CHAPITRE II
De* lrrlgatK>n«.
Section F®; — Qualité des eauxi
La qualité des eaux que l’on emploie à l’irrigation est loin d’être indifférente. Les paysans les plus grossiers savent que certaines eaux ne produisent aucun effet fécondant, que d’au>tres paraissent au contraire stériliser les terres, tandis que l’on en trouve qui semblent porter la fécondité sur les champs qu’clIcsarrosent.Les premières sont généralement des eaux peu aérées et peu oxygénées qui s’emparent de l’oxygène du sol et des plantes ; les secondes sont des eaux qui contiennent en notable quantité des sels carbonatés de chaux ou de fer , ou çlcÿ sulfates de chaux , car les carbonates, en perdant à l’air une partie de leur acide carbonique, se précipitent, encroûtent les ‘ plantes et ferment les porcs de la terre , et les sulfates de fer en trop grande abondance sont de véritables poisons pour les plantes; enfin il y a des eaux fertilisantes : ce sont des eaux aérées, contenant des sels de potasse, de soude ou d’ammoniaque, des matières organiques ou de l’acide carbonique en solution. Il est donc bien essentiel de s’assurer de. la nature, des eaux
DES A«e^nE.^IE^^s.
avant d’entreprendre de les dériver ou de les élever pour l’irrigation. On pourrait quelquefois avoir à se repentir des dépenses que l’on aurait faites pour se les procurer.
Les eaux surchargées de sulfate de fer se décèlent par leur goût astringent et métaH ique. Nous ne nous en occuperons plus. . Pour déterminer la quantité d’air contenue dans l'eau, on remplit de cette eau un ballon auquel on adapte Un tube recourbé plein d’eau bouillie, et on engage le bout du tube sous une cloche à mercure. On fait bouillir doucement; quand il cesse de passer des bulles d’air, on s’arrête. On mesure le gaz obtenu; on fuit les réductions selon la pression et la température, comme on l'a indiqué à l’analyse de l’azote, dans la preiirière partie. L’eau complètement aérée dissout un trentesixième de son volume d'air. Cet air est plus oxygéné que •l'air atmosphérique. On trouve dans les eaux moyennement aérées deux litres d’air par cent litres d’eau. Mais au-dessous de Qultc quantité, et surtout si on est loin de l’atteindre, on doit regarder l’eau comme peu favorable à la végétation ; les eaux de puits, dont l’eau est stagnante, sont souvent dans ce cas, ainsi que Icâ eauxilc neige fondue. M. Boussingault attribue au défaut d’aération de ces deimiéres la production des .goitres dont sont affectées les populations qui s’en abreuvent. I.a végétation n’en éprouve p$is de meilleurs effets.
. On peut s’assurer si une partie de l’air obtenu np contient pas d’acide carbonique en en prenant une portion dans une éprouvette, et l’agitant avec de l’eau de potasse ; ce qui manquera à son volume après cette agitation sera de l’acide carbonique. Les eaux chargées d’acide carbonique sont légèrement acides ; le goût peut, dans ce cas, suppléer à l’analyse.
£n portant l’eau à l'ébullition dans un vase ouvert, on force le gaz acide carbonique excédant à abandonner les matières Urreuses. Celles-ci se précipitent au fond du vase. On constate ainsi la présence ou l’absence des sels carbonatés. .
43# . AGHOWXatt. * -i
L’bydrochiorate'de baryte détermine dans ics eaux contenant des sulfates un précipité de sulfate de baryte. Les eaux gypseuses, que le vulgaire appelle des eaux crues, sont mauvaises pour la boisson, et aussi pour la végétation, quand le gypse s’y trouve en quantité suflisante pour former un précipité susceptible d’être pesé. ^
\ Le nitrate d’argent, en déterminant dans l’eau la formation de flocons blancs, annonce des hydrochlorates ou chlorures. Le goût avertit s’ils sont assez abondants pour être nuisibles n la végétation.
Après l’ébullition, les eaux chargées de carbonate de potasse ou de soude verdissent le sirop de violette.
Si l’on met de l’eau dans une cloche recourbée et un papfer de tournesol à son entrée, on s’aperçoit de la présence de gaz ammoniacaux si le papier bleuit quand on ehaufle la doche. ' ' Une solution d’acétate acide de plomb ou de nitrate de plomb donne un précipité noir éi l’eau contient des hydro>sulfates. Les émanations de gaz bydrbgëne carboné paraissent être nuisibles aux plantes, soit qu’eltès les atteignent à l’état gazeux ou dissoutes dans l’eau. D’un autre côté, l’bydrosulfate d’ammoniaque parait avoir agi favorablement sur les plantes.
L’acétate de plomb précipite aussi les matières organiques contenues dans l’eau, et qui sont si utiles à la végétation.
On doit toujours se délier d’une eau dans laquelle le savon se dissout mal. Ou dans laquelle une solution alcoolique de savon se précipite en flocons. C’est le caractère des eaiix crues et mal aérées. Les légumes, cuits dans de pareilles eaux comme dans les eaux gypseuses, restent durs à moins qu’on ne.lei aiguise avec un sel alcalin (carbonate de soude). 7
L’analyse des matières tenues en suspension dans l’eau n’est' pas moins essentielle. Après les avmr laissé déposer, on décantera, et l’on procédera comme nous l'avons indiqué dans la première partie pour les terres. En rapprochant les résultats
, 'des AMEMDEM&VTS. 439
oblenus d« la composition minérale du terrain k amender, oa verra si l’eau lui apporte des principes qui lui manquent,' ou ‘ ' s'il lui en apporte d'autres dont il est déjà sura bonds mment pourvu, et si l'irrigation ne fait ainsi qu'aggraver ses défauts.
* Il ne faudrait pas cependant pousser trop loin ces conclusions,
' mais avoir toujours devant les yeux que les défauts d’un terrain sec sont souvent palliés ou détruits quand on peut le main* tenir dans son état de fraîcheur. . .
