‹ Cours d'agriculture (volume 2)Chapitre 79 sur 105 · CHAPITRE r · texte numérisé non relu

CHAPITRE r

Délemlnallon dea pbênomènea proebaina par lea fblta actuela.

Il était impossible que l’homme intéressé par le besoin de l’industrie, par les nécessités de son existence, à connaître les changements de temps, ne s’aperçût pas qu’ils étaient précédés de certains signes qui devenaient pour lui autant de pronostics. Les bergers, dans leurs stations solitaires, ayant sous les yeux la voûte du firmament, peu distraits de cette contemplation, et ressentant plus que d’autres les fâcheux effets des orages et des tempêtes, durent être les premiers météorologistes pratiques, comme ils devaient être aussi les premiers astronomes. Les marins, pendant les longues nuits de leur navigation, découvrant l’horizon tout entier, apprirent à distinguer toutes les apparences de l’atmosphère et la succession des phénomènes auxquels ils étaient si intéressés; enfin, les agriculteurs durent remarquer autour d’eux, chez les animaux domestiques qui remplissent leurs basses-cours, les signes précurseurs des météores.

La météorognosic conjecturale fut en honneur chez les an-

DCTERMINATIOS DES PHÉNOMÈNES PROCHAINS, ETC. 367 ciens. Le I'' livre des Géorgiques et VHi$ioire naturelle de Pline nous transmettent leur science, que d’ailleurs nous n’avons guère dépassée. Les livres d’agriculture moderne répètent toutes ces traditions, eny mêlant les erreurs de l’astrologie. Tous ces pronostics ont été recueillis dans un petit ouvrage anglais, intitulé : Règles du berger de Banbury, publié par M. Caridge, en 1744, et dans la météorologie pratique de M. Sénebier (4® édit., Genève, 1810). Nous allons les rappeler ici en en faisant un choix et un résumé.

Section If«. — Pronostics météorologiques fournis par les animaux.

On a souvent parlé de la délicatesse des nerfs pour découvrir l’action des fluides impondérables auxquels nos sens extérieurs sont insensibles. Quel est l’homme affecté de rhumatismes, d’engelures, de cors au pied, quel est l’amputé, qui ne se donne pour être un baromètre vivant et ne prédise avec assez de sûreté le passage du froid au chaud, du sec à l’humide, avant quë le changement ait lieu. Les corps animés reçoivent donc des impressions particulières des prodrômes de ces changements; les animaux paraissent doués, à cet égard, d’un instinct que les observateurs ont mis à profit, et l’homme lui-mème, dans l’état sain, éprouve des sensations qui lui permettent d’annoncer d’une manière presque certaine les faits météorologiques qui vont survenir.

Ainsi, nous entendons mieux les sons lointains à l’approche de la pluie ; nous apercevons alors plus distinctement les objets éloignés ; les mauvaises odeurs se font sentir d’une manière plus incommode.

Les hirondelles rasent alors la terre dans leur vol ; est-ce pour se nourrir des vers qui alors sortent de terre? I.«s lézards se cachent, les chats se fardent, les oiseaux lustrent leurs plu-

MÉTKOKOr.OGIi; AGRICOLE.

nu>s, les mouches piquent plus fortement, 1rs poules se grattent, se couvrent de poussière, les poissons sautent hors de l'eau, les oiseaux aquatiques battent des ailes et se baignent. Tels sont les résultats d’une espèce d’intuition populaire ; ils n’ont pas été soumis à une critique sévère, mais ils se vérifient assez souvent pour qu’ils ne puissent paraître douteux. Des savants ont annoncé d’autres faits qui, par leur nature, pouvaient être soumis à l’expérience et que nous devons aussi rapporter.

On annonça, en 1744, dans les papiers publics, qu’un curé des environs de Tours avait découvert dans les sangsues un baromètre animal au moyen duquel on pouvait prévoir chaque jour le temps qu’il devait faire le lendemain. Il renfermait une sangsue dans un bocal ; elle restait au fond si le temps devait être beau et serein ; s’il devait pleuvoir, elle montait à la surface et y restait jusqu’à ce que le temps devint l>eau ; elle annonçait le grand vent en parcourant le bocal avec beaucoup de vitesse, et ne cessait de se mouvoir que quand le vent commençait à soufiler; lorsqu’elle passait plusieurs jours hors de l’eau, éprouvant des agitations extraordinaires, il ne tardait pas à arriver une tempête avec tonnerre ; elle restait constamment contractée au fond de l'eau pendant la gelée, mais elle se fixait à l’entrée du bocal en temps de neige ou de pluie. Yalinont de Bomarc ayant fait les mêmes expériences pendant quinze jours, à Chantilly, ne remarqua pas les mêmes prénomènes*. Bosc fit plus, il mit quatre sangsues dans le même bocal, et il trouva que chacune d’elles présentait une indication dilTéreutc

