‹ Cours d'accouchements professé à l’Université catholique de LouvainChapitre 11 sur 114 · SUPERFÉTATION · texte numérisé non relu

SUPERFÉTATION

lo Dans le cas de grossesse extra-utérine, un second œuf peut être fécondé et venir se développer normalement dans l'utérus;

2° Dans Tutérus bicorne ou bifide, un fœtus de quelques semaines, n'obstruant pas tout l'organe, peut laisser le passage libre dans l'autre corne et permettre le contact d'un nouvel ovule avec le liquide fécondant; (i)

3° Il faut une dizaine de jours à l'ovule pour arriver de l'ovaire à l'utérus : on comprend que' durant cette descente de l'œuf par une trompe, une nouvelle fécondation puisse s'opérer par l'autre. Voici deux faits à l'appui de cette assertion. Le premier est emprunté à Buffon. 11 rapporte qu'une femme blanche , violée par un nègre quelques jours après avoir reçu les approches - d'un blanc, accoucha neuf mois plus tard de deux enfants : l'un était blanc, l'autre mulâtre (2). Le second fait est cité par Briand (t. I, p. 12 5). Une jument est saillie par un cheval et cinq jours plus tard par un âne : elle mit bas un poulain et un mulet.

40 II existe parfois de conduits anormaux allant du vagin ou du col de la matrice vers les trompes. Ces communications anormales expliquent une superfétation qui paraît impossible dans les conditions ordinaires.

En dehors de ces quatre hypothèses, la superfétation est difficile à comprendre, et cependant elle ne peut être niée d'une manière absolue. La femme Vivier, de Strasbourg, accouche d'un enfant vivant, le 3o avril 1748. Un mois après, Leriche, chirurgien-major de l'hôpital , examine cette femme et constate qu'elle porte encore un enfant dans l'utérus, et en effet, le 16 septembre elle accouche d'une fille qu'on reconnaît être parfaitement développée et venue à terme. Or, du 3o avril au 16 septembre, il y a 4 mois et 16 jours, d'où il suit que le second enfant était à mi-terme quand le premier est né. En lySS , le professeur Eisman fit l'autopsie de la femme Vivier et fut bien étonné de ne découvrir dans l'organisation rien d'anormal qui

(1) T/ic Lancet rapporte le fait suivant. En 1870 une femme met au monde deux enfants qui paraissent avoir 6 mois... et trois mois plus tard, un 3" enfant à terme. Le docteur Ross constata quelle avait deux utérus : les 2 premiers enfants avaient été portés par l'un et le 3° par l'autre.

(2) On connaît aujourd'hui 4 faits analogues. Prus en rapporte un bien plus curieux encore, celui d'un fœtus bicéphale dont une tête était mulâtre tandis que l'autre tête et le corps étaient blancs. Nous livrons ce cas aux méditations des théoriciens.

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pût expliquer le fait extraordinaire de deux accouchements à terme dans un espace de 4 mois. Il n'y a évidemment ici qu un moyen de nier la superfétation, c'est de dire avec Cassan, que le premier enfant est né à 7 mois et le second à i i 1/2 mois.

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L'étude de Tovologie rentrant dans le cadre du cours de physiologie plutôt que dans celui du cours d'obstétrique , nous pouvons nous borner à rappeler brièvement, les points principaux du développement de l'œuf, tel qu'on le décrit encore généralement.

Dans l'ovaire l'œuf humain est contenu dans la vésicule de De Graaf et entouré du disque prohgère. Il se compose : d'une zone transparente, membrane vitelline ou premier chorion ; d'un vitellus ou jaune, et d'une vésicule offrant une tache germinative (tache de Wagner).

En se détachant de l'ovaire, l'œuf entraîne avec lyi une portion du disque proligère qui disparait bientôt, et, comme la vésicule de Purkinje a disparu (?) plus tôt encore, il semble réduit au vitellus seulement et au chorion. Dans la trompe le disque proligère est remplacé par une couche d'albumine dans laquelle on a vu des spermatozoïdes.

Le jaune, ou vitellus, se segmente, sa masse se divise et se subdivise en deux, quatre, huit, seize parties et ainsi successivement, de sorte qu'il finit par offrir l'aspect d'une mûre.

Premières modifications subies dans la matrice. Le jaune après s'être segmenté presqu'à l'infini, semble disparaître et être remplacé par un liquide, de sorte qu'on pourrait croire que l'œuf ne se compose plus que de ce liquide et du chorion. Il n'en est pas ainsi cependant : car si on plonge l'œuf dans l'eau, celle-ci pénètre par endosmose et détache de la face interne du chorion une autre membrane, sous forme d'ampoule. Il existe donc, dès ce moment, une vésicule emboîtée dans une autre vésicule. La vésicule externe, est toujours le chorion ; l'interne est le blastoderme ou la vésicule blastodcrmique qui va jouer le rôle principal dans le développement ultérieur du produit de la conception.

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Cette ve'sicule hlastodermique elle-même doit être bientôt considérée comme formée de deux feuillets (FIG. 2), l'un externe ou tégumentaire, tt , l'autre i^i-erne ou muqueux, mm.

Voyons comment ces parties se développent.

Sur un point du blastoderme on aperçoit bientôt une tache qui , circulaire d'abord, devient ensuite ellip- [. tique, tq : c'est la tache embryonnaire. L'une des extrémités de cette tache se renfle et se recourbe un peu pour former ce qui sera plus tard la tête, l'autre pour constituer le pelvis. La tache embryonnaire s'infléchit aussi sur les côtés pour former l'ouverture ventrale ou ombilicale, qui est d'abord relativement fort large.

Que se passe-t-il ensuite ? Le chorion, c, constituera toujours une membrane d'enveloppe, qui s'accroîtra pour son compte mais restera étrangère à l'évolution de son contenu.

Le feuillet externe du blastoderme offre deux portions : l'une charnue, tq , qui constituera le corps de l'embryon ; l'autre membraneuse , ■ tt , qui formera , comme nous le dirons bientôt , l'amnios et le second chorion.

Le feuillet interne du blastoderme présente aussi deux portions : l'une intra-embryonnaire ou intestinale , ii , qui s'allongera , se repliera en circonvolutions, pour former le tube digestif et ses dépendances; l'autre extra-e^nbryonnaire ou vésiculeuse, mm, qui sera la vésicule ombiHcale. Reprenons successivement ces parties.

Fig. 3 FORMATION DE L'AMNIOS. Sup-

posons que l'on puisse accrocher de deux doigts le feuillet hlastodermique externe aux points f et ^ et les attirer vers le haut (FIG. 3), on formera deux plis qu'on appelle les capuchons céphaliqiie et caudal.

Si l'on opère en même temps et de la même manière sur les parties latérales, on produit un seul pli circulaire, avec une ouverture centrale- correspondant au dos de 'embryon (ombilic amniotique). (FIG 4, 0.)

ŒUF HUMAIN

Fig. 4

Les capuchons, se développant de plus en plus, finissent par se mettre en contact, par s'adosser et se sou.

• der (FIG. 4), de sorte qu'ils ne sont plus séparés que par une cloison, o.

Cette cloison disparaissant bientôt, il existe deux sacs distincts, indépendants l'un de l'autre , ss et a.

Que constituent ces deux sacs maintenant isolés ?

L'externe , ss , va s'adosser au chorion primitif qu'il remplace ; car celui-ci disparaît. C'est donc

le second choi'ion.

L'interne, a, qui enveloppe l'embryon de toutes parts, sauf à l'ouverture ventrale qui reste libre , constitue l'amnios. Du liquide, liquide amniotique, s'amasse dans ce sac et l'écarté ainsi de l'embryon, auquel il n'adhère plus qu'au pourtour de l'ouverture ombilicale.

Fig. 5

Formation de l'allantoide.

D'après ce qui précède, on peut à un moment donné supposer, théoriquement du moins, que l'œuf offre à peu près la disposition représentée par la figure 4 où le deuxième chorion, ss , va remplacer le premier y chorion,*" c; où la vésicule ombilicale, VO, communique encore avec l'intestin; et où l'embryon est séparé de l'amnios par une couche de liquide.

C'est vers ce moment que, du côté de l'extrémité caudale, là où l'intestin est encore confondu avec la vessie, on voit apparaître un appendice en cul-de-sac , AL, qui se projette en dehors du ventre, se place auprès et audessous du pédicule de la vésicule ombilicale, pour constituer l'allantoide. (FIG. 5.)

L'allantoide s'allonge rapidement et va bientôt s'appliquer contre le chorion qu'elle tapisse en totalité chez certains animaux.

Elle a donc un pédicule qui se compose d'une partie extraabdominale, ou pédicule proprement dit, et d'une partie intraabdominale. Celle-ci est Youraque.

ŒUF HUMAIN

Fig. 6

Le pédicule porte vers l'allantoïde, ou vers le chorion, deux artères et deux veines qu'on appelle allantdidiennes (FIG. 6) et plus tard ombilicales. L'extrémité capillaire de ces vaisseaux s'enfonce dans les villosités du chorion. Une partie des villosités s'atrophie bientôt tandis que l'autre partie, se développant de plus en plus , constitue le placenta fœtal. Pendant que ces vaisseaux s'allongent et augmentent de calibre, le pédicule de la vésicule

ombilicale s'allonge, se rétrécit et se ferme ; la vésicule ombilicale elle-même s'atrophie et se laisse refouler vers le placenta, entre l'allantoïde et l'amnios.

L'amnios , de plus en plus distendu par du liquide , va tapisser la face interne du chorion et du placenta ; mais, comme il adhère à tout le pourtour de l'ombilic, il ne peut prendre cette disposition qu'en formant une gaîne aux parties qui sortent du ventre, c'est-à-dire aux pédicules de l'allantoïde et de la vésicule ombilicale et à leurs vaisseaux.

