‹ Cours d'agriculture (volume 2)Chapitre 83 sur 105 · PRÉVISIONS UC CARACTÈRE UES SAISONS, ETC · texte numérisé non relu

PRÉVISIONS UC CARACTÈRE UES SAISONS, ETC

tème de pronostics que nous exposerons plus loin, semble le croire plus aisé que de faire des prédictions prochaines ; la raison qu’il en donne nous semble être que les variations journalières tiennent à des causes locales didiciles à connaître et à apprécier à temps, tandis que l’on peut savoir en masse l’état de toute une contrée, pour en inférer ce qui doit se passer dans l'atmosphère, en faisant abstraction des détails*. C'est au moins ainsi que nous avons compris son explication. Nous allons voir à quoi ont abouti, jusqu’à présent, les tentatives de ce genre.

Kirwan nous dit d’abord qu'en comparant un grand nombre d’observations faites en Angleterre, de 1677 à 1789, il a trouvé : l°Que lorsqu’il n’y a pas de tempête vers l’équinoxe de printemps, l’été suivant est généralement sec, une fois sur six.

2° Que lorsqu’une tempête arrive par un vent de la bande de l’est, vers le 19, 20 ou 21 mars, l’été suivant est généralement SCC, quatre fois sur cinq.

3° Que lorsqu’une tempête a lieu les 25, 26, 27 mars, et non auparavant, de quelque point do l’horizon quelle vienne, l’été suivant est sec, quatre fois sur cinq.

4° Que s’il y a une tempête du sud-ouest ou de l’ouest-sudouest, les 19, 20, 21 ou 22, l’été suivant est humide, cinq fois sur six.

.5° Que lorsqu’il pleut avec abondance en mai, il pleut ordinairement très peu en septembre, et vice vertâ^.

Ces relations sont à vérifier pour les dilTérents pays, mais quant à Orange, nous n’avons pu en trouver aucune d’exacte pour les tempêtes de l’équinoxe du printemps et les pluies » de l’été.

Giovene’ part de ce principe, qu’il y a à peu près un égal

(1) Mémoires, S H.

(2) Transactions d’Irlande, t. I.

(3) Mem. deUa Societate italiana, t. X.

394 MÉTKOROHOGIE AGRICOLE,

nombre d'événements en dessus ou en dessous des moyennes obtenues par un grand nombre d’observations, et qu’ainsi, s’il y .en a eu en plus, il y a à parier qu’il en arrivera en moins, et vice versâ; que plus l’écart aura été grand d’un côté, plus il le sera de l’autre; ainsi, la pluie ayant été, pendant 2, 3, 4 ans, plus forte que la moyenne au mois de septembre, il y a 4, 3,2 degrés de probabilités que l’année suivante elle sera moindre ; mais il ajoute que, pour pronostiquer avec sûreté, il faut considérer un ensemble de phénomènes, et que si la probabilité est, par exemple, pour un été chaud avec vents austraux et pluie, ces choses qui s’accordent, renforcent la probabilité : il en serait autrement si elles se contredisaient, alors la probabilité décroîtrait. Cet auteur prend, non pas la moyenne numérique de l’élévation diurne du baromètre, mais le nombre de jours qu’il a été plus haut et plus bas que la moyenne; la tendance générale du baromètre, indiquée par sa moyenne, nous semble préférable.

Voici un exemple de ce genre de pronostics. Nous voulons

connaître quel sera

le caractère du mois de juin

1843. Nous

trouvons :

Orange,

juio 1S43.

Hovenne générale sit 27 aonaei.

Diftéreoee.

Vents boréaux . . .

Vents austraux . .

Nombre de pluies . .

nilU

raill.

mill.

Quantité de pluies.

Baromètre

Ainsi l’année 1843 devrait présenter un mois de juin ayant moins de vents du nord et plus de vents du sud que la moyenne ; plus de jours de pluie, une moins grande quantité de pluie, et un baromètre plus élevé. Ces différents éléments ne coïncident pas parfaitement entre eux. Cn moindre nombre de vents du nord devrait entraîner, il est vrai, un plus grand nombre de

l'UÉVISIONS Dü CABACTÈBE DES SAISONS, ETC. 395 jours de pluie, mais une plus grande quantité de pluie et un baromètre plus bas. Voici quel a été l’événement :

Vents boréaux 41

Vents austraux 19

Nombre de pluies 11

Quantité de pluie 85,1

Baromètre inill. 754,39

Ainsi le pronostic a été en erreur pour le vent du nord qui a souillé plus que la moyenne, pour le baromètre qui a été plus bas, pour la quantité de pluie qui a été plus forte ; il s’est vérifié pour le nombre de jours de pluie qui a été plus grand.

