DES VENTS
Si au moyen de ce tableau on veut bien indiquer sur la carte d’Europe la direction des vents au moyen de petites flèches placées auprès du nom de chaque lieu, on verra que les vents tout en aflectant des déviations plus ou moins fortes, occasionnées par la disposition des lieux, les contre-courants, et surtout la puissance des réfrigérants voisins, suivent en général la marche que nous avons indiquée, et qu’ainsi l’Europe se trouve, à leur égard , divisée en deux zones, celle des vents méridionaux (sud-ouest), au nord, et celle des vents septentrionaux (nord-ouest, nord), au midi. La première zone est nébuleuse parce qu’elle reçoit les vents de l’Océan , mais elle est aussi ÿous une influence calorifique qui modère la rigueur de scs hivers, et les saisons y ont des températures moins dilTérentes ; la seconde zone, lumineuse parce qu’elle reçoit les vents secs et froids du midi, est aussi pour cette raison moins chaude que * ne le comporterait sa latitude, et il existe entre les températures de scs saisons des dilTèrences plus tranchées.
Nous devons cependant , au sujet des lieux qui bordent la Méditerranée, expliquer l'anomalie qui en range quelques-uns dans la colonne des vents du sud, quoique le véritable vent dominant y soit celui du nord. Cela tient au retour des brises de mer qui font cesser chaque jour pour quelques heures à Florence, à Naples, et même à Marseille, le vent général qui persiste à peu de distance des côtes. On conçoit alors que si les heures d'observations coïncident le matin et le soir avec le retour des l^riscs, celles-ci emportent la balance, à moins que par des observations faites à d'autres heures ou à de plus courts intervalles on ne fasse disparaître cette cause d’erreur.
Section II. — Dislribulion des vents selonles saisons.
Le but spécial de cet ouvrage nous force à nous limiter à
MÉTÉOROLOülK AURICOi.C.
un |)elil nombre d’exceptions qui donneront une idée suflisanie des inodilications que les saisons font éprouver à la direction des vents. Ainsi nous avons :
Iliter.
Piioleinps.
Eté.
Aulomnff.
Péler.sbourg .
Moscou. . . .
Hambourg. .
Prague. . . .
Berlin
Paris
Orange. . . .
Lvon
Turin
Naples . . . .
Madère. . . .
Il jf a dans tous ces lieux une tendance des vents à se rapprocher de l’ouest pendant l’été, si l’on en excepte Madère, où les vents tendent alors davantage à l’est. Mais aussi Madère est dans la région de l'alisé, et c’est ce même vent qui devient le sud-ouest en Europe, après s’être réuni aux vents du sud sur les côtes d’Amérique. Cette tendance est déjà marquée au printemps dans la plupart des lieux de la zone des vents du sud-ouest , et même souvent dans celle des vents du nord. 'En hiver et en automne, toutes les directions sc rapprochent du sud dans la région des vents du sud, et du nord dans celle des vents du nord; c’est alors que ces deux zones présentent les plus grandes diiïérences. Ces variations ont lieu plus tôt ou plus tard dans chaque saison, selon la position topographique des lieux.
Section III. — Direction des vents selon les heures de la journée.
En parlant des brises nous avons déjà fait sentir combien la
(1) Observ. de Ku]iflèr, 1837, 38, 41.
DKS VENTS.
situation des lieux dans là proximité de réfrigérants puissants avait d'inllnence sur la direction générale de leurs vents. Prenons par exemple Marseille, et les observations de M. Silvabelle de 1783 à 1790; on trouve 134® 3' pour la direction des vents du matin, c'est celle des vents de mer qui envahissent alors la céte, à cause de son refroidissement nocturne comparé à celui de la masse aqueuse. On trUuve pour le soir, 237“ 27', sous la même induence ; tandis que pour la journée où dominent les vents généraux , qui seuls ont souillé à quelque distance de la côte et dans toute la Provence, on obtient une
direction de 307" 40', c’est-à-dire que les vents généraux y soufflent du nord , au lieu de soufilcr du sud-est et du sudouest co'irime on trouve pour le matin et le soir. Si cependant on fondait ensemble toutes les observations, on trouverait que Marseille présente une direction moyenne de 196” 7', tandis que, suivant le sentiment général du pays et celui des marins , le vent dominant se rapproche du nord-nord-ouest. Et en effet, si l’on tenait compte de la force des vents en même temps que de leur direction, .les légères brises du sud disparaîtraient tout-à-fait du tableau, elïacécs par la violence des vents du nord. Nous n’aurons donc véritablement la direction des vents d’une contrée que quand nous posséderons des tableaux de la force des vents , ou quand nous les observerons dans les lieux qui sont placés hors de l'inlluence des brises.
