AGR0L0C1E
suite des seules forces de la nature. Ainsi, le produit d'une prairie, celui d’un pâturage, celui d’une forêt, sontdes valeurs naturelles. M. Liebig annonce que le produit naturel d’une prairie non fumée en Allemagne est d’un demi-kilogr. par . mètre carré (2,500 livres par arpent de 2,500 mètres)*, ou ' *50 quint, métriques par hectare; cette récolte, multipliée parla valeur d’un quintal de foin, serait le produit naturel de la prai- ■ rie, et en le multipliant par 100 et le di visant par le taux de l’intérêt dans le pays, on aurait la valeur de Tbectarc de prairie.
Mais à part les terrains placés dans des conditions spéciales qui les rendront propres à la production des herbages ou qui doivent les faire réserver pour celle des bois, la masse des terres ne peut développer de facultés réellement productives que par la production de végétaux qui exigent l’ameublissement du sol ; dés lors les frais de culture entrent en déduction des produits naturels, et nous avons une seconde espèce de valeur du sol, c'est la valeur de culture; nous faisons encore . ici abstraction des engrais.
Pour les terres qui sont dans la période céréale, cette valeur résulte de celle des produits naturels N, moins le prix des • cultures O. Nous avons donc d’abord V = N -r O; mais ces produits naturels peuvent être eux-mêmes améliorés par la cul", ture seule, si l’on peut introduire certaines plantes qui exigent de la profondeur, et nous savons que cette profondeur est un élément qui agit puissamment sur la valeur du terrain , soit en l’accroissânf, soit en le diminuant, d’une certaine quantité que nous appellerons H. Enfin le sol peut posséder des engrais naturels ou de vieux engrais F mis en réserve dans les pores des terreaux ou des argiles, et qu’il faut aussi apprécier. Il est - donc bien évident que la valeur définitive de terrain nous sera donnée par cette formule V =N— 0~bH F. Il ne faut
(1) Voir Lettres sur la chimie, p. 312, et pour l’étendue de l’arpent, Chimie agricole, p. 02. , • '
• rl'TERM. DE LA VALEÜB RELATIVE MS TERRAINS. 407
plus que trouver le moyen de déterminer les différents éléments de la formule N, O, H, F.
Pour obtenir N, nous choisirops dans chaque pays le produit qui est le plus habituellement cultivé sans engrais ; nous chercherons k déterminer les récoltes que l’on en obtient dans les deux compositions extrêmes du terrain, le terrain argileux et le terrain sablonneux et quartzeux, et pour une longue continuité de la même culture.
Appelons A le' nombre de centièmes d’argile que renferme Ip terrain, P l’augmentation de produit pour chaque centième de cette substance, nous aurons N = P x A. Ainsi, dans le midi, le produit naturel cultural des terres à blé étant une augmentation de 2 fr. pour deux ans'et pour chaque centième d'argile, la formule y devient N = I fr. X A.-
La valeur de l’ouvrage O, fait en deux ans, pour Obtenir ce produit, est donnée en appelant G la valeur d’une journée de bète de travail, et T la.tenacité du terrain, et en supposant que l’on se serve dé bons instruments , par la formule O = 1 1 G ' •T
-|- 22 G X â- situations agricoles du midi, la journée
de bète de travail est de 2 fr. , et nous Pavons identifiée avec la journée de valet de ferme qui a le même prix . La formule se ré-
duira donc à celle-ci : 22 44 X ^ ~ Nous n’aurons plus
qu’à appliquer à la formule générale la modifîcation exigée par la profondeur, et que nous avons appelée H, et enfin celle qu’indique la quantité d’azote trouvée dans le sol par l’analyse.
' Soit donc un terrain ayant 0,70 d’argile et 3*“, 5 do ténacité, situé dans le midi de la France. ]Nous avons pour la valeur de
N = 1,9 X = 133‘, et pour celle de O = 22 -f- 44 X = 99, donc V = 133 — 99 = 34 fr. C’est la valeur du produit
(1) Voir ci-dessus, p. 395 et 396. ; > .