Pendant un certain temps, une portion de l'intestin sort encore de l'ombilic ; mais cet ouverture se rétrécissant peu à peu, la hernie se réduit et il en subsiste rarement quelque chose au moment de la naissance.

Quant à l'embryon, il flotte dans le liquide amniotique et il se trouve en communication avec le placenta , et médiatement avec la matrice , par le cordon ombilical.

LIQUIDE AMNIOTIQUE. Nous avons vu qu'il existe, entre l'embryon et l'amnios , un liquide. Le poids de ce liquide dépasse d'abord celui du nouvel être pour lui devenir ensuite inférieur. Ce poids , à terme , est très-variable : 5oo à i ,000 grammes et plus. Les eaux sont parfois si peu abondantes que l'accouchement se fait, comme on le dit, à sec. D'autres fois elles sont si copieuses qu'il y a hydramnios ou hydropisie de l'œuf : nous avons vu une femme en perdre au-delà de deux grands seaux. Assez généralement l'abondance des eaux est en raison inverse de la force du fœtus.

ŒUF HUMAIN

Caractères physiques. Le liquide amniotique est onctueux et légèrement visqueux au toucher; son odeur est fade, nauséabonde, facile à reconnaître; sa couleur est claire, un peu bleuâtre, parfois citrine, latescente ou trouble. Il s'y mêle souvent des flocons blanchâtres ou des parcelles de l'enduit sébacé qui recouvre le fœtus.

Quelquefois les eaux de l'amnios sont verdâtres et ressemblent à une purée de pois plus ou moins épaisse : c'est qu'elles sont mêlées à du méconium et elles indiquent généralement alors que le fœtus a souffert. Si le mélange est intime, c'est qu'il n'est pas récent; mais si le méconium est encore en paquets, plus ou moins noirâtres, ^ c'est que le malaise du fœtus est actuel ou de fraîche date.

Le liquide amniotique, paraît-il, est d'une saveur fade, légèrement saline. Quelquefois il est acre, irritant, surtout lorsqu'il provient de femmes syphilitiques.

Caractères chimiques. Il se trouble par la chaleur. Le nitrate d'argent y produit un précipité blanc, fort abondant et insoluble dans l'acide nitrique. D'après Vauquelin il contient sur 1,000 parties :

Eau, 988

Albumine, muriate de soude, phosphate de chaux et chaux . . . . . . . 12

S c h e e 1 croyait y avoir trouvé de l'oxygène libre et Geoffroy St-Hilaire de l'air atmosphérique; mais ces résultats sont controuvés.

Source. D'où provient ce liquide? On l'a considéré comme un produit de sécrétion du fœtus; mais il existe avant que les réservoirs de l'embryon soient ouverts à l'extérieur.

On admet généralement aujourd'hui que ses matériaux sont fournis par l'utérus et qu'ils perspirent à travers les membranes de l'œuf (Moreau p. 339). On croit toutefois qu'à terme il contient de l'urine, car on a vu la vessie crevée ou fortement distendue chez des fœtus ou des nouveaux-nés porteurs d'imperforations du canal de l'urèthre.

Usages, a) Pendant la grossesse. Le liquide amniotique favorise les mouvements du fœtus. Il le protège contre l'action de la matrice qui pourrait peut-être produire l'agglutination des

MENBRANE CADUQUE

membres au tronc, comme Morlanne dit l'avoir vu dans un cas où les eaux s'e'taient écoulées six semaines avant l'accouchement. Il protège en même temps le fœtus contre les violences extérieures et le cordon ainsi que le placenta contre l'action trop directe de l'utérus. Il forme un bain tiède qui doit favoriser la circulation chez le produit de la conception. Enfin il lui fournit probablement des éléments de nutrition, comme nous le verrons bientôt.

b) Pendant V accouchement. Contenu dans un segment des membranes, il forme la poche des eaux qui s'engage plus vite dans l'orifice utérin que ne le ferait la tête du fœtus et qui exerce sur le pourtour du col un effort excentrique , doux , égal dans tous les sens et très-favorable à la dilatation de cette ouverture. Après la rupture de la poche, le liquide qui s'écoule lubréfie les parties : celui qui reste dans la matrice continue à protéger l'enfant, le cordon et le placenta contre la pression trop immédiate du viscère. Enfin le liquide amniotique a l'avantage de transmettre mieux que le fœtus l'effort utérin vers le col.

MEMBRANE CADUQUE. Decidua Hunteri. Hunter croyait qu'en arrivant à la matrice, l'œuf trouvait celle-ci tapissée d'une sorte de fausse membrane qu'il refoulait en partie devant lui et qu'il divisait ainsi en deux feuillets, l'un direct et l'autre réfléchi. Il admettait, en outre, que là où elle avait été refoulée cette membrane se reproduisait et s'épaississait, formant ainsi un troisième feuillet entre la matrice et le placenta.

Funcke enseigne que l'ovule s'engage pour s'y développer dans une des glandes tubulaires de la muqueuse; mais ces orifices, nous a fait remarquer notre collègue M. Masoin, doivent être obstrués par des produits de sécrétion.

L'opinion de M. Coste nous paraît la plus acceptable; au moment de la menstruation la muqueuse, tuméfiée jusqu'à offrir le tiers de l'épaisseur du tissu musculaire, est ondulée et le petit œuf se blottirait dans une de ces ondulations. Enfoncé là comme dans un sillon, il ne serait d'abord pas complètement recouvert, mais la muqueuse s'étend bientôt sur lui, comme les bords d'un cautère sur le pois qui sert à l'entretenir , et l'ombilic qu'elle forme ne tarde pas à se fermer.

La muqueuse utérine se trouve ainsi divisée en trois portions :

1° Une de ces portions tapisse une partie de l'utérus : c'est la caduque utérine, directe ou pariétale.

CORDON OMBILICAL

2» Une autre se replie sur une partie de l'œuf quelle recouvre comme un capuchon et dont elle suit le développement : c'est la caduque réfléchie.

3° Une troisième, située entre la matrice et le point où l'œuf s'est greffé, porte le nom de caduque adventive ou séi-otine et forme avec les vaisseaux utérins qui y aboutissent, le tissu inter-utérO'placentaire ou le^ placenta maternel.

Entre la caduque utérine et la caduque réfléchie, il existe d'abord un liquide auquel Breschet a donné le nom d'hydropérione. Mais par suite du développement de l'œuf, ces deux caduques s'adossent bientôt et finissent par se confondre. Ainsi confondues, elles s'atrophient et, au moment de l'accouchement, elles s'exfolient et sont entraînées, au moins par lambeaux, avec le chorion auquel elles adhérent.

CORDON OMBILICAL. Il contient d'abord le pédicule de la vésicule ombilicale et ses vaisseaux (omphalo-mésentériques) ; puis bientôt le pédicule de l'allantoïde et ses vaisseaux (allantoidiens), parties auxquelles l'amnios ne tarde pas à fournir une gaîne.

Les pédicules s'atrophiant ainsi que les vaisseaux omphalomésentériques, la gaîne ne contient plus guère, comme partie importante, que les vaisseaux allantoidiens ou ombilicaux unis entre eux par du tissu fibroide.

Ces vaisseaux et leur gaîne se développent et s'allongent de manière à former une tige qui va du nombril au placenta et s'appelle le cordon ombilical.

Longueur. A terme , cette tige mesure à peu près la même longueur que le fœtus lui-même, c'est-à-dire, 45 cà 55 centimètres. Mais le cordon présente sous le rapport de la longueur, de grandes variétés : Mauriceau en a vu un qui n'avait que 16 centimètres; nous en avons reçu un qui mesurait i,35 m. et on en conserve un au musée de Mayence, long de 2 mètres 26 centimètres.

L'excès ou le défaut de longueur du cordon peuvent devenir la source d'accidents.

Le cordon trop long est exposé à former procidence, ou à s'enrouler autour du cou, du tronc, des membres du fa^tus. Il peut ainsi se trouver relativement trop court, être comprimé ou exercer lui-même une constriction sur les parties qu'il embrasse. Il peut aussi former des anses dans lesquelles le fœtus passe et qu'il convertit en nœuds. Ces nœuds toutefois ne se serrent presque jamais au point de gêner la circulation fœto-placentaire.

CORDON OMBILICAL

Le cordon trop court présente d'autres inconvénients : il géne la descente du fœtus et il est exposé à être tiraillé; or les tiraillements peuvent amener sa rupture ou le décollement du placenta ou l'inversion de la matrice.

Volume. En général le cordon ombilical est gros comme le petit doigt, mais il renferme une humeur transparente, albumineuse, un peu épaisse, connue sous le nom de gélatine de Wharton et dont la quantité est fort variable. Il y a ainsi des cordons gros ou gras , et des cordons grêles ou maigres.

Leur volume peut varier dans les différents points de leur étendue.

Résistance. Elle est fort variable et elle n'est . pas toujours en rapport avec le volume de la tige.

Cette résistance dépend en partie de la gaîne et en partie de son contenu.

Lorsque les vaisseaux ombilicaux se séparent avant de pénétrer dans le placenta, on comprend que la traction exercée sur le cordon puisse porter successivement sur chacun d'eux et les rompre l'un après l'autre : vis imita major. La gaîne est, comme les membranes de l'œuf, beaucoup plus fragile chez une femme que chez l'autre.

Insertions. Le cordon s'insère d'une part à l'ombilic, d'autre part au placenta.

L'insertion placentaire correspond oi'dinairement au centre du gâteau; mais elle s'en éloigne quelquefois plus ou moins, et parfois même elle a lieu à la circonférence. On dit alors que le placenta est en raquette. On a même vu les vaisseaux ombilicaux se diriger vers les membranes et ne gagner le placenta qu'en formant un coude et une espèce de patte d'oie. C'est dans ces cas que les membranes peuvent être le siège de battements accélérés, et que leur rupture peut être accompagnée de celle des vaisseaux ombilicaux et suivie d'une hémorrhagie fœtale (accident extrêmement rare) .

