ag*o1.0GüS
des valeurs absolues. Nous avons tou|ours pris four terausde comparaison, pour module, une terre d'uaq valeur déjà connue, et c'est do celle-ci que nous avons déduit la valeur des autres. Nous ferons voir plus loin les raisons qui «npècbent d'avoir un module universel, perpétuel ; pour le moment, nous nous bornerons à montrer dans quelles limites et sous quelles modilications nos applications demeurent exactes,
. En choisissant des caractères qui embrassent toutes les propriétés principales des terres et les sources de leur fertilité, nous avons écarté de grandes causes d’erreur; si, par exenv pie, nous avions cherché à apprécier séparément les modifications qu’apportaient à la valeur du sol sa profondeur, la nature de son sous-sol, sa composition, et la pluviosité du climat,. sa nébulosité, sa ventilation, il est probable qu’ôutrerineomplel des éléments d'une pareille recherche, nous aurions trouvé de telles complications dans leurs réactions réciproques, que tout calpul serait devenu impossible. Au lieu de cela, en partant du résultat complexe de ces éléments divers, de la sécheresse .et de Timidité du terrain, nous avops simplifié à la fois et les recherches de la théorie et l’usage qu'en fera la pratique. Nous ayons agi de même .pour les autres hases de notre i^préiciation. , , :
Mais ce ne sont pas seulement les qualités de la terre «>bsidérée en elle-mèmc qui constituent sa valeur, il existe encore une foule de circonstances extérieures qui agissent avec une grande puissance ; nous en signalerons spécialement quatre : 1“ le mode et l’activité de la culture; 2® la richesse locale; la répartition de la population; 4° l’éloiguemcat des terres des habitations et des marchés ; et sans entrer dans tous les détails que comportent de tels sujets, qui appartiennent à l’économie politique, nous nous bornerons, dans les artk^s suivants, à faire ressortir leurs effets sur la valeur des tar-^
rains.
DÉTEBM. DE LA VALKCB HBLATIVR DES TFRRAIHS. 41 S
, SECTiOfil". — ActivUé de la eulHtre. ‘ •
■ Un jour, notre digne et excellent confrère, M. Huzard, con- «uhé sur la convenance d’acheter une terre dans certain canton de la France, répondit : « Prenez garde, vous ne tirerez ’
' pas de cette terre ce qU’elle parait valoir : je connais les 'hommes de ce pays ; ils manquent d’activité, les éléves des ééoies vétérinaires qui en viennent ne frappent pas dur sur
■ l'enclume. » Quelle juste et fine appréciation ! là où les bras de l’homme sont énervés, soit par la débilité'physiqne provenant d’un mauvais' régime, ou par dë longues habitudes de paresse ; là où ils ne frappent pas dur sur l'enclume, la valeur •des terrés sé ressentira de leur mollesse. Il y a longtemps que nos pères l’ont dit : « Tant vaut l’homme, tant vaut la terre. » ■
Cette activité de rhommeTejaillit sur la culture et elle se traduit par le capital employé, mais i| faut se garder de croire . que la rente soit toujours proportionnelle à ce capital; celan’est vrai que jusqu’à-un certain point, comme nous allons le voir. Supposons une terre négligée qui, avec 80 fr. par hectare de capital de culture,' produise 130 fr. de produit brut, la rente ^èra de 40 fr.y on met ce terrain.en meilleur état, on extirpe les mauvaises herbes, on approfondit les labours, on marne, on ' (urne, les frais de culture s’élèvent à 200 fr., le terrain rap- ' porte 360 fr., la rente est de 100 fr. On ne se borne pas là : ’bn porte les frais à 300 fr., les produits bruts sont de 500fr., fà rente est de 200 fr. Voilà ce qui aura lieu dans le dèvelop- •pement progressif de l’industrie agricole de tout an pays, et remarquons que dans ces différents cas le rapport de la rente au capital employ é se trouve comme 50, 60, 66. U est d'abord 'évident que la rente n’est pas proportionnelle au capital de culture, mais qu’il y a un certain ' maximon que l’on peut atteifldrej étju^u'où les efforts du «oltivateur sont secondés
416 r : AGKOLOGIE» f r ;
par la fécondité de la terre et par la force d’absorption des plantes; jusqu’alors, pour chaque franc déboursé par la culture, il semble que le sol rende deux francs; mais quand on dépasse cette limite; quand, par l'activité de la culture et le choix des plantes cultivées, .toute l’action du sol sur l’engrais a été mise en mouvement, il n’y a plus de produit dépendant directement de cette action; tout aecroissement résulte d’uneaddition de l’engrais lui-mémo, et ne fait qu’en rembourser la valeur ; arrivé à ce point culminant. Je produit brut peut s’accroître, mais le produit net s’arrête, toutes les dépenses ei^cédantes ne sont plus qu’un placement de capitaux qui doit rentrer en entier au fermier, au même taux et au même titre que pour toute autre ospéce d’industrie. Le fermier peut s’enrichir, mais la rente reste stationnaire comme le produit nçt.
