DKTERMIWATION DES PHÉNOMÈNES PROCHAINS, ETC
Les nuages fixes, situés du côté où souffle lèvent, n’amènent que la continuité du vent ; ils annoncent sa fin s'ils apparaissent au côté opposé.
Les nuages arrivant à la fois, et par des vents opposés, annoncent un orage prochain.
Lesnuagess’accuinulant sur les flancs des montagnes, annoncent la pluie, si le vent est opposé à la montagne ; mais les nuages légers, indiquant par une ligne horizontale la direction do la montagne, ne présagent que le beau temps.
Le ciel couvert du côté du vent humide est une annonce de pluie, ainsi que les nuages qui portent les couleurs de l’iris, preuve de l’incomplète dissolution de la vapeur.
Les brouillards qui se dissipent complètement sans former de nuages accompagnent le beau temps, puisqu’ils annoncent que l’air conserve la faculté de dissoudre la vapeur ; mais plusieurs jours de brouillards de suite conduisent presque certainement à la pluie.
La rosée et la gelée blanche sont aussi des précurseurs de la pluie en annonçant la saturation de l'air.
Los pluies soudaines qui ne sont pas préparées par une certaine durée de vents humides, durent peu.
Dans chaque pays, on ajoutera facilement un grand nombre de pronostics locaux k ceux que nous avons recueillis ici.
Section IV. Pronoitics tirés du barmètre.
Parmi les instruments de physique dont nous pouvons tirer des pronostics, le baromètre attira de suite l’attention des observateurs. Ils remarquèrent qu’il baissait habituellement par la pluie et le mauvais temps, et s’élevait avec le beau temps. Ne se donnant pas la peine de rechercher si ces indications ne présentaient pas d’équivoque, ils se hâtèrent de placer à côté de la colonne de mercure une échelle qui s’est
376 METEOROLOGIE AGRICOLE,
perpétuée jusqu’à nos jours, et qui porte à sa hauteur moyenne le mot variable; de neuf en neuf millimètres au-dessus du variable, beau tempt, beau fixe, très sec; puis descendant audessous du variable et de neuf en neuf millimètres, pluie ou vent, grande pluie, tempête. Il y avait un fond général de vérité dans ces indications ; chacun pouvait constater qu’en général, les longues pluies étaient accompagnées et précédées de
l'abaissement du baromètre, ainsi que les vents violents du midi ; que dans le beau temps fîxe, la colonne de mercure s’élevait. Les marins se louaient des bons avis que cet instrument leur avait donnés ; La Peyrouse, Vancouver, Flinders attestaient que, grâce à ses indications, ils avaient eu le temps de se préparer à des coups de vent qui, survenus à l’improviste, auraient pu les mettre en danger ; mais, d’un autre côté, on voyait souvent le baromètre s’abaisser par un temps serein et calme; on avait vu la pluie tomber par torrents et les orages les plus violents éclater quoique le baromètre fût élevé et immobile; il fallait donc connaître définitivement comment on devait interpréter le langage de cet instrument.
Le baromètre indiquant la pesanteur de la colonne d’air qui pèse sur sa cuvette, par la hauteur de la colonne de mercure, si nous savions, à priori, dans quel cas la colonne d’air augmente ou diminue de poids, nous pourrions annoncer les phénomènes qui se préparent dans l'air d'après les mouvements du mercure ; mais nous sommes loin d’étre aussi avancés. Les expériences de Saussure et celles de Landriani nous ont appris que, quand l’air dissout de l’eau, l’augmentation de son volume est plus grande que l’augmentation de sa masse, et qu’ainsi sa pesanteur spécifique diminue à mesure qu’il tient plus d’eau en dissolution, ce qui explique bien l’abaissement du mercure par les vents humides, et son élévation par les temps secs. Mais la différence d’humidité de l’air dans les différents ras serait loin de rendre raison de tous les mouvements
DÉTERMINATION DES PHÉNOMÈNES PROCHAINS, ETC. 377 du mercure. En supposant que l’air pût être complètement sec, ce qui n’arrive jamais, et qu’il devint ensuite complètement humide, ces deux étals n’amèneraient qu’un mouvement d’un cinquantième ou un soixantième dans la longueur de la colonne mercurielle, tandis que dans nos climats elle parcourt un intervalle de îV de sa longueur totale du bas en haut. La seule cause à laquelle on puisse rattacher d’aussi grandes variations est la chaleur, car elle-même varie de 50 degrés dans les régions tempérées, et de bien plus encore dans les régions polaires. Cette opinion parait d’autant plus probable que les plus grandes variations du baromètre ont lieu en hiver et dans les latitudes élevées, tandis qu’elles sont faibles en été et en se rapprochant de l’équateur. Il semble donc qu’il y ait une corrélation bien établie entre la température de l’atmosphère et les oscillations barométriques. Elle est telle que M. de Buch a pu alTirmer que la grandeur de ces oscillations était en état de nous éclairer avec plus de sûreté sur le climat d’une contrée que le thermomètre lui-même, et démontrer les rapports qu’ont ces oscillations avec la température des lieux <.
