II
MÉTÉOROLOGIE AGKIÉOLE.
caractérisés. En 1777, Poitevin trouva pour Montpellier lés nombres de jours de pluie suivants, tirés de 10 années d’ob-
servations.
fîombrr» de jourt de {duie.
Pour 100 jours de nouvelle lune
— premier quartier , , .
— pleine lune
— dernier quartier . . .
D’après les observations de Mourgues,
Cotte avait trouvé
pour les vents du même lieu les directions suivantes, qui résultent d'ailleurs de la formule de Lambert :
Nouvelle lune. ......
Premier quartier
Pleine lune
Dernier quartier. .....
Ainsi, le maximum des pluies avait eu lieu à la nouvelle lune et au dernier quartier avec des vents se rapprochant de l’est, le minimum au premier quartier et à la nouvelle lune avec des vents se rapprochant du nord.
Selon Cotte *, ririflucnce lunaire sur la pluie et sur les vents était la suivante à Montmorency :
Nombril j[>îrrcliMi
de jeuri de pluie. dei eeut*.
Pour 100 jours de nouvelle lune.. .... 29 12“ 26’
— premier quartier ... 28 18 44
— pleine lune 39 7 13
— dernier quartier. ... 31 111 21
— lunistaire boréal. ... 32 18 37
— lunistaire austral.. . . 35 72 3
— équinoxe ascendant . . 33 319 5
— équinoxe descendant. . 30 19 27
— apogée 33 19 28
— périgée 36 351 58
Pilgrain a trouvé pour Vienne, en Autriche, les résultats suivants :
(1) Mé/noires sur la météorologie, 1. 1, p. 120.
l*RONOSTlCS I.UNAIRKS.
Nombre* d« jour* d* plut*.
Pour 100 jours de nouvelle lune 26
— pleine lune 29
— moyenne des deux quartiers ... 25
(Il n’a pas séparé les deux quadratures).
— périgée .16
— ^ apogée 20
Schübler avait fait un travail plus sérieux et plus complet sur les observations de Stuttgart et d'Augsbourg, continuées pendant 28 ans. Il trouva les cbilTres ci-après :
Nombre* Pluie* movetiD** de jour* de pluie. par an
mill.
Pour 1000 jours de nouvelle lune 306 42, 15
— premier octant 306
— premier quartier 325 39,05
— deuxième octant, tm.imiuiii). 341 42,41
— pleine lune 337 39,20
— troisième octant 313
— dernier quartier, (miuimumv 284 31,02
— quatrième octant 290
Les sept jours les plus voisins du périgée. . . 1169 Les sept jours les plus voisins de l’apogée. . 1096
Avant de donner le détail de nos calculs, voici quelques-uns de nus résultats que nous pouvons comparer à ceux de Scbüblcr.
Nonibrt* de jour* de pluie.
Pari*. Oraiig*,
Pour 1000 jours de nouvelle lune 402 226
— premier octant 427 209
— premier quartier 418 273
(uuxiaun)
— deuxième octant 467 230
(mailmuiu)
— pleine lune 439 221
— troisième octant 426 204
— dernier quartier 391 233
— quatrième octant 376 221
(luiuimum)
Les sept jours les plus voisins du périgée . . . . 1609
Les sept jours les plus voisins de l’apogée. . . . 1798
On se ferait la plus fausse idée de la marche des pluies en la jugeant sur des tableaux aussi incomplets ; nous voyons bien
4îO MKTKOROLOGtE AGRICOLE,
ici k's niaxiina tl’Augshourg et de Paris coïncider sur le 2*^ octant, les minima arriver au dernier quartier ou au 4® octant ; nous comprenons bien comment les effets lunaires sont très différents dans le climat de Provence où les pluies procèdent d’autres vents; mais ces chiffres isolés ne peuvent suppléer à ceux qui doivent les relier entièrement et manifester l'identité de la cause qui agit dans tous les cas. Il n’en est pas de même de ceux que nous allons présenter dans le tableau suivant que nous avons calculé pour Paris et Orange, en y rappelant les nombres trouvés pour Carlsruhe par M. Eisenlhor. Sur mille observations de chacun des jours des phases, on trouve :
Dètignullon d«i jmir».