On ne peut nier qu’il n’y ait un fond de vérité dans ce système, mais ou s’exposerait à de graves erreurs en y ajoutant trop de confiance, car les compensations entre les années extrêmes qui constituent la moyenne no s’établissent pas annuellement, mais par périodes plus ou moins longues. Ainsi, continuant à prendre le mois de juin pour exemple et ne nous occupant que de la quantité de pluie tombée, la moyenne de 27 ans d’observations est de 42“"'‘',3.

Prenons maintenant les 3 dernières années.

milU

Moyenne. . . . 16,4

Les deux dernières années.

milL

Moyenne. ... 82,3

L’addition de ces deux séries nous donne 213,9, dont le 5* est 42,8. Ainsi, après 3 années plus sèches que la moyenne, les deux dernières années ont établi la compensation. Il est donc probable que le mois do juin do 1 844- présentera un mois de juin sec. En agissant ainsi par série (raimèes, les probabi-

306 MÉTÉOROLOGIE AGRICOLE

lilés seront plus fortes iju’en n’opérant que sur deux années consécutives.

En effet, si l’on sc borne à isoler un des caractères de la saison, on n’en peut presque rien conclure de certain pour la saison suivante. Ainsi, nous avons trouvé, à Orange, que relativement au nombre de pluies , considéré par rapport à la moyenne de chaque saison.

L’hiver avait été conforme à l’automne. 15 fois sur 20 ouOl sur 100.

Le printemps conforme à l’hiver . . . .

L’été conforme au printemps

L’automne conforme à l’été

L’automne conforme au printemps . . .

L’automne conforme à l’été et au prin-

temps

Toutes les saisons conformes

Ainsi les plus grandes probabilités sont : que le caractère de l'hiver sera celui de l’automne, et que le caractère du printemps sera celui de l’hiver; 6t et 63 fois sur JOO. Mais il est probable, au contraire, que l’automne diffère de l’été 55 fois sur 100. Quand l’été et le printemps sc ressembleront, il y aura 58 à parier sur 100 que l’automne conservera le même caractère, sous le rapport du nombre moyen des pluies.

Eu 1829, M. IIubort-Burnand d’Yverdon annonça un hiver rigoureux pour 1830', et le fait vérifia le pronostic: « Ce n’était pas une prophétie, dit-il , mais un calcul très-simple. Les vents de S. et S.-O. ayant régné pendant six mois, je devais supposer que les vents du nord auraient leur tour. En second lieu, le soleil ayant été caché presque continuellement pendant les mois de Juillet à octobre, il était naturel de penser que la terre serait refroidie à sa surface plus qu’elle ne l’est ordinairement. Cette circonstance, jointe à la présence des vents du nord, devait rendre l’hiver très froid. Enfin l’automne ayant été extraordinairement pluvieux, Thiver, selon toutes

(1) Bihliotheque universelle, t. \L111, p. 16i,

PBKVISIONS DU CARAr.TKRE DES SAISONS, ETC. .39/ los apparences, devait être sec. Lorsque toutes ces circonstances ne sont que partielles, on n’en peut rien conclure, mais leur généralité dans toute l’Europe devait produire des effets simples, parce qu’à d’immenses distances il n’y avait aucune cause perturbatrice. »

G. Hutchinson indique un moyen de déterminer à l’avance la température probable des mois d’hiver, d’après celle des mois correspondants de l’été précédent. La lenteur avec laquelle l’accroissement de température pénètre en été la surface du sol porte l’auteur à croire que la dernière partie de chaleur absorbée pendant la moitié estivale del’année doit aussi être celle qui se dégage la première pendant la moitié hivernale. Ainsi aux mois dans lesquels a lieu l’absorption de la chaleur correspondent des mois où cette chaleur rétrograde ; ces mois correspondants sont les suivants :

Août correspond à . . . . Octobre.

Juillet, à • . . Novembre.

Juin, à Décembre.

Mai, à Janvier.

Avril, à Février.