Section II. — De Virrigation. • ■
L’irrigation se pratique de deux manières : ou en faisant courir l’eau à la surface du terrain, c’est l’irrigation par im- . mersion ; ou en la faisant circuler dans des rigoles ouvertes de ‘ distance en distance, de manière à ce que le terrain compris entré les rigoles se pénètre d’eau sans que la surface en soit couverte; Peau s’inGItre dans la terre , l’abreuve et la pénètre jusqu’au centre de la planche ; c’est l’irrigation par infiltration.
L’un et l’autre procédé exigent que l’on dirige les eaux dans un canal principal qui suit une ligue de niveau plus élevée .que celle du terrain à arroser. Ainsi, dans le terrain représenté
Fig. 5.
• fig. 5, la prise d'eau sa trouvant en A, et le terrain présentant
• AGROLOGIE.
tieux vallons et trois crêtes principales, on dirigerait un canal de A à B, un second de A àC, un troisième de A à D; la plus grande quantité d'eau passera par le canal AC qui a deux pentes à arroser, tandis que les deux autres en ont une seule. C’est seulement dans l’hydraulique appliquée & l’agriculture que l’ou' peut traiter des moyens de régler la quantité d’eau qui doit s’écouler par chaque canal , proportionnellement à la charge d’eau, à la pente et aux dimensions des ouvertures des canaux *.
Chaque terrain à arroser sera nivelé de manière à former un plan incliné, à partir du canal principal jusqu’à la partie la plus déclive, où devra se trouver un canal d’écoulement propre à recevoir les eaux superflues et à les diriger hors de la propriété.
La surface à arroser sera divisée en planches plus ou moins larges, au moyen de petites digues en dos d’âne de O”, 60 à 0“>,80 d’élévation, qui viendront se rattacher au bord du canal principal. Ces digues prennent le nom de coussinets AA. Au peint d’attache de chaque coussinet avec le canal, on construit un barrage {fig. 6) fermant au moyen d’une planche.
Fig. 6.
La disposition du terrain est alors celle qu’on représente ici. Quand on veut arroser, on ouvre le barrage supérieur B quj retenait les eaux pour l’arrosement de la planche A, et l'on J (1) Voir l’oavrage de M. Nadaud deBufTon sur les irrigations, t. II.
' . DES AMENDEMENTS
tient fermé le barrage B' pour empêcher que l’eau ne suive la .
.pente du canal; alors on ouvre sur les bords de la digue, du canal les petits émissaires aaa par lesquels l’eau s'introduit sur * la planche D, en couvre la surface, s’y imbibe, l’eau superflue s'écoulant dans le canal de décharge inférieur C. Quand l'eau * .
est parvenue à la partie inférieure de la planche, on ouvre , * .
le barrage B'; on tient fermé le barrage B" pour procéder à • .
l'irrigation de la planche suivante.
• Si fa pente du terrain à arroser était très forte,, et que l’on . • • .
pût craindre que l’eau d’irrigation h’agtt torrentiellement sans s’étendre sur la planche, on en réduirait la largeur, on muiti* ,
plierait les émissaires aaa (fig. 7), l’on diviserait l’éau du . •*
' , fig-T-
canal de-manière à en-diminuer le volume, et on la con- .duirait ainsi divisée aux dilTérents étages du terrain; quand on ouvrirait le barrage, l’eau prendrait' lé direction du ca- •nal en zigzag, et arroserait en peu de temps, au moyen des ouvertures oao, les diflérentes divisions de la planche, sat^ se creuser un lit irrégulier dans le terrain. La planche étant arrosée, on ferme le barrage C qui conduit l’eau dans les ca- ’■ ’naux secondaires, et l’on arrose la planche suivante en ouvrant le barrage B'.
Dans les terrains en pente, il arrive très souvent que l'on ne peut disposer qpe de l’eau d’une source peu abondante ;
. nifjitizGd'byX^OOgle
449 ' . ' AGROL-OGJE. 'v ' . ‘ .
alors on laisse couler l'eaii fort lotvgteirrps entre les déux barrages, et elle se répand en petits filets par les ouvertures sur lu surface du pré; ce n'est que quand on s'aperçoit qu'une planr che est suffisamment arrosée qu'on ouvre le barrage suivant, ' en fermant, comme on doit le faire dfins tous les cas, les ouvertures à a a des planches qui ont reçu assez d'eau. '
L’irrigation par infiltration se conduit de la même manière, excepté qu’au lieu des larges planches de la disposition précédente, où elles ne sont bornées que par la quantité d'eau dont on peut disposer, elles doivent l’ètre par le plus ou moins de . perméabilité et de capillarité du sol. L’expérience réglé cette largeur mieux que tous les principes que l’on pourrait donner;'
‘ chaque planche est bordée latéralement d'une rigole peu profonde tracée avec la houe, et qui tient la place d^ coussinet de la disposition précédente, les émissaires a a a n’existant pas. Quand on a ouvert le barrage B, l’eau s’écoule par la rigole jusqu’au bout delà planche; cette rigole est fermée par soit extrémité; il faut donc que l’eau pénètre et s’imbibe dans je terrain à droite et à gauche. La largeur des planches doit être réglée de manière que, quand l'eau est parvenue à l’extrémité ’ de là rigole, elle ait aussi pénétré jusqu’au centre de la planthe, vers son entrée et à 0“>,1 ou 0™,2 de profondeur.
