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reau qui s« convertit en charbon, et si les masses énormes de madrépores qui se forment chaque année au point d’encombrer certaines parties de la mer, ne fixaient irrévocablement une grande quantité d’acide carbonique. Mais il faut considérer aussi qu’il y a des sources de cet acide qui tendent à restituer à l’air celui qu’il peut perdre, et, au premier rang, il faut mettre le dégagement des vapeurs des nombreuses bouches volcaniques dans lequel l’acide carbonique Joue un grand rôle. L’avenir et des analyses exactes pourront seuls nous apprendre si cm causes de perte et de gain se balancent, ou si nous marchons vers un nouvel état plus favorable à la respiration animale, et moins fovorable à l’absorption végétale, ou vers un autre état tout contraire. Ces analyses exigent un grand soin , des instruments exacts, et ne peuvent devenir populaires : on en trouvera le détail dans les Mémoires de Th. de Saussure que nous avons cités plus haut.
Nous avons traité assez en détail des fonctions de l’acide carbonique dans notre premier volume, pour que nous n'ayons pas besoin de répéter ici que non-seulement il est absorbé à l’état de gaz par les feuilles , mais aussi que l’eau de pluie en s’en emparant le transmet aux racines des plantes, le met en contact avec les carbonates terreux qu’il dissout, et avec différents autres composés minéraux qu’il modifie.
Section II. — Ve différentes substances variables qui font accidentellement partie de l'air.
Nous avons déjà traité fort au long* de ce qui concerne l’existence et la formation de l’ammoniaque et de l’acide nitrique, trouvés dans les eaux de pluie par Magraft, Bergmann, et dont Liebig, d’après eux, a constaté la présence. La quantité de
(1) T. 1, p. 134etsiiiv,
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ces substances est si petite dans l’atmosphère, qu’elle ne peut être indiquée par nos eudiomètres; mais elle devient reconnaissable quand l’eau de pluie a dissous tout ce qui s'en trouve dans la masse de l’air. Outre ces substances, les vapeurs aqueuses, dont nous traiterons bientôt, entraînent aussi des sels qui existent dans les eaux qui les produisent ; c’est un fait maintenant bien prouvé par les dépôts qui se font dans les salines, aux sources d’acide borique et au-dessus de toutes les chaudières où l’on fait évaporer des dissolutions de sels. Dalton trouva une partie de chlorure de sodium pour 1 ,000 parties d’eau de pluie à Manchester, dans le voisinage de la mer * ; en 1825, Brandes, ayant fait régulièrement l’analyse des eaux de pluie à SalzoiTeln, trouva les résidus suivants ;
Janvier. .
Par 10 millteri de partie.
Juillet
Par 10 miliieri d« parti*.
Février. .
.^oiU
Mars. . . .
Septembre. .
Avril, . . ,
Octobre.. . .
Mai. . . .
Novembre . .
Juin . . .
Décembre . .
Moyenne. . .
L’analyse lui donna de la résine, du .mucus, du chlorydrate de magnésie, du sulfate de magnésie, du carbonate de magnésie, du chlorure de potassium et de sodium, du sulfate de chaux, des oxydes de fer et de manganèse, etdesselsammonia- - eaux. La plupart de ces sels sont contenus dans l’eau de mer, et sont transportés avec l’eau vaporisée; ils rendent à la terre ceux qui lui sont soustraits par la végétation et le lavage des eaux pluviales. Un hectare qui reçoit 2,500 mètres cubes d’eau de pluie par an ou 25,00000 kilog. d’eau, reçoit donc en même temps 65 kilog. de sels divers. Cette quantité, produit des (t) Edinbwrg journal ofsoience, t. III, p. 176.
MltTI-^OnOf.OGIE AGRICOLE.
pluies de toute l’année, est absolument inappréciable à nos in-> struments, qui n’analysent jamais qu’un" petit volume d’air ; mars elle devient reconnaissable dans l'eau do pluie dont on \eut analyser un grand volume.
I.es vents et la colonne ascendante d’air qui part de la terre pour se rendre dans l’atmosphère par l'effet du rayonnement de la chaleur et de l’électricité, entraînent aussi une grande quantité de poussière terreuse , l’air en contient constamment. Si l’on ferme hermétiquement la chambre dont l’air paraîtra le plus pur , et si l’on y rentre après plusieurs mois , on trouvera le sol et les meubles couverts d’une poussière que l'air en repos a laissé déposer ; il est facile de l’apercevoir en tous temps, en regardant le trajet d'un rayon solaire pénétrant par un orifice de petit diamètre dans une chambre d’ailleurs obscure. Ces matières terreuses, transportées par l’air, expliquentl’existence do certaines substances, de la chaux par exemple , que l’on trouve dans des plantes croissant sur des sols qui ne la contiennent pas.
