DE L'HÔTEL IMPÉRIAL DES INVALIDES
Fondé par Louis XIV, en avril 1674, l'hôtel des invalides a subi depuis sa création jusqu'à nos jours,
(1) Voir au Journal militaire :
La loi du 8 floréal an xi, 2* partie, p. 96 ;
Le décret impérial du 25 mars 1811, lr6 partie, p. 113 ;
L'ordonnance royale du 8 mars 1842, 1er sem., p. 1(M ;
Le décret présidentiel du 27 février 1850, iw sem., p. 60;
Le décret impérial du 6 janvier 1853, 1er sem., p. 3. Un arrêté consulaire du 19 pluviôse an xi avait créé * Avignon une
bien des vicissitudes, bien des modifications dans son organisation, dans son existence même, que ne suffirent pas toujours à protéger et son utilité réelle, et l'orgueil national, si justement attaché à sa conservation.
Lorsque Ton considère l'état de souffrance etde misère où Louis XIV trouva ces braves vétérans, mutilés ou infirmes, qui avaient fait la gloire de leur patrie et commencé la sienne : les uns relégués dans les abbayes, où l'on spéculait sur leur subsistance, les autres dénués de tout asile et de tout secours, errants et dispersés, mendiant dans les provinces, on est vite entraîné à admirer la pensée et l'œuvre du grand roi, non moins qu'à repousser le reproche de luxe qui lui fut parfois adressé.
Les premiers coups portés à l'institution datent du ministère du comte de Saint-Germain, sous Louis XVI. L'économie en fut le prétexte; elle en devint un aussi à toutes les époques de notre Révolution, et, suivant l'humeur des temps, les répugnances politiques s'y mêlèrent plus ou moins vivement; mais toujours le sentiment national en fit justice.
Ce sentiment trouva dans chaque circonstance qui en
succursale de l'hôtel des invalides. C'est le décret précité du 27 février 1850 qui en a prononcé la suppression.
Nous engageons nos lecteurs à se procurer YHistoire de V Hôtel des invalides, écrite et publiée en 1845, par M. Auguste Solard.
Cet ouvrage est rempli de faits curieux et intéressants. Tous les actes qui ont affecté l'existence, le gouvernement et l'administration de l'établissement, y sont cités et analysés dans l'ordre chronologique. Nous lui avons emprunté, du consentement de son auteur, la plupart des détails contenus dans le présent chapitre.
exigeait la manifestation, de généreux et respectables organes : l'abbé Maury, MM. de Clermont-Tonnerre et de Montesquiou, en 1791 ; le général Jourdan et M. Lacuée en l'an vi ; MM. les députés Dupin aîné, Jaubert et Liadières en 1834 (1).
En l'an m, sous le Directoire, l'hôtel des invalides, qui avait reçu d'une loi du 1 6 mai 1 792 le nom iï hôtel national des militaires invalides , fut érigé en temple de Mars, et devint le lieu consacré à la célébration des fêtes nationales et des solennités militaires. Une première succursale fut établie alors dans le château de Versailles ; une seconde le fut bientôt après à Saint-Cyr. L'une et l'autre n'eurent que peu de durée.
Parmi les actes contemporains qui influèrent sensiblement sur l'existence de l'hôtel des invalides, nous •devons citer le décret impérial du 25 mars 1811, qui, en dotant largement cet établissement, rendit à son organisation et à ses moyens d'être, les bases solides qu'il avait perdues depuis les altérations de l'édit de
Déjà, comme premier consul, Napoléon avait manifesté ses penchants favorables, en faisant transporter à l'hôtel des invalides les restes de Turerme et de La Tour d Auvergne , surnommé par lui le Premier grenadier de France. Plus tard, ce fut sous les dômes de
(1) n y aurait d'autres orateurs à citer, dont la voix éloquente et courageuse se fit entendre. L'ouvrage de M. Solard, mentionné dans la note précédente, en fait connaître les noms.
cet hôtel que, devenu empereur, il vint recevoir le serment des premiers membres de la Légion d'honneur, et qu'il fît déposer les drapeaux ennemis enlevés sur nos glorieux champs de bataille d'Austerlitz, Iéna, Wagram, etc.