Ainsi, dans tous les cas particuliers que l’on peut décrire avec plus ou moins de détail, sans parvenir à les épuiser, toute la théorie des arrosements se réduit à ce petit nombre de principes : 1° diriger un canal principal sur la crête du terrain la* plus élevée que le permettra le niveau de l’eau; avoir à U partie la plus déclive de ce même terrain un canal de décbar^^ où se rendent les eaux excédantes ; 3** niveler le terrain a arroser de manière à ce qu’il forme un plan incliné du canal' principal au canal de décharge; 4° diviser le terrain en planches plus ou moins larges, suivant la quantité d’'eau dont'on dispose. Cette largeur doit être telle que toute la longueur de la
DES AMENDEMENTS. 443
franche puisse être arrosée sans temps d’arrêt dans le mouvement de l’eau. Si le volume que débitent les émissaires pratiqués dans le bord du canal était trop faible, l’eau ne marche- ' •
rait pas, s’infiltrerait dans la terreot s’y perdrait; c’est pour- * se procurer le volume suflisant que l'on arrête l’eau à chaque planche jusqu’à ce qu’on aitlinide l’arrosor; quant aux arrosements par infiltration, la brgeur des planches est rclatife aussi à la porosité du terrain et à sa capillarité; il faut que la . planche entière puisse s’imbiber à peu prés dans le temps que l’eau met à parcourir et remplir la rigole latérale. L’arrose- . .
ment à la main par le moyen des arrosoirs n’est propre qu’à l’horticulture, et ne peut être admis dans l’agriculture, sj ce n’est quelquefois pour favoriser la reprise de plantes précieuses.
Section III. — Quanlilè d'eau nécessaire pour l’irrigalion.
Si nous trouvons de grandes différences dans l’appréciation de la quantité d’eau nécessaire pour l’irrigation d’un hectare, de terre, cela tient : l** à la différence' des climats, ou l’évaporation a lieu avec plus ou moins de rapidité ; 2® à celle des ter- . ' . • , ràins qui ont aussi une aptitude diOérenle pour retenir l’eau, et à leur profondeur, ou à l’existence de couches imperméables prés du sol ; 3® à la nature des cultures auxquelles on accorde •
les bienfaits de l’irrigation. Ainsi les luzernes se contentent d'uDarrosagcparcbaquecoupe;lesprairicsvculentunarlosage à chaque fois que la terre devient sèche à 0“,20de pro- ' '*
fondeur; les jardins exigent plus d’eau encore. Ne soyonsdono passurprissi ncasvoyonslesunsexigerseuleiBent3000 mètres , d’eau, les autres .'jOOO, les autres 9 et les autres 10000 mètres ' ■.
pour la totalité des arrosages d'une année. Pour rapprocher, ces opinions, il faut distinguer d’abord entre la quantité d’eau • .
nécessaire pour un arrosage, et ensuite celle nécessaire, pour l’irrigation de terrains pendant toute l'année, ou autrement la
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première de ces quantités multipliée par le nombre des arrosages.
Si le terrain est moyennement filtrant, qu’il soit plané et qifil ait une légère déclivité; que la terre soit dans un état habituel d’irrigation et ne soit pas trop desséchée; quede plus l’eau débouche sous un volume suffisant pour qu’elle ne soit . pas arrêtée par les petits obstacles, mais avance sans inter* ruption du haut en bas de la pièce de terre, on-peut fixer à SOO mètres cubes la quantité d’eau nécessaire pour un hectare. Ona 0"‘,08 de hauteur sur toute la surface du terrain; cette hauteur se porte à 0°>,1 où à 1000 mètres cubes si le terrain . est sec ; s’il est très plat et si l’eau ne surgit pas avec abondance, rencontrant à chaque pas des obstacles qu’elle ne peut franchir, et alors s’infiltrant sans avancer sur la terre, on ne peut fixer la limite à laquelle s’arrêterait la consommation do l’eau.
. Quand , au lieu d’arroser par submersion, on arrose par infij* tration, si la marche de l’eau dans les rigoles est bidh conduite, si cclles-cr ont une pente suffisante et que l’eau arrive promptement à leur extrémité, ce mode n'exige pas une plus grande dépense d’eau que celui par submersion.
Maintenant, quel sera le nombre des arrosages nécessaires, pourune irrigation complète? Il dépend d’abord du climat qui indique l’époque où la terre cesse d’étre fraîche et celle dû, par l’effet de pluies d’automne, elle le devient de nouveau. Il dépend ensuite de la texture de la terre, de sa profondeur et de l’inclinaison de ses couches, qui facilitent plus ou moins l’infiltration et l’écoulement des eaux. Dans le climat de la Provence et du Milanais, les arrosages doivent commencer au 1*' avril et finir au 30 septembre. Probableihent dans le climat de Paris il suffirait de commencer au 20 avril, et de terminer au 10 septembre. D’après les observations rapportées , plus haut % nous trouvons que les terrains qui pqssèdent 0,20
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' • , . • DES AMENDEMENtS. . 445
(Je SttJ)lc ont besoin, eJans le premier de ces climats, d’un arrosage tous les quinze jours pour que les prés n’y souiïrent pas , et ceux qui ont 0,80 de sable (élément pierreux et premier lot de la lévigation], d’un arrosage tous les trois jours. Ainsi nous voyons qUe pour chaque centième de sable ajouté, l’intervalle qui sépare les arrosages est diminué de deux dixièmesde jours. Il en résulte donc la nécessité de 12 arrosages pour les terrains qui ont 0,20 de sable pu de 9600 mètres cubes d’eau, et do 86 arrosages ou de 28800 mètres cubes d’eau pour ceux qui ont 0,80 de sable. C’est en comparant la quantité d’ëau dont on dispose avec les qualités du sol que l’on pourra juger s’il est. pt^sible de le ednvertir en terrain arrosé ; comme aussi en com-’ parant la quantité d’eau nécessaire , le prix de cette eàu et le revenu que l’on en attend, on reconnaîtra s’il convient économiquement de se procurer ce genre d’amendement. Le prix de '.l’eau dépend des moyens employés pour se la procurer, oue nous devons aussi examiner rapidement.
Section I’?. — Moyens d'obtenir l’eau.
‘L’eau dont on peut disposer se trouve ou à un niveau supérieur à celui du terrain, ou à un niveau inférieur. Si c’est à uu
niveau supérieur, il ne s’agit que de la conduire à portée duterrain par des canaux d’irrigation ; si elle est à un niveau inférieur, il faut, pour s’en servir, l’élever d’abord à ufe niveau supérieur. Dans l’un et l’autre cas, l’bydraulique fournira les méthodes d’opérer; ici nous ne devons examiner la questionque sous le point de vue de la possibilité et de l’économie.