Dicquemare cherchait ses pronostics dans les aelinées. Il observa ces animaux pendant trois mois consécutifs, comparant leur état aux différentes modifications de l’atmosphère. Il en mettait cinq dans un vase de verre, ayant soin de renouveler

(1) Journal de physique, t. IV, p .369.

(2) Dictionnaire d’histoire naturelle de Déterville, art. Üangsue.

DKTERMINATIOX BES PHENOMENES PRoriTAIXS, RTC. .■$(>9 l’eau tous les jours ; elles s'altacbaicnt à l’angle que forme la paroi avec le fond. Il croyait avoir observé que les actinécs, fermées par le mauvais temps et les grands vents, s'ouvraient de plus en plus à mesure que le vent se calmait et que la mer était peu agitée ; quand elles avaient le corps allongé et les membres étendus, c’était le présage d’un beau fixe. Cependant, quand le vent venait de l’est ou du nord-est, les actinées étaient souvent fermées quoique le temps fût beau. L’auteur remarquait que ces animaux, qui ne peuvent vivre que dans l’eau de la mer, ne devaient pas recevoir de nourriture pendant qu’on les observait*. Ces observations n’ont pas été répétées.

M. Quatremére Disjenval ayant remarqué que les araignées étaient fort sensibles à l’électricité, observa les mouvements de l’araignée pendice (Epeïres diadema, Latreille) dans ses rapports avec l’état de l’atmosphère. On sait que cette araignée fait des toiles verticales sur le sol des champs et des jardins. Cet auteur crut observer : 1° que leur absence ou leur disparition annonce un temps froid et humide; 2” que leur petit nombre, filant des toiles composées d’un petit nombre de cercles'concentriqueset suspendus par des fils d’attache très courts, annonçait un temps variable ; 3" que le temps était sec et beau, si les épcïres étaient nombreuses et filaient des toiles composées d’un grand nombre de cercles concentriques; 4° il croyait avoir observé que la disparition, la demi-apparition, la pleine apparition de ces araignées n’avait jamais lieu à la nouvelle lune, mais au premier quartier*. L’institut ayant chargé MM. Desfontaines et Cotte de vérifier ces observations, ils trouvèrent que ces coïncidences du mouvement des araignées et du l’état de l’atmosphère ne se confirmaient pas^.

(1) Journal de Physiqtte, 1776, 1. 1, p. 515 et suiv.

(2) Mercure universel, 2 août 1796.

(3) Voyez Mémoires manuscrits de Cotte, t, IV, p. 9, dans la Bibl, de la Société centrale d’ agriculture.

MÉTÉOROLOGIE AGRICOLE

Si nous avons parlé do ces tentatives infructueuses, c’est que nous pensons qu’il n’est pas impossible d’obtenir des pronostics de l’observation des animaux ; qu’avec l’esprit de suite et d’observation on pourrait être plus heureux, et que nous croyons avoir souvent remarqué, à la campagne, certains rapports qui ne peuvent être fortuits entre la nature animée et les météores. Nous avons donc cru devoir appeler l’attention de nos lecteurs sur ce genre d’observations.

Section II. — Pronostics tirés des végétaux.

Les anciens, dont les calendriers défectueux ne s’accordaient plus au bout de quelques années avec la marche des saisons, et qui étaient privés du secours du thermomètre, avaient choisi les plantes pour leur indiquer les époques naturelles. La chute des feuilles annonçait celle où l'on devait commencer à semer lehié; la chute des glands, le semis de l’orge; le développement des feuilles du mûrier, la sortie des plantes de l’orangerie, etc. Dans ce volume, nous avons mis en rapport quelques-unes de ces époques naturelles avec la marche de la température*. Ne se bornant pas à chercher dans le développement de la végétation l’indice du progrès des saisons, les anciens ont cherché aussi à y trouver des pronostics des changements de temps.

