‹ Cours d'agriculture (volume 2)Chapitre 22 sur 105 · DB LA LUMIÈRE · texte numérisé non relu

DB LA LUMIÈRE

ioniière pour accomplir le cycle de leur végétation, de même que toutes n’ont pas besoin d’une égale chaleur. M. Dutrochet a remarqué que si l’on met k végéter dans l’eau des mercuriales et des morelles,les premières, sous l’influencedela lumière, aspirent plus fortement l’eau que les secondes; tandis qu’au contraire à l’obscurité, les morelles aspirent plus d’eau que les mercuriales. La même opposition existe entre le chénopode et l’ortie * .

On ne pourrait pas objecter contre ces faits la réussite des céréales qui, dans les régions nébuleuses de l’Irlande et de l’ouest de l’Europe, donnent des produits quelquefois plus grands que dans les parties méridionales du continent; car la^comparaison ne serait exacte que si toutes les autres conditions avaient été égales; l’humidité du sol manque trop souvent pendant la végétation aux plantes cultivées dans le midi, et quand on voudrait comparer les récoltes venues de part et d’autre dans des sols également humides, il faudrait encore recourir à la balance et non à la mesure pour les apprécier et faire aussi la part de leurs qualités ; car les froments du midi possèdent plus de gluten que ceux du nord et assimilent par conséquent plus d'azote. En général les produits végétaux contiennent une plus forte dose de ce gaz dans les pays où la lumière est la plus forte. Les autres combinaisons qui ont lieu pendant la fructiGcation s’y font aussi d’une manière plus parfaite, et le goût des fruits y est plus développé et plus sucré. Les produits hydrogénés sont ceux surtout qui croissent de préférence dans les zones les plus éclairées. Les huiles, les alcools, les essences n’ont plus la même qualité sous un climat nébuleux, quand même il se trouverait sous la zone tropicale. Le caféier transporté aux Antilles n’a plus le parfum de celui du Golfe Arabique.

On pourrait se demander aussi si dans toutes les dispositions de l’atmosphère il arrive à nous une égale quantité de rayons

(1) Comptes-rendus de l'Académie des Sciences, l. IV, p. 451.

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lumineux semblnblement motlifiés, une égale proportion de rayons ayant les qualités cliimiques, calorifiques, lumineuses, que l’on trouve dans le spectre sous d’autres dispositions; par exemple, si cette proportion est la même avec un ciel clair, avec un ciel légèrement vaporeux ou couvert de nuages blancs, gris, bleuâtres, etc. ; quand l’atmosplièrc est sèche ou quand elle est humide. Cette recherche, si elle pouvait être faite, serait de la plus haute importance pour rétablissement de^ climats agricoles; car on a déjà indiqué que certaines plantes (la chicorée, par exemple), croissant derrière des verres colorés, s’allongent plus sous l’inHuence des rayons bleus et violets, tandis que d’autres plantes, le pavot, par exemple, éprouvent le même effet du rayon rouge'.

II y a donc ici un grand travail à faire pour apprendre les conditions de lumière les plus favorables aux plantes, et il pourra nous dévoiler bien des faits qui, aujourd hui, nous semblent mystérieux.

Si nous avions un moyen sur d’observer les rayons lumineux séparément des rayons calorifiques , ces problèmes pourraient être résolus, mais on n’a pas encore trouvé de photomètre comparable, et ce n’est que par des comparaisons et des tâtonnements que l’on a pu se faire quelque idée des quantités de lumière transmise, observée et réfléchie, et des couleurs qui manquaient dans certain cas au spectre solaire.

La quantité de lumière transmise par le soleil dépend surtout de la température plus ou moins grande de l’air, et celle-ci est troublée par la vapeur d’eau qu’elle tient en un état plus ou moins parfait de dissolution. L’air n’étant pas ainsi complète-' ment transparent, une partie des rayons lumineux se trouvent arrêtés en le traversant , et lui communiquent une coloration blanche, ou bleue, ou rougeâtre, selon les circonstances. Plus

(1) Journal de physique, 1815, p 213. Comptes-rendus de IMfrt- (/t’miV dex t. XVI, p. 747 et 1 120.

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l’air est par et plus le ciel est noir pendant la nuit, et plus les étoiles sont visibles. Dans le Sennaar , pays éminemment sec, Bruce voyait la planète Vénus en plein jour.

G’est donc en observant la température de l’air que les uns ont essayé déjuger de la quantité de lumière reçue par la terre.

