DU SERVICE DES HÔPITAUX EN CAMPAGNE
ROnOira PRÉLUHNAniBS.
En abordant ce grave chapitre, nous regardons comme un devoir d'avertir nos lecteurs, ou plutôt de rappeler
(1) Cette disposition et les indications du paragraphe précédent, sont empruntées à une note faisant suite à un cahier des charges du il juin i812^ pour la fourniture des fourrage$ aux troupes. (Voir Berriat, volume lU, p. 325 et 326).
(2) Ce chapitre correspond au titre IX du livre IV, vol. II.
Voir au Journal militaire :
L'instruction du 16 ventôse an m (art. 7), 2« partie, p. 651 ; L'arrêté consulaire du 24 thermidor an viii, 2* partie, p. 869 (cet
arrêté se trouve aussi dans Berriat, volume IV, p. 2) ; Le règlement du 1" avril 1831 , i*' sem. (supplément),^, 7 ; Le décret du 23 mars 1852, V^ sem., p. ^, portant organisation du
corps de santé de l'armée de terre ; Le décret du 23 avril 1859, 1*' sem., p. 173 relatif au mêmeobjet; Le décret du 18 juin 1860, 1» sem., p. 668.
Consulter à titre de renseignement :
L'instruction de l'intendant général de l'armée d'Italie, du 28 février 1860, adressée aux sous-intendants, aux officiers de santé et aux officiers d'administration sur le service des hôpitaux. Milan, imprimerie de Bemardoni.
Comparé au règlement du 20 décembre 1 824 (Journal militaire j 2' sem . , p. 794), celui de 1831, qui en reproduit, en les améUorant, presque toutes
à leur souvenir, que nous avons ici exclusivement en vue les armées engagées dans de grandes guerres con» tinentales^ comme elles le furent sous la République, le Consulat et l'Empire, et que nous nous sommes attaché à en suivre les traditions.
C'est pour éviter toute méprise sur ce point capital, que nous avons consacré, dans notre titre final, un chapitre spécial au service des hôpitaux en Algérie^ chapitre où sont exposées les différences qui naissent de la situation tout exceptionnelle du pays, et de l'organisation des moyens que l'administration de la guerre a si heureusement appropriés à cette situation.
Des considérations semblables nous auraient déterminé à suivre la môme marche à l'égard de Yarmée a' Orient (i), si notre rédaction n'avait été close avant qu'aucunedes mesures administratives prises pour cette armée pût parvenir à notre connaissance.
les dispositions, a l'avantage de n'avoir pas négligé, cotnme loi, le service de oampagne (voir son titre xi) .
On doit lui savoir principalement gré d'avoir maintenu l'organisation de V ambulance volante, dont le principe remonte aux premières guerres de la Révolution, et fut consacré par le règlement du 24 thermidor an viii (section iv, art. 26)*
D'un autre c6té, il mérite le reproche de s'être borné à une esquisse trèsimparfaite du service des hôpitaux en campagne, dans un titre spécial qui promettait de nous le montrer complet.
Quoi qu'il en soit, abstraction faite de ce qui concerne le personnel de ganté, dont l'organisation a été profondément modifiée, et de la comptald-lité en matière» , qui a reçu des règles toutes nouvelles , le règlement du 1" avril 1831 est demeuré un document important à consulter.
(I) Consulter l'ouvrage du docteur Scrive, médecin inspecteur du service de santé des armées , intitulé : Relation médico^hirurgicale de la campagne d^ Orient, \ vol. in-8», chez Victor Masson.
Grâce à ce préambule, nous entrons en matière avec l'espoir d'être compris, et, au besoin, excusé.
Le service des hôpitaux s'exécute en campagne au moyen d'établissements créés tout exprès^ qui sont :
!• Des ambulances I
2« Des hôpitaux temporaires;
3* Et subsidiairement des dépôts de convalescents.
De plus, et sans appartenir spécialement au service de campagne, les hôpitatix permanents àe l'intérieur concourent à son exécution, par l'effet du mouvement général des évacuations, qui ne manquent jamais de faire refluer jusque sur eux un grand nombre de malades et de blessés. Aussi, pendant la guerre, ces éta** blissements reçoivent-ils habituellement de l'accroissement, et même Texpérience de leur insuffisance détermine-t-elle quelquefois l'administration à en créer temporairement de nouveaux.
Le personnel et le matériel du service de campagne sont organisés d'après des règles toutes spéciales. On les répartit dans les quartiers généraux, dans les divisions actives et dans les arrondissements, suivant des proportions déterminées de manière â pourvoir les ambulances de tous leurs moyens d'action, à fournir quelques premiers moyens d'établissement pour des hôpitaux, et à ménager des ressources toujours prêtes, toujours suffisantes, pour remplacer les consommations et les pertes.
La voie économique directe est le mode justement et nécessairement préféré. On ne s'en doit départir que fort rarement, pour la gestion d'établissements isolés,
280 TIT. m. — ADMIN. PARTIC. DES ARMÉES ACTIVES.
et plutôt pendant une simple occupation militaire que pendant yne campagne active.