Presque tous les signes qui ont été indiqués sont produits par l’hygroscopicité des tissus végétaux, et annoncent plutôt l’humidité de l’air que l’approche de la pluie, car ils manquent quand un orage survient par un temps sec. Ainsi, l’on range le gonflement des boiseries qui rend dilTicile la clôture des portes faites de bois tendre, le raccourcissement et la tension des cordes composées de fibres végétales, parmi les signes de cette humidité ; on a même composé avec ces fibres des hygromè-

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DÉTERlWmATION 1)ES PHKXOMKNKS PROCHAINS, ETC. â“l

très grossiers. On a remarqué aussi que la fleur de l’Atiùcu* trionum se ferme, que celle de la pimprenelle s’ourre, que les tiges de trèfle et des autres légumineuses se redressent, quand l’air se charge d’humidité. Linnée a observé que le souci d’A- . friquc (calendula humilis) ouvrait ses fleurs le matin entre 6 et 7 heures et les refermait à 4 heures du soir par un temps sec, mais que s’il devait tomber de la pluie il ne s’ouvrait pas le matin ; que lorsque le laitron de Sibérie {sonchus Sibericus) ferme sa fleur pendant la nuit, on a du beau temps le lendemain ; que si au contraire elle reste ouverte, on doit s'attendre à la pluiç. M. Bierkemder annonçait* que la carline {carlina vulgaris) desséchée se contractait par un temps humide, s’ouvrait par un temps clair et sec ; mais Cotte assure qu’ayant fait cet essai, il n’a pas remarqué ces variations hygrométriques.

Section III. — Pronoitics tirés de l'état du ciel.

La pâleur du soleil annonce la pluie ; on ne le voit alors qu’à travers un air chargé de vapeurs ; s’il fait éprouver une chaleur étouffante, c’est aussi un signe de pluie ; on se trouve alors entouré d’une atmosphère saturée de vapeurs et plus propre à s’échauffer à cause de son défaut de transparence. Si les vapeurs sont groupées en nuages, le soleil qui passe à travers ces nuages élève la température plus qu’il ne l’aurait fait par un temps parfaitement clair. Si le soleil est clair et brillant, il présage une belle journée; mais quand le ciel est rouge au levant avant son apparition, et quand cette rougeur disparaît au moment où il se montre, c’est encore un signe de pluie. On présume alors que l’air froid et chargé de vapeurs réfracte les rayons du soleil, pouvoir qu’il perd en s’échauffant par la raréfaction de ces mêmes vapeurs. Le soleil couchant, clair et sans nuage, et

(1) Feuille du cullivaleur, 1793, n. 59,

MKTéOROLOGIR AGRICOLE.

dans un ciel orangé, est un signe Je beau temps ; si le riel est rouge, c’est un signe de \ent.

Quand le soleil, à l’horizon, parait plus grand qu’à l’ordi* ^ naire, c’est un signe de pluie ; il en est de même de la lune. On juge aussi que la couleur pâle de celle-ci, que les cercles concentriques plus ou moins obscurs dont elle est entourée, que ses cornes mal terminées, que l’auréole lumineuse qui s’étend autour d’elle et qui fait dire que la lune baigne, sont autant de signes de pluie. Les étoiles présentent aussi des signes pareils : leur lumière perd de sa vivacité, et elles baignent aux approches de la pluie.

Le ciel est d’autant plus noir qu’il y a moins de vapeurs interposée entre lui et l’œil du spectateur. Sur les montagnes, il prend une couleur de bleu indigo foncé. Si l’air se charge de vapeurs, il perd de sa diaphanéité, et la teinte du ciel devient blanche, farineuse, comme on dit. Ce signe n’est pas équivoque. L’air cesse aussi d’être transparent par l’effet des vents qui agitent et transportent une telle quantité de poussière, que l’air en parait quelquefois rougeâtre à cause des reflets de la lumière sur ces corpuscules solides.

La transparence de l’air n’est pourtant pas toujours altérée aux approches de la pluie ; nous avons même déjà fait oliserver qu'un des signes qui l’annonçaient le plus sûrement c’était une translucidité inaccoutumée qui faisait que les objets éloignés semblaient se rapprocher de nous dans ce moment. Ainsi, dans on cas, le défaut de transparence de l’air, et dans l’autre, l’excès de transparence, seraient tous les deux des signes 4)récurseurs de la pluie. Les faits s’accordent avec ces deux énoncés. Examinons-en les circonstances.