Il est donc très avantageux pour, les propriétaires d’atteindre ce maximum (et combien ils en sont loin presque partout!); il leur est indifférent qu'il soit dépassé.
Dans l’évaluation des ^terrains, prendra-t-on pour type, pour module ce point de perfection? mais il n’est pas le même pour tous les terrains, pour tous {es climats ; mais peut-être l’état de la civilisation s’oppose à ce qu’il pui$se être atteint longtemps. A quelle époque les terres de la Nouvelle-Zélande', celles du Texas seront-elles cultivées avpc la riebé activité.de celles de Flandre? A quel points'arrète la série croissante de la rente aux Antilles? A quel taux des frais de culture doit-on se borner pour les sables de Provence et pour ceux de la Prusse? . Nous ne pourrons répondre de longtemps à tqutes ces questions. On ne.peut donc espérer, de faire des évaluations exactes qu^en se réglant sur l’état des terres et sur l’emploi des capitaux fait ’ dans le pays même dont on veut évaluer le sol. Nous sommes donc ramenés ici à la nécessité des types locaux, et 'a celle de ne faire que des évaluations comparatives, à l'exclusion des évâ-luations absolues qui n’auraient aucun résultat pratique, ^
• DÉTEBM. DE LA VALEUR RELATIVE UES TEttRAIXS., 41*7
Od ne doit pas même étendre trop loin le cercle de ces comparaisons. D'une commune à l’autre, que dis*je, d’une section de commune à l’autre, les procédés de culture difîèrcnt quel- ■ quefuis. Ainsi, ils sont ordinairement plus parfaits, plus soignés, plus actifs autour du centre des habitations. Là on consacre plus de travail, plus d’engrais aux terres qui semblent fertilisées, comme disent les habitants, par la fumée de la ville,
. mais qui le sont en réalité par l’œil et le bras du maître *. C’est . donc autant que possible dans des situations analogues que l’on prendra des types de comparaison.
Section II. — Richesse locale.
, La richesse immobilière d’un pays n’agit pas toujours de la ■même manière sur la valeur des terres. Les capitalistes se satsissentbien, dans tous les cas, des terrains voisins des villes pour ,1cs transformer en parcs et en jardins, mais ils affectionnent ' ceux qui sont dans la position la plus agréable, qui ont la plus belle vue, le meilleur air; ce n’est pas à la nature et aux produits du sol que s’adressent leurs préférences, mais à certaines qualités extérieures, indépendantes de la valeur agricole. Cés besoins satisfaits, le reste des terres demeure sous d’autres influences. Tant que l’intérêt de l’argent est élevé au-dessus do celui que procurent les terres, il est consacré aux spéculations ' commerciales et industrielles ; mais dés qu’il tombe au même niveau, dès que son abondance le rend d’un placement dilbcile dans l’industrie, alors la valeur des terres augmente dans un rayon plus ou moins étendu, proportionné à la masse des capitaux disponibles, et les sommes employées à cet achat tendent à la diminuer en faisant remonter l’intérêt de l’argent.
