SOINS A DONNER AU NOUVEAU-NÉ SOUFFRANT
Que doit-on entendre par faiblesse,^ anémie, syncope, asphyxie, apoplexie et mort apparente des nouveau-nés ?
1. FAIBLESSE. Il faut, ce nous semble, désigner sous le nom de faiblesse ou débilité, l'état de l'enfant qui naît prématurément ou qui, naissant à terme, n'a pas acquis tout le développement et toute la force habituels. Cet état est indépendant des circonstances de l'accouchement et il n'a rien de commun avec la mort appai'ente.
2. ANÉMIE. On comprend que le fœtus in utéro puisse déjà être atteint d'anémie et qu'il en présente les signes au moment de sa naissance. Mais peut-il devenir anémique pendant le travail? Il ne le pourrait guère que par une hémorrhagie provenant de la rupture des vaisseaux ombilicaux, dans un point du cordon ou dans l'épaisseur du placenta. Mais cette rupture est rare et, quand elle a lieu, elle est rarement suivie d'un écoulement de sang notable, de sorte que, si elle occasionne parfois la mort, apparente ou réelle, c'est bien moins par anémie que par défaut d'hématose ou par asphyxie.
Désormeaux a pensé que la veine et les artères ombili. cales pouvaient être comprimées inégalement. Mais prenons les choses au pire et supposons d'abord les deux artères seules et
NOUVEAU-NÉ SOUFFRANT
complètement, comprimées; qu'en re'sultera-t-il? Que le sang venant de la mère continuera à arriver pendant quelque temps à l'enfant, mais sans pouvoir retourner vers le gâteau placentaire pour s'y re'oxyge'ner. C'est donc l'asphyxie qui s'en suivra et elle s'accompagnera plutôt de ple'thore que d'anémie fœtale.
Admettons, au contraire, que la veine ombilicale soit complètement comprime'e, tandis que les artères restent tout à fait libres, Qu'arrivera-t-il ? L'enfant ne recevra plus de sang, ni hématosé ni autre, et il continuera à en renvoyer au placenta ; mais combien ? Autant que ce gâteau peut en admettre, en plus de ce quil contient normalement. Il est difficile de pre'ciser à quoi s'élèvera la perte ; mais il n'est pas vraisemblable qu'elle puisse amener une anémie mortelle. Le fœtus succomberait, sans aucun doute, dans ces conditions, mais ce serait encore par défaut d'hématose plutôt que par pénurie de sang. L'anémie accidentelle et grave par elle-même, nous paraît donc devoir être très-exceptionnelle chez le nouveau-né.
3. SYNCOPE. La syncope ou la suspension brusque des mouvements du cœur serait-elle plus commune?
Si l'hémorrhagie fœtale est rare, la syncope qui pourrait en dépendre doit être plus rare encore. Elle ne peut certainement pas se rattacher aux émotions morales, puisque l'enfant n'en est pas susceptible, et c'est par hypothèse seulement, qu'on pourrait l'attribuer au malaise résultant de la compression du cordon ombilical.
Invoquera-t-on la paralysie des nerfs qui président aux mouvements du cœur ? Mais cette paralysie elle-même ne pourrait guère dépendre que d'une asphyxie ou d'une apoplexie, comme nous le verrons bientôt, et dès lors encore la syncope ne serait que secondaire ou symptomatique.
On ranime sans doute des enfants dont les pulsations cardiaques sont à peine perceptibles ; mais c'est en remédiant à l'asphyxie ou à l'apoplexie. En observant bien ce qui se passe chez le nouveau-né qui s'éteint sous nos yeux et malgré tous nos efforts pour le ranimer, nous constatons que le cœur est Viiltimum moriens et, sans nier la possibilité des exceptions qu'on a citées, nous admettons, avec M. Bouchut, qu'en général, s'il a cessé de battre depuis plus d'un quart d'heure, la mort est bien réelle.
Nous avons ausculté beaucoup d'enfants nés en état de mort