DU DÉPÔT DES FORTIFICATIONS ET DE SES DÉPENDANCES
L'institution du dépôt des fortifications date de la loi du 10 juillet 1791 (article 6, suite du titre VI). Fondé dans la pensée de faciliter les opérations du comité des fortifications et de lui donner le degré d'utilité dont il peut être susceptible, cet établissement, qui fut nommé d abord archives des fortifications, dut former un dépôt de tous les mémoires, plans, cartes et autres objets provenant des travaux du corps du génie, relatifs aux pla-
(1) Voir au Journal militaire la loi du 10 juillet 1791, 2* partie, p. 436 et suivantes.
Quant à la comptabilité en deniers et en matières, nous citons ici , comme étant applicables à tous les établissements, et pour en éviter le rappel dans chacune des sections qui vont suivre, les règlements déjà indiqués des 1er décembre 1838 et 25 janvier 1845 : ce dernier modifié le 25 novembre de la même année, spécialement pour le matériel du génie.
(2) Nous avons rattaché ici, faute d'une place plus convenable, la cornmission mixte des travaux publics.
Se reporter au titre VII du présent livre, où il est traité des places fortes, des servitudes militaires, etc.
ces de guerre et établissements militaires, ou à la défense des frontières.
Cette collection, formée dans son principe de la partie des archives de la guerre recueillies à Versailles, n'a cessé, depuis soixante-dix ans, de s'enrichir de nombreux projets, rapports, plans et mémoires auxquels de nouveaux travaux, tant sur les diverses branches de la science de l'ingénieur que sur la défense des frontières, viennent s'ajouter chaque jour.
Le dépôt des fortifications possède ainsi une collection générale et complète des meilleurs documents sur l'art militaire en général, et sur le service du génie en particulier.
Une bibliothèque, actuellement composée de plus de 17,000 volumes et renfermant un grand nombre de manuscrits, est réunie au dépôt. On y trouve tous les ouvrages de quelque importance relatifs à la fortification, à l'art militaire, aux travaux publics, aux sciences et à la législation.
La brigade topographique, qui a pour mission d'exécuter les levés, par courbes horizontales, des places de guerre et de leurs environs, des positions à fortifier et des sites dont le relief est ordonné, est aussi une dépendance du dépôt des fortifications.
Enfin, conformément à la loi précitée du 10 juillet 1791, le dépôt des fortifications rattache à sa direction et à sa surveillance la galerie des plam en relief: création de Louis XIV, commencée en 1667. Les reliefs des places fortes, placés d'abord dans la grande galerie du Louvre, furent transférés, en 1777, à l'hôtel des Inva-
lides, dans l'emplacement qu'ils y occupent encore aujourd'hui.
La galerie des plans en relief est sous la direction d'un officier supérieur du génie en retraite (1), qui a le titre de conservateur, et sous ses ordres trois topographes et trois menuisiers modeleurs.
Espèce de musée de fortification, cette galerie comprend environ soixante plans en relief de places fortes, et quatre-vingt-dix systèmes de fortification, tours-modèles, forts, blockhaus, ponts-levis, etc.
Des artistes intelligents, qui se transmettent en quelque sorte par tradition les procédés d'exécution, sont employés incessamment à entretenir et à restaurer les reliefs existants et à augmenter cette précieuse collection.
Le dépôt est sous la direction et la surveillance immédiate du comité des fortifications. Le président a le titre de directeur, et le secrétaire du comité celui de sous-directeur du dépôt.
Le personnel du dépôt comprend un colonel ou lieutenant-colonel secrétaire du comité, deux officiers supérieurs et plusieurs capitaines, tous de larme du génie, un garde du génie agent comptable, huit gardes
(1) M. le colonel Augoyat, aussi instruit que modeste, avait, par de longs et utiles services, parmi lesquels figurent vingt ans de professorat à l'École d'application d'état-major, de bien justes titres au choix dont il a été l'objet. Voir, au Moniteur universel du 12 mai 1833. une notice très-intéressante qu'il a publiée sur cette galerie.
dessinateurs, un chef et un sous-chef de bureau, et vingt commis ou dessinateurs.
Le colonel secrétaire du comité et les officiers sous ses ordres rédigent les avis qui ont été émis par les inspecteurs généraux, dans le sein du comité, sur tous les projets de fortification et de bâtiments militaires relatifs aux. places fortes. A ces avis sont joints des dessins.
Un des officiers du dépôt est spécialement chargé de l'examen des travaux scientifiques des officiers du corps, et de préparer 1 édition du Mémorial de l'officier du génie.
A la tête de la bibliothèque est un officier supérieur du génie en retraite, qui a le titre d'archiviste, et un commis sous ses ordres.
La brigade topographique (1) est commandée par un capitaine ou un chef de bataillon de l'arme, qui en dirige les travaux, et a sous ses ordres un garde principal du génie et dix ou quinze gardes de première ou de deuxième classe. Elle se subdivise, suivant les besoins du service, en deux ou trois sections, sans résidence fixe, formées chacune de cinq gardes du génie.
