qui se rattachent à l'état puerpéral. Si c'est un nouveau-né qui doit lui être confié, il convient qu'elle ne soit pas accouchée de plus de 3 à 4 mois, de crainte que son lait ne tarisse avant l'époque oîi l'enfant devra être sevré.

La nourrice doit être issue de bonne souche ; il faut qu'elle présente tous les attributs d'une belle santé et qu'on puisse dire d'elle : mens sana in corpore sano. Il faut de plus qu'elle ait un lait abondant et facilement transmissible à l'enfant.

Est-elle de bonne souche ? C'est aux intéressés à prendre des renseignements à cet égard. Est-elle saine de corps ? On en juge d'après l'état général d'abord, puis d'après l'examen particulier de tous les organes.

Les maladies des appareils spéciaux : digestif, circulatoire, respiratoire, etc., et les affections générales, telles que la syphilis, la scrophulose, le lymphatisme exagéré, l'herpétisme, etc., doivent la faire refuser sans hésitation.

Est-elle saine d'esprit ? L'expression de la face et la nature des réponses, permettent d'apprécier la portée intellectuelle du sujet. C'est d'ailleurs du lait, et non travaux intellectuels, qu'on lui demande.

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A-t-elle un lait abondant? de bonne qualité? facilement transmissible à lenfant ? C'est ce dont on s'assurera par l'examen des seins et des mamelons; par l'examen physique, chimique et microscopique du lait; par les épreuves de la succion, des pesées, etc., et surtout par la santé de l'enfant.

EXAMEN D'UNE NOURRICE. On jette d'abord un coup d'œil sur l'état général : taille, conformation, embonpoint, teint, traits et expression du visage, état des lèvres, des paupières et des cils.

On empoigne le bras pour Juger du développement et de la fermeté des chairs.

On examine la bouche : l'état du tube digestif se juge à la blancheur et à l'intégrité des dents, à l'état des gencives et de la langue. Il faut ne pas négliger d'examiner l'arrière-bouche où peuvent se trouver des ulcérations ou des cicatrices suspectes.

On regarde et on palpe le cou en avant et en arrière, pour s'assurer qu'il n'existe ni engorgements, ni cicatrices de scrofule, ni ganglions syphilitiques.

On fait ôter la coiffure et on examine la région postérieure des oreilles et toute la surface du crâne, pour s'assurer qu'il n'existe, ou n'a existé, aucune maladie de la peau ou du cuir chevelu.

On découvre les bras et on inspecte les interstices des doigts, les poignets, les coudes, qui pourraient être affectés de gale ou le siège d'éruptions cutanées.

Passant à la poitrine, on tient compte de son développe ment, surtout vers le sommet, on percute et on ausculte au besoin.

On procède ensuite à l'examen successif des deux seins (i). On voit si les mamelons ne sont ni trop gros, ni trop courts ; s'ils n'offrent ni gerçures, ni crevasses, ni ulcérations. Si l'on découvre des crevasses, il faut refuser la nourrice, car ces lésions, si légères qu'elles soient, amènent facilement les phlegmons et les abcès du sein.

On voit si les veines mammaires sont bien dessinées, si, les seins sont convenablement développés et si leur volume dé-

(1) Nous disons des deux seins, d'abord parce qu'il importe qu'ils fonctionnent tous les deux et puis parce que nous nous rappelons une fort jolie nourrice qui n'en avait sûrement montré qu'un seul au confrère de Bruxelles chargé de l'examiner. Elle avait pour cela ses raisons, car elle portait sur l'autre un chancre syphilitique de la plus belle venu.'.

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pend plutôt de la glande que du tissu adipeux qui la recouvre ou l'enveloppe. Dans cette appréciation, il faut tenir compte du temps qui s'est écoule' depuis la dernière succion , tout en se rappelant que chez certaines femmes la sécrétion laiteuse étant continue, les seins sont d'autant plus gros qu'on les a laissés plus longtemps tranquilles, tandis que chez d'autres nourrices , qui valent bien les premières, les mamelles ne se tendent jamais au même degré, parce que la formation du lait n'a pour ainsi dire lieu que sous l'incitation de la bouche de l'enfant.

On engage ensuite la femme à se presser le sein pour en tirer du lait. On voit si le liquide sort facilement, abondamment, en nappe ou en jets nombreux et vigoureux; s'il est clair ou épais, d'un blanc opalin ou mat. Après s'être rincé la bouche, on en porte quelques gouttes sur la langue pour en apprécier le goût et la saveur. Si le lait laisse à désirer sous ce rapport on le soumet au papier de tournesol.

