CHAPITRE VI
Ce qae l’on doit entendre par nn ellmnt tinnalde.
Maintenant que nous avons parcouru la série entière des météores aqueux, pensons-nous pouvoir saisir parfaitement ce qui constitue ce climat humide? Chacun juge sans hésiter, s'il sp trouve dans un climat pareil, soit que, comme Arthur Young, voyageant en Irlande, il ne puisse parvenir à sécher ses gants et ses hardes, soit que le vert clair du la végétation, la beauté des jierbages, le témoignent au sens de sa vue ; mais ^uaqd il s’agU
CE QÜE l’on doit entendre PAR DN CLIMAT HUMIDE. 1 65
de définir cet état du climat, do traduire notre intuition en chiffres, nous manquons de moyensexacts d’appréciation. Ainsi nous ne les trouvons pas dans la quantité de pluie qui tombe dans ces lieux relativement à celle qui tombe dans les autres; car nos contrées du midi, dont on connaît la sécheresse, reçoivent beaucoup plus de pluie que les contrées les plus humides du nord. Consulterons-nous l'hygromètre? Ici se présenté une autre difficulté qui naît du mode d’observation. Ainsi l’hygromètre do Saussure nous présente les moyennes suivantes pour différents pays :
Genève. . . . . .
82“9 qui donne d’humidité relative.
selon Gay-Lussac. . . .
Saint-Bernard . .
Marseille
Bruxelles
Paris
Hambourg . . . .
Qui oserait affirmer que cet ordre soit en effet celui de l’humidité relative de ces différents lieux? On pourra dire, il est vrai, que les moyennes hygrométriques peuvent être fortement influencées par l’humidité de la nuit plus grande dans les pays méridionaux. Si nous prenons seulement les moyennes des maximums, nous trouvons :
Strasbourg SO^es
Saint-Bernard 80,50
Marseille 76,5
Genève 73,4
Bruxelles 72,9
Paris 70,3
Cet ordre n’est pas encore celui de l’humidité relative dei climats, car si l’humidité de Marseille, qui est située au bord de ta mer, ne représente pas celle de l’intérieur de la Provence, Genève est aussi située au bord d’un lac, et sa végétation fait foi que son climat est plus humide que celui de Marseille, On
MÉTÉOROLOGIE AGRICOLE
ne peut douter cependant que l’hygromètre ou le psychroinètre n’accuse la véritable humidité de l’air, toute l’erreur vient de la manière dont on l’observe. On a souvent remarqué les diiïérences considérables que présente le thermomètre selon la position où il est placé. Selon qu’il est près du sol, à une certaine hauteur, au nord, au midi, le thermomètre donne des indications très discordantes. La température de l’air n’est la même, ni dans ses diilérentes tranches, ni dans ses différentes couches, mais ces différences sont encore bien plus considérables pour l’hygromètre. Observez cet instrument au nord d’un bâtiment, puis Iransportez-le au midi, et vous aurez des degrés très dissemblables. L’herbe reste mouillée au nord, tandis qu’elle sèche au midi. La chaleur solaire qui échauffe l’air augmente aussi sa capacité de saturation pour l’humidité. Les anomalies que l’on trouve dans les observations hygrométriques ne proviennent que de ce que l’on n'est pas encore d’accord sur la position à donner à l’hygromètre pour l’observer. Qu’on le place dans un lieu isolé, à l’abri des rayons directs du soleil, mais entouré de l’air qui en reçoit l’influence, comme nous avons conseillé de le faire pour le thermomètre ; que l’on se garde de ces expositions au nord où l’humidité nocturne persiste si longtemps, de même que la température nocturne, et l’on aura les moyens d’apprécier le degré de sécheresse et d’humidité d’un climat. L’erreur qui résulte d’un mauvais emplacement doit affecter principalement les observations de Marseille, où l’hygromètre est placé en plein nord d’un bâtiment élevé. Ayant transporté notre hygromètre au nord et au midi de notre maison d’habitation, à Orange, le 17 juillet , â 2 heures , nous avons trouvé au nord 75°, au midi 60** seulement.
Mais l’hygromètre lui-même ne donnera encore que des indices insuffisants de l'humidité d’un climat. Supposons en effet qu’il signale dans un lieu une moyenne de 85**, dansl’au-
CE OÜB l’on doit entendue par un climat humide. 1 57 tre (le 80“ seulement, s’ensuivra-t-il que le premier sera le plus humide? Nullement. La vitesse des courants d’air peut modifier complètement leur situation. Pour s'en convaincre, que dans une chambre fermcie on prenne deux morceaux d’étofle imbibés d’eau, que l’on soumette l’un d’eux à l’action d’un soufflet de forge, que l’antre reste dans un air tranquille; le premier sera promptement séché, tandis que l'autre aura conservé presque toute son eau; cependant c’est le même air, également humide, qui a agi sur tous les deux ; seulement le vent a passé sur l’un avec une certaine vitesse qui mettait plus d’air saturé en contact avec sa surface, tandis qu’il passait moins d’air sur le second. Ainsi, s’il règne des vents violents dans le lieu où l’hygromélre marque 85“ , la surface des corps pourra se trouver dans un état plus sec, que dans celui où il ne marque que 80“.