On peut faire deux objections à cette théorie, que nous
. (1) Il ne faut pas méconnaître cependant que l’atmosphère des villes parait avoir un effet fertilisant réel sur les terres qui sont soumises à ‘ son influence.
AQBOLOOIE- .
croyons l'exacte représentation des faits ; ainsi l’on nous dira d’abord que l’ar^nt employé en achats de terre ne fait que changerde mains, qu’il ne diminue pas la masse dés capitaux et que par conséquent il ne peut avoir aucun effet sur le taux de l’intérêt. L’effet que nous avons signalé tient à une distinction importante que l’on a négligée -, c’est celle qui existe entre la grande et la petite circulatien. €enx qui vendent leurs terres ne les vendent pas généralement pour placer l’argent qu’ils en . retirent, mais pour se libérer de leurs dettes. Cet argent, qui dans les mains du capitaliste acheteur circoiaitsur la place, est 'dispersé dans un grand nombre de mains qui arrêtent ou ralentissent sa circulation, qui l'emploient h solder des comptes de diverses natures, et lui font faire un circuit, pendant lequel il sé trouve soustrait au mouvement des capitaux disponibles. acheteurs eux-mémes ne manquent pas de consacrer des sommes considérables en réparations et améliorations, ctlesjei;'^ tent ainsi dans la petite circulation qui paie le maçon, le ma-' nouvrier, d'où l’argent va* au boulanger, du boulanger au marchand de farine, au meünier, au propriétaire, et reste quelquefois un an entier hors du cerclcde la grande circulation, où seulement il est disponible pour les emprunteurs. II y a donc chômage d’assez grandes sommes quand les capitaux sont employés en achats de terre, chômage accru encore par les formalités, les délais de purge hypothécaire, etc., chômage qui est d’autant plus long et plus obligé que l’organisation Financière d’un pays est moins avancée, et ce chômage ne manque pas de réagir sur l’intérêt des capitaux. Et qu’on ne croie pas que cet effet a lieu dans de petites proportions ; chaque année, en France, il se fait pour à 1500 millions dé vente à titre onéreux, qui, parles modes de paiements et les autres inconvénients que nous avons signalés, dans un pays où l’argent cir- .CUle avec diffîculté, doivent occasionner une augmentation sensible de l’intérêt.
0Én:nM. de la vajlbdr rblative des TpnRAixs. 419 , Iji secomlc (MtcuHé consiste à nier qu’il soit nécçssnif c que l’argent (lescctuJe an- taux <iu produit net des terres pour qu’il y ait tendance à réaliser les capitaux en achats de biens terri-' toriaux. Supposons l’argent dans le coDamerGC à 4 p. 100, on achètera peut-être des terres à 8 et demi, et on ne taxe pas d’^absurdité et d’ignorance ceux qui feront cet échange de placement. On restera persuadé qu'ils ont calculé létaux de l’assurance de l’argent placé chez les banquiers, et qu’ils ont bien vu qu’il s’élevait à 1 et demi par an. En effet, quand l’intérêt s'élève sur la place, non parce que les affaires deviennent plus brillantes- et plus nombreuses, mais à cause .de leur difficulté qui les rend plus chanceuses et fait resserrer les fonds, ne Voiton pas les ventes de terres devenir plus nombreuses et se-faire à des prix plus élevés? La tendance à acheter, la valeur quol’on attribue aux terres est donc en raison des risques que . courent les capitaux placés dans l’industrie; la différence qui ' . existe entre la rente des terres que l’on achète et l’intérêt des fonds placés dans le commerce n’eSt donc que la. prime d’assurance.de ces derniers. ;
. Nous conclurons donc que les terres augmentent de valeur toutes les fois que les capitaux excèdent les besoins dn coni- ■ merce., et que l’intérêt des capitaux mobiliers se rapproche toujours de celui des capitaux immobiliers , augmenté de la prime d’assurance qui représente l’état de sécurité relatif de ces deux placements ; que cét état do choses dépend de certaines circonstances qui ne peuvent être prévues à priori, que par conséquent il ne peut y avoir de module dé la valeur des terres fixé à l’avance, et qu’il faut en choisir un pour chaque époque, dans les faits accomplis à l’instant même pour lequel on opère-
Section III. — Richesse de la population agricole.