Les caveaux de l'hôtel renferment les dépouilles mortelles de maréchaux de France et d'officiers généraux célèbres.
Celles de l'Empereur Napoléon Ier, rapportées de Sainte-Hélène (1), et solennellement déposées le 15 décembre 1840 à l'hôtel des invalides, y reposent maintenant dans le plus splendide mausolée que l'admiration et la reconnaissance d'une grande nation puissent consacrer à honorer la mémoire du monarque qui la combla de tant de bienfaits et de tant de gloire.
L'organisation actuelle de l'hôtel impérial des invalides est la suivante (2) :
Gouvernement.
Un général de division, gouverneur.
(1) On sait que le prince de Joinville fut chargé de cette mission et avec quel pieux zèle il s'en acquitta.
(2) Voir au Journal militaire:
Le décret impérial du 25 mars 1811, 1" partie, p. 113 ; Le décret présidentiel du 20 janvier 1849, 1" sem., p. 70;
— — du 12 avril 1850, 1er sem., p. 115;
— — du 30 mars 1852, 1er sem., p. 314; Le décret impérial du 2 février 1855, 1er sem., p. 157.
Commandement .
Un général de brigade, commandant, 1 dans ^^ Un lieutenant-colonel, major, > F ,, . . ,
« Huit adjudants-majors, ) d acllvUe-
Administration.
Un intendant ou un sous-intendant militaire (c'est aujourd'hui un sous-intendant militaire) ; Un adjoint de première classe à l'intendance.
A ce personnel se rattachent :
•Trois ecclésiastiques (un curé et deux chapelains) ;
Un médecin et un pharmacien principaux, avec officiers de santé majors et aides-majors, au nombre de quinze;
Un officier d'administration principal des hôpitaux militaires, directeur des services administratifs, avec dix officiers d'administration de rangs inférieurs sous ses ordres;
Un architecte et un inspecteur vérificateur des bâtiments ;
Un garde du génie, chargé des détails du service des logements.
Il y a un conseil d'administration, dont les attributions sont analogues à celles des conseils des corps de troupe. Ce conseil est composé :
Du général de division gouverneur, président;
Du général commandant;
De deux sénateurs (1) ;
De l'intendant militaire de la première division, et de divers
autres officiers pris, les uns dans l'hôtel, les autres en
dehors.
(1) Ces deux sénateurs figurent sans nul doute dans le conseil par application de l'article 20 du décret du 25 mars 181 1, sauf le nombre de
Le sous-intendant militaire y assiste avec voix consultative (1).
Le conseil d'administration a pour secrétaire un officier supérieur, qui est tout à la fois archiviste-trésorier de l'hôtel.
Ce fonctionnaire est sous-délégataïre des crédits ministériels, et ordonnance les dépenses.
L'hôtel impérial des invalides est disposé pour recevoir au moins 3,000 militaires.
Aux termes de l'article 14 de la loi du 8 floréal an xi, « nul officier, sous-officier ou soldat ne peut être admis « aux invalides, à moins qu'il n'ait perdu un ou plu- « sieurs de ses membres ou la vue, par suite des évé- « nements de la guerre, ou qu'il ne justifie de trente « années de service militaire effectif et de soixante an- « nées d'âge. »
Par extension donnée à cette loi, et appuyée sur un ancien arrêté ministériel du 6 juin 1793, les militaires atteints de blessures ou d'infirmités reconnues équiva-
quatre réduit à deux, réduction qui remonte à une ordonnance royale du 3 janvier 1816 (Journal militaire, lre partie, p. 3), en vertu de laquelle deux pairs de France faisaient partie du conseil d'administration réorganisé à cette époque.
(1) Nous ne cesserons de signaler, comme contraire à tous les principe», l'introduction de fonctionnaires de l'intendance militaire, avec ou sans voix délibérative, voire même avec voix consultative, dans un conseil d'administration, quel qu'il soit. Associé par cette participation à la responsabilité des actes, l'intendant ou le sous-intendant perd la faculté de les contrôler. Il manque ainsi à son véritable mandat.
lentes à la perte de l'usage d'un membre, sont aussi susceptibles d'être admis à l'hôtel des invalides (1).