Cari».
JOIfR.S PLUVIED.X.
CsrUrulie.
Omnite.
PROSOSIICS LCN.VIIIKS. 421
Les nombreuses irrégularités que présentent les trois courbes ABC de Paris, DEF de Carlsruhe, GHK d’Orange {fig. IS)
figurant géométriquement la fréquence relative des pluies pour chaque jour lunaire, l’espèce d’hésitation qu’elles témoignent, ne peuvent cependant masquer l'uniformité de leur tendance tenant à la mémo cause, l’inllucnce de la lune. Le résultat actuel du tableau nous montre que, pendant l’intervalle qui s’écoule
MÉTKUROLUdlE AURICOLE.
entre le 4' jour après la nouvelle lune et le 4* jour après la pleine lune, il tombe :
A Paris 6l2pluies.
A Carlsruhe 674
A Orange 342
Ef du 4* jour avant le dernier quartier au 4* jour jtVjant le premier quartier :
A Paris 578
A Carlsruhe 630
A Orange 315
On voit dans les trois colonnes le nombre de$ jours de pluie s’élever graduellement jusque dans les jours qui suivent le premier quartier, témoigner par un dernier et court elTo;! de l’efTet de la pleine lune, et s’abaisser ensuite sur le dernier quartier. Il faudra un beaucoup plus grand notpb^e d'années pour que la véritable influence des phases soit dégagée de toutes les causes secondaires qui tendent à la dissitpuJer j pour que les apsidesetlesdéclinaisons aient agi également sur <tous les termes, et enfin pour que |es changements loca.U}^ de terapérature, l’action des foyers de chaleur et des réfrigérants n’aient pas pesé plus puissamment sur certaines périodes, et que cette cause ait été éliminée par la multiplication des observations.
On conçoit aussi comment l’influence de la lune .sur les pluies est à grand’pcine aperçue dans des pays comme Parisctfarlsruhe où le jour moyen a encore plus de 40 pour 100 de probabilité de pluie, et où le maximum d’effet de l’influence n'augmente cette probabilité que d’un quart. A Orange, où la probabilité moyenne n’est que de 25, mais où, dans certains mois, elle peut se porter à 50, cette influence est très bien reconnue, et il en est de même dans les pays méridionaux où les pluies sont rares. L’influence de la lune y est une croyance commune; dans les autres contrées, elle est souvent regardée comme un préjugé.
I.’influence de la distance de la lune à la terre, relativçmenjl
PRONOSTICS LUNAIRES
à la production des pluies, a été aussi le sujet denosrechorclies; elles nous ont donné le résultat suivant pour Orange et Paris ; les chiffres do Paris résultent desobscrvationsde 1761 à 1841 :
Sombres de jours pluvieux sur iOOO de chacun des jours de la révolution anomalistiquede la lune,.
ApiidM.
PéftK.
Orarci.
Périgée
Sommes. .
Apsidea.
Pitrt.
OlA^CI.
Apogée
Moyennes. 411 261 403 250
LacourbeCDË (fiÿf. 19) qui indique le degré de pluviosité de chaque jour de la révolution anomalistique à Orange est analogue à celle que nous avons obtenue pour le baromètre; elle doit nous convaincre que la même cause agit sur le mercure et surles dispositions du baromètre à produire la pluie. Dans le voisinage du périgée, le nombre des jours pluvieux est le plus grand ; 9 jours sur 1 4 qui se trouvent dans le voisinage du périgée ont
424 MÉTÉOROLOGlk AGRICULË.
des pluies plus noml)reuses que les pluies moyennes, et 6 seulement dans le voisinage de l’apogée surpassent la moyenne A B.