1° Si la masse de l’air tout entière est très humide et a une température assez élevée pour que la vapeur se trouve parfaitement dissoute ; si l’on suppose en même temps que la chaleur soit répartie entre scs couches de manière à ce qu’elles restent

DÉTERMINATION DES PHÉNOMÈNES PROCHAINS, ETC. 373 en équilibre, il n’y a plus de courant ascendant qui, en se refroidissant, diminue la transparence de l’air, et cependant toutes les circonstances qui peuvent changer la température, l’abaissement de la chaleur à mesure que le soleil décline , le rayonnement nocturne, l’arrivée d’un vent froid qui ne manque guère de se produire du réfrigérant voisin à l’air ainsi échauffé, amènent la chute de la pluie. Cet état d’équilibre des couches, joint à leur presque saturation de vapeur, se remarque surtout en été, et c’est alors que les objets éloignés paraissent être rapprochés.

2” Il arrive aussi que les nuages supérieurs forment au-dessus de nos tètes une espèce de dôme comme celui des panoramas, et qu’alors, nous trouvant dans une obscurité relative, les objets' éclairés semblent être plus voisins. Nous nous rappelons avec plaisir le magnifique spectacle que nous présenta une semblable disposition sur le sommet du mont Yentoux. Tout l’horizon était clair, mais la montagne était surmontée d’une calotte de nuages noirs qui nous mettait dans l’obscurité. Alors nous pûmes contempler ce que nous n'avons plus revu dans d’autres ascensions, les Pyrénées orientales et les côtes de la Méditerranée jusqu’au point où elles tournent au sud pour regagner la Catalogne. Un moment après, le nuage s’étendit et une grande pluie tomba sur toute cette contrée, dont l’atmospbère était sans doute dans l’état d’équilibre que nous avons décrit plus haut.

Les vents sont aussi des indicesdu temps qu’il doit faire, nonseulement d’après les qualités propres que nous avons déjà décrites, mais aussi par l’étude des vents supérieurs dont on connaît I a présence et I a d irection par lamarche des nuages . Si le vent inférieur se renforce beaucoup, et que les nuages marchent en sens contraire, ou dans des directions faisant un angle assez ouvert, on juge que le vent inférieur va céder la place au vent supérieur.

HÉTÉOBOLOGIB AGRICOLE.

Deux vents de qualités opposées qui se succèdent amènent souvent la pluie. Ainsi , un vent froid , arrivant dans une atmosphère imprégnée d’humidité par le vent chaud qui le précédait, déterminera une précipitation aqueuse ; c'est ce que fait aussi le vent humide et chaud arrivant dans un air refroidi par le vent qui l’avait précédé.

Les vents froids qui ne soufflent que le matin et s’arrêtent vers le milieu du jour annoncent le règne prochain des vents humides et chauds.

On a remarqué que les vents qui se. lèvent la nuit durent plus longtemps que ceux qui se lèvent le jour. Quand le vent souffle en suivant le soleil, et se dirigeant vers cet astre, le beau temps est assuré, mais quand il souffle dans un sens opposé, et partant du soleil pour se diriger vers le lieu de l’observation , le changement de temps ne tarde pas à se faire sentir.

On augure que la chute de la neige sera suivie d’une nouvelle neige, quand, en présentant un flaml>eau à une boule de neige, la boule se perce sans laisser tomber d’eau et sans éteindre la lumière. Bianchi observe que cette expérience indique seulement que la neige provient d’une couche d’air très froid, et que cet effet dépend de la loi qui veut que, pour réduire de la glace en eau, on mélange par parties égales de l’eau à -favec de la glace à zéro. Si la neige est très froide, l’eau se congèle de nouveau au moment de se fondre L

LesciVrt accompagnent souvent un heau temps très durable, mais si la pommelure du ciel augmente et qu’il se forme un stratus, la pluie devient probable ; elle est presque certaine s’il vient s’y joindre des cumulv. En général , on peut d’autant mieux prévoir une pluie prochaine que le ciel présente plusieurs étages superposés de nuages. Les vents entraînant des masses de nuages (cumuli) détachés les uns des autres, ne versent que de petites pluies.

(1) Memorie délia Soc, Italiana, t. XX, q. 625,

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