§ I®^. — Canaux.
Si la prise d’eau pouvait toujours être placée en tête de la propriété, la convenance de se servir uniquement de canaux
AGROLOGIE.
pour conduire les eaux ne pourrait être la matière d'un doute; mais trop souvent il en est autrement. Si l’on veut dériver les. eaux d’une rivière qui a peu de pente, il faut souvent aller . chercher fort loin le niveau supérieur, et alors il y a une grande longueur de canal à creuser; le calcul des frais qu’entraînerait, le canal de dérivation, la possibilité de son exécution, telles sont les premières dilhciiltés à envisager.
Ces difficultés sont encore plus grandes lorsque l’on veut entreprendre seul la dérivation. Pour que l’eau pût être prise* au loin, il faudrait que lé domaine à arroser fut bien grand; autrement le produit ne balancerait pas lès frais. Ou ne proli*tera donc réellement des eaux des fleuves qui, par leiir pep de pente, exigent que l’on prenne les eaux à de grandes distances, qu’au moyen de compagnies qui exécutent les canaux pour en vendre les eaux.- Nous en avons de beaux exemples en Lombardie ; la Provence en présente de non moins frappants dans les , canaux de Craponne, de Boisjelin, de Crillon et de Donzère; mais les trois premiers ont pris l’eau à une petite distance, fa- . vorisés ein cela par la pente énorme de la Durance, dont ils ont dérivé les eaux ; le dernier a pris les siennes au Rhône, mais à un- point où il forme une cataracte, et où la nature avait préparé le barrage qui permettait de les porter sur des terres peu éloignées. Quand on a jprojeté un canal qui portAt les eaux du Rhône dans l’Ile de Camargue, on a déjà été obligé d’indiquer la prise à Âramon, à 33,000 mètres de la pointe de rile. .
, II est évident qu'une canalisation générale du sol, dans le but de l'irrigation, est maintenant une des entreprises les plus utiles pour la fortune publique et particulière que puisse. entreprendre le gouvernement. Bientôt la multiplication des chemins de fer rendra les voies navigables moins nécessaires, et les fleuves couleront presque inutiles sur le sol, si on ne les emploie pas à en doubler la fécondité ; cette heureuse découverte aura donc mis enfin ù la disposition de l'agriculture une
. • DES ABreNBEMK((T.S. 447
ressource que la préférence donnée de tout temps aux autres industries lui avait enlevée. L’agriculture semble n’étre appelée qu’à recueillir les miettes qui tombent de la table des ri- ' ches. Un exemple fera voir pourtant qu’elle sait mieux utiliser les eaux que les industries, au profit desquelles on l’en privait.
A Orange, une petite rivière, la Meyne, a été destinée, par • d’anciens statuts, à desservir les moulins et les usines pendant , six jours de la semaine ; seulement, pendant vingt-quatre heures, du samedi soir au dimanche soir, ces eaux sont consacrées à l’irrigation. L’étendue des terrains arrosés par ces eaux est de 258 hectares; si l’on pouvait les employer pendant ' les six autres jours, on arroserait donc en plus 1 ,548 hectares, qui, aulieu de 124 fr. par heétere, produiraient 250 fr.; c’est une augmentation de 195,048 fr. de revenu. Ces eaux mettent en mouvement sept usines, dont le revenu moyen n’est pas de 30,000 fr.; voilà les avantagesque l’agriculture peut tirer des eàux, mis en parallèle à ceux qu’en retirent les industries auxquelles on l’a sacrifiée. M. Aug. de Gasparin a donc euVaisonde le dire, c’est par centaines de millions que les gouverne- . ments doivent compter la perte qui résulte de la masse d’edu qu’ils laissent arriver à la mer sans avoir su en profiter. Ati'. reste, les esprits sont déjà éveillés sur cette grave question, et il faut espérer que, mieux éclairés à l’avenir, nos travaux publics prendront cette noble direction.
S II. — Réservoirs artificiels. ' •
'' Quelquefois ce n’est pas d’un fleuve ou d’une rivière qu’il s’agit de diriger les eaux, mais on peut pratiquer dans un vallon' fermé par le moyen de digues construites à cet effet un réservoir artificiel pour y réunir les eaux de pluie de l’hiver et du printemps, ou celles qui coulent, dans cette saison, de sources peu abondantes, pour s’en servir pendant l’été. Les Ro-
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mains connaissaient ce genre de retenue ; on en voit un dlrèm’-' pie près de Saint-Rcmi , en Provence. Il parait, d’après les 'récits des voyageurs, que la Perse en était couverte, etqué c’est de leur abolition, suite deS guerres et des révolutions, que date la ruine de ce pays. Nos grands canaux sont entretenus . par des bassins où l'on retient les eaux courantes et les eaux pluviales à leur point de partage , mais pour uii autre usage que celui de l’irrigation. Tel est le bassin de Saint-Ferréol, à la tète du canal du Languedoc , qui a une capacité de près do 7,000,000 mètres cubes, et qui reçoit par jour 87,000 mètres cubes d'eau. L’agriculture n’a pas élevé si haut ses prétentions , et nous ne comptons que des réservoirs artificiels d’une bien moindre étendue. Le plus grand de ceux que cite Caréna * est celui de Ternevasio , près de Turin , qui occupe un espace de 33 hectares, où l’eau s’amasse à la hauteur de 5 mètres, et qui peut arroser 57 hectares de prairies. Le réservoir ne contiènt que 115,000 mètres cubes, et l’irrigation de 23 hectares exigçitit 570,000 mètres cubes ; on voit qu’il faut qu’il se remplisse plus de cinq fois pendant la saison des arrosages ; il réunit les eaux pluviales d’une vaste éteudue de terrains boisés. Dans le courant du siècle dernier, une petite commune du département de Vaucluse, celle de Caromb, donna un exemple remarquable qui n’a pas été suivi.: elle barra à ses frais l’entrée étroite d’un vallon où coulait un petit ruisseau ; elle forma,, en élevant un mur de 50 mètres de hauteur sur 80 de largeur et 8 d’épaisseur , un réservoir qui peut contenir 400,000 mètres cubes d'eau, au moyen duquel elle donne le mouvement à ses moulins et arrose une partie de scs terres. Partout où un vallon recevant les eaux d’une vaste surface de collines laisse échapper, lors des pluies et des orages, un torrent passager qui souvent dégrade les terres inférieures ; partout où un ruisseau trop peu abondant pour être utile peut être retenu, et ses (i) Réservoirs artificiels. lüTiB, \Sil,
DES amendements. 449
eaux mises en réserve pour le besoin, la création d’ûn réservoir peut devenir une source de richesse. II suiht de calculer et la quantité d’eau que l’on peut recevoir, et l'étendue du bassin que l’on doit former, et les frais que coûtera sa construction, puis balancer ces dépenses avec l’accroissement do valeur qu’acquerront les terres à arroser.
