‹ Cours d'agricultureChapitre 142 sur 174 · DE SÉSAME · texte numérisé non relu

DE SÉSAME

500 kil. à- 11 fr. 50.

lOOO

Perrt.

25000 k|l. fumier. . .

Qui ne serait frappé ici de l’immense développement que la nature calcaire du sol donne à l’activité de l’engrais ! Nou«< voyons aussi que la valeur relative dès tourteaux est encore mal appréciée par leurs détenteurs qui n’admettent une dÜTércncc que pOufcelui de graine de lin. -

Enfîn le prix du kilogr. d’azote de chaque tourteau emplové ■ étant le suivant

Colon

» • • • 3 fr* 60

Colza

Madia

Lin

Sésame ......

l’hectolitre de blé, grain et paille, renfermant d’azote et se vendant 20 fr. ou 6 fr. 75 c. le kilogr. d’azote, toutes les récoltes qui reproduisent autant d’ axote /roment qu’elles ont fourni d’azote engrais doivent être en bénéfice.

Ces ekpériences et ces comparaisons doivent inspirer la plus grande confiance en des théories qui représentent si bien jus- • qu’à présent les faits agricoles, à tel point que dans les pays où le tourteau concourt avec le fumier sur le marché, le simple paysan a trouvé l’équivalent de leur valeur tel que l’avait annoncé l’analyse chimique, et ne le dépasse pas.

En Provence, la non-réussite de la poudre de tourteaux à sêc, dans un grand nombre de circonstances, a fait adopter la pratique de l’humecter avant de la répandré sur le terrain où do l’enterrer. Dans le nord, Duhamel recommande de la répandre dix à douze jours avant de semer la graine, pratique qui revient à celle de Provence, car dans ce climat le tourteau devra reprendre l’humidité qui lui est nécessaire. Le manque de cette précaution expliquerait les accidents que signaTe M. Vil- • morin < sur des terres où le tourteau, répandu sur les semis do blé, avait empêché sa sortie. Les parties huileuses encore adhérentes au tourteau se sont-elles communiquées aux graines et ont-elles privé le germe du contact de l’air? c’est çe que l’on pourrait soupçonner d’après un fait très remarquable. Un propriétaire de Provence, trouvant à son blé une couleur sale, le fit remuer avec une pelle de bois légèrement enduite d’hujic. Le ’{i) Maison nisthue du XLX‘ siècle, l. l, p.

ACR<H,OCIK.

grain prit une belle couleur, mais, vendu pour somence, il ne sortit qu’un petit nombre de plantes, et le vendeur fut con- • . damné à restituer le prix des graines, et à des dommages-intérêts envers l’acheteur. Nous ne saurions donc trop recpmmander d’enterrer la poudre de tourteaux d’avanee, ou de l’humecter pour lui faire subir un commencement de fermentation qui décompose la matière huileuse. En 1844, ayant semp à Orange . des betteraves, et ayant recouvert les semences avec de la poudre de tourteaux, les betteraves ne sont pas sorties

On emploie aussi les tourteaux dans la fabrication des engrais composés, dont nous parlerons plus tard.

8. Le marc de raiem sert à nourrir les moutons après avoir • été distillé pour en retirer l’alcool qu’il contient encore. D’au-' très fois on l’épuise d'alcool en le faisant trerpper dans l’eau, ' ce qui produit la pifuetie. Après cette macération, on l’em*pldio à fabriquer des engrais, quelquefois, aussi on 'l’applique . directement à cet usage en sortant de la cuve. Le marc séchA i l’air contient dc l;71 à 1,83 d’azote p. 100,* et desséché complètement 3,31 à 3,56. Ainsi 100 kilogr. de cette sub-

• stance seraient l’équivalent de 450 kilogr. de fumier, de ferme et auraient une valeur de 2 fr« 92 c. Toutes les fois qu’on en

• obtiendra un prix plus élevé pbur la distiilatîon, il ne Conviendra pas de le destiner à l’engrais. •

On fume aussi le pied des vignes avec le marc de raisin, et l'on assure que c’est l'engrais qui leur conviant le mieux ; on* s’en sert de même pour les oliviers, et d’autres fois on le mélo avec une masse de fumier de ferme et avec des roseaux pour lé faire entrer en fermentation. j

. 9. Le marc des pomides à cidre contient des acides que l’on combat par l’addition de chaux ou de terres calcaires, avant de s’en servir comme engrais. Cependant Schwerz assure qU’en'' ayant employé sans addition sur une mauvaise prairie, l’elTct;,

. parut d’ébord peu favorable, mais que plus tard ]acroissanco|k'' '•

ALIMESTATION VÊGÉTAl.i;.

■l’herbe prit une assez grande vigueur. Si le terrain était calcaire, le phénomène s’expliquerait facilement. Le marc de pommes desséché à l’air contient 0,59 d’azote p. 100, et complètement desséché 0,63.

10. Quand les pommes de terre ont été râpées et lavées pour én-extraire la fécule, leur pulpe, que l’on ne destine pas à la nourriture des animaux, contient, en sortant de la presse, 0,526 p. lOOd’azote, et complètement sèche 1,95. Sa valeur relative avec le fumier de ferme serait donc de 130 kilogr. de

^ ce fumier p. 100 de pulpe, et de 1 fr. 84 c. les 100 kilogr. JVi. Dailly a su aussi utiliser les eaux de sa féculerie, et les dépôts qui s’y forment pour en faire un bon engrais.