Il faut ensuite faire mettre l'enfant ou sein et voir si les mouvements de déglutition sont fréquents , si le glouglou est bien prononcé, si le lait lui coule sur la joue, etc. Lorsqu'il y est de quelque temps , on l'en retire brusquement, en lui fermant les narines avec deux doigts, et l'on voit si le lait coule en bavant ou s'il est dardé.

Lorsque l'enfant est arrivé à mi-repas, on examine de nouveau le lait pour voir s'il est passé du blanc-bleuâtre au blanc mat. Trousseau veut même qu'on l'examine encore à la fin de la traite, car il doit alors, selon lui, pour être tout à fait bon, offrir une teinte jaunâtre (i).

Pour évaluer la quantité de lait, il n'est pas de moyen plus facile et plus sûr que la double pesée de M. Nat. Guillot. Chaque tetée doit être :

de 40 à 60 grammes dans le premier mois de la vie; de 200 à 3oo » dans le 3^ mois ; de 400 à 5oo » à l'âge d'un an (2).

(1) La traite, d'après MM. Peligot et Trousseau, doit être divisée en 3 temps. Trois heures après succion — i^r temps : lait bleuâtre = beaucoup de sérum, peu de caseum, pas de beurre. — 2" temps : lait blanc = moins de sérum, peu de beurre, beaucoup de caseum. — 3° temps : lait jaune = très-peu de sérum, certaine quantité de caseum, prédominance du beurre.

(2) Un enfant de 4 à 5 mois tette, par jour, j5oo grammes (N. Guillot).

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Quant aux qualités du lait, nous lavons dit déjà, elles s'apprécient spécialement bien par l'état du nourrisson. Il faut donc toujours examiner celui-ci , et pour peu qu'il y ait doute, s'assurer de son âge et de son identité. Nous aurions pu dire que c'est par cet examen qu'il faut commencer attendu que, s'il n'est pas satisfaisant, la mère ne doit pas être acceptée.

On tient compte du volume de l'enfant, de la fermeté de ses chairs , de la vigueur de ses mouvements , de son air de gaîté et de bien-être, de la netteté des téguments, de l'état de la langue et de l'haleine qui ne doit jamais être aigre. S'il y a une selle dans les langes, on voit si elle est jaune, bien élaborée, bien liée ou, au contraire, caillebottée, verdâtre, aigrelette. On ne négligera jamais l'examen des organes génitaux, du périnée et des fesses, non-seulement parce que la présence d'un érythème trahit une diarrhée et de mauvaises digestions , mais encore parce que d'autres éruptions accusent parfois une maladie bien plus grave. Un coryza rebelle et repoussant, des gerçures aux lèvres, des plaques cuivrées, du pemphigus etc. , indiquent clairement que la mère d'un pareil enfant ne peut pas devenir la nourrice d'un autre.

Mais même quand l'enfant ne présente pas de signe de syphilis, l'accoucheur ne peut jamais se dispenser de compléter l'examen de la nourrice par l'inspection des organes génitaux. En découvrant la partie inférieure du corps, il examine le développement des membres pelviens, les jarrets et surtout les aînés qui ne doivent offrir ni engorgements ganglionnaires ni cicatrices. Il inspecte ensuite les organes génitaux externes et l'entrée du vagin en notant soigneusement tout ce qu'ils peuvent présenter d'insolite. Pour peu qu'il ait de soupçon, il applique le spéculum pour constater l'état du col de la matrice et du vagin.

Il faut insister sur cette partie de l'examen et y tenir d'autant plus que la femme s'y oppose davantage. Il ne faut pas même y renoncer facilement quand il s'agit d'une femme mariée et d'une entière bonne foi, car elle peut avoir la syphilis sans s'en douter. Si pourtant elle ne paraît mue que par la pudeur, si sa conduite et celle du mari semblent à l'abri de tout soupçon, vous exposez le cas aux intéressés et vous vous en rapportez à leur décision.

Faut-il appeler la nourrice à la ville et la prendre à domicile ou lui confier l'enfant chez elle, à la campagne ?

C'est parfois là une question d'économie ou de convenance pour la famille. La nourrice est-elle mariée, probe, bonne ;

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jouit-elle d'une certaine aisance ; son inte'rieur est-il calme et heureux? on peut sans doute lui confier le nourrisson, d'autant plus, qu'éloignée de son ménage, elle pourrait s'ennuyer et languir à la ville.