Quant à la quantité d'eau à obtenir, s’il s’agit de barrer un ruisseau dont le cours est permanent, il est facile do le jauger; si ce sont des eaux, pluviales s’écoulant par un vallon, le calcul est plus difficile, car il dépend non-seulement de la quantité tfeaude pluie qui tombe dans la contrée, de la surface desterr rains tributaires du vallon, mais encore de la nature dn sol do ce terrain, de son inclinaison, etc.; un terrain de sable faibleqtent incliné, par exemple, no laissant arriver qu’une faible partie des pluies qu’il recevrait, tandis qu’un terrain argileux, gazonné, en absorberait une moins grande quantité ; plus les pentes seront fortes, et plus aussi cette quantité sera grande.- On compte en moyenne sur le septième de l’eau tombée qui s'écoule par les rivières et torrents; mais cette valeur moyenne ne peut pas être admise aveuglément partout : elle est dépassée dans les pays où les pluies tombent avec abondance, et où l’eau peut couler à la surface du terrain avant d’étre absorbée; elle ' > n'est pas atteinte, au contraire, là où il ne tombe que des pluies fines, quoique fréquentes. En multipliant le septième de la hauteur de l’eau tombée par la superGcie des terrains qui penchent vers le vallon, on aura approximativement le cube dû l’eau qui se rendra dans le réservoir; il faudra en retrancher l’évaporation qui a lieu relativement à la surface de ce réservoir, et cette considération doit faire sentir l’importance de' rendre cette surface aussi petite que possible pr rapport à la’ profondeur. L'évaporation est aussi un élément très variable, selon les climats plus ou moins chauds et venteux. Cotte a' trouvé que l’évaporation enlevait, à Montmorency, 590 milli-
AfiROLOGIB.
mètres d’eau; elle est de 1875 millim. à Orange, dans l’atmosphère agitée et chaude; enfin, il faut bien tenir compte des filtrations ; comme elles dépendent de la construction des bassins, elles ne peuvent être données que par l’expérience. Le canal du Midi perd en moyenne par cette cause 3 à 4 centimètres par jour ; M. Comoy estime à 35 millimètres la perte, par jour, do canal du Centre dans les terrains argileux, et à 25 millimètres dans les terrains sablonneux pendant les jours d’été.
Toutes ces déductions faites, on aura le. nombre d’hectoes susceptibles d'ètre arrosés, en divisant le nombre de mètres cubes qui restent dans le bassin par 1000 multiplié par le nombre d'arrosages nécessaires au terrain. Alors, si l'on fait un. devis exact de ce que coûtera le nivellement du terrain, les canaux de conduite et de décharge, I.es écluses^ etc.; et si l’on connaît approximativement le revenu de ce terrain ainsi transformé,. on pourra juger du mérite de l’opération.
S III- — Puits en étages.
La partie orientale de l’Asie, au sud de l’Hymalaya, reçoit pendant quatre mois de l’année,'par la tnousson du sud-ouest, .des pluies si abondantes qu’une agriculture régulière et riche y est possible, même sans le secours- des irrigations, parce que , le réservoir des vapeurs qui alimentent les pluies de ce paysconsiste en une mer étendue, sujette à une grande évaporation par sa position tropicale, et qui n’est séparée de ce pays par aucun obstacle intermédiaire dans la direction des vents du sudouest au nord-ouest. Il n’en est pas de même à mesure que l’on s’approche de l’ouest, et déjà, dans l’Afghanistan et en Perse, la mousson qui preourt des mprs étroites et de vastes espaces de terre ne produit plus des pluies suffisantes, et la culture n’y devient profitable qu’au moyen des irrigations.- On sa;it les soins que l’on mettait, en Pcfsc, à recueillir et à met-
( " ‘ ' DES auekoemek:ts. 45 l
tre à profit les moindres filets d'eau, et à diriger les rivières, par des canaux; maison connaît moins les procédés employésdans ce pays et dans l'Afghanistan pour utiliser toute Teau qui circule et se rassemble au-dessus des couches imperméables de terrains; ils méritent une attention particulière. Le mode de ' conduite employé prend le nom de edriz en Perse, et celui de ■ kdndt dans l’Afghanistan.
