‹ Cours d'accouchements professé à l’Université catholique de LouvainChapitre 51 sur 114 · PRODROMES · texte numérisé non relu

PRODROMES

fréquentes d'uriner, la constipation, l'œdème, les varices, les crampes, etc. Dans des cas qui ne nous laissent aucun doute, nous avons vu la descente du ventre s'opérer, sans que le segment inférieur de la matrice s'engageât dans le bassin. Dans d'autres cas , au contraire , nous avons souvent constaté que la tête, coiffée du segment inférieur de la matrice, était descendue jusqu'au bas de la symphyse pubienne avant que le col eût commencé à s'ouvrir.

2) LUBRÉFACTION DES PARTIES. La muqueuse vulvaire et vaginale devient le siège d'une sécrétion plus abondante qui lubréfie et assouplit les parties. La nature, qu'on nous permette cette expression, pour adoucir le frottement et faciliter les glissements, met de l'huile aux rouages.

3) CONTRACTIONS INDOLORES. L'utérus est susceptible de contractions indolores pendant tout le temps de la grossesse, mais elles deviennent pltis fréquentes et plus longues à l'approche du travail : la femme les reconnaît aisément à la dureté du ventre, si elle y est rendue attentive , et le médecin peut les constater directement. Le palper abdominal peut les provoquer.

4) MARQUES. Ces contractions indolores ont pour effet d'effacer le col et quelquefois de l'ouvrir. D'où il suit que, s'il existe des glaires amassées dans cet organe ou un peu au-dessus, ce qui n'est pas bien rare, elles s'échappent en paquet. Quelquefois il s'y mêle quelques stries de sang et on dit alors que la femme marque. Ces glaires diffèrent des mucosités ordinaires en ce qu'elles sont plus jaunes, plus épaisses et forment masse.

5) Chez quelques femmes, il se produit un relâchement dans les symphyses pelviennes et la marche en est rendue plus ou moins difficile, quelquefois même douloureuse.

6) Chez un plus grand nombre, le travail est immédiatement précédé d'une ou deux selles.

Il ne faut jamais négliger de toucher si l'on veut éviter de méconnaître le premier temps et ne pas s'exposer à deux sortes de méprises également désagréables. Tantôt on est appelé en toute hâte auprès d'une femme qui se plaint des reins, du ventre et du dos, qui va s'accoucher, dit-elle. Le débutant croit au premier temps : il s'installe et attend patiemment l'événement 12 heures, 24, 36? inutilement! Ce n'était qu'une fausse alerte.

DES DOULEURS

D'autres fois le premier temps est si secret qu'il s'opère à l'insu de la femme : elle croit qu'elle a encore quelques jours à attendre.... vous promettez de revenir et pendant que vous descendez l'escalier on vous rappelle : « vite ! Monsieur ! vite ! Madame accouche ! » vous remontez à la hâte : l'enfant est déjà né !.. . La préparation a passé inaperçue et une seule forte douleur a expulsé l'enfant. En touchant on évitera de prendre une fausse alerte pour le premier temps ou le premier temps pour une fausse alerte.

2° Douleurs.

La douleur n'est pas toujours en rapport avec Vénergie des contractions. Ainsi, il est des femmes qui accusent leurs souffrances par des cris aigus, tandis que d'autres font à peine entendre de légers gémissements. Mon père a assisté plusieurs fois une dame toute contrefaite, qui ne savait pas ce que les autres femmes veulent dire par douleurs des reins ou du ventre. Une sensation particulière dans les cuisses l'avertissait seule du moment où l'utérus agissait et oi!i elle devait s'aider. Par contre on voit beaucoup de femmes endurer les douleurs de l'enfantement avec une impatience extrême. Il faut craindre que cette sensibilité exagérée ne soit maladive et surveiller par conséquent les couches avec plus de soin.

Les douleurs se font généralement sentir dans le bas des reins, vers la région sacrée; quelquefois en avant, derrière le pubis; il faut toujours surveiller de près la femme qui les accuse dans le ventre. A une certaine période du travail, elles descendent dans le bassin, vers le fondement, et se traduisent par un besoin illusoire d'abord, puis réel, d'aller à selle.

Comme nous l'avons dit déjà, ce qui caractérise les douleurs de l'accouchement, c'est qu'elles sont intermittentes et de courte durée (quelques secondes à une minute); c'est que pendant leur durée, le ventre se durcit, le col de la - matrice se tend, ainsi que les membranes; c'est qu'elles ont pour effet d'eflfacer et de dilater le col utérin , puis enfin d'y pousser l'œuf.

On a divisé les douleurs : 1° en mouches; 2° en douleurs préparantes; 3° en douleurs expulsiv-es et 4° en douleurs conquassantes.

DES DOULEURS

Mais il suffirait de les diviser en préparantes et en expul sives : car les mouches sont des douleurs préparantes légères, en quelque sorte prodromiques, et les douleurs conquassantes , les deux ou trois douleurs finales , ne différent des douleurs expulsives que par leur énergie.

i» Les mouches, ainsi appelées parce que les femmes les comparent parfois à des piqûres de mouches , ne sont donc que les premières petites douleurs du travail. Elles se manifestent souvent un jour ou deux, avant que le travail débute sérieusement et peuvent se suspendre pendant quelque temps.

2° Elles sont bientôt remplacées par des douleurs plus vives , plus agaçantes , appelées préparantes parce qu'elles préparent les parties à livrer passage à l'œuf. Elles ne sont encore qu'utérines, de sorte que pendant leur durée la femme ne pousse pas. La face se crispe un peu , les mâchoires se serrent légèrement , la tête et le haut du tronc, penchés en avant, se balancent latéralement; les mains s'appliquent sur les côtés du ventre et plus souvent encore à la région postérieure du bassin ou sur les hanches.

Lorsque ces douleurs deviennent plus aiguës , la femme voudrait les fuir : elle les' supporte impatiemment , elle croit qu'elles ont lieu en pure perte : « cela n'avance pas.... cela ne finira donc jamais ! » vous dit-elle ; — elle a besoin d'être encouragée et rassurée.

Que s'est-il passé pendant ce temps de préparation ? Le muscle en se contractant se raccourcit, se tasse pour ainsi dire vers le fond de la matrice et tend à remonter au-dessus de l'œuf. Si les contractions indolores n'ont pas encore effacé complètetement le col , cet effacement s'effectue et les parois du canal cervical , tiraillées en haut et en dehors , tendent à s'allonger ou à ghsser sur l'œuf, repoussé vers le bas. (Voir page 72 les figures schématiques 10, 11, 12, i3, 14 et i5.)

L'ouverture externe du col s'ouvre par le même mécanisme que l'interne et, dit Schrôder « si un obstacle très-considérable s'oppose à la propulsion de l'enfant, comme dans les rétrécissements du bassin , il peut accidentellement arriver , si les douleurs sont énergiques , que l'utérus se rétracte progressivement sur l'œuf assez loin pour que le vagin soit extraordinairement tiraillé dans sa longueur, et qu'à la fin l'utérus, si le dégagement de l'œuf ne se fait pas, se déchire à ses points d'attaches. »

DES DOULEURS 249

La figure 35, empruntée à Braune, de Leipzig, représente la coupe du cadavre gelé d'une femme, morte pendant la période d'expulsion, et montre de combien le col s'est laissé allonger.

Fig. 35.

Page 1