Avant de quitter ce sujet, nous avons voulu rechercher quelle pouvait être la base sur laquelle Lamarck avait fondé ses opinions relativement à l’efrel des déclinaisons boréales et australes de la lune sur le temps; nous avons été conduit à former le tableau suivant :
Sombre de pluies sur lOOU de chacun des jours de la révolution sijnmlùjue de la lune.
Tour l’aiiuee.
Avril ■
»epleuil}r««
Oclobr* à luara.
£<|uiuOit boréal*
paria.
Oraujir.
paria.
Oiaiige.
Paria.
Oraiic*.
Sommes. . , ,
Moyennes.. . .
Sommes ....
Moyennes . . .
PRUiXUSTlCS Lt'.NAlUES. 425
A prendre l’ensemble de l’année, le nombre moyen des pluies de chaque jour est, à Paris, de 427 sur 1000 jours.
Les déclinaisons boréales nous donnent 8 jours sur 14 au-dessus de la moyenne;
Les déclinaisons australes U jours sur 14.
l'ne différence si petite peut tenir à l’erreur des tables (}ui ne comprennent pas un assez grand nombre d’années (180.3 à 1841) ; et le résultat se rapproche tellement de l’égalité, que l’on a droit do s’étonner que Lamarck ait pù être amené à cette opinion par des observations réelles.
Mais le soleil étant pendant six mois dans ses déclinaisons boréales, et six autres mois dans ses déclinaisons australes, il fallait rechercher aussi ce que la concordance ou la discordance des déclinaisons lunaires pouvait produire. Le tableau ci-dessus nous le montre, et nous y voyons que d’avril en septembre la moyenne des nombres des pluies étant de 413 sur 1000 :
Les déclinaisons boréales nous ilonnent 7 jours sur 14 au-dessus de la moyenne ;
Les déclinaisons australes 7 jours sur 14.
D’octobre en mars, la moyenne des nombres des pluies étant
de 444 sur 1000,
Les déclinaisons boréales nous donnent 8 jours sur 14 au-dessus de la moyenne;
Les déclinaisons australes 7 jours sur 14.
A Orange, l’elVet est plus marqué : d’avril à septembre, la moyenne des nombre des pluies étant de 253 sur 1000,
Les déclinaisons boréales nous donnent 10 jours sur 14 au-dessus de la moyenne ;
Les déclinaisons australes 5 jours sur 14.
D’octobre en mars, la moyenne des nombres des pluies étant de 252,
Los déclinaisons boréales nous donnent 8 jours sur 14 au-dessus de la moyenne ;
Les (iéclinaisons australes 0 jours sur 1 1.
MHrrÉOHOLUGIE AGRICOLE.
Ainsi, l’effet des déclinaisons, comme tous les autres effets lunaires, se trouve plus marqué dans les régions méditerranéennes. Les pluies plus fréquentes dans les déclinaisons boréales que dans les déclinaisons australes, le sont d'autant plus que le soleil se trouve dans des signes boréaux en même temps que la lune.
Section V. — Des influences de la lune sur la végétation.
Nous pouvons maintenant réduire à leur juste valeur les idées que l’on s’est formées à l’égard de l’influence que l’on supposait à la lune sur la végétation . Elles consistent principalement dans la croyance que le bois des arbres qui sont abattus en lune croissante, c’est-à-dire de la nouvelle à la pleine lune, ne se conserve pas, qu’il est sujet à être piqué des vers, ou à être atteint de la pourriture humide ou sèche ; qu’il faut semer et planter en lune décroissante si l’on veut avoir des végétaux qui portent des fruits, et en lune croissante si l’on désire qu’ils prennent un grand développement herbacé ou légumineux ; qu’il faut choisir le temps de la pleine lune pour récolter le grain que l’on veut vendre, car pendant la période de la lune croissante le grain augmente de grosseur ; que si , au contraire, op se pro|>ose de le garder, la moisson doit avoir lieu au temps de la nouvelle lune, parce qu’alors les grains plus secs sont moins sujets à la corruption (Pline); enGn, que le vin qui dans sa fermentation embrasse deux lunes différentes n’est jamais de bonne qualité et reste constamment trouble. Nous allons examiner ces différentes assertions.