Mais dans les cas contraires, il nous parait préférable [contrà Briand, p. 483) que ce soit elle qui se déplace. On la surveillera mieux, on sera plus sûr qu'elle ne commettra pas d'écart au physique ou au moral on découvrira plus aisément ses défauts ; on n'aura pas à craindre qu'elle partage son lait ou qu'en cas d'insuffisance de cet aliment qu'on lui demande, elle y substitue une nourriture artificielle ; les soins de la mère se joindront à ceux de la nourrice et les lois hygiéniques relatives à la propreté, à l'air, etc., seront plus sûrement observées.

HYGIÈNE DE LA NOURRICE. Si la femme reste chez elle, elle conserve son régime habituel ; mais si elle se rend chez les parents de l'enfant, il convient de régler son hygiène. Il faut avant tout que ses habitudes ne soient pas changées trop brusquement. On s'enquiert donc de ses aliments et boissons ordinaires et on l'engage à ne changer son alimentation que par degrés. Si elle paraît gourmande, le médecin doit lui faire comprendre qu'elle se rendra malade et qu'avec son lait, elle perdra sa place.

Lorsque son enfant est beaucoup plus âgé que celui qu'on lui confie, on conseille 'généralement de chercher pendant quelques jours à atténuer le lait par des boissons aqueuses et délayantes.

Le lait d'une nourrice accouchée de quelques mois n'étant pas laxatif comme le colostrum, il est nécessaire d'évacuer le méconium de l'enfant par un des moyens que nous indiquerons plus loin. D'une autre part, ce liquide étant trop substantiel pour un nouveau-né, il faut, pendant 5 à 6 jours, ne laisser prendre à celui-ci que le lait de première traite et compléter ses repas par quelques cuillerées à café d'eau sucrée.

On ne laisse guère prendre le sein seul que vers le 8"^ ou le 10"^ jour.

Souvent la sécrétion laiteuse diminue pendant quelques jours, soit parce que la nourrice a éprouvé quelque chagrin en quittant son enfant ou sa famille, soit parce qu'elle est mal à l'aise dans son nouveau milieu, soit enfin parce qu'elle ne respire plus le même air ou ne suit plus le même régime. 11 faut rassurer les gens de la maison et la nourrice elle-même, car l'inquiétude ne peut avoir qu'une influence fâcheuse.

ALLAITEMENT

Il est évident qu'une femme habitue'e au grand air et au travail, ne peut, sans inconvénients, être tout à coup condamnée au repos et constamment tenue renfermée dans des appartements chauds. Darcet a constaté que le lait est meilleur et plus alcalin quand les vaches vont en pâture que quand elles sont nourries à l'étable. Lanologie dit donc que la nourrice doit au moins se donner un exercice modéré et au grand air. La distraction écartera l'ennui et la nostalgie.

La femme qui allaite, mère ou nourrice, doit éviter les refroidissements subits, l'immersion des pieds et des mains dans l'eau froide; elle doit se couvrir les seins d'un linge sec et doux; les essuyer et ne pas les laisser exposés au froid quand l'enfant a teté ; les soutenir mollement par un corsage lorsqu'ils sont très-développés ou pendants.

L'alimentation a une influence manifeste sur la sécrétion laiteuse quant à sa quantité et à sa qualité. Cela n'est pas plus douteux pour la femme que pour les animaux. Le choix des aliments variera toutefois selon les goûts et selon la constitution. En thèse générale, on peut dire que tout ce qui est bien digéré par la nourrice, tout ce qui entretient ou améliore sa santé, convient également au nourrisson.

Chez les femmes robustes, on a remarqué que les végétaux donnent un lait meilleur et plus abondant que les aliments tirés du règne animal (CuUen, Chevalier, Démolie, Gardien).

On défend ordinairement l'usage des salaisons, les aliments trop épicés, les acides,, les fruits crus, les légumes verts, les oignons, les salsifis, les navets, comme capables de causer des aigreurs, de la flatulence, de mauvaises digestions à l'enfant. Ces précautions sont bonnes dans le premier mois, aussi longtemps que l'état de la mère elle-même les réclame; mais plus tard, on se relâche de cette sévérité et l'on permet l'usage, très-modéré d'abord, de tout ce que la femme appète et digère bien. Ces concessions sont parfois nécessaires. Il est évident, en effet, que si la mère ou la nourrice a le corps échauffé, les selles dures et difficiles, les légumes herbacés, les sauces légèrement acidulées, les fruits bien mûrs, lui conviennent mieux que les farineux et les viandes noires. Ne serait-il pas étrange qu'un peu de vinaigre pris par la mère fût plus nuisible à l'enfant né qu'au fœtus à naître ?