Une direction plus immédiate, des soins plus vigilants et une autorité plus absolue, caractérisent la police administrative des fonctionnaires du corps de l'intendance militaire sur le service des hôpitaux en campagne, auquel sont d'ailleurs applicables les règles de surveillance observées dans l'intérieur de l'Empire (1).
(i ) Il n*est pas hors de propos de rappeler ici an souvenir et à rattention des chefs et des administrateurs militaires, les moyens par lesquels ils peuvent contribuer à préserver la santé du soldat, et à diminuer conséquemment les difficultés et les charges du service des hôpitaux.
Souvent, les circonstances de la guerre obligent un général à occuper une position insalubre et à s'y maintenir obstinément ; il y a là un intérêt puissant auquel toute considération doit céder. Mais toutes les fois que la nécessité d'un pareil sacrifice n*est pas absolument imposée, on doit éviter d'établir les troupes dans les lieux humides ou malsains, et de les exposer à des changements trop brusques de température.
Certains aliments, les bains dans des eaux trop froides, ou lorsque rogne tel ou tel vent, doivent être rigoureusement interdits ; il est aussi fort important de régler les vêtements suivant les climats et les saisons : toutes choses sur lesquelles les habitants et les usages des pays occupés peuvent être utilement consultés.
Éviter dans les marches d'été, l'ardeur du soleil; dans celles d'hiver, la fraîcheur des nuits ;— faire manger le soldat avant de se mettre en marche; — Fempécher de boire, lorsque étant encore à jeun, il a beaucoup souffert de la chaleur; — veiller strictement à la propreté du corps et des effets ; — faire renouveler le plus souvent possible la paille de couchage ; — tenir les troupes éloignées des boucheries, des fosses d'aisance et de tous autres foyers d'humidité ou d'infection ; — faire faire des distributions fréquentes de vin et d'eau-de-vie, surtout vers la fin de l'été : ce sont là autant de soins dont on ne peut manquer d*obteair les meilleurs effets.
Au bivouac, l'entretien des feux prévient l'engourdissement ; quand les feux sont interdits, on y supplée par le mouvement. Il faut veiller à ce que le soldat se déchausse et enveloppe ses pieds dans sa capote ou sa couver-
SECTION PREMIÈRE
DU PBRSOIfnSL DU BBRTICS DS8 HOPITAUX DANS LES ARMÉIS ACTIYBS (i).
Le nombre et le grade des officiers de santé des diverses professions et des officiers d'administration, pour le service de campagne, sont déterminés par le Ministre
tare. De nombreux exemples ont prouvé l'utilité de ces précautions, ou d'autres précautions semblables.
Ainsi, dans la retraite des Dix mille, Xénophon prescrivait à ses soldats de porter, au milieu des neiges de l'Arménie, des garde-vue noircis, et de se couvrir le nez et les oreilles, en traversant les contrées glacées de la Tbrace.
Ainsi, pendant la campagne d'Egypte, le général en chef Bonaparte mettait à Tordre de son armée des avis sur la morsure du scorpion et sur les remèdes à y opposer, sur la peste et sur les moyens de s'en préserver, sur la fraîcheur des nuits, sur les ophtalmies qu'elle produisait, etc., etc.
Plus récemment, à la fin des campagnes de Russie et de Saxe, signalées par tant de fatigues et de misères , des maladies nombreuses et graves furent le résultat de l'abondance et du repos qui succédèrent brusquement aux longues marches et aux privations. Beaucoup de ceux qui périrent alors eussent été probablement conservés, si on eût pu modérer et graduer leur nourriture , entretenir et calmer par des marches et des exercices lentement diminués, Tactivité prodigieuse dont leur corps avait contracté l'habitude.
Les distractions morales sont quelquefois nécessaires aux troupes, surtout pour les préserver des atteintes de la nostalgie. Des navigateurs anglais ont donné, sous ce dernier rapport, de fort curieux exemples : le capitaine Parry, entre autres (Voyages for the discovery of a North-West pasioge from the Allanlie to the Pacific ; 5 vol., London, 1828), fit construire un théâtre et jouer la comédie à son bord, pendant l'hiver qu'il fut obligé de passer au milieu des glaces du détroit de Lancaslre.
Cet exemple a été depuis lors imité fréquemment , et toujours avec succès.
(1) On trouvera dans les sections ni et iv de ce chapitre, l'indication et la distribution du personnel à attacher aux ambulances et aux hôpitaux temporaires.
de la guerre, eu égard à la forme et à Torganisation des armées.
Des détachements d'infirmiers militaires viennent s'adjoindre à ce personnel, qui est à l'entière disposition de l'intendant général de l'armée.
§ I". — Du personnel de santé.
Dans toute armée active, le service de santé doit être dirigé par deux officiers de santé dont chacun d'eux représente particulièrement la profession à laquelle il appartient, et qui, pendant la durée de cette fonction temporaire, revêtent le titre à' officiers de santé en chef de l'armée (1).
Il y a, en conséquence :
Un médecin en chef de Tarmée; Un pharmacien en chef de l'armée.