L’auteur a , dit-il , vérifié cette propriété sur le climat d’Êcosse*. Si elle ne s’appliquait qu’à la chaleur de l’intérieur de la terre on pourrait la comprendre, mais l’atmosphère étant sujette à de si grandes perturbations par l’action des vents, on ne peut guère penser qu’elle se vérifie régulièrement; et en effet, elle présente autant d’exceptions que de cas qui y soient conformes dans la région méditerranéenne.

M. de Buzareingues, correspondant de l’Institut, a donné un moyen de reconnaître si le nombre de jours de pluie d'octobre sera supérieur ou inférieur à la moyenne. Pour y parvenir, il ajoute le nombre des jours do pluie que l’on a eus de mars en avril , juin , juillet et septembre de la même année,

(1) L'Inslüut, 1841.

(2) Mémoires de la Société linnéenne de Paris, novembre 1825.

MÉTÉOROLOGIE AGRICOLE

il divise le total par 5 ; si le quotient est supérieur au nombre de pluies d’un mois moyen conclu d’une longue série d’observations, le nombre de pluies d’octobre sera inférieur à la moyenne; il sera égal si le quotient est égal, et supérieur si le quotient est inférieur. De manière que les jours pluvieux d’octobre, ajoutés à ceux des 5 autres mois désignés, doivent donner un total dont le sixième sera plus souvent supérieur qu’inférieur à la moyenne de toute l’année. Nous avons voulu éprouver ce procédé sur nos observations d’Orange.

Nous trouvons pour le nombre de pluies d’un mois moyen 7', 66, et pour la moyenne d’octobre 9', 7, d’après les observations faites durant 27 ans. La dernière colonne indique par le signe -f- , si la loi s’est vérifiée, et par le signe — , si elle a été en défaut.

Nombre de joun de'pluie des moii Nombre de Réealtit

- Total. Quotient pluiee observéci de

Uan. Avril. Juin. Juillet. Septemb. per 6. en octobre, l'eiamen.

PRÉVISIONS DU CARAC.TKRE DBS SAISONS, ETC. 399

La loi de M. de Buzareingues s’esl vérifiée 12 fois sur 23. Elle n'a donc pour elle aucune probabilité. Mais si nous nous étions arrêtés en 1825, elle aurait été vérifiée 7 fois sur 10; l’auteur l’avait fondée sur une série favorable et avait pu la oroire exacte. Nous avons rapporté cet exemple en détail, pour montrer combien il faut se défier, en météorologie, des principes généraux fondés sur un trop petit nombre de faits.

Kirwan admettait comme une régie que si la terre était privée pendant l’été de la quantité de chaleur qu’elle absorbe annuellement, on devait s’apercevoir du déficit pendant l’hiver suivant, puisque la chaleur qui tempère la rigueur du froid est en grande partie formée de la température terrestre. Ainsi, disait-il, l’hiver de 1709 fut précédé par un été froid en 1708. Par la même raison, à un été chaud devait succéder un hiver doux, de sorte que, d’après cette règle, la température de l’été pouvait servir de pronostic à celle de l’hiver suivant *. M. Prévost, en rappelant ce principe, remarque qu’en effet l’été chaud de 1803 a été suivi d’un hiver doux en 1804^. Cotte ayant soumis cette régie à l’épreuve de l’expérience, a trouvé qu’il y avait dans scs registres 24 étés réputés chauds qui avaient été suivis de 15 hivers froids, de 9 doux, de 17 humides et de 7 secs ; et que 20 étés froids avaient été suivis de 5 hivers froids, de 5 doux , de 7 humides et de 3 secs.

D’après nos propres observations, 12 étés chauds ont été suivis de 7 hivers chauds, de 6 hivers froids, de 7 hivers humides et de 5 secs; 11 étés froids ont été suivis do 9 hivers chauds, 5 hivers froids, 11 hivers humides et 3 secs. Ainsi nous trouvons , d’après ce petit nombre de faits :

Un été chaud annonçant sur 100 événements :

(1) Examen de la température des dirers degrés de latitude. Transactions d’Irlande.

(2) Bibliothèque britannique, sciences, t. XXV, p. 325.

4üO

MÉTÉOROLOtilR AGRIC.OLK.

A Paru.

A ûa*x«i.

Un hiver chaud . . . .

. . :i7 fois

Un hiver froid

Un hiver humide. . , .