Quant aux boissons, il n'en est pas de meilleures que nos jeunes bières, blanches ou brunes. On croit généralement que

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le vin aigrit le lait. Cette opinion repose peut-être sur ce fait que quand la femme en prend, elle commet souvent en même temps quelque écart de re'gime qui dérange ses digestions et, secondairement, celles de l'enfant. La mère qui a l'habitude de boire du vin peut continuer à en prendre, au moins coupé, pendant l'allaitement. Mais il faut interdire les boissons fortement alcooliques qui sont inutiles et fort nuisibles à l'enfant. Nous avons vu un nourrisson de deux mois, dont la mère s'était enivrée la veille, être pris de convulsions. La nourrice doit bien manger et bien boire puisqu'elle a des pertes à réparer ; elle peut obéir à l'instinct et satisfaire ses besoins réels ; mais elle ne doit pas se figurer qu'il faut qu'elle mange comme quatre, parce qu'elle mange pour deux. En d'autres termes, elle doit satisfaire son appétit : rien de plus. C'est ce qu'il faut surtout faire comprendre aux femmes qui sè surchargent l'estomac toutes les fois que, par une cause quelconque, leur lait vient à diminuer.

Dans ces circonstances on nous demande souvent : Docteur, n'avez-vous pas quelque moyen de me donner plus de lait ? Avant de répondre il faut rechercher les causes de la diminution survenue dans la sécrétion laiteuse et les écarter ou les combattre, si c'est possible.

Lorsqu'il ne s'agit que d'activer momentanément cette sécrétion, par exemple dans le cas où l'on doit retrancher pour quelques jours la panade à l'enfant, on conseille à la mère de prendre le soir une soupe composée d'un mélange de lait et de bière de Louvain avec addition d'un jaune d'œuf ou d'un peu de fécule (biersoep). On a conseillé aussi le lait dans lequel on a fait bouillir du froment blanc ou des lentilles (Cazeaux).

L'arsenal thérapeutique contient-il des médicaments galactogènes, comme il contient des diurétiques, des sudorifiques, etc.? Les anciens croyaient que le céléri, l'ail, le poireau, la roquette, le fenouil, augmentent la sécrétion laiteuse.

M. Barbaste a attiré en 1872 l'attention sur les propriétés du cumin et il cite des faits où, par les fruits de cette ombellifère, il a rappelé la sécrétion laiteuse tarie. — Le matin à jeun, et le soir, il fait prendre une pincée de graines dans un verre d'eau.

Les éleveurs donnent 3 onces de graine de fenouil, anethum fœniculum , dans un litre de lait tiède , le matin à jeun , dose qu'ils répètent, au besoin, au bout de 48 heures, pour rappeler le lait des juments ou des vaches. Des expériences faites dans le Doubs , ont démontré qu'un même poids de galega officinalis et

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de luceriie, donné en 24 heures à un même nombre de vaches leur avait fait produire, d'un côté 28 Htres de lait et de l'autre 18 seulement (i). Très-utile pour . la vache et la chèvre, le galega le serait aussi pour la femme.

Au dire de Taberiia Montanus, la pimprenelle appHquée pendant 6 heures sur les mamelles, y déterminerait une sécrétion telle qu'on serait bientôt obhgé d'enlever la plante. Si nos souvenirs sont exacts, on aurait récemment attribué un effet analogue aux feuilles de ricin. Mais l'efficacité de ces moyens n'est pas suffisamment établie et, en résumé, ce qu'il y a encore de mieux à faire, c'est de veiller à ce que la femme ait de bonnes digestions et ne prenne que de bons aliments.

On conseille généralement aux mères de ne pas donner le sein immédiatement après les repas, ni surtout après une vive émotion.

On cite l'exemple d'une femme qui, ayant vu son mari engagé dans une rixe , donna , encore tout émue , le sein à son enfant qui fut pris de convulsions.

La femme ne doit pas allaiter non plus après une grande fatigue ou quand elle a le corps en sueur. Nos fermiers ne laisseraient pas leurs poulains teter leurs mères dans ces conditions.

La mère vous demande souvent si après un chagrin, une frayeur ou un accès de colère, elle peut donner le sein à son enfant. Nous faisons dans ce cas tirer et jeter le premier lait, bien que nous n'ayons jamais observé un inconvénient sérieux à la suite de la négligence de cette précaution.