L'insertion ombihcale se fait par une base d'autant plus large et d'autant plus voisine des pubis que le fœtus est plus jeune. A terme, elle est de 18 à 20 millimètres au-dessous du milieu de la longueur totale de l'enfant.

En pénétrant dans l'abdomen, les vaisseaux ombilicaux se séparent : la veine se rend directement vers le foie, tandis que les deux artères descendent derrière la paroi abdominale, pour aller s'anastomoser avec les artères hypogastriques dont elles sont, pour ainsi dire, la continuation.

CORDON OMBILICAL

A l'ombilic, on voit les téguments du ventre s'avancer de 2 à 5, 10, i5 millimètres sur le cordon et former ainsi une sorte de mamelon au sommet duquel un petit liséré rose indique le point précis où la tige omphalo-placentaire se détachera.

Composition. La veine ombilicale est constante , et cela doit être puisque c'est elle qui apporte le sang au fœtus. Elle est d'un calibre à peu près double de celui des artères, ce qui permet au besoin d'y pratiquer facilement une injection au moment de la délivrance. Elle ne présente pas de valvules. Ses parois sont minces, mais assez résistantes. Elle aboutit au placenta d'où elle ramène le sang hématosé et, après avoir fourni des branches- au foie et à la veine-porte, elle va s'aboucher dans la veine cave inférieure.

Les artères ombiHcâles, provenant, avons-nous dit, des hypogastriques, vont se rendre au placenta. Elles ont des parois épaisses, résistantes et élastiques, ce qui diminue les chances d'hémorrhagie dans le cas de leur rupture. L'une d'elles peut manquer.

La veine occupe d'ordinaire le centre de la tige, tandis que les artères serpentent et s'enroulent aurour d'elle, généralement de gauche à droite (9 fois sur 10 d'après Meckel); elles forment parfois des nodosités ou des plicatures qui font saillie sur le trajet du cordon.

Le cordon renferme un peu de tissu cellulaire auquel il doit probablement sa capillarité. Roederer dit, que si l'on plonge le bout du cordon dans l'eau, le liquide monte contre son poids et engorge toute la tige. Guillemot a voulu tirer parti de ce fait dans le cas d'inertie utérine après l'expulsion du fœtus.

Quelques anatomistes ont admis et figuré un lacis de vaisseaux lymphatiques dans le cordon (Wrisberg, Schreger, et surtout Fohmann); mais il parait qu'ils se sont trompés. Bonamy dit cependant que, si l'on injecte les lymphatiques du foie, on voit des vaisseaux se dessiner le long de la veine ombilicale jusque sur le cordon, mais non jusqu'au placenta.

Les ne7'js décrits par Verheyen et E. Home sont niés par la plupart des anatomistes (Chaussier, Ribes).

La section du cordon n'est pas douloureuse pour la femme et ne paraît pas l'être davantage pour l'enfant.

DU PLACENTA

PLACENTA, (i) Le placenta , avons-nous dit , est constitué par l'hypertrophie d'une partie des villosités choriales, il se développe dans le point où l'œuf touche d'abord la paroi utérine et sur lequel les vaisseaux allantoidiens ou ombilicaux viennent se développer. Ce point correspond ordinairement . au fond de l'utérus ou au voisinage de l'orifice de l'une des trompes. Le gâteau placentaire peut toutefois prendre racine partout ailleurs sur le corps de la matrice et même correspondre à l'orifice supérieur du col, soit par son bord ■ soit par son centre. On l'a trouvé, mais exceptionnellement, inséré sur la face interne du col et l'étude des grossesses extra-utérines a montré qu'il peut se greffer indifféremment sur tous les organes . et sur tous les tissus.

Forme. Il a ordinairement la forme d'un disque, mais il peut être allongé ou irrégulier dans son contour. On l'a vu composé de deux ou de plusieurs masses ou cotylédons séparés. Dans ces cas, assez rares, l'une de ces masses est plus considérable que les autres. Nous avons reçu [un jour un placenta en chapelet.

Étendue. Il présente habituellement de 16 à 22 centimètres de diamètre après son expulsion : en place et étalé dans l'utérus, il offre un tiers d'étendue en plus. Cela tient à ce qu'il a suivi en partie le retrait de la matrice et s'est laissé tasser sur luimême avant de se décoller. Du reste cette étendue est fort variable : on a vu des placentas présenter 3o , 40 et jusqu'à 5o centimètres dans l'un de leurs diamètres.

Son épaisseur est généralement en raison inverse de son étendue. Elle est communément de 3 à 4 centimètres dans le point qui correspond à l'insertion du cordon et un peu moindre partout ailleurs.

Son poids varie de 5oo à 1000 grammes, selon la masse de tissu propre et la quantité de sang qu'il contient. En général, il est en rapport avec le poids de l'enfant. Le placenta est l'éponge qui puise pour l'enfant les éléments de la nutrition.

Sa couleur est brunâtre ou rougeâtre extérieurement , d'un blanc bleuâtre du côté interne ou fœtal.

On le divise en face externe ou utérine ; en face interne, ou fœtale; et en circonférence.

(1) Voir : Dissertation sur l Anatomie physiologique et pathologique du Placenta, par M. Ch. Van Cauwenberghe , Gand, 1871.

DU PLACENTA

La face fœtale est lisse et concave quand le gâteau est encore adhérent. Elle est entièrement tapissée par l'amnios. Les vaisseaux ombilicaux en, s y épanouissant, y forment un réseau assez saillant pour que le doigt puisse le distinguer au moment de la délivrance , du moins si , par une ligature , on a empêché le dégorgement du placenta.

La face utérine est convexe et uniformément assez lisse, quand le gâteau est encore étalé contre la paroi de la matrice. Observée après la délivrance , cette face offre des saillies qu'on a appelées cotylédons et qui sont sépai'ées par des scissures plus ou moins profondes.

Sinus coronaire. D'après MM. Meckel, Jacquemier, M o r e a u et d'autres , l'utérus enverrait une large veine , à parois très-minces , qui formerait à la circonférence du placenta , un cercle complet ou incomplet , désigné sous le nom de sinus coronaire du placenta (V. Atlas de M or eau, pl. 3o et mémoire de Jacquemier). Bonamy pense que ce sinus n'est pas de nature veineuse, ou du moins qu'il n'est pas constant, et que , quand il contient du sang, c'est qu'il y a eu rupture d'une veine voisine [Encyclogr . avril, 1840 , 288).

En admettant l'existence de ce sinus coronaire , on comprend la possibilité d'une hémorrhagie , même grave , sans décollement réel du placenta.

Structure. On trouve dans le placenta : 1° des vaisseaux sanguins ; 2° une trame cellulaire ; 3° d'après quelques anatomistes , des vaisseaux lymphatiques et des nerfs.

Vaisseaux sanguijis. L'allantoïde, avons nous dit, en allant s'épanouir à la face interne du chorion, y porte des vaisseaux dont les extrémités s'engagent dans les villosités creuses du chorion.

Dans le point où elles doivent former le placenta, les artères se divisent d'abord en rameaux qui ont entre eux des anastomoses ; puis chaque rameau plonge dans une villosité choriale , se divise et se subdivise un très-grand nombre de fois , comme la villosité elle-même ; enfin les derniers ramuscules , arrivés au fond des divisions de la villosité , se replient sur eux-mêmes sous forme de veinules et viennent , en suivant le même trajet , confluer dans la veine ombilicale.

Chacune des principales divisions des artères , en se subdivisant comme nous venons de le dire, forme un lobe ou cotylédon du placenta.

Les vaisseaux ombilicaux , dans le placenta , sont donc en-

DU PLACENTA

gainés dans les villosités du chorion comme dans un doigt de gant parfaitement clos.

Il résulte de ce qui précède que les artères et la veine ombilicales ne s'ouvrent nulle part , ni dans l'épaisseur , ni à la surface du placenta. Preuves expérimentales :

1° Si l'on injecte une substance graisseuse dans l'une des artères , l'injection revient bientôt par l'autre artère , parce qu'elles ont entre elles de larges anastomoses. Si l'on continue de pousser l'injection , la matière injectée, parvenant jusqu'au bout des divisions artérielles, revient par la veine.

2° Mais si l'on commence par injecter la veine , l'injection ne passe que difficilement dans les artères , quoique la veine n'ait pas de valvules.

3° Si l'on pousse dans les vaisseaux ombilicaux une liqueur très-pénétrante , comme l'huile de lin , l'essence de térébenthine, le vernis , toute la face utérine du placenta est convertie en un réseau vasculaire très-délié qui ne donne jamais issue au liquide injecté.

Si le placenta est encore adhérent à l'utérus lorsque l'expérience a lieu , l'injection ne passe pas dans les vaisseaux maternels (Bonamy, cotiù^a Flourens).

Vaisseaux utérins. Comment se comportent les vaisseaux utérins à l'égard du placenta ? Envoient-ils des prolongements qui pénètrent dans ce gâteau pour communiquer ou non avec les vaisseaux ombilicaux ? En un mot , existe-t-il ou non des vaisseaux utéro-placentaires ?

Des vaisseaux utéro-placentaires ont été décrits et représentés par Albinus, Hunter, Dubois, Moreau., Jacquemier. Beaucoup d'autres anatomistes ont nié l'existence de ces vaisseaux. Robert Lee, après avoir été couronné à Londres pour un travail qui semblait prouver leur réalité, a reconnu dans la suite qu'il y avait eu illusion de sa part (i).