Un hiver sec

été froid annonçant sur 100 événements:

A PASIfc

A Oivxci.

Un hiver chaud . . . .

. . 50 fois

Un hiver froid

Un hiver humide. . . .

Un hiver sec

Ainsi un été cliaucl annonce plutôt un hiver froid à Paris, et un hiver chaud à Orange; un été froid ne donne aucune probabilité décidée à Paris, mais en donne une forte pour un hiver froid à Orange. Dans l’un et l’autre pays, un été chaud annonce un hiver humide et froid, mais avec des degrés bien différents de probabilité. Ces rapprochements suffisent pour montrer le peu de confiance que l’on doit fonder sur de pareils résultats, conclus d’après d’aussi petites périodes de temps.

Lasalle pouvait se croire à l’abri d’un pareil reproche quand il croyait avoir trouvé le moyen de prévoir le retour des grands hivers, et une telle prévision serait d’une très grande utilité à l’agriculture, qui réglerait en conséquence les précautions à prendre pour les plantes délicates, et la possibilité de les introduire dans les rotations. En faisant le relevé dés hivers mémorables de 554 à 1799, il croyait avoir trouvé que les grands hivers analogues reviennent tous les centans. 11 définit un grand hiver, celui où, dans nos climats, le thermomètre centigrade est descendu au moins à — 12°, 5 et s’y est maintenu pendant 15, 20, 30 jours; et s’il est question de temps antérieurs à la découverte de cct instrument , il donne cette qualification à toute saison où l’on a vu les rivières tellement gelées que les charrettes chargées pouvaient les traverser.

En choisissant dans le tableau de Lasalle* les périodes sé-

(1) Cotte l’a complété de plusieurs hivers oubliés. Voir Mémoires de la Société d’agriculture de la Seine, t. VH.

Prévisions i*r c vr.votkre oks ;i usons, Err., Ao\

eulaires qui offrent le plus grand nornltrc (rin\ers remarquables , nous avons :

On voit qu'il manque dans chaque série un assez grand nombre de termes pour qu'il soit impossible de considérer le rapproebement de Lasalle coininc une règle. Mais ce que le mémoire de cet auteur a fait ressortir, c’est que depuis l’époque où les annales et les mémoires nous transmettent une série à peu prés complète de renseignements sur les températures extraordinaires, c’est-à-dire depuis le quatorzième siècle, nous comptons 116 hivers rigoureux dans un espace de Ô43 ans, c’est un grand hiver tous les 4 à 5 ans. De plus, noms voyons que souvent trois hivers rigoureux se succèdent sans interruption : 1432, 1433, 1434; 1522, 1523, 1524; 1732, 1733, etc. Nous y voyons aussi que les séries des hivers doux et rigoureux sont irrégulières et plus ou moins prolongées , et qu’ainsi dans nos climats on doit être toujours en mesure de les braver par les précautions que conseille une complète connaissance des végétaux. Cette observation s’adresse surtout à ceux qui, placés aux limites des régions agricoles, doivent craindre, plus que les autres, les saisons excessives. C’est à eux que nous recommandons de ne croiro à aucun pronostic qui leur annoncerait un hiver doux , mais d’agir toujours comme s’il devait être rigoureux.

Il nous reste à parler d’une tentative faite par M. Morin, ingénieur des ponts-et-chaussées, et ayant pour but de prédire II. • 2C.

4ü2 MÉTÉOHULUGIE AGRICOLE.

une année à l'a vance l’état méléorologiquede l’année suivante * . Sa méthode est basée sur ce principe à priori, duquel dépend tout l'enchaînement de ses idées et qu'il énonce de la manière suivante® : « Si le soleil, en passant au nord de l’équateur, trouvait notre continent très humide, une année, quand l’année précédente aurait été peu humide , ce continent étant dans un état analogue à la mer qui l'entoure, la chaleur et l’évaporation produites étant à peu près les mêmes sur l’un et sur l’autre, la saison qui doit en résulter sera moins humide que l’année précédente, parce que les vents venant de la mer auront moins de tendance à avoir lieu sur le continent. S’il existe quelque partie de ce continent dont le terrain soit très sec, c’est vers ce point que se portera l’humidité de l’air. » Ainsi, afflux de l’air humide vers les parties sèches du continent, tel était le principe directeur de M. Morin dans toute la première partie de ses recherches. Il établit alors une vaste correspondance pour constater l’état d’humidité ou de sécheresse relatives des difl'érenls points de la terre , au moyen d’observations udométriques, mais surtout au moyen du niveau des fleuves, et il tenta ( g 289 de son ouvrage), l’essai de prédictions météorologiques pour l’année 1830. Elles ne se réalisèrent pas toutes, mais cependant il est remarquable qu’il annonça l’hiver rigoureux de 1829-30.