AGROLOGIB.
cultural, et au taux d’intérêt de 3 p. 100, la valeur du fonds est de 1 , 1 33 fr. l’hectare.
Soit un autre terrain dahs la même position géographique qui possède seulement 30 d’argile et ait 0'‘,8 de ténacité, nous
aurons N = 1 ,90X30 = 57, et O = 22 + 44 X -^ = 39,60,
donc V = 60 — 39, 60 = 17 fr. 40; la valeur du fonds est de 580fr.
Supposons maintenant que le premier sol h’ait que 16 centimètres de profondeur, et que le second en ait 40, la valent du premier ne change pas; celle du second augmentant de' 2 p. 100 par chaque centimètre dè 16 à 40, ou 48 p". 100, donne une augmentation de 323 fr. 20 c. par an; la valeur de 580 fr. deviendra donc celle de 903 fr. 20 c.
Supposons enfin que l’analyse nous présentât 0,007 d’azote, qui supposerait une quantité de 400 kil. d’azote pour l’hectare jusqu’à 0,40 de profondeur, si l’on avait pris l’échantillon moyen de la terre analysée sur toute Ja profondeur du sol ; cet azote, ayant une valeur de 684 fr., porterait la valeur de cette terre à 1,587 fr. 20 c.
M. Moll, dans sa classification des terrains (v. page 257) a cherché aussi à les apprécier, et pour y parvenir il a eu recours à l’évaluation des frais de culture et des produits d’un assolement donné; c’était spécialiser la question plus que nous ne devions le faire ici ; ses résultats ont été les suivants :
Produit net en kilogr. de frooMot.
1® Terre à luzerne de 1*'* classe. .... 983 à 1030
3® Terre à trèfle de 1'® classe. 757 à 780
3® Terre à luzerne de 2® classe 546 à 585
4® Terre à sainfoin de 1®® classe 390 à 429
5® Terre à trèfle de 2® classe 273à 312
G® Terre à luzerne de 3® classe 203 à 234
7® Terre à trèfle blanc de 1®® classe . . , 150 à 179
8® Terre à sainfoin de 2® classe 125 à 148
0® Terre à trèfle blanc de 2® classe. ... ■ 62 à 86
DéTERM. DBTA VALEUR RELATIVE' DEâ TERRAINS. 409
Nous reconnaissons dans les développements que M. Moll ' a donnés la grande expérience de l’auteur, sa méthode n’est autre que celle que nous avons exposée plus haut sous le nom de Méthode historique; nous avons été curieux de comparer ses résultats avec ceux de la méthode générale et nécessairement jilus ou moins afiproximative que nous venons de décrire.
Nous supposons; d’après ses données, que cette terre edntienne 60 d’argile, 90 de carbonate de chaux, 5 de terreau et 5 de silice; sa ténacité sera de 3 kilogr., la profondeur de , son sol de 1 mètre. Nous a.urons ; N= l,9X6-'ï = î93j5; 0.=^?2 + 44Xf=83; V— 123 — 83 = 40 fr. Nous aurons pour la profondeur de 16 centimètres à 27, ou 1 1 centimètres à 3 p. 100, et de 27 à 50, ou 23 centimètres à 2 p. 100, en' tout 79 p. 100, ce qui nous donne pour 40 fr. une addition de 31 fr. 60 c.; le terrain Vaudra donc alors 71 fr. 60 c. L’azote contenu dans le terrain nous est aussi donné par M. Moll; iljumeavec 18,750 kil. de fumier qui renferment 7^ kilogr.
, d’azote, capables de donner seulement 10,5 h'ectol. de blé, consommant.les deux tiers de l’azote du fumier. Or, il récolte ‘ sur cette fumure 26 bectol. do blé dont 15,7 hectol., provenant de la fertilité du sol, qui est alors de 10l'‘,i0 d’azote^ valantl67 fr.84c. qui, ajoutés aux 71 fr. 60 c., nous donnent un total de 939 fr. 44 c. qui, selon nous, serait la valeur de la ' rente.de l’hectare soumis à une rôtation régulière. M. Moll , trouve 193 fr. 50 c. ' .'