Les plantes pendant la floraison remplissent aussi l’air de leurs odeurs, qui sont des principes hydrogénés, M. Boussingault a trouvé de l’hydrogène dans les analyses qu’il a faites de l’air des lieux malsains. L’existence constante dans l’air de matières volatiles, résineuses, produits de la végétation, ne permet pas de tirer de ses résultats les conclusions qu’il y cherchait et qu'il propose avec une sage réserve, mais ils attestent au moins que l’hydrogène est aussi pour sa part dans la composition variable de l’air , soit qu’il tire sa source des émanations des marais, des exhalaisons des plantes , des bouches des volcans, ou qu’il ait toute autre origine.
Mais les miasmes que M. (Boussingault cherche à saisir et à analyser ont une si grande influence sur l’agriculture, sont un si grand obstacle à ses progrès dans les pays naturellement les plus fertiles, que nous devons nous y arrêter un moment.
ÉLÉMENTS VASlABLIiS MK1.ANGÉS A l'air. .17
On sait généralement que les bords des marais, des éfangs, des lieux où les eaux croupissent et se dessèchent , sont malsains à habiter ; que les hommes y sont sujets aux fièvres intermittentes , pernicieuses ; à la fièvre jaune, A la peste. Des contrées entières sont connues par les maladies qui sévissent Air les habitants pendant une partie de l’année. Les cétes plates des mers'nous en présentent de malheureusement célèbres, les étangs de Languedoc , les maremmes, les marais Pontins, les rivages d’Alexandrette, le delta du Nil , etc. Les désastres qui ont suivi les expéditions aux bouches du Niger et des autres , fleuves de l’Afrique; l’insalubrité des lies qui se trouvent aux liords du Gange et dans une foule d’autres points des côtes de l’Inde, sont présents à tous les souvenirs et rappellent les noms de leurs nombreuses victimes.
Les vents qui traversent ces foyers étendent et propagent les germes de maladie jusque bien avant dans l’intérieur des terres. Les physiciens sont généralement d’avis que l’infection est produite par des miasmes développés par la putréfaction des végétaux et des animaux aquatiques mis à sec. Ces corpuscules élevés avec la vapeur d’eau par l’effet des courants ascendants de l’air, s’élèvent jusqu’à une certaine hauteur en rapport avec leur gravité et leur force ascensionnelle. Autour des marais Pontins ils ne dépassent pas la hauteur de 2 à 300 mètres. Au Mexique , M. de Humboldt assure qu’ils atteignent à 900 mètres d’élévation < . On a remarqué que l’air humide qui transportait le miasme, s’en dépouillait en tamisant à travers les arbres d’une forêt , à travers un canevas. M. Rigaud de Lille a observé des positions en Italie où l’interposition d’un rideau d’arbres préservait tout ce qui était derrière lui , tandis que la partie découverte était exposée aux fièvres ; les moines de Franquevaux , en se tenant constamment sous de doubles tentes de canevas, pouvaient prendre la fraîcheur du soir et du
(I) Fssrti !»»r f« A//!Xwîu<', t. IV, p. 524. in-8",
M Kl KOKOl.lXi lli A (1 K ICOLE .
matin, qui frappait de fièvres tous ceux qui avaient l’audace de la respirer à découvert ' .
Le miasme disséminé dans un air sec parait y être en dose si minime, que non-seulement il est inaccessible aux investigations de la science, mais encore qu’il n’est pas susceptible d’affecter gravement les êtres vivants; il en est autrement quand l’air est refroidi par le rayonnement du soir et par celui de la nuit. Alors se précipite dans les couches basses de l’ait une masse d’humidité qui le transporte avec elle en le concentrant, et (juand cette rosée vient à se vaporiser de nouveau aux premiers rayons de soleil, elle entraîne avec elle ces mêmes miasmes dans son mouvement ascensionnel. Alors englouti en assez grande quantité par la respiration, par la déglutition, absorbé par les pores, il manifeste ses elîets délétères. Dans les pays de mauvais air on ne saurait trop se préserver contre ces alternatives de précipitations et de vaporisations de l’humidité atmosphérique.
Les terrains qui ont été longtemps sous les eaux conservent pendant une longue série d’années la propriété d’émettre des miasmes; les terres neuves soumises pour la première fois à la culture présentent à l’action de l’atmosphère une foule de corps organiques conservés à l’abri du contact de l'air, qui entrent alors en décomposition, cl ont des effets délétères bien connus des pionniers américains et des nouveaux colons ; enfin M. A. d’Orbigny a observé en Amérique des vallées très fiévreuses où passait une eau courante non sujette à se dessécher, et qui paraissait parfaitement pure. Dans les climats ardents de la zone équinoxiale, la nature entière est animée, et l’évaporation entraîne toujours avec elle les produits d’une masse de fermentations, là même où rien ne semble l’annoncer^ Les terrains habituellement secs et sans végétation y sont les seuls où l’air soit parfaitement pur; si ce n'est quand, par
(1) Rigaud de Lille, Recherches sur le mauvais air.