Son principe cependant péchait par la base. M. Morin avait dû s’apercevoir que les vents de mer régnent presque constamment sur les parties habituellement les plus humides de l’Europe, qu’ils sont très rares sur les côtes de la Méditerranée qui en sont la partie la plus sèche et ou dominent, les deux tiers de l’année, les vents de terre secs. Aussi, plus cet auteur avance dans sa carrière, et plus il modifie et complique son principe

(t) Correspondanc<‘ pour l’avancement de la météorologie, 7 mémoire.!.

PROVISIONS PU CARACTÈRE DES SAISONS, ETC. 403 jusqu’à ce qu’enlin, dans le g 776 et suivants, il semble le renverser complètement, et l’on ne comprend plus bien dans ses derniers mémoires, si l’auteur conserve un lien systématique entre ses idées. Nous attendons de lui le développement de la nouvelle situation où la réunion de tant de faits nouveaux doit l’avoir placé, relativement à la possibilité d’en tirer parti pour pronostiquer les saisons futures.

CHAIMTRE IV.

PronoMtlcs ftonilé* «ur In poaltlon et le monveiuent «te In Inné.

Il y a des préjugés scientifiques comme il y a des préjugés populaires, mais dans aucun siècle les savants n’ont été plus disposés à renoncer aux leurs, à les soumettre de bonne foi au creuset de l’expérience et de l’observation, et le vulgaire luimême no tient plus avec la même ténacité à ses idées super- .stitieuscs et se rend plus aisément à la voix de la raison. Le peuple ne tremble plus à la vue des comètes et des éclipses, on ne brûle plus de sorciers ; et d’un autre côté, le temps est passé où l’on traitait de ridicule l’assertion de pierres tombées du ciel, et où Lamarck était forcé de discontinuer l’examen scientifiqun d’une hypothèse météorologique. Rien n’indique mieux cette disposition générale que l’excellent article publié en 1832 par M. Arago relativement à l’inlluence de la lune sur la végétation*, article plein de raison et d’impartialité, qui a permis d’aborder enfin une question que quelques savants osaient à peine effleurer avant cet écrit.

Si l’on part du simple raisonnement scientifique, on admettra avec les astronomes et les physiciens que la lune exerce un certain effet sur la terre. Cette influence est manifestée, soit (1) Annmire du Hureau des longitudes, 18:12.

M KT KUR OI.O<; IK AGR If.OI.K .

par les perturbations qu’elle imprime à l’orbite de notre planète, soit par les marées aqueuses qu’elle occ.isionnc, soit par un mouvement analogue produit sur l’atmosphère, ainsi que le prouve l’observation du baromètre. On n’admet pas cependant avec la même facilité l’influence de la lune sur les météores, sur la végétation, sur la santé, etc. Quant aux météores, ces in> fluences paraîtraient d’abord devoir être bien petites, puisqu’une série d’observations contredirait une autre série faite dans un autre lieu ; ainsi l’on opposerait les observations de L. Howard à celles de Cotte; on opposerait ensuite les unes aux autres les observations du même auteur faites à différentes époques. Los résultats obtenus en comparant les eflets des lunaisons sur le baromètre varient en cflet de Londres à Paris et d’une période de temps à une autre. Nous observerons à cet égard qu’en employant les hauteurs barométriques non corrigées des effets de la température, comme l’ont fait Howard et Cotte, on ne pouvait arriver à des résultats exacts, puisque ces effets étaient le plus souvent supérieurs é l’influence lunaire elle-même; on tombait donc dans une confusion étrange en associant les observations de I hiver et celles de l'été dans les mêmes totaux. Quant à la différence des lieux, nous avons déjà fait remarquer * que les mouvements du baromètre n’étaient pas simultanés sur toute la surface de la terre, mais que les courbes qui les représentent dans deux localités différentes, restant semblables de figure, les maxima et les minima n’avaient pas lieu les mêmes jours. L’équilibre de pesanteur de l’atmosphère ne se dérange et ne se rétablit que graduellement et de proche en proche, suivant les obstacles qu’opposent la nature et la configuration des lieux. Les marées atmosphériques ont leur itablissement comme celles de la mer. Il était donc diflicile de comparer entièrement les résultats des observations sans faire la part de toutes ces considérations.

