PARIS. ORANGE
Lune croissante 663 389
Dccours 643 303
Ces nombres sont entre eux comme . . 100: 97 100:78
Conçoit-on maintenant comment une pareille opinion, très indilTéreiite pour les cultivateurs du nord do la France, cesse de l’étre pour ceux du midi , comment elle peut l’être bien moins encore en Sicile , en Algérie? Les pluies qui tombent à Paris, en lune croissante et décroissante sont, dans cette saison, un peu plus près de l’égalité que dans le reste de l’année ; à Orange , il pleut en lune décroissante le quart moins de fois qu’en lune croissante, pendant le mois de juin. Pline pouvait recommander, à ceux qui voulaient obtenir du blé renflé par l'humidité, de choisir, pour la moisson, l’époque de la pleine lune, qui suit celle des plus grandes probabilités de pluie; mais il devait conseiller d’attendre la nouvelle lune, qui suit la plus grande probabilité de sécheresse, si l’on voulait récolter un grain sec et susceptible d’être conservé.
Les très petits propriétaires peuvent sans doute faire quelques combinaisons de ce genre, réglées non pas toujours sur la lune, mais sur l’état hygrométrique du grain; il n’en est pas ainsi dès qu’il s'agit d’une propriété un peu étendue. On est dominé alors par des motifs plus pressants : celui de proportionner le temps pendant lequel la moisson peut se renfermer au nombre d’ouvriers dont on dispose. Toutes les autres considérations sont secondaires auprès de celle-là.
MÉTÉOROLOGIE AGRICOLE
S IV. — Influence des époques lunaires sur les vendanges.
Ce que nous venons do dire des moissons s'applique aussi aux vendanges. Quoique le raisin puisse dépasser sans grand inconvénient l’époque de sa maturité, qu’on puisse en reculer la récolte, et qu’ainsi le cercle des travaux soit moins resserré que pour les céréales, il y a cependant un terme que l’on no peut franchir sans s’exposer à la pourriture qui résulte des pluies d’automne précoces. D’ailleurs, dans les grandes exploitations, où la vendange doit durer plusieurs semaines, on ne peut se livrer à des calculs minutieux sur les époques lunaires. En admettant même que ces calculs fussent fondés , ils pourraient convenir tout au plus aux très petites propriétés.
Il est donc bien rare aussi que dans les grands vignobles on puisse s’assujettir à renfermer la fermentation dans l’espace d’une seule lunaison. Cependant la règle indiquée peut être justifiée, si l’on remarque que les jours qui suivent la nouvelle lune sont ceux où il y a le plus de probabilité pour des vents du nord froids, et pour un abaissement de température qui pourrait retarder et même interrompre la fermentation commencée.
Quoi qu’il en soit, on voit que toutes les prescriptions ayant pour base l’influence des lunaisons sur les travaux rustiques sont loin d’être dépourvues de vérité. Elles tirent leur origine d’observations réelles, mais incomplètes, de la marche des saisons dans les pays qui avoisinent la Méditerranée. Mais dans ces pays mêmes, les chances qu’elles donnent sont loin d’avoir toute la valeur qu’on leur a attribuée, et elles mettraient souvent en défaut celui qui y attacherait une entière confiance. C’est sous ces réserves que l’on peut affirmer qu’il n’est pas impossible de s’en servir, et que nous avons dù nous borner à faire pressentir l’usage limité que l’on en peut faire.
Ici se termine la tâche que nous nous sommes imposée pour
PRONOSTICS LUNAIRES
relier la météorologie à l’agriculture. La matière est loin d’ôtre épuisée, tous les problèmes sont loin d’être résolus. Un avenir prochain nous prépare une riche moisson de faits. L’im> pulsion donnée, il y a quarante ans, par M. de Humboldt, est loin d’étre arrêtée ; les observateurs deviennent chaque jour plus nombreux, plus zélés, plus instruits; chaque jour ils sentent davantage le besoin de s’attacher aux questions essentielles pour la pratique des arts, et bientôt les matériaux seront assez abondants pour que l’on puisse résoudre plusieurs des problèmes que nous n’osons pas encore aborder. Ce n’est pas sans doute aux simples cultivateurs, qui ont besoin de repos après le travail , que nous demandons de s’associer à ces recherches ; mais nous faisons appel aux propriétaires intelligents, qui sentent la nécessité de surveiller et même de diriger leur agriculture; ils n’éprouvent que trop souvent, dans l’emploi de leur journéi*, des vides qu’ils cherchent à remplir par une agitation sans but, par lâchasse, la pêche, les plaisirs importés de la ville. Ils seront toujours sûrs de trouver une douce et utile occupation dans les observations météorologiques, dans leur comparaison avec celles des autres lieux et des autres temps; et en charmant leurs loisirs, ils prépareront l’époque où la météorologie acquerra la certitude qui lui manque, et où les conjectures de la météorognosie deviendront des probabilités.