Il n’est donc pas étonnant que le baromètre, qui n’indique que secondairement l’état hygrométrique de l’air comme lié à sa température, qui ne se borne pas à mesurer la pesanteur de la couche d’air dans laquelle il est plongé, mais celle de toute la masse de l’atmosphère, soit souvent haut lors de vents humides et chauds, bas lors de vents froids et secs. Ces prétendues contradictions s’expliquent par la différence qui existe entre l’état des couches supérieures de l’air et celui des couches inférieuresT L’état électrique des nuages peut avoir aussi son influence sur le baromètre, si l’on en juge par l’accélération d'évaporation qu’il provoque dans certains cas, accélération qui doit s’unir à une moindre pression barométrique. La dilliculté de combiner ces différents effets nous fait un devoir de procé-
(1) Journal de physique, 1709, 1. 1, p. 91.
MBTéOSOLOGIS AGBICOLB.
der par une autre méthode et d’attendre, pour établir des lois, que l’observation ail dégagé du calcul toutes les perturbations qui viennent si souvent en troubler les résultats. Les considérations que nous allons présenter dans les paragraphes suivants ne sont qu’une simple indication qui peut faire prévoir dans quel sens les lois seront établies, sans pouvoir encore donner le chiffre exact des effets qu’elles doivent régler.
S — InQuence de l’élévation du baromètre sur les vents.
L’élévation du baromètre a été étudiée par rapport aux vents et par rapport à la pluie. Ramond, ayant déterminé l’altitude relative de Clermont et de Paris , d’après une année d’observations, a trouvé que, sous l’empire des différents vents, les calculs donnaient les différences de niveau suivantes entreles deux villes :
mèlr.
Vent du Nord 362,2
— Est 351,0
— Sud 313,8
— Ouest 330,9
L’auteur comprenait :
Sous le nom de vents boréaux ou N. les vents- NNO. N. NNE. NE.
Sous celui de vents orientaux ou E. ceux. . . . ENE. E. ESE. SE.
Sous celui de vents méridionaux ou S. ceux. . SSE. S. SSO. SO.
Sous celui de vents occidentaux ou O. ceux. . OSO. N. ONO. NO.
Ces chiffres indiquent que, pendant le vent du nord qui est le plus froid, le baromètre placé le plus bas se trouve dans des couches plus condensées, qu’il a monté proportionellement plus que le liaromètre le plus haut, qu’il y a donc excès dans le rapport des deux instruments, ce qui donne la différence de niveau trop forte.
Quand, au contraire, le vent le plus chaud souffle à terre, le baromètre supérieur descend ipQÎ.Msquc le baromètre inférieur;
nklERMINATIOM DES PHÉNOMÈNES PROCHAINS, ETC. 379
alors la différence barométrique, et par conséquent la différence d'altitude, est moindre. Si les deux instruments so trouvaient placés dans une couche d’air d’égale densité, l’altitude ne serait pas altérée.
Ces expériences prouvent que les vents n’occupent pas toute la hauteur de l’atmosphère, ce que nous avons déjà montré par l’expérience directe ; elles prouvent de plus que l’etat du baromètre exprimant la somme des pressions de toutes les couches, il peut rester bas sous l’empire des vents froids, à la surface de la terre, s’ils sont surmontés par de plus nombreuses couches de vent chaud, et vice versâ, et qu’ainsi le baromètre est le véritable indicateur de l’état général de l’atmosphère dont nous ne pouvons observer directement par nos girouettes que les couches les plus inférieures.