On trouverait à vérifier cette remarque dans un grand nom- * bre de cas. Ainsi nous trouvons à Stockholm ,
Pour 7 bouros du malin ....... 2fi9®'l8'
Pour 2 heures après midi 274 50
Pour 9 heures du soir 230 54
A Manheim, l’effet est bien plus sensible :
A 7 heures du matin. . . .' 24"5 '
A 2 heures du soir.. 254 52
A 9 heures du soir . , # . 210 4
Mih'KORotor.TF, Ar,nicoi.K.
A Paris, au contraire, loin de l'influence des réfrigérants, nous avons :
Le matin ■ , . 2S0®11 '
Le soir 237 11
Les difliérences qui se manifestent dans la direction des vents, aux diflërcntes époques de la journée, peuvent avoir une assez grande influence sur la végétation, en diminuant ou augmentant la fraîcheur dés nuits. A Marseille , par exemple , les brises échauflent les matinées en hiver; é Manheim, le# yents du nord doivent les refroidir, de même qu’il arrive à l’ouverture de toutes les gorges de montagne. On sent com- . bien l’observation de ces variétés locales devient importante quand on Veut faire l’application de la météorologie é l’agriculture, et combien il est dillicile de juger d'un clinvat sur des observations tronquées.
Section IV. — Analyse des direetiom moyennes.
Nous avons considéré jusqu’à présent les vents dans leur direction moyenne , c’est-à-dire dans la direction <ju’ils auraient en se compensant les uns les autres, et réduisant toutes leurs directions différentes à une direction unique , qui est la résultante des forces qui agissent sur un corps placé dans le lieu de l’observation. Quoique le vent souille surtout dans cette direi^tion, cependant il affecte aussi presque toutes les directions de la rose des vents. En effet, outre' les causes géné- * raies qui tiennent à l’existence des grands foyers et des grands réfrigérants géographiques, il y a aussi des causes plus particulières et plus locales. Ainsi des plaines nues et brûlées par le soleil existent dans certains^endrôits ; dans d’autres, on trouve des sinuosités-élovécs et susceptibles de se charger de neiges ; en (in dans ce grand mouvement de l’atmosphère, il y a des remous fréquents causés par des inégalités dans récoulenienl de l’air.
DKS VIÎNTS.
dans ia pression latérale qu’éprouvent ses colonnes, dans les brusques changements de température que subissent certains lieux par des chutes de pluies ou de neiges, par un ciel serein ou un ciel couvert, et qui n’ont pas lieu ou n’ont lieu qu’à des degrés diiïérents sur toute la ligne qui participe aux mêmes influences générales. C’est ce qui cause les vcots variables qui moditient plus ou moins les mois, les saisons, et qui, en rompant l'uniformité des courants constants, parviennent à agiter l’air dans les différentes directions.
Prenons pour exemple deux lieux choisis dans les deux zones, celle des vents du sud-ouest et celle des vents *du nord , Paris et Orange; ils achèveront d’éclaircir ce qui sé passe dans la distribution des vetits.
A Paris, de 1806 à 1826, les vents ont soufflé le nombre de fois suivant, dans les différeuts rumbs de la ruse des vents :
Nord 45
Nord-Est 40
Est 23
Sud-Est 23
Sud 63
Sud-Ouest 67
Ouest . . . 79
Nord-Ouest 34
Si nous construisons une figure dans laquelle nous donnetig.il.
240 M>:T^OROLOr.TF. AGRTCOtK.
rnns à chacune de ces directions une longueur proportionnée ciux nombres çi-dessus, et à la direction moyenne celle du résultat du calcul de sa force, en supposant celle de tous les vents égale , clic nous représentera l'action générale des vents dans cette ville.
On discerne ici, au peu de longueur des flèches qui indiquent la direction des vents de la bande de l’est, .combien ils sont peu fréquents en comparaison de ceux qui soufflent dans la bande opposée, et l’on peut apercevoir à l’œil que la direction moyenne se trouve fixée entre le sud-ouest et l’ouest. Les vents du sud èd’ouest sont ici les vents généraux, les autres ne sont que des vents accidentels amenés par plusieurs causes : 1® Une réfrigération considérable vers lés "pôles fait verser momentanément une plus grande masse d’air qui vient des régions du nord, repousse pour.quciqucs jours les vents du sud, jusqu'à CO que l’accumulation de ces vents force l’obstacle, ouque les causes d’augmentation de froid aient cessé. Les vents d’est et de sud-est se manifestent quand la réfrigération supérieure s'est prononcée sur les Alpes ou sur les plateaux de la Bourgogne; et en effet, lors de l’arrivée de ces vents, ôn ne manque pas d'apprendre des chutes de ncigeou de pluie sur ces hauteurs. Mais encore.ici comme dans l’autre cas, celte per- ' turbation momentanée dans la marche des vents ne tarde pas à céder à l’influence des vents généraux.
A Orange, nous avons les chiffres suivants pour les vents de l’année :
Nord. .
Sud
Nord-Est.. '. . .
Sud-Ouest. . . .