Voici le résultat des recherches faites par M. Bonamy en présence de MM. Cruveilhier et Breschet :

A une femme morte vers la fin de sa grossesse, on ouvrit le ventre et , après avoir lié les vaisseaux fémoraux :

jo On poussa du vernis à l'essence, coloré par du minium, dans le système veineux de l'utérus, par la veine iliaque primitive et par l'une des veines ovariques.

(1) Voir Jacquemier

— Encyclogr. 2" série t. p. lyô.

DU PLACENTA

2° Une autre injection, compose'e d'essence de te'rébenthine colorée par de l'indigo , fut faite dans les artères utérines par l'aorte.

L'utérus ainsi injecté par ses veines et ses artères fut alors enlevé. Il fut ouvert et le fœtus débarrassé de ses membranes. Le cordon fut coupé.

30 Deux autres injections , composées d'huile et colorées l'une par du blanc de céruse , l'autre par de l'ocre jaune , furent poussées , la première dans la veine , la seconde dans l'une des artères ombilicales. Le placenta se trouvait ainsi complètement injecté.

On apercevait à sa face fœtale le liquide rouge injecté dans les veines utérines. Mais par quelle voie était-il arrivé jusque-là? On détacha une petite portion du placenta en incisant avec précaution la caduque et des brides ligamenteuses qui le fixaient à l'utérus , et l'on put alors bien examiner le tissu de connexion ou utéro-placentaire et les vaisseaux qu'il renferme. Ce tissu utéro-placentaire est constitué par un grand nombre de lamelles qui s'entrecroisent dans tous les sens et n'adhèrent entre elles que pai- quelques points de leur surface. Si on y insuffle de l'air , elles se développent en vacuoles ou cellules de forme et de dimension variables. Ce sont ces cellules , accide7itellement remplies de sang , que des anatomistes ont prises à tort pour des sinus veineux [contra J acqueniie7~).

Il existe toutefois des vaisseaux inter-utéro-placentaires. Les parois de la matrice sont sillonnées dans tous les sens par de larges canaux veineux, susceptibles d'admettre l'extrémité du doigt et communiquant entre eux par de larges anastomoses. Ces canaux deviennent superficiels et encore plus volumineux au niveau de l'insertion placentaire ; leurs parois adhèrent là au tissu lamelleux ou inter-utéro-placentaire. Ces parois sont trèsminces, réduites à la tunique interne et se déchirent facilement quand elles sont distendues par du hquide ou tiraillées par une traction sur le placenta (Bonamy).

De ces veines utérines , devenues superficielles , partent des branches utéro-placentaires qui se plongent au milieu des lames du tissu de connexion où elles présentent quelquefois 5 à 8 millimètres de diamètre. Elles se distinguaient aisément à la couleur rouge du liquide poussé dans les veines utérines.

Elles étaient rectilignes ; leurs ramifications excessivement nombreuses , souvent anastomosées entre elles , formaient des réseaux sur les parois des cellules du tissu de connexion. Ces réseaux pénétraient par tous les points la surface utérine du

DU PLACENTA

placenta. On les voyait e'videmment s'aboucher d'autre part dans les grosses veines de l'utérus.

Les artères utéro-placentaires étaient disposées en spirales figurées dans l'atlas de M or eau (Pl. XXX). Elles fournissaient peu de ramifications et très-peu d'anastomoses. Elles venaient positivement des artères utérines et , comme les veines, elles pénétraient dans l'épaisseur du placenta , mais plus spécialement au niveau des scissures intercotylédonaires.

On ne sait pas bien comment les artères et les veines utéro-placentaires se comportent entre elles.

Comment se comportent-elles à l'égard des vaisseaux ombilicaux ? Nous avons dit que les ve'.nes utéro-placentaires traversent tout le gâteau , et qu'elles venaient former un réseau à sa face fœtale. On admet que dans l'épaisseur du placenta, les vaisseaux des deux ordres , maternels et fœtaux , se croisent , s'enchevêtrent et mettent leurs parois dans un contact très-intime , ce qui , vu la minceur de ces parois , doit permettre des phénomènes d'endosmose et d'exosmose ; mais rien ne prouve , rien ne porte à croire qu'il y ait des anastomoses ou des communications directes entres les vaisseaux qui proviennent de la mère et ceux qui viennent du fœtus. On s'expliquerait difficilement des anastomoses directes puisque les globules sanguins n'ont pas le même volume chez les deux individus.

DISPOSITION DES PLACENTAS ET DES MEMBRANES DANS LES GROSSESSES COMPOSÉES. Les placentas sont quelquefois isolés ; plus souvent ils sont réunis par leurs bords , mais sans qu'il y ait pour cela de rapports entre leurs circulations. Il arrive cependant qu'il existe des anastomoses entre les vaisseaux, de sorte que, le premier fœtus étant né, on doit toujours Jeter une ligature sur le bout placentaire de son cordon ; sans cette précaution , l'autre fœtus pourrait succomber à une hémorrhagie (M or eau p. 322). Nous avons vu trois placentas confondus en un seul et donnant trois cordons séparés (cHnique de M. De Paul, 1867).

Si l'on suppose les deux placentas isolés et insérés à quelque distance l'un de l'autre , chaque œuf aura ses membranes propres et , abstraction faite des caduques réfléchies qui s'atrophient , la cloison de séparation sera formée de deux chorions et de deux amnios. Il semblerait qu'il doive toujours en être ainsi, si l'explication que les ovologistes nous donnent de la formation du second chorion et de l'amnios est exacte. Quelquefois cependant la cloison

dont il s'agit n'est composée que des deux amnios ; quelquefois même elle n'existe pas du tout et les deux jumeaux sont renfermés dans un sac commun.

Nous avons reçu en i85i des Jumeaux dont les cordons formaient une longue et large natte , telle qu'il nous eût été difficile d'en tresser une avec deux cordes semblables.

La Galette des hôpitaux (i858) a publié une observation curieuse au point de vue de ses conséquences : le cordon ombilcal de l'un des jumeaux était passé dans un nœud du cordon de l'autre. Celui-ci étant né le premier , une matrone ignorante tira d'une manière continue sur le cordon sorti pour l'empêcher de rentrer , et elle serra si bien le nœud , et par suite l'autre cordon passé dans ce nœud, que le second fœtus naquit asphyxié.

Puisque les placentas ou les membranes ont presque toujours des adhérences dans les cas de grossesse composée , il ne faut procéder à leur extraction que quand les jumeaux sont nés. Tirer sur le cordon de l'un lorsque l'autre est encore en place , ce serait évidemment s'exposer à décoller prématurément le placenta de celui-ci.

DU FŒTUS

I. SES DIMENSIONS AUX DIVERSES ÉPOQUES DE LA GROS- SESSE. Aussi longtemps que le nouvel être est amorphe, on le désigne sous le nom de gei-me. Mais du moment où l'on peut distinguer sa forme (vers 3 semaines) , jusqu'à celui où tous les organes sont distincts à l'œil nu , c'est-à-dire jusque vers 3 mois ^ on lui donne le nom à'embi^yon. Il prend ensuite le nom de fœtus jusqu'à sa naissance. Lors de son expulsion, on lui donne le nom à' enfant ou de iiouv eau-né è'il est parvenu à l'époque de la viabilité et celui A'avoi'ton dans le cas contraire.

Thompson a décrit un œuf humain de 3 miUi mètres contenant un homonculus d'un millimètre de long : il fixait son âge à 12 ou i3 jours.

Coste, Mûller et R. Wagner ont étudié des ovules de 3 semaines. Nous en avons reçu un de 19 jours.

A 3 semaines, l'ovule est à peu près gros comme un œuf de pigeon et l'embryon mesure 5 millimètres.

DU FŒTUS

Les villosités du chorion sont creuses ; elles ne s'enfoncent pas encore dans la caduque. L'amnios est déjà apparent, mais encore éloigné du chorion. L'embryon est courbé ; il offre des rudiments du cerveau et des indices obscurs de l'œil , de l'oreille , de la bouche. On distingue très-bien leâ arcs branchiaux et les fentes branchiales. De très-petits feuillets arqués marquent la place des membres. La cavité abdominale communique largement avec la vésicule ombilicale qui est plus grosse que l'embryon. L'allantoide , sous forme de vésicule , va s'appliquer contre la face interne du chorion. Enfin le cœur très-apparent est composé d'une oreillette et d'un ventricule; le foie et le corps de Wolff, ou rein primitif, sont visibles a l'œil nu.

De 3 à 4. semaines , les parties que nous venons d'indiquer se développent davantage ; l'embryon fortement recourbé mesure 8 millimètres. Les pédicules des vésicules ombilicale et allantoïde se rétrécissent , mais sont encore creux. Les divisions des vertèbres deviennent apparentes.

De 4^5 semaines, l'embryon étendu est de 12 millimètres.

Ses membres croissent , la main se dessine sous forme de palette. Le cou se marque plus nettement ; les yeux , plus distincts , se dirigent plus en avant ; deux fossettes indiquent les narines futures.

Les trois fentes branchiales placées derrière la mâchoire inférieure sont presque fermées. La fente buccale s'ouvre largement. Le coccyx forme une petite queue. L'abdomen est presque fermé et l'intestin ne s'engage plus guère dans l'ouverture ombilicale.

De 5 à 6 semaines, l'embryon a 16 millimètres.

Si on l'ouvre , on voit les rudiments de tous les organes.

La moelle épinière se termine en pointe mousse près du coccyx. Les diverses parties du cerveau se dessinent davantage. La division du ventricule et de l'oreillette , les rudiments des poumons , la forme de l'estomac commencent à se montrer.

De 6 à 7 semaines , l'embryon a 20 millimètres.