Les dépenses de ces divers établissements sont admi-
(1) La brigade topographique a été créée par un décret impérial du 21 mars 1813.
Conservée par une ordonnance du 1er mai 1814, elle fut transformée par une autre ordonnante du 2 septembre suivant, en une école de* gardes du génie f que supprima celle subséquente du 11 décembre 1816, en rétablissant la brigade topographique sur son ancien pied.
Sont venues ensuite deux décisions ministérielles, dont Tune, du 6 mai 1882, a attaché cette brigade au dépôt des fortifications, et l'autre, du G février 1812, a définitivement réglé sa position, telle qu'elle est aujourd'hui.
nistrées suivant les règles prescrites pour les établissements qui sont régis par économie. C'est le Ministre qui les ordonnance au nom de l'agent comptable du dépôt.
11 nous reste à parler, non pas d'une dépendance du dépôt des fortifications, mais d'une commission qui a des affinités et des rapports avec lui : commission dite commission mixte des travaux publics, instituée pour donner son avis sur les affaires renvoyées à son examen, et intéressant à la fois le département de la guerre et d'autres départements ministériels (ceux des travaux publics, de l'intérieur et de la marine); telles sont celles concernant l'exécution de certains travaux d'utilité publique projetés dans la zone frontière de l'Empire, ou dans le rayon de servitude des places de guerre et des postes militaires (1).
Cette commission est composée :
D'un conseiller d'État, président;
De trois conseillers d'État;
D'un inspecteur général d'artillerie ;
De deux inspecteurs généraux du génie;
Des présidents des comités consultatifs de l'infanterie et de
la cavalerie ; De deux inspecteurs généraux des ponts et chaussées; D'un inspecteur général des travaux maritimes ; D'un officier général de la marine ; D'un secrétaire archiviste, officier supérieur du génie.
(1) Cette commission, dont l'origine remonte à une loi du 19 janvier 4794, supprimée ou réduite à plusieurs époques, puis rétablie par l'ordonnance du 18 septembre 1810, a été réorganisée par le décret du 10 août 1 8r>3 (Journal militaire, 2e seni., p. 122), rendu pour l'exécution de la loi du 7 avril 1851 (Bulletin des lois, V sem.,p. 101). Elle a son siège à l'hôtel du dépôt des fortifications.
Les secrétaires des comités de l'artillerie et des fortifications, des conseils d'amirauté et des travaux de la marine, et le secrétaire du conseil général des ponts et chaussées, assistent aux séances, mais n'ont point voix délibérative.
Les dépenses du secrétariat de la commission mixte des travaux publics sont ordonnancées par le Ministre au nom du secrétaire de cette commission, qui en justifie conformément aux règles prescrites pour les services régis par économie.
SECTION IL
DBS ÉCOLES REGIMENTAIRES DU GÉNIE (I).
Les écoles dites écoles régimentaires du génie ont une grande analogie, sauf la spécialité de l'arme, avec les écoles d'artillerie. D'un autre côté, malgré la similitude de la dénomination, elles diffèrent essentiellement des vraies écoles régimentaires, qui sont celles des corps de troupes de l'infanterie et de la cavalerie. Elles remplissent, à vrai dire, l'office des unes et des autres.
Les écoles régimentaires du génie sont au nombre de trois, nombre égal à celui des régiments de l'arme. Elles sont établies à Metz, Arras et Montpellier, où ces
(i) Voir au Journal militaire le règlement du 30 juin 185G, 2e sem., p. 365.
corps tiennent habituellement et alternativement garnison.
L'instruction donnée dans ces écoles a pour but de procurer, dans toute leur étendue, aux officiers, sousofficiers, caporaux, brigadiers et soldats du génie, les connaissances théoriques et pratiques qui leur sont nécessaires, soit pour bien remplir l'emploi du grade dont ils sont pourvus, et pour exercer au besoin les fonctions du grade supérieur, soit pour mériter d'obtenir de l'avancement.
Elle est réglée de façon qu'au bout de la première année de leur présence au corps, les hommes aient appris le service et les devoirs du soldat, et qu'à la fin de la deuxième année, ils soient sapeurs exercés connaissant la mine, ou mineurs exercés connaissant la sape.
L'instruction complète se compose :
D'une instruction générais ou de régiment, destinée à former
le soldat; D'une instruction spéciale ou d'école, ayant pour objet de
former le mineur ou le sapeur.
On distingue chacune de ces deux instructions en instruction théorique et en instruction pratique*
Le colonel du régiment a la direction supérieure de l'instruction.
Le lieutenant-colonel dirige et surveille, sous ses ordres, l'ensemble et les détails de Yinstntction de régiment.
Un chef de bataillon, pris parmi les officiers de ce grade appartenant à l'état-major de l'arme, et revêtu du titre de commandant de l'école, dirige et surveille, sous
les ordres du colonel, l'ensemble et les détails de 17/*- $t motion spéciale et de l'administration de l'école r^gimentaire proprement dite.
Deux officiers de l'état-major du génie, du grade de capitaine, sont adjoints au commandant de l'école et placés sous ses ordres pour le seconder dans les détails du service.