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leur élévation, les terrains humides rentrent dans une zone plus tempérée et où la lenteur des actions chimiques ne produit pas instantanément une quantité considérable de miasmes.
La difliculté de trouver la cause matérielle de ces désordres a fait attribuer les fièvres endémiques aux grandes oscillations de température que l’on remarque dans ces climats entre la nuit et le jour. Mais il est aussi nombre de lieux fort sains qui présentent ces oscillations, et sans changer dépars on trouve à .. cèté les unes des autres des localités soumises aux mêmes influences thermométriques dont les unes sont salubres et les autres infectées. Sur la lisière des marais Ponlins, les habitation» construites sur le bord de la mer et sur le vent des marais n’éprouvent point de fièvres, tandis que celles qui sont dans les marais ou au-delà des marais sous l'influence des vmits chauds et humides qui les traversent y sont très exposées. A Rome même, le côté de la rue qui reçoit directement l’impression de ces vents est fiévreux, tandis que le côté opposé est salubre. Il y a donc dans l’air une influence particulière qui cause l’infection.
En vain on aurait recours à l’eudiomètre pour la signaler, les matières morbifiques sont en trop petite quantité pour pouvoir être distinguées dans un aussi petit volume. Moscati s'est servi pour les condenser, dans les rizièresdu Piémont, d’un globe de verre rempli de glace, qui précipitait la vapeur aqueuse à sa surface; Rigaud de Lille d’une espèce de toiture de verre à vitres, sur laquelle la rosée abondante des marais du Languedoc venait se déposer.
L’eau de rosée recueillie dans les lieux infectài est d’une couleur blanchâtre; on y voitflotterune multitude de filaments blancs dont elle ne se dépouille qu'après plusieurs filtrations; elle est inodore, légèrement alcaline; après quelque temps de repos l’eau de chaux et l’acétate de plomb y produisent un léger précipite floconneux. D'après les analyses de Vauquelin,
MÉTËOROLOGIB AGRICOLE.
aile contient de la matière animale, de l’ammoniaque, du chlorure de sodium et du carbonate de soude. Il serait à désirer que ces analyses fussent reprises avec toutes les ressources qu’offrent les progrès de la chimie. La matière organique enlevèe par la vaporisation était sans odeur au moment où elle fut recueillie, et n'annonçait aucune putréfaction préalable, mais elle ne tarda pas à fermenter, on lui trouvait une odeur d’œufs pourris et il s’en dégageait de l'ammoniaque. M. Rigaud n’eut pas le temps de compléter les expériences qu’il avait entreprises sur les effets de la rosée des marais administrée aux animaux ; mais on' sait que dans ces contrées les moutons qui le matin broutent l’herbe humide sont exposés à la pourriture et au sang de rate. 11 y a là un vaste champ de recherches à entreprendre pour nos jeunes savants du midi, et dans leurs travaux ils ne manqueront pas de se guider sur les principes exposés par M. Chevreul dans son remarquable rapport sur le , lait des vaches*.
On constatera la présence de matièresorganiquesdans l’air des lieux que l’on soupçonnera rccéler des principes d’infection, en se servant du procédé indiqué par M. Boussingault *. Peu après le coucher du soleil, il posait deux verres de montre creux sur un support; dans l’un il versait de l’eau distillée chaude, afin d’en mouiller la surface et de lui communiquer une tempé-‘ rature supérieure à celle de l’air ambiant, l’autre restait dans son état naturel, mais se refroidissant par l’effet du rayonnement nocturne, il ne tardait pas à se couvrir d’une rosée abondante que le verre chaud ne condensait pas. Alors ajoutant une goutte d’acide sulfurique pur dans chaque verre et évaporant à sec, on voyait une trace de matière charbonneuse adhérente au verre où la rosée avait été déposée, si ellecontenait des matières élrangères, tandis que le verfequi n’en avait point reçu était par-
(t) Comptes-rendus de l’Académie, t. VIll, p. 380 et sulv.
< li) /Infinies rfe '•Atm»’. octobre 183<,
ÉLÉMENTS VARIABLES MÉLANGÉS A l'aIR. 4t
faitement net. Si un moustique tombait dans l’eau on avait le temps de l’enlever avant de verser l'acide.