Les paupières se dessinent , ainsi que le pavillon de l'oreille ; la bouche a la forme d'un triangle à sommet tourné en haut. Les doigts de la main , non encore isolés , apparaissent. C'est dans le courant de la 7^ semaine que les premiers points d'ossification se montrent à la clavicule et à la mâchoire inférieure. Les reins , les capsules surrénales et bientôt les ovaires ou les testicules- deviennent visibles.

Z)e 7 a 8 semaines, l'embryon, long de 26 à 27 millimètres, pèse de 4 à 5 grammes. Les lèvres prennent leur forme propre ; les doigts et les orteils s'isolent. La hernie ombilicale a 'disparu et le cordon bien formé est aussi long que l'embryon. La vessie s'est isolée de l'intestin. Pendant ces 7 à 8 premières semaines, si l'embryon succombe , il peut se dissoudre dans le liquide amniotique et disparaître.

De S à 12 semâmes , l'embryon atteint la longueur de 7 centimètres et le poids de 32 grammes. Le placenta achève de se former. On voit apparaître le thymus, la rate, le pancréas, les glandes salivaires , les muscles , les nerfs , les osselets de l'oreille. Les reins se développent davantage ; un tubercule indique le pénis ou le clitoTis, dont le volume relativement considérable avait fait croire aux anciens qu'il y avait plus d'avortons mâles que de femelles. Les organes génitaux s'isolent de plus en plus de la partie inférieure de l'intestin et celui-ci , fermé jusque là , s'ouvre à l'anus. Une cloison se forme pour séparer la bouche des narines et les follicules dentaires se montrent dans les mâchoires. Les intestins forment des circonvolutions et contiennent du méconium. Les ventricules et les oreillettes du cœur se divisent par une cloison ; la valvule d'Eustache est très-grande.

A 3 mois , l'embryon, long de 14 à 16 centimètres, pèse 96 grammes. Les téguments sont d'un rose clair et peu consistants. La tête, toujours grosse , paraît cependant moins disproportionnée au tronc. Les paupières sont bien distinctes ; de petites pelHcules indiquent les ongles. Les sexes commencent à se distinguer nettement et les vaisseaux du cordon à se tordre en spirales.

A 4 mois, le fœtus a une longueur de 21 centimètres et un poids de 220 grammes. Le sexe est évident. Les muscles sont susceptibles de contractions.

A 5 mois , le fœtus est long de 27 à 3o centimètres ; il pèse 5oo grammes. Des cheveux apparaissent sur la tête ; l'épiderme est formé ; un léger duvet couvre les téguments. Les ongles sont mieux marqués. Les mouvements sont perçus par la mère. Le scrotum est encore vide, mais les testicules se rapprochent des anneaux inguinaux. Le fœtus expulsé à cet âge peut déjà respirer un peu et M or eau dit en avoir vu un vivre 5 jours.

A 6 mois , le fœtus a atteint la longueur de 32 à 37 centimètres et le poids de i kilogramme. Outre le duvet , un enduit sébacé recouvre les téguments.

A 7 mois , longueur : 37 à 38 centim. ; poids : i 3/4 kilog. Toutes les parties ont plus de consistance. La peau est moins

DU FŒTUS

transparente et moins rouge ; elle se trouve recouverte d'un enduit sébacé plus abondant. Les testicules tendent à s'engager dans les anneaux.

Le fœtus est viable.

A 8 mois : longueur du fœtus 43 à 46 centimètres ;

poids » 2 à 2 1/2 kilogr.

Testicules quelquefois dans les bourses. Les sutures et les lontanelles se rétrécissent ; les cheveux se développent davantage, mais le duvet (ou poils lanugineux) se détache et tombe.

A 9 mois ou à terme : longueur du fœtus : 5o centim.

poids » 2 1/2 à 3 kil.

Lorsque l'âge du produit expulsé peut devenir l'objet d'une question de médecine légale , il faut prendre très-exactement le poids de l'enfant , sa longueur , la distance de l'ombilic au sommet de la tête et à la plante des pieds. Il faut ensuite le décrire minutieusement comme on décrirait une plante nouvelle et , si on en fait l'autopsie , apporter la même exactitude à la description des organes internes. A terme le noyau d'ossification de l'épiphyse inférieure du fémur mesure en moyenne 5 millimètres dans sa plus grande largeur.

Les moyennes que nous avons indiquées sont susceptibles de maxima et de minima. Ainsi , pour ne nous arrêter qu'au poids des nouveaux-nés, on en voit souvent de 3, 4 et 41/2 kilogrammes. Ceux de 5 kilogr. ne sont déjà pas communs et ceux de 6 et de 61/2 kilogr. sont excessivement rares.

Les enfants qu'on dit peser 7 , 8 , 10 kilogr. , au moment de leur naissance , n'ont ordinairement été estimés que ad visum, et la sage-femme ou la mère qui affirme leur poids ne les a pas mis dans la balance. Sur 4,000 nouveaux-nés, M™'^ Lachapelle dit que pas un seul ne dépassait 12 livres. M or eau n'en a pas reçu un seul qui pesât plus de 10 1/4 liv. ; mais son beaupère , Evrat, en avait reçu un de 12 1/4 livres : Baudelocque en a reçu un de 12 3/4 livres. Gaz eaux dit ne pas en avoir vu un seul qui pesât plus de 41/2 kil. Cependant , à la page suivante , il cite l'exception bien extraordinaire d'un enfant de 9 kilogr. A côté de ces enfants énormes, on rencontre des nouveaux-nés qui , bien que réellement à terme , ne pèsent que 2 , 11/2 et même i 1/4 kil.

DU FŒTUS

La longueur des enfants peut offrir les mêmes variations que leur poids. C haussier disait que l'ombilic chez le fœtus à terme répond au milieu de la longueur totale. Il se trompait , car le nombril est situé à 20 millim., d'après Devergie et à 27 millim, d'après M or eau, au-dessous du milieu de la longueur totale.

II. FONCTIOiNS DU FŒTUS. Pendant la vie intra-utérine , des appareils entiers sont dans l'inaction. Les uns , comme l'appareil respiratoire et les organes des sens , ne fonctionneront qu'après la naissance ; d'autres n'entrent en activité que plus tard encore , à la puberté.

Si les fonctions de relation se bornent à quelques mouvements , celles de la vie végétative jouissent par contre d'une activité étonnante , puisque l'œuf à terme pèse 80,000 fois plus qu'à son arrivée dans l'utérus (M or eau, 41 3).

I. NUTRITION. Avant la formation du placenta, l'œuf n'a aucune communication vasculaire avec la femme et il ne peut en recevoir les principes nutritifs dont il a besoin, que par imbibition ou endosmose. Il est probable que les principes alibiles lui sont fournis d'abord par le disque proligère, qu'il entraîne avec lui en quittant la vésicule de De Graaf , puis par la couche albumineuse dont il se trouve entouré dans la trompe qu'il parcourt. Arrivé dans la matrice , l'œuf peut puiser par toute la surface du chorion ou par les villosités de cette membrane , des éléments de nutrition soit dans l'hydropérione , soit dans le point du viscère avec lequel il est en contact.

Vésicule ombilicale. Cette vésicule contient un liquide analogue au jaune de l'œuf des oiseaux et , comme elle communique avec l'intestin , comme elle s'atrophie lorsque le placenta est développé, on croit que son contenu sert à la nutrition du germe, soit qu'il passe dans l'intestin pour y subir une sorte de digestion, soit que la veine omphalo-mésentérique l'absorbe directement. Mais il faut noter qu'avant de s'atrophier cette vésicule a d'abord augmenté de volume , ce qui suppose le passage par endosmose de certains liquides de la mère , à travers le chorion.

Faux de Vamnios. Quel rôle joue le liquide amniotique dans la nutrition du fœtus? Disons d'abord qu'il paraît jouir de propriétés alibiles puisqu'il contient , outre des sels , de l'albumine et de l'osmazôme. D'après Lobstein, la quantité d'albumine est moindre à la fin de la grossesse que dans les premiers mois et la quantité disparue aurait été absorbée. Weydlich

aurait nourri , pendant 1 5 Jours , un jeune veau avec de la liqueur amniotique fraiche, et l'animal se serait de'veloppé comme s'il eût pris du lait ! Nous nous demandons où il a pu trouver tout ce liquide ?

Avant le développement du placenta , les fluides de la mère ne peuvent guère arriver à l'embryon qu'en traversant , nonseulement le chorion , mais encore l'amnios et en se mêlant par conse'quent au liquide amniotique.

Mais le fluide amniotique est-il avalé et digéré comme quelques auteurs l'ont pensé ou bien est il absorbé par les téguments ? Le passage physiologique des eaux de l'amnios dans l'estomac n'est nullement démontré malgré les faits invoqués par Heister, Osiander, Oken, Boerhaave et d'autres. Non-seulement la digestion du fluide amniotique n'est pas établie , mais encore elle n'est pas probable , car l'ouverture buccale n'existe que lorsque l'embryon a déjà acquis un certain développement. Il y a plus : on a vu des enfants naître parfaitement développés quoique , par un vice de conformation , la déglutition fût physiquement impossible et , dans ces cas , on n'en a pas moins trouvé du méconium dans les intestins. Dans les circonstances ordinaires on ne trouve pas , à l'autopsie des enfants mort-nés, du liquide amniotique mêlé au mucus gastrique. Enfin, les parois du l'œsophage sont, comme celles du larynx et des bronches , recouvertes d'une légère couche gélatiniforme dont la présence exclut l'idée du passage d'un liquide quelconque. On ne peut donc pas admettre non plus que le liquide amniotique pénètre dans les bronches , soit pour y être absorbé et servir à la nutrition , soit pour y servir à une sorte de respiration aquatique en cédant de son oxygène.