Si I.’ abondance des capitaux'4es villes ot une influence aussi
420 AGRÔLOGIE. ' -
. marquée sur la valeur de la propriété rürale, celle qu'exerce l’aisanoe des agriculteurs eux-mêmes est encore plus considé- ' rable dans les pays où les terres sont librement commerçabies. Jamais cet effet n’a été plus marqué qu’il ne l’est en France depuis la révolution de 1789. Avant ce temps, les paysans étaient -propriétaires dans lesud-est de la France et cherchaient à étendre leurs propriétés ; mais depuis lors cette tendance s’est manifestée au loin, et rien n’indique que les succès de ces compagnies de commerce de biens-fonds, que l’on a désignées sous ' le nom de bandes noires, soient prompts à s’arrêter. Ces compagnies, en vendant en détail les domaines qu’elles ont achetés en gros, ont fait faire des miracles de travail et d’économie aux -paysans qui prennent des engagements considérables avec ■elles, et qui- parviennent tous les jours à les remplir. Nous . savons tout ce que l’on peut dire en politique et en économie ' sur cette vaste opération -, mais nous laissons ces discussions pour un autre moment, et nous nous bornerons à' constater ses effets sur la valeur des terres.
« Quand un fermier ou manouvrier se trouve dans des circonstances telles qu’il .peut réaliser des économies sur le prix de $«n travail, ce qui lui manque pour que ces petites somnles lui profitent, c’est un placement dans lequel il ait confiance. Cno armoire fermant bien, une cachette bien secrète, tels ont été pendant longtemps les dépositaires de son petit trésor ; et, dans le mystère dont il environnait sa propriété, l’exemple du progrès de sa fortune était perdu pour ses pareils. Le plus grand nombre, moins prévoyant, dissipait des économies à peine formées, pour de prétendus besoins ou pour des satisfactions d’amour-propre ét de vanité. Les caisses d’épargne sont la véritable solution de la difficulté ; espérons que leurs bienfaits ne se renfermeront pas toujours dans les villes : déjà ils sç font sentir sur les classes agricoles qui les habitent, et si les' odqiini^rateurs de cçs caisses placées dans ùcs centres de oui-
DÉTERM. UE LA VALEUR RELATIVE DË» TKRRAIXS. 42t lure créaient des bureaux dans les communes rurales, si le clergé prenait à coeur les vrais intérêts de sçs ouailles, s’il voulait devenir l’intermédiaire entre les caisses d’épargne et les villageois, s’il se rendait le promoteur de cette bienfaisante • institution, il leur rendrait le plus grand service en travaillant efbcacemént à les éloigner des vices qu’ils contractent par la . fréquentation des cabarets, cafés et billards
Quand les habitants économes des campagnes sont parvenus ; à rassembler, un certain capital, ils ne peuvent en suivre le mouvement à leur gré sur la place; il leur reste donc deux moyens de l'employer, ou en augmentant leur capital de cbeptel et dé culture, ou dans l’achat d’une propriété. Le premier ‘ moyen n’est pas à l’usage des métayers, qui verraient leurs propriétaires entrer en partage de leurs mises de fonds; les ' fermiers ne sont pas assez sûrs de la continuation de leurs., baux pour changer leur modë de culture; reste donc l’achat des terres. En devenant propriétaires ou en augmentant leur , propriété, ils satisfont à la fois leur intérêt et leur vanité. Ils* ■. achètent presque toujours pour des sommes supérieures à cèlles qu’ils possèdent, mais on leur donne du temps, et alors, par des efforts de travail, d'industrie, d’économie, ils parviennent à se créer cette petite fortune qu’ils n’auraient jamais su. acquérir sans le puissant aiguillon du créancier, prêt à les dépouiller de cette propriété qui fait leur gloire et leur bonheur. Voilà comment la propriété se divise et comment cette division devient à la fois la àource^de la fortune du paysan et la grande , * école de cette agriculture qui donne des produits immédiatement réalisables.