Mais il y a bien une autre différence : M. Moll n’estimait TOO kilogr. de fumier qu’à 35 litres de blé ou à 7 fr. (en suppo^ santleblé à 20 fr. l’hectol,), ou à 1 fr, les 100 kilogr., au lieu . de 1 fr. 30 c., que nous avons adopté pour prix normal, ce qui, pour une différence de 30 c. sur 17,500 kilogr. do fumier qui
' (i) Nous supposons toujours que le blé ne s’empare que des deuxtiers de. l’azote dans ni»e première récolte. , '
41 Q ' •ACROtOGlE. '
constihiCDt la fuimiré qu'il accorde, nous donne un excédant ■ de 5l fr. 50 c. à déduire de son estionation. Par cet exemple, il est aisé de comprendre comment la fixation de chaque article des frais dépendant de données différentes selon les circonstances locales, il est très difficile de' se rencontrer parfaitement, et comment des formules plus générales,*qui font abstraction de la plupart de ces détails en les comprenant dans ' un chiffre total , cachent des compensations qui les rendent quelquefois plus exactes que des évaluations plus étudiées-, « mais plus particulières. ' '
Section II. — Tetres dans les périodes commerciale ■ ' • ei jardinière. ' ■
La puissance d’absorption et de conservation des substances fécondantes par les terres est d'une très grande importance dans les périodes céréales et celles qui leur sont antérieures, parce qde la quantité d’engrais artificiel dont on dispose alors est peu considérable et -dans un rapport .assez peu élevé, en. comparaison de celui fourni par l’atmosphère -, parce qoc-, de plus, les plantes cultivées occupent In terre pendant d'assez longues périodes, et que, par exemple, le blé semé en automne*, ■ . • mais œ se développant qu'au printemps et ne mûrissant qu’en été, doit pouvoir recueillir peu è peu, selon les besoins de son . - i développement, les parties d’en-grais qui lui sont nécessaires, et qu^en attendant qu’il s’en serve, il faut que cet engrais soit mis en réserve et conservé à l’abri des causes qui pourraient . causer sa dispersion. Et comme le blé n’absorbe même pas toua ces engrais dans une seule récolte, il faut que cétte eonserva-^ tion puisse se prolonger, même pendant phuieurs aimées.- . C’est ainsi que la puissance de l’engrais se reconnaît, même A la quatrième année, dans des terres suIBsamment argileuses^
Ces ‘deux , motifs de puissance accordée aux terreaqui retien-
■ DÉTE^IM, DE LA VALECR' HELIaTIVE DES TEIULWX8. 41 1 ne»t l'engrais, ou n’existcnt qu’à un degr<i beaucoup moindre, ou u’existent chacun que séparément, quand nous passons aux piaules appropriées aux périodes commerciale et jardinière. Eneflet, on emploie dans ces périodes des quantités d’engrais considérables par rapport à l’engrais atmosphérique, et celuici devient une partie aliquote très faibleet moins digne de considération par rapport k lui ; en second lieu, un certain nombre de cos plantes (chanvre, lin, pavot, etc.) restent peu de temps en terve, soutirent rapidement la dose de fertilité qui leur csé nécessaire et qui ne doit pas être retenue trop fortement par le sol ; les récoltes s’y succèdent dans la même année de manière à épuiser le terrain aussi complètement que possible!' Ainsi la qualité conservatrice de l’engrais, qui joue un si grand rôle dans les périodes précédentes, perd de son importance et descend à un degré bien inférieur dans- la période commerciale, et plus encore dans la période jardinière, oùlçs produits épuisants se succèdent avec plus de rapidité encore. (Icttc qualité peut même devenir un défaut, et nous voyons en cITct les terrains légers et frais acquérir alors une valeur très supérieure à celle des terrains forts. Ce n’est pas seulement parce qu’ils laissent l’engrais libre et prêt à entrer immédiatement dans la végétation qu’ils obtiennent ainsi une préférence incontestable, H y-a encore un motif plus puissant et que nous devons développer.
