‹ Cours d'agriculture (volume 2)Chapitre 21 sur 105 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

D« la lumière.

Les rayons solaires ne produisent pas seulement de la chaleur, mais encore de la lumière, soit qu’on les considère comme un mélange de deux fluides différents, soit qu’on regarde la faculté d’être sensible à l’organe de la vue comme une modification du fluide calorifique, les effets de ces deux ordres de rayons n’en sont pas moins très différents et très marqués. Les semences germent au moyen de la chaleur obscure ; l’humidité et l’obscurité chaude d’une cave sont les circonstances les plus favorables à la germination ; la plupart des graines lèvent mieux quand elles sont recouvertes de terre ; on peut en excepter celles qui germent dans leur enveloppe, comme celles du trèfle farouche , qui sont ainsi préservées naturellement de l'accès delà lumière; on sème aussi plusieurs autres graines à l’ombre de plaptes déjà grandes, copipie le trèfle dens le blé ,

DE LA LeMIÈKE.

et quoique ces plantes les préservent en partie de l’action de la lumière, il est encore préférable de les enterrer par on hersage.

Mais quand les semences ont germé, que les plantules sortent de terre, alors la lumière leur est nécessaire. Si elles en sont privées, elles s'ettofent, c’est-à-dire qu’elles poussent des tiges longues, effilées, blanches, terminées par de très petites feuilles d’un vert pâle. En comparant la croissance de pois venus dans l’obscurité à d’autres qui avaient été placés au grand jour, on a trouvé, après trente-six jours de végétation, que ceux qui avaient cru à l’obscurité avaient 0™,730 de longueur et ceux qui avaient cru à la lumière 0'",189 seu-r lement, c’est-à-dire qu’ils étaient dans le rapport environ do 3 à 1 . Arrivée à cette longueur, la plante privée de jour cessa de végéter et mourut -, elle n’avait que trois petites feuilles jaunâtres, mal développées, quatre ou cinq fois plus petites que dans l’état naturel , séparées pardqs intervalles de 0'“,162 et O™,! 89. La plante qui avait cru à la lumière avait alors cinq feuilles vertes et consistantes séparées l’une de l’autre par des intervalles presque égaux de 0™,033 *. L’allongement des tiges privées de lumière explique l’étiolement des plantes que l'on enterre dans les jardins pour se procurer des ortolages plus tendres et plus blancs, et l’élévation des arbres plantés au centre des massifs, dont la taille surpasse celle des arbres placés j5ur leurs bords; et enfin l’allongement des branches et des rameaux dans les contrées nébuleuses. L’exemple que nous venons de citer caractériserait parfaitement ce que l'on doit entendre par étiolement, si l’on y avait joint Je poids des végétaux à l’état frais et à l’état sec. Nous avons cherché à nous procurer cette donnée importante. Ayant choisi trois mûriers de la même variété, l’on exposé de toutes parts aux rayons du soleil, l’autre ne le recevant que le matin et en étant privé à

(1) Meese, Journal de physique, t. VU, p. 115,

Vu 7

Digilized by Coogle

MI-TéOBÔLOOie AGRICOLE.

yn

une heure après midi par t'interpusitioii de murs élevés, letroi* sième entièrement à l’ombre et ne recevant que de la lumière diOiise; leurs feuilles dépouillées de leurs pétioles et desséchées ont donné sur 100 de matières fraîches :

Le premier 0,45 de matière solide.

Le second 0,36 —

Le troisième ' 0,27 —

Ainsi l’allongement du végétal qui croit à l’ombre n’a lieu qu’au moyen de l’extension des membranes des cellules, sans qu’il y ait assimilation de carbone, formation de fibre ligneuse; cette assimilation est d’autant plus grande que la lumière qui frappe la plante est plus forte et plus continue.

En l’absence de la lumière il n’y a pas de fructiiication, et pour cela il ne faut pas même que la privation de lumière soit complète, la lumière diffuse ne suffit pas pour le plus grand nombre des plantes, et celles qui entrent dans nos cultures ne mûrissent pas de semences sans la lumière directe du soleil, et 6n mûrissent d’autant moins qu’elles en sont plus longtemps privées.

Nous savons que les plantes exhalent de l’oxygène et s’aæimilent du carbone à la lumière; mais, par une action inverse, c’est du carbone qu’elles exhalent à l'obscurité. Il y a, dans ce dernier cas, non-seulement suspension d’accroissement et de formation de nouveaux organes solides, mais encore rétrogradation dans cette formation. Une tige de cardon ou de laitue, déjà verte et solide, blanchit et se ramollit quand elle est enterrée, Ainsi, pendant l’été des hautes latitudes, avec de longs jours et même avec des jours de plusieurs mois, tous les instants sont mis à prolit, et c’est ce qui explique la rapidité de la végétation de ces climats, et la possibilité d’y faire fructifier des plantes qui, avec des jours plus courts et une température plus élevée, exigent un temps plus long.

Toutes les-plantes n’ont pas besoin d’une égale quantité d«

Page 1