(t) Paee 174.

Digilized by GoogI

Pno.NOSTlOS I.UNAinKS.

On admettait aussi, comme une preuve décisive de l’absence d’effet de la lune sur l’atmosphère, que celte influence disparaissait entre les tropiques-, que dans ces contrées la chaleur, la pluie, les vents ne dépendaient que de la distance du soleil au zénith, sans qu’il fût nécessaire d’avoir égard à la situation absolue et relative de la lune. Cette assertion pouvait être contredite par des assertions contraires. Ainsi Clappcrton remarquait au Bornou que les pluies suivaient une période de sept jours; que dans la saison des pluies, le lac de Tschad croissait et décroissait alternativement tous les sept jours *. Everat observait qu'à Calcutta la pluie tombait abondamment les .1®, 6® et 7® jours avant la nouvelle lune, do sorte que dans la somme totalede 34,55 pouces d’eau, 25'’, 31 tombaient dans les sept jours voisins du renouvellement de la lune, et seulement 9'', 24 dans le reste du mois lunaire; que le nombre des jours de pluie était de 45 pour les sept jours avant la nouvelle lune, et de 23 pour le reste du mois lunaire. Ainsi, entre les tropiques, on aurait remarqué un effet marqué de la lune sur les météores aqueux.

Mais, dira-t-on encore, ce qui prouve « priori la petitesse de cette influence, si toutefois elle a lieu, c’est que des temps opposésont lieu au même instant sur différents pointsdu globe, et par conséquent avec la même phase lunaire. M. Bode, ayant rassemblé les observations faites pendant l’éclipse solaire du 18 novembre 1816, on y vit un mélange singulier de beau et de mauvais temps se manifestant le même jour sur une grande partie de l’Europe. Mais il faut remarquer que l’influence lunaire n’est pas la seule qui se fasse sentir, qu’elle vient partout s’ajouter à des influences préexistantes , celles des températures acquises par un sol plus ou moins humide, plus ou moins couvert de nuages, celles des vents régnants, etc. C’est ce que nous verrons clairement par la suite.

(I) Voyaget et AnnaUt rie voyages, J* série, t. I, p. 19.

MÉTKÜROLOr.lK AGBItOl.E.

M. Olbcrs, dont nous venons de reproduire les objections en cherchant à les réfuter, ajoute cependant, que quelque faibles que soient les effets de la lune sur le baromètre, il n’est pas impossible que les marées plus fortes des syzygies disposent l’atmosphère à des changements considérables; que, de même, le passage par l’èquatcur et le périgée, qui ne peuvent pas produire des mouvements considérables dans l’atmosphère, pourraient en exciter les causes; que d’ailleurs il serait possible qu’elle agît sur notre atmosphère par des forces différentes de son attraction et de sa lumière *. Au milieu de ces doutes et de CCS assertions, ce qu’il y a de mieux à faire, c’est d’examiner consciencieusement tous les faits. On conçoit combien la vérilication d’une influence déterminée aurait d’importance pour l’agriculture ; il y aurait une époque favorable pour semer, celle qui suivrait les pluies et où le temps serait encore suffisamment humide; une époque où la sève étant plus abondante et plus aqueuse, les bois seraient plus imbibés d’humidité et où il ne serait pas à propos de les couper, etc. La plupart des anciennes maximes agricoles, traitées aujourd’hui de préjugés, pourraient reparaître sous une forme plus rationnelle et dégagées des erreurs palpables qui les accompagnaient. Nous croyons donc faire une chose utile en examinant cette matière avec un détail qui permette d’assigner les limites exactes dans lesquelles on peut admettre l’influence lunaire.

Avant d’entreprendre cette tâche, nous rappellerons à nos lecteurs que la lune, dans son mouvement propre autour de la terre, s’en éloigne et s’en approche successivement ; que le point où elle est le plus rapprochée de la terre est nommé son périgée, et celui où elle en est le plus éloignée son apogée; que ces deux points sont ce que l’on appelle les apsi^ des do la lune et qu’elle les atteint tous les deux une fois pen-« dant le cours de sa révolution sidérale, qui est do 27 jours

(li />c t’m/lueace de <0 <tt»c sur îoisoMs, par Olber*,

PRONOSTICS I.UNAIRES.