Le Ministre de la guerre choisit les officiers de santé en chef d'armée parmi les officiers de santé pourvus du grade à' inspecteur ou de principal^ dont l'expérience et les talents promettent le meilleur service.
Les officiers de santé en chef d'une armée résident au grand quartier général; ils exercent sous l'autorité immédiate de l'intendant de l'armée.
(1) Avant lafasion des deux professions de médecin et de chirurgien, opérée par le décret du 23 mars 1852, chaque armée était pourvue de trois officiers de santé en chef, savoir :
Un médecin en chef ; Un chirurgien en chef; Un pharmacien en chef.
Ils ont auprès d'eux, pour les assister dans le service particulier du grand quartier général, et, au besoin, pour les suppléer, deux officiers de santé principaux, savoir :
Un médecin principal 3 Un pharmacien principal.
Les officiers de santé en chef forment auprès de l'intendant de l'armée un conseil dont les attributions sont parfaitement analogues à celles du conseil de santé établi à Paris auprès du Ministre de la guerre, pour tout l'Empire.
Chacun d'eux est, dam le conseil^ le rapporteur-né des affaires qui concernent spécialement sa profession ; l'initiative des propositions y relatives lui appartient de droit; mais, hors du conseil^ il ne peut émettre aucun avis ni donner aucun ordre, sans la participation ni sans la signature de son collègue.
Ainsi, les officiers de santé en chef d'une armée n'ont de caractère légal et officiel, que collectivement.
En ce qui concerne purement l'art de guérir, ils sont les chefs directs et immédiats de tous les officiers de santé de l'armée, y compris môme ceux des corps de troupe.
Ils tiennent le contrôle général, séparément et respectivement pour chaque profession, de tous les officiers de santé attachés aux ambulances et aux hôpitaux de l'armée, et recueillent et enregistrent les notes données par qui de droit sur le compte de chacun d'eux.
Ils répartissent les destinations et les emplois et
assignent les missions, eu égard au grade et au mérite de chacun ; ils provoquent les changements, punitions, avancements et autres récompenses, d'après la considération des nécessités du service, des fautes commises et des bons services rendus.
Lorsque des maladies graves ou extraordinaires se déclarent dans l'étendue des pays occupés par l'armée, ils visitent les lieux qui en sont le théâtre ou le foyer, pour en étudier le caractère, observer les symptômes et la marche, et déterminer le traitement. D'après leurs observations constatées, ils rédigent et adressent aux officiers de santé des instructions destinées à les éclairer et à les guider, dans des conjonctures où les erreurs sont si fréquentes et si funestes.
Ils exécutent toutes les missions que l'intendant général de l'armée peut juger à propos de leur confier, dans l'intérêt du service.
Ils donnent habituellement leurs soins aux officiers généraux et aux officiers de l'état-major général qui résident au grand quartier général.
Dans les jours d'afiaires générales , ils accompagnent rintendant général de l'armée sur le terrain, pour présider au travail des ambulances. Le médecin en chef de Tarmée s'y emploie plus particulièrement, et exécute
lui-même les opérations chirurgicales les plus difficiles.
Les officiers de santé en chef d'armée correspondent avec le conseil de santé établi à Paris, sur tous les sujets qui intéressent l'art de guérir et ses progrès; ils lui adressent périodiquement des notes sur la conduite de
chacun de leurs subordonnés, et lui transmettent les mémoires ou comptes rendus les plus curieux sur les observations cliniques.
Ils correspondent d'ailleurs journellement avec l'intendant général de Tarrnée, à l'approbation duquel ils sont expressément tenus de soumeitre leurs ordres de service, instructions et autres travaux : condition dont le non-accomplissement frapperait de nullité leurs actes.
Indépendamment de trois ambulances (deux d'infanterie et une de cavalerie) attachées au grand quartier général pour son service particulier, il convient d'y placer et entretenir une réserve d'officiers de santé destinée à combler les vides qui peuvent survenir, et à monter le service des hôpitaux temporaires, à mesure que l'administration est dans le cas d'en créer.
Pour une armée de cent mille hommes, cette réserve devrait être formée comme il suit (1) :
Quatre médecins principaux; Huit médeciDs-majors ; Douze médeclDS aides-majors ; Trente médecins soos-aides ; Deux pharmaciens principaux ; Quatre pharmaciens-majors ; Dix pharmaciens aides-majors.
Plus, le personnel, tel qu'il est indiqué ci-après :
De quatre ambulances d'infanterie ; De deux ambulances de cavalerie.
(1) D'après rinstraction deTintendant de l'armée d'Italie du 28 février
Les ambulances constituent, dans les armées actives, la principale importance du service des officiers de santé. C'est ce qui nous détermine à établir ici, en premier lieu, la distinction qui existe entre elles. On les distingue, en effet, sous le nom d'ambulances de division ù! infanterie et celui d'ambulances de division de cavalerie.
D'après les anciens usages, combinés avec les prescriptions du règlement de 1831 et les changements qu'a subis l'organisation du personnel de santé, voici les proportions que nous croyons devoir être suivies pour la répartition des officiers de santé entre les diverses ambulances (1) :
1860, la répartition dn personnel des ambulances de cette armée était faite comme ci-après :