Lès cultures industrielles exigent ou des labours profonds, ou des labours fréquents, ou les uns et les autres. Dans tous les cas, ces travaux sont d’autant plus faciles que h terre est plus . légère ; si die est argileuse, quoiqu’elle soit fralcbe intérieurement, le soleil en durcit la surface et -en rend la culture plus ’coàteuse, et comme ils ont lieu pendant la chaleur progressive du. printemps, et 'quelquefois en été, Tes frais accroissent les .chances de l’obstacle opposé par' ce durcissement. On peut donc affrmer qu’à égalité de fratebeur intérieure", la valeur des
AGROLOGIE.
terres des périodés supérieures de culture est en raison inverse de leur ténacité.
Mais comme les terres légères sont en même temps cdles qui retiennent le moins d'humidité, et que les cultures de priotemps et d'été ne peuvent s'en passer, l'humidité intérieure du sol provenant de sa constitution devient un élément des plus indispensables de l’évaluation de ces terrains. Nous avons donc recherché dans une série de terrains soumis à la culture de la garance et d’une égale ténacité (0'‘,8) l’échelle de leur fratcheur comparée à l’estimation que l’on en faisait, et noos avons trouvé cette loi très distincte, que leur valeur était en raison directe de la profondeur où, au mois d’août, huit jours après une pluie, se rencontrait la proportion d'au moins 0,10 d’eau sur 100 de terre.
!*'■ terrain. . . .
ProTnndtur
de
rhùmidité.
oièl.
Veleor eetimative rit frence parlseejere.
6,500 fr.-i
Diffcrtttee
par
rcniiinètre de profondetir.
I 62rr;.50
a' terrain. . , .
3® terrain. . . .
4« terrain. . . .
5* terrain. ...
6« terrain. . . .
Moyenne.'
On voit la valeur décroître lentementde 16 à 35 centimètres, puis très rapidement de 35 à 43, reprendre une marche plus lente de 43 à 60, et eniin une marche plus pressée de 0™,60 à 1 mètre ; et la moyenne nous donne 60 fr, 80 c. de réduction de valeur par centimètre d’approfondissement de l’humidité, ou environ de celle qu’a, une terre qui conserve sa frai- • cheur à 0“,16 de profondeur pour chaque centimètre.
La valeur normale de 4,000 fr. pour la terre n*> 5 ne serait ‘ pas une base générale pour tous les genres do culture; il s’agissait ici de culture de garance. . .
Il faudra donc chercher une nouvelle base, que nous appel-
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DÉTEIM. DE LA VALEUR RELATIVE DES TERRAINS. '413 lerons B, pour chaque pays et chaque genre de culture, et qui consistera à coihparer des terres de même qualité, les unes sèches et les autres conservantde là fraîcheur (0, 10 d'humidité), à une certaine profondeur, et diviser la différence de valeur par 1 mètre nioins le nombre de centimètres où l’on trouve la fraîcheur la plus élevée. '
Si, d’après ces données, nous supposons que la ténacité, égale à zéro, ne nous donne en travaux que iü fr., comme nous J’avons indiqué plus haut, et que la base choisie B pour la valeur de la terre sèche soit égale, dans notre cas, à 1400 (22
08 • • ^ + 44X ‘ c.*, nous aurons, à 0®,16 de frai-
oheHr et en supposant 1^,1 do ténacité, 1430,60 -f 60,80 X
84 — (22 + 44 X = 6500 fr. 06 c.
. Si, à moins de 0°‘,60, on rencontrait une couche de terre ayant plus de 0,22 d’eau, le terrain serait humide et cesserait probablement de convenir à un grand nombre de cultures industrielles. Il y en a quelques-unes, le chanvre entre autres, qüi 's’^accommodent de ces terrains^ pourvu que l’humidité extrême ne remonte pas plus près de la surface. Nous n’aVons pas eu occasion d’étudier ces genres de terrains sous le point de vue de leuir évaluation.