S I". — Epoques lunaires de la coupe des bois.
Les forestiers les plus habiles sont divisés sur la question de l’influence que peut exercer l’époque lunaire sur la coupe des bois, m.iis 011 peut dire que l’opinion de ceux qui soutiennent
PRONOSTICS LDNAIRES.
l’aOlrmatiTe est à l’état de préjugé, comme celle de leurs contradicteurs est (ondée uniquement sur le dédain d’une croyance populaire. Parmi les artistes et les ouvriers qui emploient le bois, la croyance aux effets de la lune est beaucoup plus générale, mais n’est pas mieux fondée; pour eux tout bois qui se détériore a été coupé en mauvaise lune. Il semblerait cependant que tant d’écoles forestières auraient dû depuis longtemps aborder le problème de front et chercher à établir la vérité; car si cette influence avait quelque chose de fondé, il s’ensuivrait que, les coupes ayant lieu au hasard, la moitié des bois, selon toute probabilité, serait soumise à une cause constante de détérioration.
Pourquoi tant de savants n’ont-ils pas tenté cette recherche? Pourquoi laissent-ils planer le doute et l’incertitude sur une question qu’il serait si intéressant d’éclairer? C’est, il faut le dire, qu’ils n’osent pas affronter le ridicule et avoir l’air d’ajouter la moindre foi à une croyance populaire; qu’ils croient se montrer esprits forts en la dédaignant. Ne voyons-nous pas avec qu’elle liberté vraiment digne d’un savant M. Arago n’a pas craint de la discuter, encourageant ainsi par son exemple, ceux qui ne peuvent pas s’abriter sous une si haute réputation, à l’aborder franchement par la voie expérimentale?
Mais déjà un des hommes les plus illustres qui se soient occupés de physiologie végétale, Duhamel, n’avait pas dédaigné d’examiner ce qu’il y avait de vrai dans cette opinion. Nous lui devons les seules expériences directes qui aient été tentées, et, quelqu’insufTisantes qu’elles soient pour conduire à la solution du problème, nous devons les citer comme un exemple à suivre et comme un renseignement utile, puisqu’elles peuvent au moins faire naître le doute, si elles no peuvent forcer la conviction.
Duhamel n’embrassa pas la question dans sa généralité, il se borna à rechercher si, pour être bons, les trois devaient être
MI-VrÉUROLOtilK AORICOLK.
abalfus au décours de la lune, c’est-à-dire après que la lune avait passé son plein*. Il commença par examiner l’effet des saisons sur la coupe des bois, et il dut conclure qu’ils avaient tous la même force, soit qu’ils fussent coupés en hiver, en été, au printemps ou en automne, pourvu qu’ils fussent tous ramenés au même point de dessiccation. Ce point écarté, il pesa des morceaux de bois de chêne d’un égal volume, coupés les uns en lune croissante, les autres en lune décroissante ; voici les résultats ((u'il obtint :
I" ExeéRiexcE. — Jiois cimpé eu décembre.
kilogr.
En lune croissante 80,‘J6I
En lune décroissante 7S,a92
Dillérence 2,56!)
Il® Expéuience. — Bois coupé eu janvier.
En lune croissante 80,915
En lune décroissante 77,551
Dilférence 3,.30t
lit* Exi'ériexce. — Bois coupé en février.
En lune croissante 80,319
En lune décroissante 69,948
Différence 10,371
IV® Expérience. — Bois coupé eu novembre.
En lune croissante : . . . 80,089
En lune décroissante 7.5,194
Différence 4,895
Ainsi, sous un égal volume, le bois de chêne a pesé toujours a peu prés le même poids quand il a été coupé en lune croissante ; mais son poids a été très différent quand il a été coupé en lune décroissante, de novembre à février; il est arrivé à son
(I I De l'esphitalioH des bois, 1. 1, p. 374 et suiv.