Maintenant, que nous apprendra l’observation du baromètre dans une seule station, comparée à celle des vents? Nous savons qu’elle ne représente nullement l’élévation que prendrait la colonne mercurielle si le vent observé près de terre régnait à la fois dans toute l’étendue de l’atmosphère , mais seulement la somme des poids de toutes les couches superposées de vents plus ou moins différents, plus ou moins dominants, qui occupent ces différentes couches. En examinant séparément chaque observation, il ne faudrait donc pas s’étonner beaucoup si à chacune d’elles ne correspondait pas une pression égale pour chaque vent ; mais leur combinaison montre cependant que, suivant que tel ou tel vent occupe la partie supérieure ou inférieure de l’air, il y a telle disposition des autres courants d'air qui est plus habituelle et qui ramène des pressions analogues. Ainsi, en définitive, le baromètre est le plus élevé quand les vents de terre sont dans la direction nord-est; il l’est le moins quand ils soufflent du sud-ouest. Les rapports des pressions entre elles varient cependant selon les lieux, ainsi que pou» le montrera le tableau ci-après. Il nous sera donc permis
380 H^T^OROLOGIE AGRICOLE.
DETERMINATION DES PHIÏNOMKNKS PROCHAINS, ETC. .181 (le penser que quand le baromètre monte, il présage des vents du nord à l’est, et des vents du sud à l'ouest quand il descend.. Ce résultat sera vrai pour nos latitudes moyennes au moins et dans le climat de l’Europe. Ainsi, le temps étant beau et clair et le baromètre haut, quoique le vent reste encore au nord, si le baromètre vient à baisser, on peut prévoir que le haut de l’atmosphère est envahi par des vents chauds et humides, et qu’il ne tardera pas à y avoir un changement de temps.
Si l’on pouvait avoir une entière confiance dans ces chiffres, si l’on était certain que tous ont été corrigés de la température et qu’ils fussent le résultat des mêmes années d’observations , on pourrait en tirer une conclusion climatologique importante : c’est que la différence beaucoup plus grande des minima à la moyenne, dans certains lieux, indiquerait que le courant des vents du sud et du sud-ouest se divise particulièrement selon la ligne qui passe par Middelbourg, Minden et Berlin, c’est-àdire qu’il traverse l’Allemagne du sud-ouest au nord-est, et qu’en dehors de ce lit des courants aériens, les couches de vents d’ouest sont moins épaisses.
Malheureusement les chiffres du tableau précédent ne nous offrent que des moyennes qui se composent d’un amalgame de termes variant tout autour de ces moyennes, et s’en écartant souvent en plus ou en moins d’une très grande quantité. Ces notions sont trop générales pour convenir à la pratique ; il lui importe de connaître positivement le degré de probabilité que telle hauteur barométrique sera accompagnée ou suivie de tel ou tel vent. C’est le résultat que nous allons tirer des recherches faites par Cotte , à Montmorency près Paris. Un pareil travail , entrepris pour des stations nombreuses et différentes , donnerait pour chacune d’elles un tableau sur lequel pourraient s’établir des pronostics importants, qui s’approcheraient beaucoup de la certitude.
HKT^OROLOGIB AORtCOLR,
DÉTERMINATION DES PHÉNOMÈNES PROCHAINS, ETC. 383 Ce tableau, qui est pourtant le résultat de dix années d’observations, nous montre des écarts qui prouvent la nécessité d’une série plus longue encore. Cependant, en le réduisant surtout aux deux dernières colonnes qui contiennent seulement les probabilités pour les vents septentrionaux ou méridionaux, on voit une progression nettement tranchée qui indique la prédominance des vents du sud avec le baromètre bas, et celle des vents du nord avec le baromètre élevé. Les probabilités pour chaque direction de la rose des vents sont beaucoup moins déterminées ; c’est donc à annoncer des vents du nord ou du midi que devra se borner, pour le moment, l’utilité que l’on pourra retirer de cette table. Le baromètre étant plus élevé, de 4 millimètres environ, à Paris qu’à Montmorency, il faudrait faire cette addition aux nombres portés dans la première colonne, pour que le tableau représentât les probabilités de Paris.
S II. — Influence de l’élévation du baromètre sur la chute de la pluie.
Nous sommes beaucoup plus riches en observations calculées pour estimer les rapports de l’élévation du baromètre sur la pluie, que nous no l’étions pour les vents; nous nous bornerons cependant à un petit nombre de faits.
Les observations de Montmorency, calculées par Cotte, ont donné les probabilités suivantes :
Bailleur
Probabilité
Prebabnilé
do liaromctrté
dt plut*.
df naigt.
728 à 738 millim. .