C’est donc l’évaporation qui est la véritable mesure de la sécheresse et de l’humidité d’un climat, parce qu’elle réunit et combine en un seul résultat les effets de la chaleur, de la nébulosité, des vents, et ceux de la production plus ou moins grande de la vapeur par les surfaces de terre ou d’eau <pii environnent le lieu de l’observation. On peut dire en général que, sous le rapport de leur sécheresse, deux climats sont entre eux comme la quantité d’eau évaporée. Soit qu’on compare les évaporations de l’année pour juger l’ensemble des deux climats, soit qu’on les compare saison par saison ou mois par mois, ces portions de temps présentent toujours entre eli^ un caractère hygrométrique relatif à l’évaporation. Tout nous ramène donc à conseiller de l’observer attentivement et en suivant les méthodes régulières et comparables que nous avons indiquées. Ce n’est qu’au moyen des données qui en résulteront que l’on pourra parvenir à connaître un jour cet élément si important des relations agricoles existant entre les différentes régions.
Les climats secs et les climats humides ont les uns et les autres leurs avantages et leurs inconvénients pour la végéta*
MÉTBOROLOGIE AaRICOLË.
tion. Dans un climat sec, l’évaporation est très abondante, et tant que le sol fournit de l'eau à la piaule, la circulation de la sève est rapide, des matériaux nombreux sont apportés à ses organes et si le liquide absorbé par les racines est riche en principes nutritifs, la croissance du végétal est considérable, le développement de ses parties est complet. C’est ce qui explique le grand effet des irrigations et la végétation luxuriante que présentent les climats secs, quand les eaux d’arrosage sont chargées de principes fertilisants, ou secondées par l’emploi des engrais. On réalise alors tous les bons effets des deux genres de climats.
Cependant les climats secs sont funestes à la végétation dès que l’humidité de la terre vient à manquer; la plante meurt alors d’inanition. Il ne suffira donc pas de dire qu’un pays jouit d’un climat sec, pour se représenter une riche culture, comme celle de l’Égypte sortant de l’inondation, ou de la Lombardie couverte de canaux d’arrosage ; on ne doit pas non plus se le figurer aride, comme le désert de Sahara. A cèté de la séche- TBSse ou de l’humidité de l’air, il y a à considérer la sécheresse ou l’humidité de la terre, et ce n’est qu’en rapprochant ces deux facteurs que l’on pourra prononcer sur la végétation. Mais si l’état hygrométrique de l'air est une propriété qui nécessairement, par le défaut de limites, s’étend à d’assez vastes étendues, il n’en est pasde même de celui du sol qui ne dépend pas seulement de l’abondance ou de la disette de pluie, mais surtout de l’état géologique et topographique des terrains, de l’inclinaison de leurs couches, de leur altitude, etc. Ces circonstances n’agissent ordinairement que dans des espaces limités; ainsi le sol pourra être argileux, peu profond, dominé par des hauteurs dont les pentes s’écouleront sur sa surface et ayant peu d’inclinaison, et il sera humide, tandis que l'air sera sous des influences sèches. Il faut donc toujours distinguer dans ce que l’on dit de la végétation d’un lieu, ce qui appar-
CE QCK l’on doit ENTENDUS PAS ÜN CLIMAT HUMIDE. 1 69
tient à une propriété générale tenant à l’atmosphère, et re qui appartient aux qualités de son sol, qui créent des exceptions dans la physionomie générale d’une région agricole sèche.
Quant aux climats humides, la nature, en les pourroyant d’une riche végétation de racines et d'herbages, a semblé les destiner plus spécialement à devenir le siège des exploitations pastorales. Mais encore ici les qualités du sol impriment de nombreuses modifications aux eiïets du climat. Si le sol est moyennement sec, on y voit prospérer certaines cultures importantes qui aiïectionnent cet état moyen ; telles sont en général les céréales. Il y a donc une foule d'intermédiaires qui servent de transition d’un climat à l’autre, par la combinaison ou l’opposition des qualités du sol et de l’air, par la répartition de ces qualités entre les diverses saisons. Il ne nous est pas donné encore de définir l’influence de ces éléments divers d’une manière certaine; les observations nous manquent pour le faire; mais on comprend tout l’intérêt qu’ofiiriraient de telles déterminations, et le caractère positif qu’elles donneront à la science agricole quand on pourra y parvenir.