PRONOSTICS t.üNATRES. 4§9
maximum de poids en janvier, et à son minimum en février, dans l'année où se sont faites les expériences.
Le maximum de différence de poids entre le bois coupé à ces deux époques tombe donc au mois de février, où elle est de 0,125 du poids du bois le plus pesant; le minimum en janvier, où elle est de 0,031 de ce poids. C’est donc à ces deux époques, 12,5 pour cent de parties aqueuses additionnelles que le bois coupé en lune décroissante renferme de plus que le bois coupé en lune croissante. Duhamel a soin de dire que l'on ne peut supposer que ces quatre coupes aient été faites dans des temps également défavorables. Si des expériences nouvelles étaient faites sur une plus grande échelle et qu’elles vinssent confirmer avec la même constance le fait que les siennes mettent en lumière, il y aurait donc lieu de tenir grand compte dans la végétation de l’inlluence lunaire dans res deux périodes de sa révolution.
La seconde série d’expériences de Duhamel eut lieu sur des barreaux de bois dechêned’égal volume. Après les avoir pesés, il les exposait pendant quatre ans sous des hangars humides, et après ce temps il examinait l’état où ils se trouvaient, f® Expérience. — Boix abattu en décembre.
En îimf? (lécroîSsanle.
kitogr. Etat dei «rbaniillona.
Poids à l’abattage , . . 19,839 ( échauflü.
Poids après 4 ans . . . 15,357 | j®. Jdem.
Perte. . . . 4,482 ( 3'- Assez bon.
- En lune croiss.'iDle.
Poids à l’abattage. . . 19,824 ( jer gon.
Poids après 4 ans . . . | 2®. Aubier échauffé.
Perte. . . . 4,161 ( 3®. Idem.
n® Expérience. — Bois abattu eu janvier.
En lime décroissante.
Poids a l’abattage. . . 19,473 ( ier^yl3i0rpiqué
Poids après 4 ans. . . 14,317 ; 2®. Aubier vermoulu.
Perte. . . . ~5JI56 | 3®. Point d’aubier.
MÊTKOROLOGIE AüRIf.Ot.E.
En lune croissante.
ktloft. Kut dcl SckuDtiUoilB.
l*oids à l’aballage . . . 20,4:t0 l ler^pon aui,ier.
Poids après 4 ans . . . 14,929 ^ je. /c/em.
Perte. . . . 3,507 ( 3«. Point d’aubier.
III* Expérience. — Bois abattu en février.
Eu lune décroissante.
Poids à l’abattage . . . 17,942 / jer pon j,ois
Poids après 4 ans . . . 1*.318 j je. ‘ Aubier vermoulu .
Perte. . . . 3,624 ^ 3*. Idem.
En lune croissante.
Poids à l’abattage. . . 19,855 r ler. Bon aubier.
Poids après 4 ans . . . 14,502 j je.
Perte. . . . 5,353 I 3*. Idem.
IV* Expérie.nce. — Bois abattu en novembre.
En lune décroissante.
Poids à l’abattage. . . 18,738 1 ler. Aubier vermoulu.
Poids après 4 ans . . . 13,951 j j*. Point d’aubier.
Perte. . . . 4,787 | 3®. Aubier en poussière.
En tune croissante.
Poidsà l’abattage. . . 20,436 l ler.Poim d’aubier.
Poids après 4 ans . . . 14,960 ; je. b^^ aubier.
Perte. . . . '5,476 ( 3*. Idem.
Ces dernières expériences tendraient donc à prouver, contre l’opinion commune, que le bois devrait être abbattu en lune croissante, et non quand elle est en décours. Les bois coupés dans la première époque ont conservé plus de poids sous le même volume après quatre ans d’exposition sous un Hangar, et se sont montrés moins sujets à l’altération et à la piqûre des vers. « Reste à savoir, dit Duhamel, si la lune favoriserait la propagation des insectes, et si son influence peut disposer les bois ù les recevoir et à les entretenir. » Mais il est facile de voir que, dans le premier cas, les bois coupés étaient imprégnés de moins de sève, qu’ils ont dû par conséquent perdre moins dans la des-
PnONOSTICS I.l'NAIRKS.
siccation ; que, d’un autre côté, les insectes pullulent d’autant plus facilement que le bois est plus humide et plus ramolli.