Quand on trouve du liquide amniotique dans les voies digestives ou respiratoires , ce n'est qu'accidentellement et par suite des mouvements de déglutition et d'inspiration que le fœtus exécute instinctivement quand il est menacé d'asphyxie. Ce sont sans doute des mouvements de ce genre qu'Harvey a observés chez le poulet renfermé dans sa coque, et Haller et Béclard, chez des fœtus de mammifères encore enveloppés de leurs membranes.

Si le liquide amniotique sert à la nutrition ce ne peut donc être qu'à la suite d'une absorption tégumentaire.

Nous n'avons " aucune preuve directe de cette absorption , mais il est assez naturel d'admettre qu'un corps presque gélatineux, privé de peau d'abord , puis doué d'une peau mince et sans

DU FŒTUS

épiderme, du moins jusque vers 4 1/2 mois , il est naturel de penser , disons-nous , qu'un être ainsi organisé s'imbibe du liquide dans lequel il est incessamment plongé.

En admettant cette absorption , on doit croire qu'elle est surtout active dans les premiers mois , qu'elle diminue à mesure que les téguments prennent de la consistance et surtout quand ils se recouvrent d'épiderme et d'enduit sébacé.

La faible proportion des principes nutritifs contenus dans le liquide amniotique, et le fait d'enfants nés vivants quoique les membranes fussent rompues depuis 6 à 8 semaines (De Lamotte), prouvent seulement que dans les derniers mois il existe une autre source à laquelle le fœtus puise ses éléments de nutrition.

Cette autre source est le placenta.

Nous n'avons cependant pas de preuve tout à fait péremptoire de la transmission de sucs nourriciers de la mère à l'enfant par la voie du placenta et du cordon ombilical.

Voici les principaux faits invoqués à l'appui de cette transmission :

1° Certaines maladies telles que la syphilis et la variole se communiquent de la femme au fœtus;

2° Magendie ayant injecté dans les veines d'une femelle de lapin une émulsion de camphre, a constaté, un quart d'heure après, que le sang des fœtus était imprégné de l'odeur du camphre;

3° Mayer a opéré de la même manière avec du cyanure de potassium qu'il a retrouvé , au moyen du chlorure de fer , dans le placenta , dans les eaux de l'amnios et dans les différents organes de l'embryon. (V. d'autres expériences analogues dans Moreau, t. i , p. 43i);

40 Flourens a prouvé que la garance dont on nourrit les femelles d'animaux pendant leur portée , teint en rouge les os de leurs petits.

Ces expériences prouvent surabondamment que des liquides se transmettent de la femme au produit de la conception , mais elles n'étabhssent pas rigoureusement que la transmission s'opère par le placenta et le cordon.

Le fait publié MM. Lados et Mareska, de Gand , est plus probant : Une femme enceinte de quatre mois et demi meurt empoisonnée par l'arsenic. Le poison est retrouvé dans les organes du fœtus et en quantité plus considérable encore dans le placenta , mais les eaux de l'amnios n'en contiennent pas de trace appréciable. La transmission de liquides nourriciers

DU FŒTUS

par les vaisseaux ombilicaux doit d'ailleurs bien être admise quand on considère que le développement du fœtus est surtout considérable dans les trois derniers mois de la grossesse , alors que les autres sources d'alimentation sont ou taries ou notablement diminue'es.

Ajoutons que les rapports des vaisseaux maternels et fœtaux, leur enchevêtrement , la minceur de leurs parois juxta-pose'es rendent les phénomènes d'endosmose et d'exosmose faciles à comprendre.

Est-ce du sang en nature qui passe de la mère à l'enfant? Non , car les deux circulations sont complètement indépendantes et le volume des globules du sang est deux fois plus considérable chez le fœtus que chez la femme. Il est donc vraisemblable que la transmission ou l'échange n'a lieu que pour certains éléments du sang. Pour lesquels ? On ne sait rien de positif à cet égard.

2. SÉCRÉTIONS, a) du foie. Le volume énorme du foie chez le foetus , la masse de sang qu'il reçoit , celui qu'il reçoit directement du placenta par la veine ombilicale , font penser que cet organe doit remplir des fonctions importantes pendant la vie intra-utérine.

Opinions. Geoffroy St-Hilaire croyait qu'il sécrète de la bile qui, versée dans l'intestin, y déterminerait la production d'un mucus copieux qui serait ensuite digéré.

D'après Lee, ce serait , non de la bile , mais une matière albumineuse , nutritive , qui s'élaborerait dans le foie et serait versée dans le duodénum pour y être digérée.

D'après d'autres , le foie enlèverait au sang son excès d'hydrogène et de carbone , le dépurerait en quelque sorte et le produit de sa sécrétion , se mêlant ensuite au mucus intestinal , constituerait le méconium qui descend dans le gros intestin vers le cinquième mois.

Enfin, d'après Claude Bernard, le foie produit du sucre et devient ainsi un organe de calorification.

Chez le fœtus surtout , il nous paraît difficile de faire encore la part exacte de ces divers usages et de déterminer nettement leur importance relative.

b) des reins. Les reins existent de bonne heure chez le fœtus et il est vraisemblable que l'urine qu'ils sécrètent se déverse dans les eaux de l'amnios , car dans certains cas d'imperforation de l'urèthre on a trouvé la vessie très-distendue et même déchirée.

DU FŒTUS

3 RESPIRATION. Le fœtus dans le sein de sa mère ne respire certainement pas à la manière des adultes , puisque ses poumons sont compactes; qu'il n'a pas de communication avec l'air extérieur et que les eaux de l'amnios ne contiennent ni oxygène pur ni oxygène combiné dans des proportions qui le rendent respirable.

Mais n'y a-t-il pas chez lui une sorte de respiration aquatique ? Ne peut-il peut-être pas décomposer le liquide amniotique ou quelque autre liquide pour en retirer de l'oxygène?

Opinions. Geoffroy S'-Hilaire admettait que le fœtus respire par toute sa surface tégumentaire et qu'il sépare l'oxygène des eaux ambiantes , à la manière des insectes aquatiques.

Rathke a décrit, comme formant un appareil branchial, les petites fentes qui se trouvent sur les côtés du cou des jeunes embryons humains.

Serres croit que les villosités du chorion traversent la caduque réfléchie pour aller puiser de l'oxygène dans- l'hydropérione.

Ces trois opinions sont purement hypothétiques.

Si le fœtus n'a pas de respiration proprement dite , est-ce à dire qu'il n'ait pas une hématose à lui ? On sait que les êtres vivants ont besoin d'oxygène pour se développer. Pendant la germination l'œuf végétal, ou la graine, absorbe l'oxygène de l'air et dégage de l'acide carbonique. Le même phénomène se produit dans les œufs d'insectes. L'œuf des animaux aériens présente dans plusieurs espèces des dispositions spéciales pour l'admission et la conservation de l'air atmosphérique (chambre à air). Les œufs qui n'ont pas de chambre à air (ceux des sauriens) ont une coquille mince , poreuse et très-perméable à l'air. On sait qu'il suffit de recouvrir les œufs de poule d'une couche de vernis pour rendre l'incubation vaine ou pour asphyxier les poussins lorsqu'ils sont déjà en voie de développement dans leur coque.

On sait aussi que le fœtus meurt asphyxié lorsque le cordon ombilical est assez comprimé pour que la circulation s'y trouve interrompue pendant quelque temps. Le décollement du placenta, lorsqu'il est complet , asphyxie également le fœtus.

Il faut donc , pour que la vie se conserve , que le sang qui a servi à la nutrition des organes aille se réoxygéner dans le placenta. Or , l'oxygène qu'il puise dans ce gâteau ne peut être fourni que par la mère, La présence de l'oxygène hbre dans le sang , soit artériel , soit veineux , est d'ailleurs aujourd'hui un fait hors de doute (Lecanu, Mo r eau, 438).

Chez les mammifères , il est vrai , on ne trouve guère de différence entre la couleur du sang de la veine et celle du sang des artères ombilicales. Cependant Mû lier dit que cette différence est re'elle , si on la cherche dans les ramifications déliées de ces mêmes vaisseaux et , ce qui est plus important , il a constaté des différences chimiques entre les deux sangs. Celui de la veine ombilicale se coagule plus vite que celui des artères ; il se couvre promptement à l'air d une membrane épaisse ; il donne du gaz oxygène par la chaleur ; il acquiert une couleur plus foncée par l'acide carbonique. En un mot , il se comporte davantage à la manière du sang artériel.

Nous croyons donc que le sang du fœtus , de retour au placenta , puise à la fois dans celui de la mère des éléments de nutrition et d'hématose.

Vagissement utérin. Le cri est un mode d'expiration et suppose la respiration, or comme le fœtus ne respire pas dans ses membranes intactes, le cri ou le vagissement utérin est impossible. Mais il n'en est plus de même quand les membranes sont rompues, la matrice encore relâchée, le col dilaté et la bouche de l'enfant située de façon à ce que l'air extérieur puisse y arriver. C'est dans ces conditions qu'en iSBy mon père entendit un jour les cris d'un enfant encore renfermé dans le sein maternel. L'enfant était en position calcanéo-sacrée ; au moment où les eaux venaient de s'écouler, il introduisit la main pour confirmer son diagnostic et aussitôt plusieurs élèves présents entendirent une sorte de vagissement venant positivement de la cavité utérine.

Le vagissement peut aussi se produire quand la face se présente et se trouve déjà bien engagée dans le petit bassin. L'enfant peut évidemment crier aussi lorsque la tête est sortie et quoique le tronc soit encore retenu dans les organes de la mère.

La respiration peut -elle être assez complète dans ces cas pour que la docimasie pulmonaire puisse induire en erreur? C'est là une question de médecine légale que nous n'avons pas à examiner ici.

4. CIRCULATION. Pour comprendre la circulation chez le fœtus , il faut avant tout se rappeler quelques dispositions anatomiques particulières à la vie intra-utérine.