Est
Ouest
Sud-Est
Sud-Ouest. . . .
ce qui nous donne la figure ci-dessous.
A la vue de cette figure il est facile de comprendre que la direction moyenne des vents se trouve prés du nord ; de plus,
DES vents.
^"‘S‘ que la vallf'e dans laquelle se trouve la ville
d’Orange va du nord au sud, puisque les vents se dirigent presque uniquement dans celte direction. L’inilucnco des montagnes des Alpes méridionales et des courants placés é l'est et au nord-ouest, ne peut l’emporter que rarement sur les iniluences générales qui déterminent les vents du nord ; et quand le vent du sud vient à régner par l’effet de l’abaissement du courant tropical, il affecte aussi la direction qui lui est tracée par es parois de la vallée.
Enfin, si l’on fait la somme de chacun des vents qui soufflent dans les lieux des deux régions pour lesquels nous avons des observations.
on trouve :
Pour lei région»
dei venu du nord.
Pour le» régioni de» reui» du »ud.
Nord
Nord-Est . . .
Est
Sud-Est
Sud
Sud-Ouest. . .
Ouest
Nord-Ouest . .
Si nous construisons les figures de ces deux roses des vents, elles nous représentent à l'a-il la marche des vents dans chacune de ces régions.
On voit dans la première {fig. 12) la prédominance des vents du nord et la direction moyenne (349®, 19') incliner légèrement du nord vers l’ouest, et indiquer par là l’action du pèle de
froid placé au nord de l’Amérique, qui se combine avec celle
des réfrigérants humides*, dans la seconde {fig, 13) la direction
MICTKUROLÜGIG AGRICOI.R.
fig. 13.
îS K.
est entre le sud-ouest et l’ouest, plus rapprochée de ce dernier point (245'*, 32'), et est due à la rentrée du courant tropical en arrière du réfrigérant des Alpes pour remplir les vides de l’air qui part de ce réfrigérant pour se rendre à l’équateur. Dans l’une et dans l’autre, on remarque le peu de fréquence des vents de sud-est.
Fig. 14.
On a peine à croire que dans ce siècle où les recherches sur la physique du globe occupent tant de savants et où l’on
t)F.S VENTS.
a attaché tant d’importance à connaître la température moyenne de l’air, celle de l’intérieur de la terre, le poids de l’atmosphère, on n’ait pas encore cherché à obtenir, par des mesures exactes, la vitesse de ces courants d’air qui se déplacent d’une manière si régulière; à déterminer le lit de ces fleuves aériens qui parcourent la surface de nos continents. Nos grands observatoires sont encore dépourvus de tous moyens de constater la force des vents, et si ces vents ne servaient pas aux besoins des hommes, s’ils ne mettaient pas en mouvement nos vaisseaux et nos machines, on serait encore sans idée approximative de leur vitesse. Quelques observateurs ont cependant cherché à définir cette vitesse, en classant les vents en plusieurs degrés de violence , malheureusement leurs résultats ne sont pas comparables entre eux. On a des lambeaux d’expériences faites en plusieurs lieux, qu’il ne faut pas cependant négliger de faire connaître. Ainsi, M. Bueck, dans son livre sur le climat de Hambourg, nous apprend que les vents parcourent moyennement par seconde, h Cuxhaven, les espaces suivants :
niètr.
mètr4
Nord
Sud
Nord-Est. . . .
Sud-Ouest . . .
Est
Ouest
Sud-Est
Nord-Ouest. . .
La direction moyenne des vents étant de l’ouest (274° l'), un voit que la plus grande impulsion comme la plus soutenue vient du même point de l’horizon.
A Orange, les deux vents principaux, nord et sud, nous ont donné une vitesse moyenne, le nord de 6™, 35, le sud de l“*,22. C’est encore ici le vent dominant qui a le plus de force.
En fait de mesures précises , nous sommes obligé de nous borner à ces deux indications.
Mais l’étude des observations contenues dans les Ephéméridtt de Manheim où la force des vents est indiquée par des degrés arbitraires , nous a cependant prouvé que leur plus
544 MKTKOROLOGIE AfiRUIOI.fi.
grande force moyenne est toujours dans le sens du vent dominant. Les ouragans ne viennent pas toujours dans celte direction. Ces coups do vents violents qui se font sentir subitement et durent peu, partent le plus souvent des réfrigérants locaux ou d’une direction opposée à celle des vents généraux. A Orange, où les vents généraux viennent du nord, le long de la vallée du Rhône, nous avons des ouragans partant du nordest, de la chaîne des Alpes du Dauphiné et quelquefois du sud. Il semblerait donc que, dans le premier cas, ils seraient le produit d’une violente et subite réfrigération causée par la chute des neiges et de la pluie; dans le second cas, on no pourrait les expliquer que par un vide qui se serait formé dans le nord, par l’écoulement trop abondant de la masse d’air vers le midi.