Sur seize expériences que nous avons rapprochées d’après Duhamel, il n’y en a qu’une de discordante, celle du mois de* janvier de la 2* série. Cet accord est déjà une forte probabilité en faveur de l’opinion que la lune a une influence manifeste sur la marche de la sève et sur son abondance relative aux deux époques du mois lunaire. Quel est l'état des météores à ces deux époques? D’après les tableaux que nous avons donnés plus haut, on a vu que le nombre des pluies était plus grand pendant la croissance de la lune que pendant son décours ; or, sans admettre l’influence directe de cet astre sur la sève, on pourrait conjecturer qUe la terre étant depuis la pleine lune jusqu’au l®'" octant (4® jour après la nouvelle lune) dans un état de sécheresse relative, si l’on coupe le bois entre la nouvelle lune et la pleine lune, la pluie qui tombe plus abondamment alors n’aura pas encore eu le temps d’imbiber le bois, qui se trouve dans son plus grand état de sécheresse, et qu’au contraire, coupé après la pleine lune, il a reçu toute l'humidité superflue provenant de la période de pluie qui précède de quatre jours, et suit le premier quartier jusqu’à l’époque de la pleine lune.
Mais, nous le répétons, c’est trop s’arrêter en ce moment sur des expériences qui ne peuvent décider la question. Il en faut de plus nombreuses, de plus variées, soit par rapport aux saisons, soit par rapport aux essences des bois ; il faut que ceux qui les feront tiennent grand compte des circonstances météorologiques et de l’état d’humidité du sol au moment de la coupe. Il -faut qu’aussitôt l’arbre abattu, les bois soient ramenés à un état de sécheresse absolue, pour comparer exactement la quantité de sève qu’ils contiennent; il faut comparer un grand nombre d’échantillons pris sur le même terrain et sur des terrains différents. La question, enfin posée et dégagée de tous les
MKTl50R0t.0r.IE AGRICOLE.
scrupules et de toutes les entraves morales qui pouvaient faire hésiter les forestiers instruits, ne doit pas tarder à être résolue ; et, en le faisant, on arrivera à un résultat toujours utile, soit qu'il conduise à nier ou à afliriner i'influenee de la lune sur la végétation.
S II. — Epoques lunaires des semis et des plantations.
Si l’on parcourt les auteurs anciens pour y chercher les traces des nombreuses opinions répandues sur les rapports des lunaisons avec le succès des végétaux semés ou plantés sous leur influence, on trouvera les contradictions les plus choquantes et les complications les plus grandes. A les en croire, la lune produirait un ciïet spécial et distinct sur chaque plante. C’est ainsi que Pline prescrit de semer les fèves à la pleine lune, et les lentilles à la nouvelle. Plus tard cependant toutes ces règles diverses se sont fondues en une seule, et il y a encore bien des vieux partisans de l’opinion que les semis et les plantations doivent être faites en lune décroissante s’il s’agit de végétaux destinés à porter du fruit, et en lune croissante pour ceux dont on n’exige qu’un grand développement ligneux ou herbacé. Au Brésil, M. Auguste Saint-Hilaire rapporte que l’on a soin de planter au décours de la lune tous les végétaux à racines alimentaires, les caras, les patates, les ignames, et en lune croissante la canne é sucre, lemaïs, les haricots. M. Aragoa fait justice ‘ de la théorie qui cherchait à atti ihtur quelque effet à l’addition de chaleur apportée pendant la nuit à l’atmosphère, par la lune qui n’a pas encore atteint son plein, et qui alors se trouve sur l’horizon . On sait que l’on n’est pas parvenu à prouver que la chaleur transmise par cet astre fut de -jafe de degré centigrade. De nouvelles expériences viennent d'être tentées à Naples, pour chercher les effets photométriques de la lune;
(1) Annuaire de 18.33, p. 223.