Deux gardes du génie sont, en outre, attachés à l'école régimentaire. L'un d'eux remplit les fonctions de gérant pour les dépenses de l'école.
V instruction théorique de régiment comprend les théories :
Sur le service intérieur ; Sur l'exercice et les manœuvres d'infanterie; Sur le service des places ; . Sur le service en campagne ; Sur l'entretien des armes ; Sur le tir à la cible ;
Sur le paquetage des effets et des outils portatifs ; Sur la gymnastique; Sur l'administration militaire; Sur la législation pénale militaire.
L 'instruction pratique de régiment comprend :
L'exercice et les manœuvres d'infanterie;
Le tir à la cible;
Les marches militaires;
L'escrime, la danse et le chant ;
La gymnastique et la natation.
Le soin de ces divers enseignements est confié à des officiers, sous-officiers et caporaux du régiment, les uns désignés par le règlement, les autres par le colonel.
Les écoles d'escrime, de danse, de chant, de gymnastique et de natation, sont organisées comme dans les régiments d'infanterie , et les marches militaires sont exécutées également comme dans ces corps.
L 'instruction spéciale théorique comprend :
L'enseignement primaire; Les sciences mathématiques et physiques; Le dessin ;
La fortification et les diverses branches de l'art de l'ingénieur ; La géographie ; L'histoire de France.
Trois professeurs civils , nommés au concours, sont attachés à chaque école régimentaire, pour l'instruction spéciale théorique :
Un, pour la grammaire ;
Un, pour le dessin ;
Un, pour les mathématiques.
Les cours sont professés et distribués comme il suit :
1° Pour les soldats :
Enseignement primaire.
2° Pour les soldats, les brigadiers et les caporaux :
Arithmétique élémentaire; Grammaire française (2e division).
3# Pour les brigadiers, les caporaux et les sous-officiers : Dessin.
4° Pour les sous-officiers :
Grammaire française (l1* division) ; Comptabilité et service du génie dans les places ; Arithmétique complète ;
DE L'ORGANISATION DE i/ ARMÉE. 241
Géométrie complète;
Algèbre élémentaire ;
Trigonométrie ;
Géométrie descriptive ;
Levers ;
Éléments de fortification;
Notions sur l'art des constructions ;
Théories sur les écoles pratiques;
Géographie ;
Histoire de France.
5° Pour les lieutenants :
Sciences mathématiques et physiques ; Fortification passagère et fortification permanente; Service du génie dans les places.
6° Pour les lieutenants et les capitaines :
Atlaque et défense des places;
Mines ;
Art et histoire militaires.
A la fin de chaque cours, le colonel du régiment fait faire en sa présence un examen général des hommes qui ont suivi les cours. Il est ensuite dressé, pour chaque cours, une liste des élèves, par ordre de mérite, avec des annotations sur le degré d'instruction et de capacité de chacun d'eux.
Ces listes sont consultées pour la formation des tableaux d'avancement, et mises avec ces tableaux sous les yeux de l'inspecteur général.
Chaque capitaine et chaque lieutenant sont tenus de traiter au moins une fois les cinq projets mentionnés au programme que renferme le règlement : projets qui se composent d'un mémoire de discussion ou d'un journal de siège, et de dessins d'ensemble et de détail, en nombre suffisant pour leur parfaite intelligence.
142 UYltB PRÉLIMINAIRE.
U instruction spéciale pratique se compose de six écoles distinctes concernant :
La fortification de campagne ;
La sape;
Les mines;
Les ponts ;
Les fours;
Le jet de la grenade.
Indépendamment de ces six écoles, qui sont suivies par tous les hommes du régiment, sans exception, l'instruction spéciale pratique comprend encore des travaux auxquels ne participe pas le régiment tout entier ; tels sont :
La nomenclature et l'encaissage des outils, le chargement
et le déchargement des voitures et des chevaux de bit; La fabrication de la chaux et des briques; Les artifices ; Les levers.
Elle comprend, en outre 7 comme application des écoles de sape et de mines, des simulacres de siège et de guerre souterraine.
Chacune des six écoles ci-dessus est enseignée dans tous ses détails, conformément aux cahiers d'instruction annexés au règlement (1).
La saison d'hiver est plus particulièrement consacrée aux cours de l'instruction spéciale théorique, qui commencent au 1er novembre et finissent ordinairement au 1" avril.
I) Ces cahiers ne sont point insérés au Journal militaire.
DE L9QaGiMISATI0M DE L ARMÉE. 243
Les cours de V instruction spéciale pratique ont lieu , dans la saison d'été, du 1er avril au 1 5 septembre.
La deuxième quinzaine de septembre et le mois d'octobre sont employés aux simulacres de siège et de guerre souterraine, au rasement des travaux exécutés et à l'arrangement des magasins.
A la fin de chaque année d'instruction, le commandant de l'école rédige, sous le titre de compte rendu, un rapport sur l'instruction spéciale donnée au régiment pendant l'année.
Les attributions du colonel commandant sont , pour l'administration, analogues à celles des commandants des écoles d'artillerie.
Le contrôle administratif de l'intendance est le môme que pour ces écoles.
SECTION m.