Les qualités propres à cette école sont sensibles : 1® elle sollicite à mettre en activité les plus forts capitaux possibles ; or,
(1) Un de nos évêques les plus respectables, et qui concevait tout le bien que pouvait faire son intervention, s’y est refusé avec regret, à cause des intérêts que portaient les sommes placées et qui étaient contraires à ses principes ! . . . ' ‘ '
i - . AàaOLOGlE.'.
le seul caprtai qui reste au paysan, après avoir payé les premiers à-comptcs de son acquisition, ce sont ses bras. La terre reçoit alors des cultures profondes, soignées, qui doivent suppléer à . l’engrais, en allant chercher dans le sein de la terre tous les principes de fertilité qui y sont cachés, en la pulvérisant, en exposant à fréquentes reprises ses particules à l'action de l’atmosphère; elle se préoccupera surtout de la culture du • froment et de celle des végétaux de commerce, qui, les uns et les autres, se réalisent promptement en argent; sous ce rapport, elle vient en aide à l’industrie manufacturière, elle donne une vive impulsion au commerce intérieur des den- ' fées, elle crée dans le pays des besoins d’activité, des rapports d’action qui pourront plus tard prendre une autre direction. ,
, . Ses défauts ne sont pas moins visibles : la fécondité de la '
terre résultant de deux éléments, le travail et les engrais, si . l’on excède dans l’an ou l'autre, on n'obtient que des résultats .’ temporaires; si c’est de travail qui surabonde, il arrive un moment où les sucs mis en réserve dans le sein de la terre sobt épuisés; si ce sont les engrais, la ténacité du soi, son peu de ' profondeur, l’abondance des mauvaises herbes annulent leurs efiets. Or, dans cette culture exigeante, talonnée par le créancier, l’équilibre est rompu entre ces deux puissances, le travail doit suppléer à tout ; 3° l’argent manque pour acheter du bétail, le temps manque pour faire croître des herbages qui>le • nourriraient et dont il faudrait attendre les rentrées, fl s’agit • de trouver dans les produits du sol et dans un temps donné non-seulement l'intérêt, mais une partie du capital de sa valeur! La durée des journées de travail n'a plus de limite pour ic cultivateur qui s’est enchaîné à cette gaiére; il travaille le jour, il travaille la nuit, soutenu qu’il est dans celte carrière laborieuse par la perspective de devenir enfin propriétaire do cè terrain. Ainsi plus de culture qui ne produise pas dans l’{;n-
. DÉTERM. DE LA VALECll BELATIVE DRS TERRAINS. 4^3 née même l’argent qui est nécessaire pour solder le termo * échu ; le lin, le colza, la garance, le blé, se succèdent sans interruption. Plus tard, quand ou aura payé, ne sera-t-on pas à temps de réparer les pertes du terrain, ou ^utôt ne se fait-on ■ pas illusion? Ne se figure-t-on pas que ces produits s’éterniseront sous le même système de culture? L’expérience est déjà renue : déjà les mines de garance sans engrais sont épuisées en beaucoup de lieux, et bientôt la nécessité amènera un grand . changement dans le système agricole. Il faudra en venir i adopter nne^orte proportion de récoltes fourragères; mais alors le prix d’achat des terres sera liquidé en partie, et ne sera-t-il pas vrai de dire que l’introduction d’un bon assolement aura été provoquée par la culture forcée qui l’a précédé, par le réveil de l’industrie agricole, amenant les cultivateurs, sous peine de déchoir, à une culture qui multiplie les. engrais, et que le trésor trouvé dans la terre par le travail, le désir de l’y voir s’y renouveler aura été le véhicule de cet important progrès? .