Quand les terrains que l’on veut arroser se trouvent sur le pente d’une colline, et que l’on a reconnu les pomts qui peuvent renfermer des sources ou des dépôts d’eau, on creuse au • *
bas de la pente un puits très peu profond ; puis, en remontant la pente, un autre puits plus profond ; on creuse ainsi une file de puits que l’on met tous en communication par une voie sour tetraine. La profondeur de ces.puits augmente à mesure qu’oh remonte la colline, et on a soin de les disposer de façon que le' ' . canal souterrain ait une déclivité vers la plaine. La commuai-^
. cation entre ces puits n’est ouverte définitivement que quand Je puits supérieur est entièrement creusé. Alors les eaux trouvées au fond de chaque puits se dirigent par le canal dans le puits inférieur. Si elles le surmontent, on arrose directement le sol, sinon on y puise l’eau an moyen de machines pour ht . .
verser dans iln conduit qui la transmet aux champs. La distance entre les puits varie de 10 à 100 mètres ; elle est pluscommunément de 50 mètres. Les dimensions du canal de jonction des' puits sont telles qu'un homme peut y passer, mais quelquefois elles sont beaucoup plus grandes. Le nombre des • ' puits est en rapport avec le nombre des sources, et on l’aug-
meiite jusqu’à ce qu’on ait trouvé la quantité d eau dont on ',•» . ‘ ’
besoin. La longueur d'un éàriz varie de 3 à 58 kilomèlres.'t ii pareil travail, nécessairement très coûteux, est fait par d« grands propriétaires, mais aussi quelquefois par l’assoclatio'it '
d'individus moins riches.
Cette opération est fondée sur le besoin de' rechercher les' . , *
452 ' 'AGROLOGfË. ‘ ■
eaux souterraines qui se perdraient en s’enfonçant dans la tefre, et de profiter de toutes celles qui se trouvent dans les terrains supérieurs à ceux que l’on veut arroser, comme aussi sur la nécessité de les réunir toutes ensemble, parce que l'on ' sait bien que les petits filets d’eau isolés manquent d’impui* *sion, et se perdent par infiltration pendant un trajet un peu long, ce qui n’arrive pas à une masse d’eau plus considé-' sable*.
, , § iV. — Puits forés.
^ Quand la stratilication du terrain peut faire présumer qu'à une certaine profondeur se trouve une.couche d’eau contenue entre deux couches imperméables et alimentée par des niveaux -supérieurs à la surface du sol, on peut pratiquer un forage qui amène cette eau à la sui>erficic, et permette de s’en servir pour, les irrigations. Nous avons décrit plus haut cette disposition du terrain^. Cette opération comporte une grande incertitude soit pour la réussite, soit pour la dilbculté et la dépense de l’opération. On n’a une probabilité un peu forte d’avoir de l’eau que quand les forages qui ont réussi ont été faits dans des terrains semblables du voisinage ; la profondeur à laquelle on l’atteindra ne peut être prévue que dans des bassins à stratiGcation très régulière comme celui de Paris, où M. Héricaft de Thury annonça, par l’épaisseur des couches observées ailleurs, que l’on trouverait l’eau du puits de Grenelle de 550 à 560 mètres; elle fut trouvée à 54S. Enfin, quant à la dè^ pense, elle dépend non-seulement de la profondeur, mais des obstacles que la sonde rencontre sur sa route, des accidents qui surviennent et qui peuvent arrêter le travail plus ou moins longtemps. L’histoire du puits de Grenelle offre une grande
{i) E\pKmslone. Account of kingdom of Caboul.
■ ,(2) Quatriorae partie, cliap II, sect. 5. , ■ ' •
• DES AMENDEMENTS
partie de ccs péripéties, et fait grand honneur à l'habile mécanicien, M. Mulot, qui a su les surmonter.
Les puits forés ont été usités dès la plus haute antiquité; les sources qui coulent dans les oasis de l’Egypte proviennent de puits forés, comme l'a reconnu M. Aymé ; la pratique en était générale en Artois, où l’eau sc trouve à une petite profondeur. Les fontaines de Modéne proviennent aussi d'un forage; et. quant à la théorie, elle avait été pressentie, devinée par ce prodigieux esprit de Bernard de Palissy, quand il disait : « Ma tarière percerait aisément les bancs de pierre et trouverait au- • dessous des marnes, voire même des eaux pour faire des puits, , lesquelles, bien souvent, pourraient monter plushautque lelieu • où le point de la tarière les aurait trouvées, et cela se pourrait faire moyennant qu'elles viennent de plus haut que le fonds du trou. » L’art du fontainier-sondeur, par Garnier, et les considérations géologiques sur le gisement des eaux souterraines de M. Héricart de Thury, contiennent des détails, que nous, sommes obligé d’omettre ici, sur le mécanisme de l’opération et sur les moyens de recherches. Mais ce que nous no devons pas omettre, c’est qu’en général le fqragc a bien fourni des eaux qui peuvent passer pour abondantes s’il s’agitd’alimenter une fontaine publique ou les bassins d’un jardin d’agrément, mais que très souvent elles ont été au-dessous des besoins d'une irrigation étendue. Le département des Pyrénées- Orientales parait être un de ceux où l’on a obtenu les plus grands volumes d’eau; le forage de M. Durand, à Bages, produit 2,000 mètres cubes d’eau par jour; à Tours on, en a ob- . tenu, à 0'“,50dusol, 4,000 mètres cubes par jour'; à Grenelle, par minute, 2,400 litres à la surface du sol, et 1,140 litres à 33 mètres de hauteur. Mais lé succès n’a pas été partout aussi brillant, et les forages produisant de 50 è 100 mètres cubes par jour sont de beaucoup les plus nombreux. Ces considérations suivront pour avertir les agriculteurs des chances
<454 ■ • 'agrologie.
aléatoires d’une -pareille entreprise. Nous n’en détournerons pas sans doute ceux dont la fortune peut en supporter les frais; nous leur dirons de consulter avant tout les hommes versés dans la géologie, dans la connaissance positive de la structure de leur localité; mais quand les probabilités seront pour la réussite, nous croyons qu’Hs ne doivent la tenter qu’en s’adressant, pour se diriger, à des mécaniciens habiles dans l’art du sondage.
• Aujourd’hui le prix de ces travaux est fixé proportionnelle- • , ’ ment à la profondeur : chaque mètre de plus d’approfondissement augmente de prix, de sorte que l’on ne peut pas prévoir d’avance les frais de l’opérâtion, et à plus forte raison le prix auquel reviendra le mètre cube d'eau.
— Machines à élever l’eau.