Lorsque la mère ne peut pas nourrir et qu'on ne trouve pas, ou qu'on ne veut pas de nourrice, on est bien obligé de recourir à une alimentation artificielle. L'accoucheur doit en faire comprendre les difficultés et les dangers ; il doit tâcher d'obtenir au moins la promesse que l'on prendra une nourrice si l'enfant devient malade, et surtout si ses fonctions digestives se dérangent sérieusement.

Il arrive, pour des causes diverses, qu'on se trouve dans la nécessité de renvoyer une nourrice. Les parents s'exagèrent presque toujours les inconvénients d'en prendre une autre. On peut

/i) Galega officinalis, famille des légumineuses, contient beaucoup de sub. stances azotées et, d'après M. Verrier, tous les éléments constitutifs du lait. On peut le mêler à la salade ordinaire qui n'en est pas moins bonne pour cela. — On en a fait un sirop qui se donne à la dose de 3 cuillerées par jour.

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leur affirmer que ces inconve'nients sont nuls, pourvu que la seconde nourrice soit une bonne nourrice.

Du sevrage.

Quand faut-il sevrer l'enfant ? Une transition brusque exposant aux dérangements intestinaux et à leurs dangers, on ne peut penser à sevrer un enfant que lorsqu'il s'est graduellement habitué à la nourriture artificielle.

L'éruption des dents indique naturellement l'époque à laquelle une alimentation plus solide doit remplacer le lait ; mais cette éruption se fait d'une manière successive et elle nous montre par là, que le sevrage ne doit pas s'effectuer tout d'un coup. On y procédera donc toujours graduellement et plus ou moins tôt, selon Les conditions de santé de la mère et de l'enfant. Celui-ci est-il fort, digère-t-il bien les aliments qu'on lui donne ? On peut lui enlever le sein quelques mois plus tôt. Mais on n'oubliera pas que la dentition s'accompagne souvent de dérangements du tube digestif qui nous mettent parfois dans un grand embarras si l'enfant ne tette plus. Aussi convient-il de ne le sevrer que vers l'âge de 12 à i5 mois.

Si la mère est d'une constitution délicate, nous l'engageons au moins à entretenir son lait, ne fut-ce qu'en donnant le sein 2 ou 3 fois dans les 24 heures, jusqu'à ce que l'apparition des premières dents permette d'augurer si la dentition sera facile ou non. Si celle-ci est orageuse, l'enfant ayant conservé l'habitude de teter, on a la ressource d'une nourrice. Il faut des raisons très sérieuses pour se décider à sevrer un enfant avant l'apparition des premières dents.

Il n'est pas indifférent de commencer le sevrage à tel ou tel moment et, sous ce rapport, on doit se rappeler que l'éruption des dents de lait se fait par groupes :

1° Les deux incisives médianes inférieures se montrent généralement du 7^ au 8^ mois, à peu de jours d'intervalle ; puis vient un repos de 3, 4 à 5 mois-.

2° Les 4 incisives supérieures, les médianes d'abord, apparaissent du 10^ au 12e mois et mettent 3 à 4 semaines à sortir.

3° Du 12° au i5<^ mois, les deux incisives latérales inférieures et les quatre premières molaires surgissent, dans un ordre qui n'a rien de bien fixe. Puis a lieu un repos complet de 4 à 5 mois.

ALLAITEMENT

40 Vers 18, 20 ou 22 mois, on voit apparaître les 4 canines dont l'évolution dure environ 3 mois, et est suivie d'un trèslong repos au bout duquel percent quatre nouvelles molaires qui complètent le jeu des dents caduques.

Smellie parle d'un individu qui a fait ses premières dents à 21 ans. Nous avons connu un M. X. qui avait encore toutes ses dents de lait à 5o ans : elles e'taient petites et jaunes — (M. X. était fumeur) mais elles faisaient très-bien leur service.... et elles ont même mangé une jolie fortune.

Il est évident que le moment le plus favorable pour commencer le sevrage est celui qui succède à l'apparition d'un groupe dentaire, puisqu'on a alors devant soi un temps de repos et de calme plus ou moins long.

Le moment qu'on choisit le plus généralement est celui où l'enfant vient de faire sa douzième dent. L'évolution des canines étant la plus difficile. Gaz eaux dit qu'il serait opportun d'attendre leur sortie ; mais elle est trop tardive, puisqu'elle n'a lieu que du 18^ au 22^ mois.