1° La veine ombilicale, apportant le sang artérialisé ou hématose du placenta, se rend directement dans le sillon antéropostérieur gauche du foie, auquel elle donne quelques branches, puis elle se divise en deux troncs : l'un de ces troncs , sous le nom de canal veineux , s'ouvre dans la veine cave inférieure , au

DU FŒTUS

moment où celle-ci va traverser le diaphragme ; l'autre tronc se jette dans la veine-porte.

2° La veine cave inférieure , formée de ses vaisseaux ordinaires et contenant de plus le sang que lui fournit le canal veineux , pénètre dans l'oreillette droite. Mais grâce à la valvule d'Eustache et à l'existence du trou de Botal , le sang de la veine cave inférieure, au lieu de passer comme chez l'adulte dans le ventricule droit , passe dans l'oreillette gauche.

3° De l'oreillette gauche , ce sang passe dans le ventricule gauche qui le pousse dans l'aorte et ses divisions, comme chez l'adulte.

4° Laissons , pour le moment , la colonnne de sang qui se rend dans l'aorte descendante et voyons celle qui passe dans le tronc brachio-céphalique , dans la carotide primitive et dans l'artère sous-clavière gauches.

Comme chez l'adulte , ce sang va nourrir la tête et les membres supérieurs , puis il est rapporté par les veines jugulaires et sous-clavières dans les troncs veineux brachio-céphaliques , et par ceux-ci, dans la veine cave supérieure.

5° La veine cave supérieure déverse son contenu dans l'oreillette droite d'où il passe dans le ventricule droit.

6° Le ventricule droit le chasse dans l'embouchure de l'artère pulmonaire, mais les poumons, encore compactes, ne pouvant le recevoir , il doit suivre un autre itinéraire. Or , il y a à la bifurcation de l'artère pulmonaire un canal de dérivation temporaire, le canal ai'tériel , qui le porte dans la crosse de l'aorte , au-dessous de l'origine de l'artère sous-clavière gauche , d'où il pourra retourner au placenta.

Cette colonne de sang venant du ventricule droit va donc se mêler à celle que le ventricule gauche pousse dans l'aorte descendante, (i

Fig. 7

(i) Nous empruntons à Schrôder la figure schématique représentant la circulation dans le cœur du foetus (fig. 7). La^striation transversale indique le sang veineux ; la striation longitudinale , le sang artériel.

DU FŒTUS

Le cercle supe'rieur de'crit , voyons l'inférieur.

Les deux colonnes que nous venons de voir confondues dans l'aorte descendante vont se distribuer de la même manière que chez l'adulte et nourrir les viscères abdominaux et les membres pelviens pour revenir ensuite, sous forme de sang veineux, dans la veine cave inférieure. Mais ce qui est spécial à la vie intra-utérine, c'est que les artères ombilicales, provenant des hypogastriques, renvoient une grande partie de ce sang se révivifier dans le placenta où , comme nous l'avons dit en commençant , il est repris par la veine ombilicale.

Nous avons suivi le sang venant du placenta dans tout son parcours à travers toute l'économie du fœtus ; mais nous devons revenir sur quelques particularités de cette circulation.

1° Nous avons dit d'une part que le sang de la veine cave inférieure traverse l'oreillette droite pour se rendre à l'oreillette gauche par le trou de Botal.

Nous avons dit d'autre part que le sang de la veine cave supérieure traverse également l'oreillette droite pour se rendre au ventricule de même nom.

Ces deux colonnes de liquide peuvent-elles ainsi traverser l'oreillette droite sans se mélanger ? Plusieurs auteurs le pensent. Ils croient que la valvule d'Eustache fait l'ofiîce d'une sorte de pont au-dessous duquel passerait l'une des colonnes liquides tandis que l'autre passerait au-dessus. On admet cependant plus généralement qu'il y a un certain mélange qui devient ensuite plus considérable à mesure que la valvule d'Eustache devient plus étroite (au moins relativement) et que le trou de Botal se rétrécit.

2° Ce mélange est toutefois incomplet , de sorte que le sang qui revient oxygéné du placenta passe en majeure partie de la veine cave inférieure dans l'oreillette droite , de l'oreillette droite dans la gauche , de l'oreillette gauche dans le ventricule gauche , du ventricule gauche dans l'aorte ascendante , et de là vers l'extrémité supérieure du corps.

3° Il est à remarquer que le sang contenu dans l'aorte descendante est à la fois soumis à l'impulsion des deux ventricules : à l'impulsion du ventricule gauche par la colonne de sang qui vient de l'aorte ascendante , à l'impulsion du ventricule droit , par la colonne qui vient du canal artériel. Or cette double impulsion était nécessaire : car le sang de l'aorte descendante doit non-seulement se rendre à la partie inférieure du corps comme chez l'adulte , mais il doit encore retourner au placenta

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et en revenir , c'est-à-dire , parcourir deux fois toute la longueur du cordon.

40 D'après ce que nous avons vu , toutes les parties du fœtus reçoivent du sang qui vient directement du placenta et du sang qui a déjà servi à la nutrition des autres organes ; seulement il y a à remarquer que le sang revenant directement du placenta se rend en plus forte proportion vers l'extrémité' céphalique.

Mais comment se fait-il que le développement de tous les tissus soit si étonnamment rapide ?

C'est que chez le fœtus les pertes sont presque nulles et que , partant , tous les fluides qui lui sont fournis par la mère sont à peu près complètement employés et retenus par les organes. Il y a assimilation constante , presque sans usure.

De retour au placenta le sang du fœtus rentre-t-il dans la circulation maternelle ?

Nous avons dit déjà que ses globules sont beaucoup plus gros que ceux du sang de la mère , de sorte que si , à la rigueur, on pouvait comprendre le passage du sang de la mère dans les capillaires de l'enfant , l'inverse serait plus difficile à admettre.

Il est fort probable que, les vaisseaux maternels et fœtaux étant dans un contact intime , il passe à travers leurs parois qui sont très-minces , non du sang en nature , mais les principaux éléments de nutrition et le principe de l'hématose, l'oxygène.

Peut-être la différence notable de la rapidité des courants pourrait-elle expliquer pourquoi ce passage s'opère des vaisseaux maternels aux vaisseaux fœtaux , plutôt que dans le sens inverse.

III. VIABILITÉ DU FŒTUS. Définition. Le mot viabilité, venant de via , voie , chemin , carrière , exprime l'aptitude du fœtus à parcourir une carrière humaine ordinaire. Le mot vitabilité de vita , vie , serait mieux choisi mais n'est pas consacré.

La viabilité /e^a/e est fixée à six mois révolus ou à 180 jours, au plus tôt. De sorte que si une femme accouche avant 180 jours de mariage, et que l'enfant soit déclaré viable , le mari peut le désavouer comme n'étant pas son œuvre. On comprend la sagesse de cette disposition de la loi, mais, médicalement parlant, la viabilité doit s'apprécier, non d'après la date de la naissance, mais d'après l'état physique de l'enfant. Plus l'enfant se rapproche des conditions organiques qu'il présente à terme , plus on est sûr de sa viabilité ; plus il s'en éloigne , plus celle-ci est douteuse. En général , pour qu'il soit réputé viable, il faut qu'il ait au moins

32 à 35 centimètres de longueur et qu'il pèse i 1/2 à 2 kilogrammes. De plus, la peau ne doit plus être d'un rouge cerise ; elle doit offrir une certaine densité et présenter un peu d'enduit sébacé. Les ongles , d'une certaine consistance , doivent s'étendre jusque vers l'extrémité des doigts. Les os du crâne doivent être assez résistants et assez développés pour que les sutures et les fontanelles n'offrent pas un grand excès de largeur. Le cuir chevelu doit au mois commencer à se couvrir de cheveux. La moitié de la longueur totale de l'enfant ne doit guère tomber plus de 2 à 3 centimètres au-dessus du nombril. Mais surtout l'enfant doit avoir assez de force pour se débarrasser de son méconium et de ses urines , pour téter , pour pousser des cris et , plus spécialement, pour respirer complètement. Vivre , c'est respirer complètement : il faut donc constater , par l'auscultation, que cette fonction s'exécute normalement et que le déplissement pulmonaire est complet.

Le nouveau-né qui n'offre pas ces caractères a peu de chances de vie et ne peut être réputé viable. Or , il les présente rarement , ces caractères avant le 7^ mois ; il ne les présente même jamais selon Chaussier et Orfila, de sorte que la loi ne peut frapper l'innocence. Cela ne veut pas dire toutefois que si un enfant né avant cette époque donne des signes de vie , il ne faille pas faire tout son possible pour le conserver. On cite en effet des exemples d'enfants qui , nés avant six mois , ont continué de vivre , grâce aux soins extrêmes dont ont les a entourés, (i)

Hyppocrate et la plupart des anciens croyaient que le fœtus naissant à 7 mois a plus de chances de vie que celui qui naît à huit. Cette opinion est encore singulièrement accréditée dans le peuple et certains médecins veulent expliquer le fait en disant > [u'à 7 mois , il y a une sorte de tendance à l'accouchement , de sorte que si l'accouchement à lieu, il est pour ainsi dire naturel , tandis qu'à 8 mois , cette tendance n'existant plus , il faudrait pour déterminer l'expulsion de l'œuf des causes acciden-

(1) D'après Briand, Fortuni Liceti , fils d'un médecin de Gênes , serait né à 41/2 mois. Son père l'aurait placé dans un petit four où il faisait entretenir une chaleur uniforme, mesurée au thermomètre, en même temps qu'il aurait indiqué à une nourrice toutes les autres précautions à prendre, et le petit Fortuni se serait très-bien laissé élever , car il vécut 79 ans. A 19 ans, il publia un traité .de YAme et, plus tard, 80 volumes d'un érudition profonde , entre autres un traité fort curieux des monstruosités , traduit par Palfyn. Mais Briand se trompe sans doute, car Fortuni Liceti dans son traité des monstres , dit qu'il est né à sept mois. Adieu le prodige 1

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telles qui pourraient , directement ou indirectement , nuire à l'enfant. Il est des tempéraments que rien n'arrête et qui trouvent des explications à tout ; mais, avant d'expliquer un fait, il est prudent de le constater. Or , si nous pouvons nous en rapporter à ce que nous avons toujours vu , la tendance à l'accouchement n'existe pas plus à 7 mois qu'à 8 mois et le fœtus a d'autant plus de chances de vie qu'il est plus développé , c'est-à-dire , plus près de terme.