' Quand le niveau de l’eau dont on peut disposer est inférieur à’
< celui duterrain, il faut employer une machine pour l’éleverà ce niveau. Si cette eau coule avec rapidité dans une rivière, on peut • sé servir de la force du courant lui-méme pour monter t'eao à une certaine hauteur qui ne dépasse pas cependant le diamètre de la roue garnie de godets tout autour; sur l’Adige, en Allemagne, en Égypte, on donne une hauteur considérable à ces roues.
Les roues à aube et à godets ne sont avantageuses que dans ‘
' les rivières dont le cours est réglé, et qui n’ont pas des crues . fréquentes; car celles-ci, en noyant la roue, opposent Un oh- .. stade à sa marche et peuvent même la renverser. La manière ' de se servir utilement des eaux courantes était donc encore un problème mal résolu jusqu'à l’invention des turbines qui utilisent cette force de la manière la plus complète et la plus constante. <■
On a imaginé une foule de madiincs pour profitcvde la force
DES AMENDEMENTS
d’un cours d'eau ; nous aurons occasion de les décrire et de les ; discuter ailleurs; elles ont toutes l’avantage de ne conter que les frais de leur érection et ceux de leur entretien, puisque la force est donnée gratuitement. Quand on se trouve dans la po- ; sition d’en profiter, on ne saurait donc mieux faire que de l’employer de préférence à toute autre force mécanique.
Le vent èst encore une force naturelle et gratuite ; mais il . ^ n’a pas dans sa direction, dans sa vitesse, la constance. des ' .
cours d’eau. Si certains pays placés prés des côtes de la mer . •
ont des vents assez réguliers, dès qu’on s’avance dans l’inté- ‘ '
rieur des continents, ces vents deviennent de plus en plus in- ' *
• constants; et l’époque des plus grandes sécheresses, l’été, est ' .
• Celle où leur action cesse souvent complètement. Ainsi, ex- ' Cepté dans les pays dont nous Venons de parler, on ne peut ' -
employer le vent à une grande irrigation bien réglée qu’en associant au moulin à vent un réservoir capable de contenir une réserve de un ou deux arrosements. C’est donc la dépense d’un . pareil réservoir qu’il faut joindre à celle de la machine .etdc son entretien, pour juger de la convenance d’un pareil moyen. • *. :
Ou biensi l’eau est peu profonde, on peut associer au moulin à ’ •* *
vent un noria prêt à fournir, au moyen de la force des animaux, le supplément d’eau que le vent refuse de donner. Ce choix est le résultat d’un calcul où l’on met en balance les frais de l’un et de l’autre parti.
Après avoir épuisé le champ des forces gratuites, il faut bien finir par aborder celles qui ne le sont pas. Celles-ci sont des forces animées ou la vapeur. Nous en traiterons en détail dans • , la mécanique agrieole. *
Section V. — Du prix de revient de l'eau, «
Il est souvent facile et peu coûteux de se procurer l’eau par • un canal de dérivation ouvert sur une rivière qui a une grande .
Diqilizedfey Coogle
' AGROLÛGIE. .
pente ; tout propriétaire qui se trouve dans le voisinage peut pratiquer cette opération. Il n’en est pas de même quand il s’agit d’amener l'eau de loin ; une association de propriétaires, de capitalistes, ou l’administration elle-même, peuvent seuls l’entreprendre. Outrelesdilïicultésd’cxécution, il fautobserver que le plus souvent les eaux du canal ne sont pas demandées immédiatement. Pour mettre une terre à l’arrosage, il faut des dépenses de première mise, telles que le nivellement, les conduits, les écluses, que tous les propriétaires qui pourraient en profiter ne, se trouvent pas toujours disposés à faire ; ce n’est doncqu’avec le temps que la contrée traversée par lecanal emploie la totalité de son eau,, et en attendant les intérêts du ca- . pital de construction s’accumulent et rendent l’opération moins lucrative. En outre, le prix de l’eau une fois réglé, il devient . très difficile de le hausser. Il dépend le plus souvent des fixations de l’ordonnance de concession, qui n’ont pas pris en considération l’abaissement de la valeur monétaire. Ainsi l’arrosement d’un hectare sur le canal de Craponne est de 5 à 6 fr. par hectare à Salon, et de 22 fr. à Arles, point le plus éloigné. Sur le canal Grillon il est de 24 fr.j ce dernier canal, qui a coûté plus de 600,000 fr., vient de se vendre 300,000 fr. quoiqu’il ait l’emploi de toutes ses eaux. La redevance du canal des Alpines a été fixée par une loi à 1 litre et demi .de blépar are, ou 15 décalitres par hectare; cette fixation en nature est une bonne précaution, mais au prix moyen du blé à 22 fr., le prix de l’arrosage d’un hectare. ne sera encore que de 33 fr. Ofi peut affirmer que ces prix ne sont nullement en rapport avec les frais de construction de la plupart de ces canaux, ni avec la bonification qu’en reçoivent les propriétés arrosées^.
' Dans le Milanais, le prix de l’eau du canal de la Martesana a une valeur de 0^,0012 par mètre cube, ou 9 fr. 60 c. pour l’arrosage d’un hectare de prairie. Les eaux de la Lombardie, et du Piémont représentent une rente de .50,000,000 fr., ou
BES AMENDEMERTS. 457
tin capital do 1,000,000,000 fr' emprunté au fleuve et coneolidé sur le sol ' .
Ën Espagne, les canaux d'irrigation sont des ouvrages publics, dont quelques-uns datent du temps des Maures, et leur jouissance n'est assujettie qu'à des droits qui représentent les . frais d'entretien et d'administration *.
■ On conçoit que la véritable valeur d’une eau dérivée est variable comme les dépenses qu’occasionne la construction des canaux , et nous voyons, par l’excmpje du canal Grillon, que, pour couvrir les intérêts de cette dépense primitive, l’arrosage de l’hectare devrait être porté à 48 fr., et probablement au delà si l’on considérait les accumulations d’intérêts pour les temps de non-jouissance ou de jouissance incomplète pour les constructeurs du canal.