Ces mêmes observations nous donbeilt ;
MÉTÉOROLOGIE AGRICOLE
734 pluies avec le baromètre plus Imis que la moyenne annuelle ;
34C pluies avec le baromètre plus haut.
Il y a donc cent à parier contre quarante-sept, ou environ deux contre un, que la pluie tombera avec le baromètre plus bas que la moyenne, plutôt qu’avec le baromètre plus haut. A Orange, dans la région des oliviers, nous avons les résultats suivants, tirés de 27 années d’observations, de 1813 à 1842.
Pluiei avec
Pluiea avee
Cea plaica aont cuire rilea comme
le baromètre plu* bat que la oinjeuiie.
le baromèlre |ilua baul que la moyenne.
Décembre ....
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre. . . .
Octobre
Novembre. . . .
On voit que, dans cette région, il tombe d’autant plus de pluie par le baromètre haut, c’est-à-dire sous l’empire des vents froids du nord, que l’on se trouve dans une saison plus chaude ; alors, en effet, il faut que la vapeur éprouve une forte réfrigération pour se résoudre en pluie, car celle apportée par les vents du sud ne tarde pas à se raréfier en arrivant sur le continent, par l’effet du rayonnement du sol échauffé.
Si nous ajoutons maintenant que le baromètre a été 1885 fois au-dessus de la moyenne et a donné 346 pluies.
1482 fois au-dessous et a donné 734 pluies.
Nous verrons que
Sur 100 fois que le baromètre est élevé, il tombe 18 fois de la pluie. Sur 100 fois qu'il est bas i . 50 fois de la pluie.
DKTFRMINATION «ES PHÉNOMÈNES PROCHAINS, ETC. .ISf)
Ces derniers chilTres indiquent les probabilités au moyen desquelles on peut établir les pronostics.
M. Prévost, de Genève, voulant connaître l’influence de la pluie sur le baromètre dans son pays, rechercha ce qui arrivait avant chaque pluiq initiale. Il appelait ainsi celle qui tombait après plusieurs jours de beau temps. Il prit donc l’état du baromètre dans les deux jours qui précédaient ce genre de pluie et dans les deux jours qui le suivaient ; il regarda comme immobile le baromètrequi n’avait pas varié de O""', 15. Toute pluie qui avait été précédée de l’abaissement du mercure était regardée comme annoncée régulièrement ; s'\\ montait ou restait immobile, elle était une exception. Il obtint ainsi les résultats suivants :
Nombre Ré|:u)ièrenient
de ptuiee înitielcs. eoDoncéei.
Eictplione.
Six mois de 1798. ... 13 10 3
Si, au lieu de négliger seulement 0'""’, 15 de variation, il négligeait l'""',128, il trouvait;
Kn 1797.
PI II ici iniiieic».
Régullèromcnl
annoncée*.
Exceptiotii.
22 lors (le l’idevation du baromi'tre. 1 0 lors de rabaisseinonl 7
Il y avait donc 65 pluies régulières annoncées sur 100 , par l’abaissement d’au moins 0"’“‘,15, et 56 sur 100, par un abaissement d’au moins 1""",128.
Ayant repris ces recherches en 1803, il trouva que, dans celte année, 38 pluies sur 53, ou 72 sur 1 00, avaient été précédées de l’abaissement. En 1812, M. d’Hombres Firmes trouva à Alais que sur 29 pluies initiales, 20 avaient été régulièrement annoncées, c’est-à-dire 69 sur 100.
D’après M. Dove, dans le plus grand nombre de cas, les H. 25
38(> MÉTÉOROLOGIE AGRICOLE
venls se suec^rleraient en passant du nord au sud par l’est, et du sud au nord par l’ouest. Il suivrait de cette théorie qu’un vent froid succède à un vent chaud à l’ouest de la rose, et un vent chaud à un vent froid à l’est. Le vent du nord, plus froid et plus pesant, chasse plus vite le vent du sud, plus chaud et plus léger, que le vent du sud ne chasse le vent du nord. Ainsi, selon lui, le baromètre monte plus vite qu’il ne descend, mais il est plus souvent bas que haut; quand le vent est à l’ouest, on peut s’attendre bien plus promptement à un changement arrivant pur le vent du nord, qu’à un changement arrivant par le vent du sud, quand le vent se trouve à l’est. Le vent étant à l’ouest, le vent froid du nord arrive par le bas et se substitue de bas en haut à celui-ci ; quand il est à l’est, c’est le vent chaud du sud qui arrive par le haut, et se substitue au vent froid de haut en bas.