Que l’on se figure maintenant toute cette population animée d’une telle ambition, et arrivant aux enchères des terres que l’on rhet en vente en détail ; qui ne conçoit la vive concurrence ' qui va se déclarer, la /surenchère qui en sera le résultat, ét . enfin l’augmentation du pri* des terres, non-seulement do celles qui sont en vente, mais, par contre-coup, de toutes celles qui restent encore indivises et dont on a appris à coimaltre la véritable valeur?
Cet accroissement de prix est dans chaque pays en raison directe de l’étendue des terres à vendre et du nombre d’habr-' tants qui s’empressent de les acquérir. II est immense dans les vallées resserrées, où la population s’est accrue par l’exercice . de l’industrie manufacturière; il est moins considérable dans les plaines où le nombre des habitants est moins grand en pro- 'portion de .1:^ surface. L’art des bandes noil’es est de ne pas
424 ; ■ , . AGROiLdGlE. ,• .
’ multiplier coup sur coup les ventes, de les proportionner auxfacultés et au nombre des enchérisseurs, et, le nombre de ces compagnies étant assez limité, elles se sont partagé le terrir’ toire, ayant soin de ne pas empiéter les unes sur les autres, pour Se conserver un prix de monopole.
La progression de valeur des terres vendues eb parcelles continuera tant que la grande culture n’aura pas trouvé le secret de faire produire aux terres un revenu net égal à celui des parcelles. Mais ici se présente une autre diOîculté : à mesure, que la masse des cultivateurs devient propriétaflre, le nombre des manouvriers à la journée diminue; et le prix de leur tra-= vail augmente; par contre-coup, il devient toujours plus difficile do conserver de grandes exploitations sous la grande culture; la lutte n’est pas égale entre un j)etit propriétaire qui cultive son champ sans se rendre compte du prix de son travail ni du nombre d’heures de sa durée, qui y met oette ardeur que l’on voit aux tâcherons, et -le riche propriétaire qui •paie un travailleur à jouri>ée, à année, travailleur qui se tïouve souvent être de ceux qui, cause de leur faiblesse ou de leur incondiiite, n’ont pas su inspirer assez de confiance pour devenir propriétaires. Ainsi , il y a à la fois réduc- • tion dans le nombre des ouvriers, réduction dans la quan- -tité du travail, et cependant augmentation du prix de ce travail; il faut donc chercher les moyens d'en réduire l'emploi, ou vendre des propriétés onéreuses. Le premier moyen existe; il est connu d’un petit nombre d’agriculteur^ qui ont réfléchi sur leur position; nous le développerons dans le cours de cet ouvrage. .
Section IV. — Influence de la population.
. .Tous les éléments qui constituent le mouvepientsocial jéa- •gissent les uns sur les autres; la richesse de la population
VÉTEBH^ DE LA VALEOR RELATIVE bES TEBRAINS. .4^5 amèoe à son tour son accroissement, et cet accroissement e$t ‘ aussi un signe visible de l'accroissement de valeur des terrains. Mais il faut surtout considérer la population agricole et no pas la confondre avec celle des villes. Sans doute les terrains placés immédiatement autour des grandes villes acquièrent une grande valeur parce qu’ils sont convertis en maisons dq plaisance ou en jardins maraîchers; mais si, en dehors de la sphère d’activité, on retrouve le désert ou une population agrt-' çole dispersée dans des manoirs éloignés les uns des autres, si ta grande ville manufacturière attire à elle toutes les forces agissantes de la population rurale, on peut être certain que, loin d’accroître la valeur des terres, elle la diminue. Nous ne pouvons ici que nops réunir à l’opinion d’un de nos plus judicieux agriculteurs, M. RielTel, en adoptant la base qu'il propose pour l’appréciation des terres relatives à la population.