PRONOSTICS LUNAIRES
ceux-ci ne peuvent ôtre niés, puisque M. Dagueirea obtenu sur ses plaques une image de la lune ; mais cette image est très faible, et les résultats des essais tentés à Naples ne peuvent être admis, ayant été obtenus au moyen d’écrans qui, en dérobant la lumière de la lune à une partie des plantes que l’on voulait comparer à celles qui la recevaient, se trouvaient par là même soustraites à l’effet bien mieux constaté et bien plus énergique du rayonnement céleste, auquel les autres plantes étaient soumises. La théorie ne nous offre donc encore aucune donnée sur laquelle on puisse baser une telle opinion.
Resterait l’expérience directe, mais celle-ci n'a pas été tentée d’une manière régulière, et nous n’avons pu y suppléer que par le témoignage d’un praticien justement célèbre, La Quintinye, le directeur des jardins de Louis XIY . Cet homme, né et élevé au milieu des vieux partisans de l’inlluencc lunaire, soumit ce préjugé général non à une expérimentation régulière, mais à une observation constante. Voici ce qu’il nous dit dans son ouvrage* : « Je proteste de bonne foi que, pendant plus de trente ans, j’ai eu des applications inGnies pour remarquer au vrai si toutes les lunaisons devaient être de quelque considération en jardinage, mais qu'au bout du compte, tout ce que j’ai appris par ces observations longues et fréquentes, exactes et sincères, a été que ces décours (de la lune) ne sont que de vieux discours de jardiniers malhabiles... Greffez en quelque temps que ce soit, pourvu que vous le fassiez adroitement et dans les saisons propres à la greffe, et sur des sujets convenables à chaque sorte de fruits, et qu’enGn le plan soit bon et bien disposé, en sorte qu’il n’ait ni trop de sève ni trop peu, vous réussirez certainement... Et toutdemôme, semez et plantez toute sorte de graines et de plantes en quelque quartier de la lune que ce soit, je vous réponds d’un égal succès, pourvu que votre terre soit bonne, bien préparée, que vos plantes et
(1) Instruction pour les jardins fruitiers, in-1, t. II, p. .Î55.
MÉTÉOROLOGIE AGRICOLE
semences ne soient pas défectueuses et que la saison ne s’y o|>> pose pas. Le premier jour do la lune comme le dernier seront également favorables à cet égard... >
La longue expérience de La Quintinye a été conürméedepais par la pratique de nos meilleurs jardiniers. Soit que l’esprit sceptique se soit aussi glissé parmi eux, soit que la nécessité de serrer la trame de leurs travaux multipliés leur ait fait négliger les préceptes de leurs pères , nos maraîchers ne s’inquiètent plus depuis longtemps des effets de la lune, et il serait impossible que, si elle en avait de favorables et de funestes, on n’eût pas fini par remarquer les époques lunaires qui produisent tant de bien ou tant de mal . Nous croyons qu'on est encore un peu plus scrupuleux pour la taille et pour la greffe dans un grand nombre de vergers et de pépinières, mais le nombre de ceux qui ont secoué le joug du préjugé lunaire est assez grand pour que la comparaison de leurs revers avec le succès de ceux qui s’y soumettent encore eût dû les éclairer, s'ils avaient fait fausse route. On peut donc alFirmer qu’il s’est fait une grande et complète expérience : d’un côté, une assez grande masse d'arboriculteurs ont continué à se soumettre aux règles anciennes ; de l'autre, un nombre non moins grand les a abandonnées, et les résultats ont été heureux de part et d’autre. La question nous parait donc jugée en ce moment, et voici en quels termes nous croyons que le jugement pourrait être formulé.