Si l’on part de ces principes, on conçoit que, selon le vent habituellement régnant dans chaque pajs, il doit se passer des phénomènes dilïércnts. Si le principal réservoir de vapeurs est à l’ouest ou au sud-ouest, la plus grande probabilité de pluies arrivera par l'introduction subite des vents du nord , avec une élévation notable du baromètre accompagnant la chute de la pluie, et il y aura un plus grand nombre de pluies au-dessus de la mo}enne barométrique que dans les pays placés dans d’autres circonstances. Nous avons vu qu’à Paris il en tombe 68 sur 1 00 avec le baromètre bas, et, les vents du sud-ouest étant les^ plus nombreux , les pluies y sont aussi très fréquentes.
Que si, au contraire, le principal réservoir de vapeurs est à l’est, comme à Orange (golfe de Gènes), avec réfrigérant interposé (les Alpes maritimes], la plus grande probabilité de pluie aura lieu pour les vents de l’est au sud, lors de l’introduction des vents froids. Mais cette introduction étant graduelle et lente, à cause de la dilliculté de la substitution du vent du sud
DKTEUMINATION OE<5 WIÉNOMKX’ES PnOCUAINS, ETC. 387 à celui de l’est, il y aura un plus grand nombre de pluies qui seront accompagnées du baromètre bas, environ 77 pour 100. Nous avons trouvé 68 à Paris. Cette comparaison tendrait à confirmer cette théorie, mais nous désirerions que M. Dove voulût bien étudier la rotation des vents sur des tableaux détaillés faits dans les contrées méditerranéennes, pour donner à son système une confirmation qui lui manque encore. Les observations de Marseille, qui présentent la direction des vents à huit époques de la journée, offriraient, par exemple, une occasion favorable pour cette rechercha.
5 III. — Pronostics tirés des marées diurnes du baromètre.
Chaque jour le baromètre éprouve deux élévations et deux abaissements. La marée du soir et de la nuit est généralement peu observée, c’est celle dont le maximum d’élévation est à 9 heures du matin, et le minimum à 3 heures du soir, dont il sera ici question. Cette marée représente le refroidissement nocturne de l’atmosphère qui rend l’air plus pesant vers le matin, et son réchauffement diurne qui diminue son poids dans i’après midi. Quand le ciel est couvert, le refroidissement nocturne n’ayant pas lieu, la marée est peu appréciable ; il en est de même quand un vent froid ou chaud envahit toute l’atmosphère et l’amène à une température uniforme. Pendant la pluie, l’uniformité de température règne aussi dans la colonne aérienne; il arrive même alors quelquefois que la nuit est plus chaude que le jour, si la pluie discontinue pendant la nuit et qu’un vent chaud continue à souffler. Ces principes, découlant de la théorie, sont vérifiés par l’observation.
Les pluies initiales sont préparées de plusieurs manières :
1° Par des jours clairs avec saturation progressive de l’air, chute abondante de rosée pendant la nuit, qui se résout de nouveau on vapeurs pendant le jour , et enfin, formation de
388 MëTÊOROLOGIF. AGRtCOLF.
nuages quand l’air humide est condensé par un vent froid. Ces pluies sont annoncées par des marées qui surpassent de l)eaucoup la marée moyenne. Par exemple, à Orange, où la marée moyenne est de 0"’”’,79, on en voit, dans le cas dont nous venons de parler, qui peuvent aller à 3""", 4. Ces fortes marées, qui dépassent sensiblement la moyenne, accompagnées de rosée, sont des annonces presque infaillibles d’une pluie prochaine.
2° Si la pluie est préparée par l’arrivée de nuages tout formés poussés par les vents, la pluie est annoncée par des marées faibles et quelquefois par leur renversement; l’élévation barométrique de 3 heures surpasse alors celle de 9 heures. Le pronostic de la pluie n’est certain que s’il y a en même temps baisse du baromètre.
3° Quand il règne des vents froids et que l’atmosphère est progressivement envahie du haut en bas par des vents chauds et humides, il arrive un moment où les progrès de cet envahissement sont annoncés par une baisse du baromètre. Si ce moment tombe sur la marée de 3 heures, la dilTérence de la marée basse à la marée haute du matin est augmentée; si, au contraire, l’abaissement tombe sur la marée montante de 9 heures, la différence est effacée. Ainsi, pendant le règne des vents froids, c’est le mouvement du baromètre en 24 heures, entre deux marées hautes et deux marées basses, qu’il faut consulter plutôt que la différence entre le maximum et le minimum diurne. Cependant l’absence de dilTérence ou sa grande amplitude sont des pronostics presque assurés de pluie.