Le printemps et l'automne sont les deux saisons les plus favorables pour le sevrage, parce qu'elles permettent aux enfants la promenade et que les digestions se font mieux au grand air. On se gardera surtout de sevrer pendant les grandes chaleurs de l'été; car, Trousseau le fait remarquer avec infiniment de raison, on a à redouter alors le choiera infantile^ presque toujours mortel.

Pour sevrer son enfant, la mère commencera par donner le sein une fois de moins dans les 24 heures ; puis elle diminuera graduellement le nombre des tetées jusqu'à ce qu'elle les ait réduites à une ou à deux par jour. Deux à trois semaines suffisent à cet effet.

L'enfant oubliera alors facilement le sein, surtout si la femme a soin de ne pas se montrer à lui à l'heure de ses repas. Il est assez rare qu'il soit nécessaire de le dégoûter du sein en mettant sur le mamelon de la coloquinte, de l'aloës ou de la moutarde.

Le sevrage ainsi gradué permet d'observer comment les digestions se font, en même temps qu'il prévient les engorgements des seins, qui pourraient résulter d'une suppression trop brusque de l'allaitement.

ALLAITEMENT PAR UNE FEMELLE D'ANIMAL. Lorsqu'on a une chèvre à sa disposition, on la dresse assez facilement à se

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laisser teter directement par l'enfant, et même à venir lui présenter spontanément le pis, comme cela se voyait autrefois à l'hôpital d'Aix (Gardien, t. III, p. 487).

Si l'on ne peut pas donner du mercure à une nourrice saine, rien n'empêche qu'on ne frictionne de ce médicament la chèvre qui doit allaiter des enfants atteints de syphilis. Au lieu de mercure en frictions, on administre parfois aussi l'iode ou le fer à l'intérieur pour communiquer au lait de la chèvre les propriétés de ces médicaments.

ALIMENTATION ARTIFICIELLE. Lorsque la mère ne peut pas nourrir son enfant ou lorsque , pour un motif sérieux , on ne peut ou on ne veut pas recourrir à une nourrice, on est bien forcé, faute de mieux, d'en venir à l'alimentation artificielle.

Pai- quel aliment faut-il commencer ?

Nous croyons, avec Carter (p. 631), qu'il faut donner la préférence au lait coupé (i). Gaze aux est du même avis, mais les proportions de lait qu'il accorde nous paraissent insuffisantes :

i^e semaine : eau, 3 parties, pour une de lait; i^r mois : eau et lait, parties égales ; Puis jusqu'au 6e mois : i/3 eau sur 2/3 lait; Au 6e mois lait pur.

Alors aussi il coupe, de temps en temps, le lait de vache avec de l'eau de poulet, ou il recourt aux panades, aux bouiUies.

On ne doit point oublier que tout changement dans la quantité ou dans la qualité des aliments doit s'opérer lentement, graduellement et avec prudence. S'il produit de la saburre linguale, du malaise, des coliques, des vomissements, de la constipation, de la diarrhée, des selles vertes, il faut aussitôt revenir sur ses pas et laisser le tube digestif se rétablir dans ses conditions normales, avant de faire un nouvel essai. On ne doit pas oublier non plus que, même à cet âge, l'estomac a déjà ses préférences dont il faut tenir compte.

Les aliments de l'enfant doivent être sucrés, mais sans excès, car le sucre n'est pas toujours bien digéré.

Le lait ne doit pas être bouilli, car l'ébullition, lui enlevant

(1) Gardien conseille de couper le lait avec du petit-lait préparé sans acide :

Lait 1/3, petit-lait 2/3, pour le i*'' mois;

« 3/4, » 1/4, après 2 mois (t. III, p. 489).

ALLAITEMENT

une partie de son arôme et de l'air qu'il tient en solution, le rend moins facile à dige'rer.

Les boissons doivent être un peu plus que tièdes. Aussi longtemps qu'on emploie le lait coupé, on lui donne la tempe'rature voulue au moyen du liquide qui sert à le délayer, et on n'opère le mélange qu'au moment des repas. Cette précaution est spécialement nécessaire quand on coupe le lait avec une décoction d'orge ou de gruau, car ce mélange s'altère très-vite, surtout en été. Quand on administre le lait pur, on le chauffe au bain-marie à environ So» R.