« Rien de plus favorable à l’amélioration du sol, dit-il, ' que sa division entre une population très nombreuse, uniformément répartie ; ainsi l’agglomération des grandes villes est unë ■ cause de la dépréciation du sol; aussi bien que les industries exclusives qui paient de forts salaires et éloignent les hommes . des travaux champêtres, tandis que les bourgades et les hameailx rapprochés, dans chacun desquels certaines industries libres, par métiers isolés, peuvent employer les.moments perdus , par les pluies et les intempéries, sont une circonstance des plus favorables et qui double surtout la valeur du sol, ou, pour mieux dire, le produit du travail des hommes qui se partagent
ainsi antre la production et l’industrie Les^ pays les plus
peuplés, agricolement, peuvent seuls perfectionner la culture et les produits, hâter, atteindre et devancer la période commerciale, et passer de celle-ci à la période jardinière, il importe donc peu qu’un propriétaire vendeur vous aflirme et vous prouve que ses terres peuvent porter du lin ramé, du tabac,
^ (1) Aÿricttlture de l'owst, L II,p. '■
•*4îG
*AGR0L0GIK.
de la garance, etc.; je ne donnerais pas un sçu de pins de ses terres si le manque de population dressée aux manipulations de CCS cultures ne me permet pas de les adopter avec profit.
■ « Il est très remarquable de voir que partout, à peu près, le produit net du sol soit en progression croissante a vee la population, mais beaucoup plus rapide; ainsi en comparant au département des Basses-Alpes ceux : ‘
1» du Nord, où la population est 7 fois plus considérable, pn trouve que
‘ ■ le produit est 15 fois plus
' .fi” du Rhône- f . O" ■ . ■ C [élevé.
3® de la Seine-Inférieure. . . 5,5 11' . :.
4” du Bas-Rhin 5,5 7 .
ï” du Haut-Rhin. ...... 5 5 ' ' •
Population. . 29 f. plusconsidér., prod. 45 fois.
(i D'aprèseesdonnées, je crois pouvoir établircet ordre d’m- Buence de la population sur le produit net, et partant sur la valeur du sol, en supposant ici comme toujours toute» les autres circonstances de climat, de région, de fertilité abso- ' lument semblables: quand la population serait de une âme par ;
exemples:
50 à 100 area, la valeur serait 100 Nord, Selne-Infér., Bas-Rhin.
100 à 150. .......... 50 SoiQBie, S.-et Oise, Lot, VattcL
• 150 à 200 30 Finistère, Sarthe, Loire, Gard.
fiOO à ■280. . 25 Meuse, Doubs, Htiruult.'
•500. à 350. ........... 14 Indre, Lozèré, Pyréoéas-Or. <
500 à 600. . . 7 Basses- A^es. »
Ges chifires ne sont vrais que considérés en grand,' car on trouverait dans chacun de ces départements des vàtlée's, des cantons, où la population serait aussi'presséc que dons les départements les mieux peuplés et où les' terres seraient "aussi théres. C’est donc sur la population locale et agricole d’une cnconscription qu’il taut porter ses regards pour admettre la réalité des cbiiïres proposés par M. Bicfrel. Mais H est vrai de dire que si l’on considère les produits d’une contrée tout
Digili^ed Jy Godgle
DKTERU. DE LA tALEl'R RELATIVE DES TEERAINS. 4S7
ootiérc^ doDtla populatkm n’est que de 1 liabUant par 5 àGOO ares, la valeur des terres n’y sera prubaiilomeut pas au delà des sept centièmes de celle de pays peuplés de 1 bidiitant par 50 à 100 ares. . < . .