Pendant la durée de la pluie, la marée est très faible et souvent inverse; le rétablissement de l’ordre des marées ou leur accroissement annonce la fin de la pluie. Si alors le temps devient clair et calme, le jour qui succède à la pluie ou le jour suivant ont une forte marée.
Cette étude, faite seulement sur les observations d’Orange,
IMÎTKK.MI.NATIÛN' lUiS lMIKNO.MKNi.S l'KOCHAINS, ETC. 389
mérite d'élrc vérifiée en d’autres lieux avant qu’on puisse en tirer des lois générales. Mais nous pensons que l’on trouvera plus tard, dans les marées diurnes, des pronostics meilleurs et moins sujets à erreur que les mouvements de hausse et de baisse entre deux marées hautes ou deux marées basses qui se succèdent à 24 heures de distance.
Walker a voulu déduire des pronostics de l’état variable du ménisque convexe qui se montre à la surface supérieure de la colonne de mercure. Il assurait que ce ménisque devient concave à l’approche de la pluie, surtout si le baromètre était à sa hauteur moyenne ou au-dessus ; que le baromètre stationaire avec le ménisque convexe était un indice de beau temps, surtout si le baromètre était alors à sa hauteur moyenne ou audessus de cette moyenne; mais que, quelle que fût la hauteur du baromètre, la surface supérieure de la colonne devenait concave pendant une pluie établie, et convexe pendant le beau temps
On sent que l’humidité de l’air extérieur ne peut avoir aucun effet sur le ménisque supérieur du baromètre. Ce ménisque devient plus convexe quand le baromètre monte, il tend à s’aplatir quand il descend ; ces effets sont surtout remarquables quand les tubes sont étroits , mais c’est une mauvaise expression de dire que la surface du mercure devienne jamais concave. Les mouvements de la flèche du ménisque étant tout-à-fait en accord avec les mouvements de hausse et de baisse, ils n’annoncent pas autre chose que ceux-ci ; dire que la pluie aura lieu quand la flèche se raccourcira, c’est dire que la baisse du baromètre annonce la pluie; eteette observation estbien plus difficile et bien plus incertaine que celle de la colonne mercurielle ellemême; nous no pensons donc pas qu’on puisse tirer quelque avantage de cette substitution. D’ailleurs la présence du ménisque est due à la capillarité, qui n’a aucune espèce de rapport avec les changements de temps.
(1) Philosophicai Maijazine, août 1822.
MÉTÉOBOLOUIË AGRICOLE.
Section V. — Prono$tia iirét du thermomètre.
M. Changeux* croyait que le thermomètre devait être plus prompt que le baromètre à indiquer les changements de temps, parce que la chaleur et le froid agissent immédiatement sur lui, tandis qu'il fallait qu'ils eussent agi sur l'atmosphère entière avant de se faire sentir sur le baromètre. Ce raisonnement supposait que les changements s'opèrent et se préparent dans la couche d'air où se trouve plongé le thermomètre ; niais il n'en est rien, et tandis que la température persiste à rester la même à la surface de la terre, et que l'exposition, les abris, les réverbérations solaires peuvent jeter tant d’ambiguité sur le langage du thermomètre, le baromètre annonce déjà par ses mouvements les prodromes des météores qui vont bientôt se manisfester. Malgré tant de causes qui peuvent rendre son langage équivoque, le thermomètre peut cependant donner des indications très précises, surtout lorsqu’elles vienpcnt fortifier celles tirées du baromètre :
1® Quand il présente des variations considérables qui ont nécessairement une cause un peu générale ; ainsi, quand en hiver le thermomètre descend en peu de temps de 4 ou 5 degrés audessous du degré qu’il indiquait le jour précédent à la même heure, on peut présumer que le vent tourne de la portion de la rose des vents du sud-est au nord-ouest , pour aller se fixer à celle qui s’étend du nord à l’est ; au contraire, si le thermomètre remonte de plusieurs degrés, c’est que les vents vont passer de la bande du nord et de l’est à celle du sud et de l’ouest.
2° Mais le thermomètre présente des indications plus précises si l’on s’attache à consulter se&minima, parce que, durant la nuit, n’étant plus influencé par les causes locales, il participe
(!) Journalde phij.ûque, t774, t, IV, p. «7.