IV. ATTITUDE DU FŒTUS (i). Chez le fœtus , comme chez l'homme endormi , la flexion l'emporte sur l'extension. La tête est légèrement inclinée en avant ; les doigts sont fléchis dans la main, les avant-bras sur les bras, les bras rapprochés du tronc, de sorte que ks mains croisées sont voisines du menton. Les cuisses sont fléchies sur le bassin, les Jambes sur les cuisses et les talons , parfois croisés, sont très-r approchés des fesses.

Le rachis est infléchi sur sa face antérieure , d'où il résulte que les genoux touchent presque le menton.

Ainsi ployé sur lui-même , le fœtus accroupi représente une masse ovoïde dont la petite extrémité est constituée par le crâne, et la grosse, par le pelvis doublé des membres inférieurs. Cet ovoïde mesure ordinairement de 26 à 28 centimètres de longueur et 14 à 16 centimètres transversalement et d'avant en arrière. Mais ses extrémités ne sont pas sphériques : elles sont plutôt ovales. Ainsi la tête a plus d'étendue de l'occiput au front que d'une bosse pariétale à l'autre , et le pelvis offre un plus long diamètre du sacrum aux genoux que d'une hanche à l'autre.

L'utérus représente aussi un ovoïde dont la grosse extrémité correspond au fond de l'organe , tandis que la petite est constituée par le segment inférieur , mais en même temps le diamètre qui va d'un bord à l'autre du viscère , est plus long que celui qui se rend de la paroi antérieure à la paroi postérieure. Or , s'il nous fallait loger un fœtus dans une matrice de manière à ce qu'il y eût le moins d'espace perdu : 1° Nous mettrions leurs axes en rapport , ce qui nous . donnerait une présentation de la tête ou du pelvis ; 2° nous mettrions ensuite leurs grosses extrémités en rapport : ce qui nous donnerait une présentation de la tête ; 3° en outre , nous mettrions les plus longs diamètres des extrémités céphalique et pelvienne dans le plus long diamètre

(i) Mon père a publié une Étude sur l'attitude du fœtus, dans les A n nales de gynécologie de S c h o e n f e 1 d fév. 1 848 . — Le travail de Simpson sur le même sujet est de 1849. Edinburgh. — Jour, offic. méd. scienc. 1849.

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horizontal de l'utérus , c'est-à-dire , dans le transverse. Nous arrivons donc après cette étude, à placer l'enfant dans une position gauche antérieure ou droite postérieure , or cette position est précisément celle que la nature choisit gS fois sur loo.

Cette situation est la plus favorable aux mouvements du foetus, parce qu'elle lui laisse les quatre membres aussi libres que possible. Il n'en est pas de même dans les présentations pelviennes, où les membres inférieurs se trouvent plus au moins comprimés sous le tronc. Le fœtus doit éprouver sans doute plus de malaise encore lorsqu'il est situé presque transversalement dans l'utérus. Or , nous croyons que l'enfant dans le sein maternel tend à se mettre à l'aise et prend automatiquement la position dans laquelle il jouit du plus de liberté , c'est-à-dire , celle dans laquelle il a la tête en bas. Si nous ajoutons qu'une fois prise, cette position offre plus de fixité que toutes les autres , qu'elle change plus difficilement soit par les secousses , soit par les mouvements propres de l'enfant, soit par les contractions de la matrice , l'on comprendra pourquoi cette position , la plus admirablement avantageuse , est aussi la plus fréquente. Plusieurs conditons concourent d'ailleurs à sa fréquence : 1° les parois utérines convergent vers le col et elles sont tapissées par des membranes lisses , glissantes; 2° la tête est spécifiquement plus pesante (i) que l'extrémité pelvienne; sa forme est plus régulière, moins anguleuse; sa surface est lisse, lubréfiée et elle doit avoir une certaine tendance à glisser vers le point déclive qui est le col, non-seulement quand la femme est debout, mais même quand elle est couchée. Chez les grands quadrupèdes où le fond de l'utérus est plus bas que le col , et l'arrière-train plus pesant que l'avant-train , c'est toujours la tête qui se présente.

Tout en reconnaissant la réalité de ces tendances mécaniques, nous pensons , avec P . D u b oi s , qu'il faut admettre l'influence que les mouvements automatiques du fœtus exercent sur l'attitude qu'il affecte de préférence. S'il ne fallait voir dans cette attitude que le résultat de la pesanteur de la tête , cette situation serait d'autant plus constante que la grossesse serait moins avancée , puisque le volume de la tête est proportionnellement d'autant plus considérable que le fœtus est plus jeune. Or , c'est précisément l'inverse qui a lieu : les présentations non-céphaliques sont plus fréquentes dans les avortements et dans les accouchements prématurés que dans les accouchements à terme.

(i) Il résulte des rechcrehes de Veit quun foetus, plongé dans un liquide dont le poids spécifique égale le sien , flotte obliquement , la tête et 1 "épaule droite en bas , à cause du poids plus considérable du crâne et du foie.

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S'il ne fallait voir que l'efTet de la pesanteur dans la présentation du crâne, cette partie devrait s'ofFrir plus constamment quand le fœtus est mort, puisqu'il obéit plus sûrement alors aux lois de la physique. Or , c'est encore précisément le contraire qu'on observe , car sur 46 enfants nés morts à 7 mois , 23 ont présenté la tête et 23 , l'extrémité pelvienne (i sur 2) , tandis que sur 70 enfants nés vivants à la même époque , 60 ont présenté la tête (6 sur 7) , et 10 seulement l'extrémité pelvienne (i sur 7).

Il nous parait donc bien établi que la vie du fœtus exerce une influence marquée sur la position qu'il prend dans la matrice. Cette position du reste n'est pas absolument fixe et nous avons constaté bien souvent chez des femmes à terme qu'elle se modifiait. Dans le principe l'embryon est peut-être comme suspendu à son cordon ; ^ensuite , les eaux sont encore , pendant un certain temps , assez abondantes pour qu'il puisse prendre à peu près toutes les attitudes et se placer dans toutes les directions. Mais lorsqu'il est assez développé pour que son axe dépasse les dia. mètres ho7~iio7itaux de l'utérus il faut bien que l'une ou l'autre de ses extrémités se porte , et reste , vers le col de la matrice. Dans la très-grande majorité des cas c'est l'extrémité céphalique qui prend cette direction, mais on comprend aussi que ce puisse être l'extrémité pelvienne et , qu'une fois cette attitude prise , le fœtus la conserve.

D'après M. Mattéi, les accouchements prématurés sont plus communs dans les présentations pelviennes que dans les céphaliques, parce que les membres inférieurs , par leurs mouvements produisent une excitation du segment inférieur de l'utérus qui peut devenir cause de congestion ou se transmettre au corps et au fond du viscère soit directement, soit par action réflexe.

Culbute. On a cru longtemps, et Levret croyait encore que jusqu'à 7 mois le fœtus restait comme assis on accroupi sur le promontoire et qu'alors seulement , entraîné par le poids de la tête , il faisait la culbute et tombait la tête la première dans le petit bassin.

Bien avant Baudelocque, De Lamotte avait déjà combattu cette erreur : 1° la tête est proportionnellement plus grosse avant sept mois qu'à sept mois ; — 2° le fœtus est plus court ; — 3° la quantité d'eau est relativement plus considérable ; de sorte que toutes les conditions sont bien plus favorables au mouvement de culbute à 5 ou à 6 mois , par exemple qu'à sept ; — 4° d'une autre part , le palper abdominal , le toucher , les avortements et les autopsies prouvent qu'en général la tête est dirigée en bas bien avant sept mois.

DE LA GROSSESSE

On ne peut donc plus admettre ce mouvement de culbute que comme un fait exceptionnel et exigeant, comme conditions de possibilité, un fœtus plus petit ou des eaux plus abondantes que de coutume.

DE LA GROSSESSE

DÉFINITION. La grossesse est l'état de la femme fécondée.

DIVISION. Le produit de la conception doit se développer dans la matrice, organisée pour l'incubation : grossesse utérine ou naturelle , — mais il peut aussi , accidentellement , se développer en dehors de la cavité utérine : grossesses extra-utérines ou contre nature.

La grossesse est le plus souvent simple ; elle peut être aussi composée ou gémellaire : grossesses double, triple, quadruple, etc. Dans tous les cas elle est régulière ou compliquée d'accidents.

On a désigné sous le nom de fausses grossesses divers états pathologiques dont les symptômes ressemblent assez à ceux de la grossesse pour embarrasser le diagnostic.

Occupons nous d'abord de la grossesse naturelle, simple et régulière (Eukyesis).

SYMPTOMATOLOGIE. La fécondation amène chez la femme des modifications nombreuses et les phénomènes qui se produisent ont été divisés en rationnels et sensibles ou subjectifs et objectifs. Mongomery et P. Dubois, se plaçant au point de vue du diagnostic , les rangent d'après leur valeur , en signes de présomption , de probabilité et de certitude. Nous préférons diviser en maternels et fœtaux les symptômes de la grossesse , et voici le cadre dans lequel nous allons les classer :

PHENOMENES] de la GROSSESSE

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