De Saussure plaçait à côté les unes des autres plusieurs surfaces blanches sur lesquelles il marquait des cercles noirs de différents diamètres; puis, mesurant la distance où chacun do ces cercles devenait invisible, il jugeait que l’air était parfaitement transparent, si ces distances étaient dans le même rapport que les diamètres; mais si le rapport était plus petit, si , par exemple, les diamètres étant comme 1 : 12, les distances se trouvaient être comme 1 : 1 1 , il en concluait qu’un douzième des rayons lumineux était absorbé par l’atmosphère*. Biancbi s’assure de la diaphanéité de l’air en observant chaque jour l’étoile polaire avec une bonne lunette de 1”,62 de foyer; il regarde l’air comme très humide s’il ne la voit pas nettement ; de nuit il observe la même étoile, et s’il ne distingue pas bien son étoile double, il porte le même jugement *. Nous avons aussi fait quelques essais au moyen d’une lunette dans laquelle nous observons, par le côté de l’objectif, un point éloigné, nous allongeons la lunette jusqu’au moment où nous cessons de l’apercevoir ; nous observons ensuite un autre objet de même grandeur et de même forme, placé à une distance moitié moins ^ grande, et nous cherchons à juger, par la quantité dont il faut allonger la lunette, de la diaphanéité de l’air. Nos expériences ne sont pas encore assez avancées pour que nous puissions en dire davantage.

Quant à la prédominance dans la lumière atmosphérique de certaines couleurs do prisme, nous n’avons que des indications très vagues. Si l’atmosphère est très pure, peu chargée de va-

(1) Mémoires de l'Académie de Turin, t. IV.

(2) Mémoires de la Société italienne, t. XX, p. 63S.

lOS uéTÉOROLOGIR AGRICOLE.

peun, le ciel paraît noir ou au moins bleu indigo, parce que l’air ne réfléchit alors aucun des rayons en particulier, et laisse passer la lumière blanche. La couleur bleue du ciel tient à la réflexion de celte couleur par les particules aériennes, qui laissent passer les rayons rouges. Plus la couche d’air est épaisse, plus les rayons bleus disparaissent, et alors la lumière parait entièrement rougeâtre ; c’est ce qui arrive, en elTet, près de l’horizon, au lever et au coucher du soleil, surtout quand la vapeur aqueuse, quoique abondante, est dans un état do dissolution presque parfaite ; si la vapeur est moins bien dissoute, l’air absorije la plus grande partie des rayons , et le ciel prend une couleur blanchâtre. Cette couleur annonce souvent un vent su* périeur humide, et peut coexister avec une assez grande sèche* resse à la surface de la terre.

C’est cette observation qui avait suggéré à de Saussure l’invention de son cyanomètre. C’était un cercle divisé en 53 segments, portant chacun une nuance de bleu, depuis le bleu cobalt le plus foncé jusqu’au bleu presque blanc. Chacune d’elles était numérotée. On cherchait la nuance qui ressemblait le plus au bleu de ciel, et son numéro indiquait le rang que le bleu de ciel avait dans l’échelle chromatique. Cet instrument n’était comparable qu'autant qu’il était copié sur un modèle , et la destruction des couleurs par la lumière le faisait beaucoup varier avec le temps. Aussi a-t-il été de peu d’usage.

Enfin Kàmtz propose un nouveau procédé qui n’a pas encore été mis à l’épreuve. Il fixe un prisme de flint-glass à l’extrémité d’un tube de 3 à 4 décimètres de longueur. 11 fait tomber la lumière sur le prisme par une ouverture étroite , il reçoit le spectre sur l’objectif d’une lunette astronomique, et, au moyen d’une vis micrométrique , il mesure la largeur du prisme et celle de chaque couleur. Par une méthode analogue, Hassenfratz trouvait qu’en été, â midi , le spectre avait 185 parties de largeur, et en hiver, au coucher du soleil,

DB LA LÜMlisB. lOj

70 parties seulement. Alors tous les rayons de l’extrémité vio-, lette marquaient, et on ne trouvait plus que les rayons rouges, orangés et verts ; ainsi les rayons bleus étaient absorbés.

Mais eQ«ttendant que ces méthodes aient été perfectionnées^ et nous donnent des vues nouvelles à l’égard de l’influence de la lumière sur la végétation, et quoiqu’on ne. connaisse pas )es lois qui règledt les rapports de la lumière et de la chaleur,. admettant provisoirement comme exacte leur proportionnalité, nous nous servirons du tbermomètre exposé au soleil , comme de l’instrument le moins fautif, pour nous indiquer la quantité de lumière transmise. Nous avons parlé, dans le chapitre précédent, de la manière de l’observer. Quand nous aurons des observations de la chaleur solaire faites à plusieurs époques de la journée, et dans des localités différentes, nous serons en possession de nouveaux éléments très précieux pour la théorie de l’agriculture , qui pourront devenir utiles à sa pratique.

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