D’un autre côté , nous désirons que ce I ivre puisse a ppel er l’attention des physiciens qui font de la météorologie une sérieuse occupation. En ajoutant un bien petit nombre de colonnes à leurs tableaux, un bien petit nombre de minutes à celles qu’ils consacrent à leurs observations, ils pourront rendre de véritables services à la climatologie botanique et agricole, et nous osons espérer qu'ils prêteront à l'agriculture leur concours, qui lui a déjà été si utile.
ARCHITECTURE RURALE
AVANT-PROI’OS.
La science des constructions nécessaires pour soustraire les agriculteurs , les bestiaux et les récoltes aux intempéries a toujours été considérée comme d’une grande importance en agriculture. Tous les agronomes attachent un prix extrême à la bonne construction, à la convenance, à rharmonie, et même à une certaine élégance résultant de la bonne disposition en matière de constructions rurales. Des auteurs anglais alGrment même que la dilTérence résultant d’une bonne ou mauvnise disposition des bâtiments peut aller à un quart et même à un tiêrs du prix de ferme.
La France est positivement arriérée sous ce rapport ; la stabilité de la propriété en Angleterre a permis de proportionner sur beaucoup de points les bâtiments à l’exploitation, et de présenter ainsi des constructions rurales dans lesquelles on ne trouve ni excès ni défaut. En France, au contraire, par suite des divisions et des mutations continuelles des propriétés, une ferme bien construite et bien proportionnée est une exception. Il est ordinaire de rencontrer des bâtiments de ferme extrêmement vastes, convenables autrefois pour l’exploitation d’un domaine étendu, et qui, affectés maintenant à une propriété réduite, obligent le possesseur à un entretien hors de proportion avec ses revenus, ou présentent l’image de l’abandon et du désordre, et contribuent quelquefois même à les créer. Il n’est pas rare non plus de voir des domaines considérables dont la création ou l’exploitation est récente, et qui ne pré-
AVANT-PHOPOS. 441
sentent pour abri que de misérables mâsures dont l’insuiTisance et l’aspect écartent les fermiers honnêtes et sérieux.
Les causes de l’infériorité de la France résidant dans sa législation et agissant constamment, on pourrait en conclure que cette infériorité est sans remède ; c'est notre avis , si l’on parle d’une manière absolue. Il est certain que, dans les acquisitions de biens-fonds, on est disposé à -faire entrer pour bien peu la valeur des bâtiments de ferme; que par suite, dans la préoccupation d’une vente possible et probable, on est peu disposé à employer à des constructions une dépense dont on n’a soi-méme tenu aucun compte ; mais il n’en est pas moins certain qu’il y a d’immenses améliorations à faire. Et d’abord l’instabilité dont nous avons parlé n’est pas sans de nombreuses exceptions; il est un grand nombre de propriétaires qui conservent et transmettent dans leur intégrité leurs propriétés rurales : à ceux-là la connaissance des véritables principes de l’architecture rurale est indispensable ; ils y trouveront des indications pour établir de nouvelles constructions là où les bâtiments manquent, pour profiter des bâtiments existants, soit en les réduisant, soit en les augmentant, soit en changeant leur distribution, pour en faciliter les abords et pour donner ainsi à leur exploitation ce juste équilibre qui est à la fuis profitable et agréable. Quant aux possesseurs de la partie flottante de la propriété , ils pourront aussi quelquefois, en se pénétrant de ces principes, avec un capital bien faible, diminuer leurs dépenses, augmenter par-là le revenu, et parvenir peut-être à rendre à leurs propriétés la stabilité qu’elles ont perdue.
Ce n’est donc pas une œuvre inutile, même en ne considérant que la France, d'exposer les principes qui doivent guider les propriétaires dans la disposition et la construction des bâtiments ruraux ; nous parlerons d’abord de la disposition des lieux sous les deux rapports principaux, l’emplacement et la distribution; la construction fera le sujet do la seconde partie.