Le moment à choisir pour semer, planter et greffer ne saurait être indifférent ; il est indiqué par l’état du terrain et celui des plantes. On ne peut planter et semer quand la terre est trop imbibée d'eau ; il faut qu’elle soit dans un état moyen de sécheresse. Cet état moyen peut se trouver dans toutes les positions de la lune ; car, si nous avons remarqué un effet marqué des phases sur la chuté de la pluie, comme les phases ne gouvernent pas seules le temps, leur résultat n'est pas simple.
PRONOSTICS LUNAIRES
et subit chaque année des modifications. Celui qui calculerait leulcment, pour elTectuer ses semis et ses plantations, sur la marche des phases, serait donc fréquemment trompé , tandis que celui qui consulterait l’état actuel du sol ne serait pas exposé à l’étre. Mais nous avons vu plus haut que le plus grand nombre des pluies tombe en lune croissante, de la nouvelle à la pleine lune ; c’est donc au commencement do la lune décroissante que la terre se trouvera habituellement dans son état de plus grande humidité, et, quelques jours après, dans son état d’humidité moyenne. 11 arrivera donc le plus souvent que l’homme qui consultera la lune plantera, selon le précepte ancien, en lune décroissante, de même que celui qui consultera l’état du sol. Il arrivera aussi, moins souvent sans doute , mais assez fréquemment encore, que le jardinier qui aura l’habitude de planter en décours , se trouvera dans une année où les influences lunaires modifiées lui donneront un terrain peu favorablement disposé, et qu’alors il ne se rencontrera plus avec celui qui n’aura consulté que l’état du terrain. Mais ne pensons pas cependant que, pour obéir à la règle, le premier sèmera et plantera dans un sol desséché ou trop humide; non, il n’en fera rien ; mais il aura perdu le moment favorable, et aura renvoyé d’un mois peut-être un semis ou une plantation qui souffrira de ce retard.
Nous dirons donc aux hommes les plus prévenus en faveur des influences lunaires : ou vous pensez que ces influences résident principalement dans les modifications qu’elles impriment à l’atmosphère et par contre-coup à la végétation , et alors simplifiez votre tâche; adressez-vous aux résultats sans chercher à remonter aux causes; consultez l'état du terrain pour planter et semer; il se trouvera le plus souvent d’accord avec vos principes, mais quelquefois il en différera, parce que les influences lunaires elles-mêmes sont plus compliquées que vous ne le pensez; mais, dans l’un et l’autre cas, vous arriverez au
MÉTKOROLOCIE AflRICOIÆ.
but que VOUS VOUS proposez; ou bien vouscroyezque l’inllucncc lunaire se fait sentir sur les organes du végétal iui-méiiic, sur la marche occulte de la sève, etc.; mais alors votre opinion manque de bases expérimentales, et ne peut être prise en considération que quand vous aurez pu lui en donner. On est encore à se demander comment l’expérience pourrait avoir prise sur une semblable question. Pour éliminer toutes les autres causes, pour obtenir l’eiTet lunaire séparé de celui de la température, de l'humidité du terrain et de l’air, il faudrait de telles complicationsde procédés, qu’on n’ose presque y songer ; et certes les contradictions des anciens préceptes horticoles ne nous disposent pas à les regarder comme les résultats d’analyses si délicates.
§ lit. — InQuenco des époques lunaires sur les récoltes.
Pline nous conseille de choisir le temps de la pleine lune pour récolter le blé destiné à la vente; car, dit-il, pendant la période de la lune croissante, le grain augmente considérablement de grosseur; que si, au contraire, on veut le conserver, il faut moissonner en temps de pleine lune ou au moins en temps de décours.
Si nous appelons croissance de la lune le temps qui s’écoule du 4” jour avant le premier quartier au 4^ jour après la pleine lune , et décours celui qui est compris du 4” jour avant le dernier quartier au 4‘ jour après la nouvelle lune, nous avons vu que l’on a, pour mille jours de chacune de ces deux périodes, les nombres de pluies suivants :