• Le prix de l’eau, élevée par les machines au moyen des moteurs animés, coûte beaucoup plus que l’eau dérivée; ainsi tiôps voyons que l’eau du canal Grillon devrait coûter 0,005 le mètre cube, que celle de la Martesana ne coûte que 0,0012 ; tandis que, élevé par la force humaine à 1 mètre de hauteur seulement, ce mètre cube coûte 0,0149; par les chevaux, 0,0027 à 0,0032. On l’obtient, au moyen de vent, de 0,002 à 0,005 selon les situations; par les machines à vapeur de la force de 5- ' chevaux à 0^,00119, et de la force de 45 chevaux à 0^00098;
' mais aussi U est bien rare qu’il ne faille pas l’élever de la hauteur de plusieurs mètres pour s’en servir pour l’irrigation, et à la hauteur de 4 mètres seulement, 10,000 mètres coûteront :
[ ' Force humaine 596 fr.
Chevaux. ..... ..... 128
'' Vent. 80 à 200
. Machine à vapeurde 5 chevaux, i ... 48
• • — de 45 chevaux .... 39
(1) PeyreULallier, Des irrigations.
■ (2) Jaubert de Passa, Voyage vn, Espagne.
458 • . AGROt.OGlE •
Ces chiffres suffisent pour faire comprendre le grand inidrèt qu’offrent les moyens qui n’obligent pas à l’emploi de ces forces.
. Section VI. — Valeur de l'amélioration comparée au prix
de l’eau.
L’amélioration que l’on obtient en amendant les terres au moyen de l'eau dépend entièrement du besoin qu'elles ont de cet amendement. Ainsi, sur les bords du désert de Sahara, les
■ terres entièrement et constamment sèches n’ont aucune valeur agricole par elles-mêmes , mais une source d’eau leur en donne une très grande , qui est due tout entière à la source, car tout le revenu lui est dû. Au contraire, une terre naturellement fraîche n’éprouvera le besoin de l’irrigation que dans certains moments, dans des printemps secs qui suivent des étés secs; après la moisson, pour rafraîchir la surface du sol , toujours plus sèche que le fond , et mettre les semences d’une se-
' conde récolte en position de germer et de pousser. Ces circonstances extraordinaires se représentent peut-être pour cés terres' une fois tous les quatre ou cinq ans , et le loyer annuel d’une irrigation île pourrait être couvert par l’avantage éventuel que l’on en tirerait.
■ Dans les cas intermédiaires entre la sécheresse absolue des déserts de sables et les terres naturellement fraîches, la valeur de l’irrigation s'accroît en raison de la sécheresse des terres. Ainsi , à Pierrelatte, nous avons vu, ces dernières années, 14 hectares de terrains graveleux et sablonneux , provenant d’un bois défriché et ayant coûté 18,000 fr. , produire én une seule année, par le moyen des irrigations du canal de Donzère, 350,000 kilogr. de luzerne, d’une valeur de 18,000 fr., prix
.d’achat du terrain ; et, d’un autre côté, les terres de la plaine. d’Orange, terres argilo-calcaires, qui ont un prix de ferme dé 136 fr., se louent 323 fr. quand elles sont transformées en prai- raies par le^ arrosages / naais après avoir fait une avance do
IM S A.MtXUEMENTS.
3,250 fr. en engrais et travaux pour opérer cette transformation, capital dont l'intérêt de 162 fr. 50 c., retranché de 323 fr., ne laisse que 60 fr. 50 c., représentant le loyer des eaux et le bénéfice.
Ce dernier exemple ne prouve pas, au reste, que l’amendement des eaux fût une mauvaise entreprise sur ces terres, mais seulement qu'il n'y a pas d’avantages à les employer à arroser des prairies permanentes; car il serait facile de montrer qu’avec l'assolement de blé , luzerne et sainfoin usité dans la plaine de Nîipes, le bénéfice serait beaucoup plus considérable , ce qui résulte du compte suivant ;
Terre non arrosée. Terre ar/oeée.
5 années, luzerne . . 300 q.
2 années , sainfoin ,
une coupe 132
Différence.
divisée par 7 ans. .
.... 297 fr. 14 par an.
Cette diiïéi^ce résulte du plus grand produit des fourrages arrosés avec modération, une ou de.ux fois au plus par coupe, suivant la nature du terrain. On a une récolte pleine deluzerne arrosée dès la première année de semis, tandis qu’on ne recueille à peu près rien de celle qui ne l’est pas; dans les ferres sèehes, les troisième et quatrième coupes qui se font en été sont presque nulles, à moins de circonstances extraordinaires; elfes sont assurées avec l'irrigation ; les sainfoins donnent une seconde coupe presque égale à la première. Et qu'on ne dise pas que ces fourrages ont moins de durée, et que le fumier s’j conserve moins ; ces efTois n'ont lieu que dans le cas où l’on arrose fréquemment et par immersion ; mais si l’on pratique l'arrosage modérément et par infiltration, on ne 1^ éprouvera pas.
Nous n'avons pas tenu compte dâns ce calcul ni de l’avan- ' lage de sauver une récolte de blé menacée par la sécheresse du
4G0 ' AGROLOGIE;
printcrfips, ni de celui de pouvoir obtenir, si le climat le permet, de secondes récoltes, après celle du blé, et avant l’époque des nouvelles semailles, récoltes de haricots , de millet, de pommes de terre dont la valeur s’élève à plus de moitié de celte du froment.
Si on ne s’en tient pas à celte culture fourragère, si l’on est à portée des marchés d’une ville, ou que, comme à Cavaillon , on sache se créer un véritable commerce d’exportation de vé^ gétaux plus rares ; si l’artichaut , le melon , les fruits entrent dans la spéculation, alors les bénéfices croissent encore. I| ne suffit donc pas, pour évaluer les avantages de l’irrigation , de connaître la terre et le climat; il faut encore comparer la culture possible sans irrigation avec la meilleure culture que l’on pourra adopter avec l’irrigation.