7 heures 43', 192 ; de plus, que pendant la durée de celle révolution, elle traverse deux fois l’équateur, se trouvant, pendant une moitié de cette durée, dans la'partic boréale de l’écliptique, et dans la partie australe pendant l’autre moitié : ce sont les déclinaisons boréales et australes de la lune. Considérée relativement àla position du soleil, la lune tourne dans le même sens que lui ; le temps qu’elle emploie pour revenir en conjonction avec lui est un peu plus long que sa révolution sidérale. Quand la lune est placée entre nous et le soleil, nous ne pouvons voir sa face éclairée, et l’on dit qu’elle est nouvelle ; quand elle est opposée au soleil, nous voyons au contraire sa face éclairée tout entière, et l’on dit qu’elle est pleine : ce sont les syzygies de la lune. Dans ses positions intermédiaires entre les syzygies elle nous montre le quart de sa face éclairée, dont la convexité est toujours tournée vers le soleil ; ce sont les quadratures. Le premier quartier a lieu quand elle marche de sa conjonction à son opposition; le dernier quartier, quand elle se trouve entre son opposition et sa conjonction. On a appelé octant la partie intermédiaire entre une quadrature et une syzygie.

Les marées de l’Océan qui ne sont soumises, au moins en très grande partie, qu’à l’action attractive de la lune et du soleil, sont à leur maximum de hauteur quand les syzygies correspondent avec le périgée, et que la déclinaison de la lune est semblable à celle du soleil. (Nous faisons abstraction ici du mouvement des nœuds.) Alors, en effet, toutes les forces agissent de manière à faire coïncider les attractions qu’elles exercent sur les mers. Au contraire, les marées sont les moindres possible, quand les quadratures correspondent à l’apogée et à une déclinaison lunaire opposée à celle du soleil, parce que les actions de la lune et du soleil se contrarient, outre que la lune est alors plus éloignée de la terre. Il est hors de doute que l’atmosphère doit subir l’effet de ces mêmes forces , mais à un" bien moindre degré fjue l’Océan, en raison de la différence de

MÉTKOUOUMilK AGlllCOl.K.

fm

leurs densités respectives. Il doit en résulter un renflement sphéroïdal au point de l’atmosphère le plus attiré par cette for<«, et une diminution proportionelle de la pression de Pair sur la surface de la terre. Laplace a fait voir que les conséquences de cet clfct sont la jnoduction d’un léger courant d'air de l’est à l'ouest et la baisse du baromètre ; mais celles qui résultent de scs calculs sont très faibles, et l'on s'est accordé à n'admettre l’influence lunaire que si elle pouvait ressortir de l’expérience directe. Nous allons examiner ce que cette expérience nous apprend.

Section If®. — Action de la lune sur le baromètre.

Laplace, voulant vérifler les résultats de ses calculs, chargea d'aliord Cotte de calculer la hauteur du baromètre pour chaque position de la lune ; mais ce travail était nécessairement imparfait, parce que les termes n’étaient corrigés ni delà température du mercure, ni des efl'cts de la capillarité; il fut repris par Bouvard, qui donna les résultats suivants' pour les deux jours qui précèdent et les deux jours qui suivent lés syzygies et la quadrature ;

9 heure* du matin.

Midi.

S heures.

Marée» diurnes.

Syzygies. . .

Quadratures .

Ainsi, nous avons ici une différence sensible entre la hauteur du baromètre aux syzygies et aux quadratures.

(•) Ménmires de l'Académie des Sciences, t. VU.

l'RO.NOSÏlCS LL'NALHËS.