Il faut aussi faire avec l’auteur la réserve de l’influence du climat qui balance et renverse quelquefois oette proportion; ainsi les teri;çs.de Vaucluse valent autant, à égale fertilité, que celles du Nord, quoique. la population y soit moindre, parce que le premier département appartient à la région de l’olivier « ■ et parce qu’aussi sa population est plus agricole et moius ina^ nufaeturière que celle du Nord. . ;
Section V. — Diitancedeê marchés-, état des communicationsi
La distance où une terre se trouve des lieux où l’on doit faire de fréquents charrois, des marchés où l’on vend lesden- . rées, de ceux où l’on achète les engrais, des minières où l’onva chercher la marne,. des fours où l’on cuit la cbaux, est aussi . une cause qui a une grande influence sur la valeur d’une terre; le bon ou le mauvais état des communications n’est pas moins important à considérer, et nous en avons donné le détail plus
* haut, en traitant de la méthode historique. * -
Quelquefois, l’éloignemënt et l’état des chemins sont tekque toute agricullùre qui nécessite des transports devient iiii-; possUde. Nous connaissons bien des positions «n Corse et en Sicile qui sont dans ce cas; mais nous ne pouvons pas en citer d'exemple plus frappant que celui que noos donne Raroon de. laSagradans son excellente histoire économique de l’ile do' Cuba ' . « Un grand obstacle aux progrès de l'agriculture dans cette lie, dit-il, vient de la rareté des. chemins ét du mauvais état de ceux qui existent. Beaucoup de propriétaire sont ohli-,
* gés de renoncer aux riches cultures et de se borner à celles des
.(■I) .^In espagi-.ol, p,83,. • V.ij , ^
AGBOLOGIB.
vignes, du maïs et des autres vivres consommés sur placeÿ parce que les frais de transport augmentent le prix de leurs produits de telle sorte qu’il est impossible de les vendre au tnarché. Ces frais paraissent incroyables en Europe; une caisse de sucre qui vaut, prix moyen, 100 francs, coûte au propriétaire de la vallée de Guines jusqu'à la Havane, trajet de 48 kilomètres, la somme de 30 francs, et 35 francs dans la saison des pluies, c’est-à-dire 30 et 35 p. 100 de sa valeur. Une pipe d'eau-de-vie distribuée en barils, dont le prix est de 75 francs, coûte 50 francs de voiture, ou 67 p. 100 ; le café, à la distance de 44 kilomètres, coûte 13 p. 100 de frais de transport, etc. Quelques produits volumineux et de peu de valeur coûtent plus qu’ils ne valent, comme la mélasse, qui paie dOOp. 100 de sa valeur. »
De tels exemples font comprendre combien, dans-l’évaluation des terres, il importe de ne pas négliger l’état des communia cations; ils montrent toute la grandeur du bienfait de l’é^
. tablissement des chemins praticables en toute saison. Nous avons vu cependant des cultivateurs faire entendre des murmures contre les dépenses que l’on exigeait d’eux pOur les construire, et tel d’entre eux se remboursait en une seule semaine des journées de prestation qu’il avait faites pour leur * établissement. Nous avons vu un chemin vicinal (ait avec soin et dans des pays coupés, valoir aux habitants, chaque année, en économie de transport, le capital qu’il avait coûté ; nous' avons vu un propriétaire lutter six ans entiers contre l’expropriation d'un coin de terre dont on lui offrait trois fois U valeur et qui devait amener à sa porte une route départe- • ' mentale au moyen de laquelle il a pu retrancher la moitié de «es bétes de transport, tant il est vrai que l’ignorance est le plus grand ennemi de nos intérêts.
Noua pourrions multiplier les différents points de vue dont BOUS venops de nous occuper, qui influent sur la valeur des
uigitized oy Googlc
DETERM. DÉ LA VALECR ftCLATIVE DES TËHRAIN'S. 42Q terres ; nous pourrions rechercher les eiïets de la fréquence des grêles, des inondations et des autres fléaux naturels sur les ' ' appréciations. Nous pourrions aussi, avec Thaër, faire envisager comme une cause défavorable la position d’un territoire sur une frontière qui est exposée à devenir le théâtre de la guerre -, insister sur ce que l’esprit processif des habitants ap- ' porte de dommages à la valeur du sol ; ces points de vue ne peuvent être niés quand il s’agit d’une estimation absolue; ' ' mais nous n’avons pas pensé qu’elle fût possible, nous avons • toujours pensé que l’on ne pouvait évaluer les terres que rela- . . ‘ tivement à une valeur connue, et dès lors il est bien entendu , , que l’on doit choisir l’étalon dont ou se sert dans les conditions les plus semblables possible avec la terre à apprécier.