On peut donner les aliments , à l'enfant au moyen d'une cuiller ou d'une timbale ; mais le biberon est préférable, parce qu'il exige quelques efforts de succion et qu'il produit ainsi l'insalivation qui est le premier acte de la digestion. Mais il importe qu'il soit tenu avec la plus minutieuse propreté et celui qui tient le moins de lait et qui se nettoie le plus facilement, mérite la préférence : nous recommandons comme le meilleur , parce qu'il est le plus simple et le moins coûteux, un simple flacon de verre coiffé d'une tetine en caoutchouc : si l'on a soin de se munir de deux tétines, de les faire servir alternativement et de laisser reposer l'une dans un verre d'eau tandis que l'autre fonctionne, on est certain que le lait ne se gâtera pas du fait de l'instrument. Les mauvaises gardes-couches ne veulent pas de ce biberon parce qu'il doit être tenu à la main pendant le repas de l'enfant.

On ne doit pas l'oublier : le succès de l'entreprise dépend surtout de la garde-couches. Si elle est intelligente, si elle sait reconnaître les besoins réels de l'enfant, si elle s'attache de bonne heure à régulaiûser ses repas, si elle apporte tout le soin nécessaire à la préparation de ses boissons et de ses aliments, elle réussira très-probablement à l'élever. Carter garantit le succès pourvu qu'on s'en tienne aux règles qu'il a tracées et que nous avons rappelées. Il va jusqu'à dire que l'alimentation artificielle, telle qu'il la prescrit, est infiniment supérieure à l'allaitement par une nourrice mercenaire, et même généralement préférable (quant au bien-être de l'enfant) à l'allaitement maternel. La mère, ajoute-t-il, est sujette à des variations de régime, de santé et d'humeur, qui altèrent son lait, tandis que la vache, exempte de ces variations, fournit un liquide dont la composition est beaucoup plus stable. Il y a certainement beaucoup d'exagération dans de semblables assertions ; mais il n'en faut pas moins

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tenir compte des succès obtenus par l'auteur et des conditions expresses auxquelles il les attribue.

EN RÉSUMÉ : voici dans quel ordre de mérite nous rangeons les différents modes d'alimentation d'un nouveau-né :

1° L'allaitement maternel complet.

2° L'allaitement maternel incomplet ou mixte.

30 L'allaitement par une nourrice à gages.

4° L'alimeatation artificielle.

Allaitement maternel complet : 6 à 8 premières heures : eau sucrée, 2 à 3 fois.

Si la femme ne peut allaiter qu'après 2 ou 3 jours, purger légèrement l'enfant et lui donner du lait coupé (i partie d'eau, I de lait). Puis ne donner que le sein pendant le jour, et du lait coupé pendant la nuit.

Vers le 6^ ou 7^ mois, panades en bouillies ; de préférence les panades.

Vers le 8^ mois, bouillon léger, jaune d'œuf dans la panade ou dans la bouillie, biscuits, en commençant toujours par de petites quantités et de préférence après l'éruption d'un groupe dentaire.

Sevrer après la sortie des 6 premières dents ou attendre l'issue des six qui doivent suivre, et même celle des canines , si la dentition est orageuse et si la mère est robuste.

Allaitement maternel incomplet. L'alimentation supplémentaire consistera dans du lait coupé jusque vers le 4^ mois; puis dans des panades ou dans des bouillies légères d'abord, puis graduellement plus nutritives ; plus tard encore, vers le 7^ ou 8^ mois, biscuits, jaunes d'œufs, bouillon maigre, féculent, léger, alternant avec les panades ou les bouillies au lait.

Allaitement par wie nourrice. Eau sucrée, au besoin, léger laxatif, le premier jour.

Soumettre la nourrice à un régime végétal et aux boissons délayantes ; ne lui laisser donner que le lait de première traite, et faire prendre à l'enfant un peu d'eau après chaque repas.

Au bout de 8 à 10 jours, sein seul, la nuit comme le jour. Défendre à la nourrice de prendre l'enfant dans son lit (i), La faire coucher dans un lit très-étroit (Cazeaux). Tâcher d'obtenir bientôt de la régularité dans les heures de repas.

Vers le 7^ mois, lait coupé, bientôt lait pur, panades, bouillies, etc. ; vers le 8"^ mois, bouillon, etc.; ne sevrer qu'après l'éruption des 4 premières molaires et même après celle des canines, si la dentition est difficile.

EXCRETA

Alimentation artificielle. Nous recommandons, lorsqu'il faut absolument nourrir artificiellement l'enfant ;

D'employer le lait très-frais, encore chaud, si c'est possible;

2° De ne pas le faire bouillir et , s'il est refroidi , de lui donner au bain-marie, la température du corps ;

De le délayer avec de l'eau sucrée au moment de s'en servir, Tplus ou moins selon l'âge, les besoins et l'état des organes digestifs de l'enfant ;

40 De l'administrer au biberon pour provoquer des efforts de succion et l'insalivation ;

50 De surveiller de très-près la propreté du biberon.

Nous venons de voir ce qui concerne l'alimentation du nouveau-né nous devons maintenant passer rapidement en revue les autres soins qu'il réclame.