9 bfurri iJa n)aliii<

Quadratures 757,057 756,680

Syzygics 756,319 755,989

nifîérence .... 0,738 0,70»

Nous avons fait un travail encore plus complet en cherchant, pour chaque jour de la révolution synodale, la hauteur de la colonne barométrique, à Paris, à 9 heures du matin, do 1809 à 1841 ; nous avons obtenu le résultat suivant :

Nouvelle lunn . . . . 756,539 Premier quartier. . . 756,133 Pleine lune 755,689 Dernier quartier. . . 756,401

Moyenne. . . 756,114 756,267

Différence des quadratures aux sy/.ygies, 0,153

Ce résultat semblerait être en contradiction avec les nombres qui ont été trouvés par Bouvard ; mais il ne faut qu’y jeter un coup d’œil pour comprendre que les effets jiroduits par la lune lors de ses deux syzygics no sont pas égaux entre eux ; il en est de même des effets qu’elle produit lors de ses deux quadratures. Bouvard n’a confondu ces différents effets que parce qu’il ne s’agissait pour lui que de vérifier la seule action attractive de la lune, tandis que cette action parait produire d’autres résultats qui se manifestent ici. En effet, la différence entre la nouvelle et la pleine lune est de 0,850, et celle entre les quadratures 0,268 ; ces deux quantités sont plus grandes que la différence qui existe entre lessyzygies et les quadratures réunies. Nous allons voir de plus que ce n’est pas aux époques précises de ces points que se trouvent le véritable maximum et le véritable minimum des actions que la lune exerce sur l'atmosphère terrestre. M." Eisenibor a calculé pour Carlsrhue, mais seulement durant 10 ans, le développement semblable à celui obtenu pour Paris; il sera curieux de comparer ensemble les deux séries :

MKl'KOBOLOGIR AGRICOLE.

PARIS CAiasBl'HE.

Jeun de la lune.

Jours de la lime.

mlll.

En examinant de près ces deux séries , les seules qui aient été calculées complètement jusqu’ici , et surtout la représentation graphique que nous en donnons fig. 16, on est frappé de l’analogie des deux courbes qui les représentent. La courbe de Paris ABC, calculée sur les maxima seulement, est un peu

(1) Après avoir fait l’addition des observations de chaque marée à 9 heures du malin, nous avons voulu éliminer une cause d’erreur, c’est la plus grande élévation du baromètre dans certains mois de l’année; nous avons donc réduit tous les termes à un mois moven où l’élévation du baroinèlie serait de 75.'i“"",8Sî,

PRONOSTICS LUNAIRES

plus iriéjjulière que celle de Carlsruhe DEF, mais les irrégula-

Fig. Ifl.

rités disparattrontà mesure que l’on réunira un plus grand nombre d’observations et que l’on fera entrer les observations des minima dans le calcul. Les deux courbes présentent deux maxima et deux minima; le premier maximum à l’époque de la nouvelle lune, le second vers le dernier quartier. Le premier wiojri'mMm, le moins élevé, précède, à Paris, celui de Carlsruhe; le second, le plus élevé, est simultané dans les deux Végions.' Quant aux deux minima, ils tombent, le preniiert

41 s Ml-^TÉOROLOGIK AGRICULE.

entre le dernier quartier et la nouvelle lune, c’est le moins bas et celui qui a le moins de durée ; le second, entre le premier quartier et la pleine lune , c’est celui qui descend le plus bas et se prolonge le plus. Le rapprochement de ces courbes ne laisse aucun doute sur le sens de l’action lunaire à l'égard de l'atmosphère. Par leur continuité pendant toute la durée du mois lunaire, ces séries embrassent un beaucoup plus grand nombre de faits que toutes les tentatives isolées que l'on avait faites jusqu’ici. On n’avait pas la mémo garantie quand on se bornait à comparer deux ou trois de leurs termes; et en effet, il suffirait d’examiner le tableau des opérations qui ont conduit à ces résultats et de calculer les probabilités diverses de chaque colonne , pour reconnaître que si l’on ne peut fonder aucune certitude sur chacune d’elles, prise séparément, quoiqu’elles comprennent chacune pour Paris 480 chiffres, l’accord général de la marche des courbes, soit en montant, soit en descendant, obtenu sur deux points différents et avec les observations d’années différentes (de 1809 à 1841 pour Paris, de 1810 à 1831 pour Carlsruhe), donne les plus fortes probabilités pour établir qu’elles indiquent l’ensemble du véritable mouvement imprimé à l'atmosphère par les phases lunaires. Nous en trouverons bientôt une nouvelle confirmation dans l’analogie profonde de ces courbes et de celles qui indiquent l'influence lunaire sur les pluies. Au teste, l'effet total produit sur le baromètre est bien petit. Du maximum au minimum du baromètre, nous avons ;

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