Les militaires invalides sont répartis en divisions de 200 à 300 hommes l'une, dans de grandes salles ou chambres séparées, sous le commandement d'un chef, d'un adjudant ou d'un sous-adjudant, dont les fonctions ont beaucoup d'analogie avec celles des capitaines, des lieutenants et des sous-lieutenants dans les corps de troupe.
Chaque division se partage en autant de chambrées que la disposition des localités le comporte.
Chaque invalide couche seul.
Les officiers occupent un corps de bâtiment que Louis XV fit construire pour eux en 1749.
Les invalides qui, par leur caducité ou par la nature de leurs infirmités, ne peuvent se servir eux-mêmes et ont besoin de soins particuliers, sont répartis dans deux divisions distinctes, dans l'enceinte de l'infirmerie, sous le titre de moines-lais (2).
L'ordinaire des officiers, sous-officiers et soldats est encore réglé conformément aux dispositions du titre v du décret impérial du 25 mars 1811, où rien n'est omis de ce qui peut assurer leur bien-être.
(1) Cette disposition se trouve conforme à l'esprit de l'article 13 de la loi du 11 avril 1831, sur les pensions.
(2) On nommait ainsi sous l'ancienne monarchie, les hommes de guerre invalides que les rois envoyaient dans des abbayes de nomination, pour y être entretenus.
Il y a deux repas par jour, pour les uns et pour les autres, et deux services pour chaque repas, savoir :
Pour le dîner, le premier service à neuf heures du matin et
le second à dix heures; Pour le souper, le premier service à quatre heures du soir,
et le second à cinq heures.
Les officiers supérieurs et officiers majors sont servis dans leurs chambres.
Les capitaines, les lieutenants titulaires et les chefs de division mangent au réfectoire, à des tables de douze couverts.
Les invalides perçoivent pour leurs menus besoins une allocation individuelle fixée par jour, dont le taux varie de 85 centimes à 5 centimes et demi, à partir du grade de lieutenant-colonel jusqu'à celui de tambour.
Absents par congé, les invalides de tout grade reçoivent une indemnité fixée à 50 centimes par jour, pour leur tenir lieu des vivres en nature auxquels ils ont droit étant présents à l'hôtel.
L'infirmerie est desservie par les sœurs de l'ordre de Saint- Vincent-de-Paule (habituellement de vingt^cinq à trente), sous l'autorité d'une dame supérieure, et par un nombre suffisant d'infirmiers sous leurs ordres.
L'exécution du service de santé est confiée, en ce qui concerne l'art de guérir, aux médecins et pharmaciens militaires attachés à l'établissement.
De 1811 à 1830, l'hôtel des invalides fut entretenu au moyen d'une dotation de divers produits dont le décret impérial du 25 mars 1811 déterminait la source et l'importance. Mais, après la révolution de Juillet, la
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branche la plus considérable de ces revenus (la retenue de 2 pour 1 00 sur les traitements de réforme et sur les pensions civiles et militaires de plus de 500 fr.) ayant été retranchée, il y fut suppléé par une subvention qui, fixée à 1,500,000 fr. et portée au budget de la guerre jusqu'en 1832, tomba devant une autre loi poiv tant abolition entière de l'ancienne dotation. C'est ainsi que l'entretien de l'établissement est venu prendre place au budget, pour toutes les dépenses qu'il occasionne (1).
Le régime de l'entreprise fut suivi depuis 1789 jusqu'en 1848 ; il a été abandonné pour entrer dans la voie de la gestion économique directe, et c'est ce qui explique le nombreux personnel administratif attaché présentement à l'hôtel, afin de pourvoir au service des subsistances, du chauffage, de l'infirmerie et de l'habillement, à l'entretien et au renouvellement du mobilier, au blanchissage, à la conservation des approvisionnements, et à une foule de détails dont l'entreprise était chargée moyennant un prix fixe de journée.
La comptabilité en deniers et celle en matières de l'hôtel impérial des invalides sont, en conséquence, soumises aux règles prescrites pour les services régis par économie, règles qui impliquent le contrôle administratif de l'intendance militaire (2).
(1) La somme allouée au budget de 1861 est de 2,620,718 francs.
(2) Voir au Journal militaire :
Pour les deniers, le règlement du 1er décembre 1838 ; Pour les matières, les règlements des 25 janvier 1845, 28 juillet et 10 octobre 1849.