EXCRETA. ■ Lorsque, pour une cause jquelconque, l'enfant ne peut pas prendre le premier lait de sa mère dans les 48 premières heures , on lui donne d'abord de l'eau sucrée et du petit-lait (Burton, t, II, 53o, ôSg). Mais si le lendemain, il n'a pas eu de selles , après s'être assuré que l'anus n'est pas imperforé , on rend les boissons laxatives en y ajoutant un peu de miel ou de sirop de manne, ou bien on administre une ou deux cuillerées à café d'huile d'amandes douces fraîche et légèrement sucrée. Il est assez rare qu'il faille recourir à quelque sirop plus actif , comme celui de chicorée , de rhubarbe ou de fleurs de pêcher. En général on doit être très-sobre de médicaments chez les jeunes enfants , et c'est dans le régime qu'il faut chercher le remède au resserrement du ventre.

(Quelques bains tièdes, des suppositoires en papier, en savon, en beurre de .cacao, en sirop de sucre ; de petits lavements à la décoction de son , de graine de lin , ou au lait , avec addition d'un peu de miel , de cassonade ou de sirop de cuisine , peuvent également être employés dans les cas de constipation passagère. On ne doit pas oublier d'ailleurs que, comme les adultes, certains enfants ont déjà naturellement les selles plus ou moins rares.

Dans le cas de rétention d'urine, chez le nouveau-né , on examine d'abord si les organes génito-urinaires ne présentent pas de vice de conformation. Dans la négative, un bien tiède, des

(i) Les exemples d'enfants étouffés pendant le sommeil de leur mère ou de leur nourrice sont très-fréquents. On en trouve déjà dans la Bible : témoin, le jugement de Salomon.

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cataplasmes préparés avec des poireaux et appliqués sur le basventre suffisent généralement. Ni mon père, ni moi n'avons jamais dû recourir au cathétérisme qui exigerait l'emploi d'une sonde élastique de très-petit calibre.

CIRGUMFUSA. Air. Le nouveau-né sort d'un bain chaud et sa température est de quelques dixièmes de degrés supérieure à celle de sa mère (Expériences d'Alexeeff). La température qui convient à l'appartement de la mère lui suffit, s'il est bien emmailloté. En hiver cependant on fera bien de chauffer un peu plus fortement la chambre au moment où on l'habille et le déshabille.

L'action de l'air sur les narines lui cause souvent des éternuements qu'il ne faut pas attribuer à un véritable coryza : la muqueuse n'est pas encore accoutumée au contact de l'air et doit s'y faire peu à peu.

Lumière. Le nouveau-né ne doit pas être exposé d'emblée à toute la clarté du jour. Les volets ou les rideaux des fenêtres tiendront d'abord la chambre dans une demi-obscurité. Les rideaux du berceau contribueront également au but qu'on veut atteindre, mais ils ne doivent jamais intercepter la circulation de l'air ambiant. La lumière ne doit tomber ni directement ni obliquement sur la face de l'enfant : elle serait trop vive dans le premier cas ; elle pourrait amener le strabisme dans le second. On pare à ces inconvénients en dirigeant le chevet du côté de la fenêtre et de manière à ce que les deux côtés du berceau reçoivent un jour égal. L'enfant sera habitué peu à peu à une lumière plus vive et à une température moins élevée. On le promènera d'abord dans des appartements aussi vastes que possible , bien aérés , et convenablement chauffés si c'est en hiver. Puis on ouvrira une fenêtre pendant que la porte sera soigneusement close ; puis on le portera à l'air, en choisissant les endroits oii il nexiste pas de courants ; enfin on l'agguerrira peu à peu contre les vicissitudes et les intempéries de l'atmosphère. Est-il nécessaire d'ajouter que la première sortie se fait plus ou moins tôt selon les saisons et que, dans tous les cas, il faut choisir les meilleurs moments de la journée pour ces promenades qu'on rend graduellement de plus en plus longues.

La seconde nourriture c'est l'air : aè'r vitœ pabiilum. Il faut faire comprendre cette grande vérité aux parents. Les enfants qui vont beaucoup au grand air digèrent bien et ils dorment mieux, non seulement pendant la promenade, mais encore la nuit. On ne peut trop insister sur ce point.

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