Il ne faut pas croire cependant que les matières organiques dont la présence est ainsi constatée aient toujours des propriétés délétéres. L’enceintc des abattoirs, les voiries, les lieux où se font sentir les émanations des latrines, donneraient sans doute des traces charbonneuses très marquées, et cependant, les lièvres ne résultent pas de la respiration de leur air, les bouchers jouissent d'une santé remarquable. On a lieu de croire que les miasmes nuisibles sont en général de nature végétale; ceux qu'avaient recueillis M. Rigaud avaient une odeur de plante brûlée quand on les incinérait; les bords fiévreux des étangs sont couverts de plantes aquatiques en décomposition, et le nombre des animaux qui s'y trouvent mêlés est très petit. Dans ses explorations des marais Pontins, M. Rigaud remarquait que l’odeur marécageuse n'annonçait pas toujours l’infection fiévreuse, et qu’elle était surtout è craindre dans des lieux dont l’air paraissait pur et inodore. Il semblerait donc que le miasme est un corps organisé, premier produit de la fermentation des végétaux aquatiques, mais doué encore de vie et n’ayant pas subi lui-mème de décomposition ; que son introduction dans la circulation des êtres vivants est une vraie inoculation, et que quand il est atteint lui-mème par la mort et la putréfaction, il produit des odeurs désagréables, de l’hydrogène carboné et sulfuré, de l’ammoniaque, maisqu’alors il cesse d’ètre délétère. Quoi qu’il en soit de cette hypothèse, la présence de matières charhonnées dans le verre qui a reçu la rosée n’implique l’existence des miasmes fiévreux qu’autant que la santé des hommes et des animaux est habituellement sujette aux maladies dans la contrée où se fait l'expérience.
L’absence d’une population condensée près de lieux infectés en fait le siège d’une grande agriculture, qui par son imporlanee, son étrangeté, son indépendance, la vie aisée et libre
• MÉTÉOROLOGIB A6RIC0U.
que l’on y mène, a un grand attrait pour les propriétaires. La difficulté de vendre de grands domaines ainsi placés les y attache par un nœud indissoluble, ils sentent le besoin d’exercer une surveillance immédiate dans ces déserts où les cultures et par conséquent les dépenses se font sur une si vaste échelle; aussi peu d’entre eux résistent à la tentation de les habiter souvent et longtemps, et l’on compte parmi eux de nombreuses victimes du mauvais air, dont le sort ne rebute pas leurs successeurs. Nous dirons donc pour eux, comme pour les ouvriers qu’ils occupent, qu’il est des précautions qui peuvent les garantir jusqu'à un certain point des dangers do l’infection. 1* Ne jamais sortir avant que la rosée soit dissipée, rentrer avant qu’elle ne tombe. C’est aux travaux du matin , confiés spécialement aux hommes, que l’on doit attribuer la plus grande mortalité de ce sexe. 2* Ne pas sortir le matin à jeun, et prendre avant de s’exposer à la fraîcheur une boisson excitante comme le café ou le thé de préférence aux spiritueux. Elle communique un léger état fébrile qui préserve de l’invasion. L’état de stupeur qui succède au premier effet des spiritueux ' est au contraire propre à favoriser l’absorption des miasmes. 3“ Entretenir les fonctions de la peau en portant des gilets de flanelle. 4° Quoique les propriétés désinfectantes des chlorures n’agissent probablement pas sur les miasmes comme sur les odeurs, cependant, dans le doute, on ne doit pas les négliger et on peut se créer une atmosphère chlorurée en portant sur soi, à portée de la respiration, des substances qui exhalent de ces gaz, tels que les chlorures de chaux. Un vieux garde des marais Pontins faisait détonner chaque soir une pincée de poudre à canon dans sa cabane, et dégageait ainsi un gaz que la tradition lui faisait regarder comme salutaire. Cette pratique tendrait à indiquer l’utilité des chlorures et des gaz nitreux comme préservatif désinfection miasmatique. ô° Planter en avant des habitations d’épais rideaux d'arbres sur la direction des vents humides et
KLÉMENTS V ABU BLES MÉLANGÉS A l’aIR.
chauds. 6o Garnir toutes les portes et fenêtres de châssis do canevas, pour que dans les temps chauds on puisse les ouvrir sans introduire le miasme. 7® Boire des eaux de rivière filtrées préférablement à celles des puits, et si l’on n’a que de ces dernières, les aiguiser au moyen d’un filet de vinaigre ou d’acide citrique. 8“ Le chef d’une de ces exploitations jetées loin des centres de population doit étudier attentivement lessymptômM de début des fièvres pernicieuses et être pourvu de doses préparées de médicaments, afin de prévenir les dangers qui résul-* tent de ta répétition des accès avant l’arrivée du médecin.