1 1 . Pulpe de betteraves. La pulpe de betteraves résultant de la fabrication du sucre est tout entière employée à la nourriture des bestiaux ; elle contient 0,378 p. 100 d’azote en sortant de la presse, 1,14 séchée à l'air, et 1 ,26 à l’état complètement sec. Ainsi 100 kil. de betterave sortant de la presse n’équivaudraient pas tout à fait a 100 kil. d’engrais de ferme.

1 2. Eau de rouissage. Les eaux dans lesquelles on fait rouir le chanvre et le lin contiennent un extrait très riche en principe fertilisant, et qu’il serait important de ne pas laisser perdre. ■ M. Kane a fuit l’analyse de ces eaux, et sur 100 parties de l’extrait desséché à 100°, il a trouvé pour celle du chanvre :

Carbone 28,28

Hydrogène . .4,16

. Azote. ........... 3,28

Oxygène 15,08

' Cendres 49,20

et pour l’extrait de l’eau dans laquelle avait roui le lin :

Carbone 30,60 ■

, Hydrogène 1.2 i

,, Azote V . . . . 2.21

, Oxygène. ; . ’. 20,82

Cendres ............ 12.01

AGROLOGIE.

Ces eaux sont plus ou moins chargées d’extrait, selon que' l’oA a fait rouir une plus ou moins grande quantité de ces tiges dans une masse d'eau donnée.

13. Tan. Le tan, épuisé après avoir servi à la , fabrication des cuirs, renferme encore une petite quantité de tannin; sa' fibre ligneuse a subi une plus ou moins grande altération ; Jf est donc difficile de le saisir à l'état normal et tel qu’on puisse * décider quelque chose sur sa valeur. Mais nous savons que Ig bois de chêne contient à l’état sec 0,72 p. 100 d’azote ; il est' • donc certain que le tan, après avoir été desséché à l’air, à encore des vertus fertilisantes équivalant au moins à son poids de fumier, sans compter la grande quantité, de carbone qu’il pré- ' ' sente. On aura soin pourtant de ne pas s’en servir sans le mêler avec de la chaux et du fumier, qui neutraliseront le tanuiii. qu’il peut renfermer encore. .

S IV. — Produits de la combustion des végétaux. ' . . .

La suie, produit de la distillation du combustible qui s’opèrê * dans les cheminées, les poêles, les fourneâqx, présente une" très grande variété de sels et dans des proportions très diverses, selon la nature de ces combustibles et le tirage des tuyaux.

M. Braconnot a analysé de la suie de bois recueillie dans un . tuyau de poêle, et il a trouvé le résultat suivant :

Alumine 30,20

Matière animale insoluble à l'alcool 20,00

Carbonate de chaux et trace dé magnésie. . . 14,6«

Eau.- .....' . 12,50

Acétate de chaux ^ 5,55

Sulfate de chaux ' 5,00

Acétate de potasse - 4,10

Matière carbnnalée 3,85

. Phosphate de chaux ferrugineux . 1,50

Acétate de magnésie 0,58

À reporter. OT*?*

Digitizea 1 .•Googifc

. ALI.MEKTATIOX VÉGÉTALE. > fr81 '

■ • Report. -, 97,94 '

Principe particulier assez ûcre (absolinc) . .. . o,5U

Chlorure de potassium n,36

Acétate d’ammoniaque 0,20

Acétate de fer ' •

L’auteur de l’analyse fait observer que, dans le plus grand nombre de cas , il faudrait ajouter : de l'acide acétique ;

^ une huile essentielle, ou substance aromatique. Le dosage de l’azote contenu dans la suie de houille a donné, à l’état sec, 1,59 p. 100 d'azote ; à l’état normal, retenant 15,6 d’eau, il y a eu 1 ,35 d’azote. La suie de bois, à l’état sec^ a donnA 1,31, et à l’état normal,' avec 5,6 d’eau,- 1,45 p. lOO de son poids d’azote.

On voit que la suie est composée d’un grand nombre des éléments du bois qui, par leur conibiuaison, offrent un des meilleurs engrais et des plus propres au plus grand nombre de terrains ; aussi est-elle fort recherchée par tous les labricants d’engrais et entre-t-elle dans la plupart des lessives que l’on a .conseillé pour donner de l’activité aux engrais végétaux. Mais cette matière, employée aussi dans les teintures, est en trop petite quantité pour devenir une ressource bien utile à l’egriculture. Les fermiers s'en servent dans leurs jardins et la placent au pied des arbres fruitiers qù’lls veulent ranimer, ou bien ' ’ils la mêlent au fumier de ferme." Quand on peut s’en procurer une assez grande quantité, on la répand au premier printemps, sur les céréales d’automne. En Angleterre, ladpseest de 18 à 36 hectol. par hectare ; Schwerz porterait sans hésiter la dose à 50 hectol. ou 5,000 kilogr., l’équivalent pour l’azote seul de 16,374 kilogr. de fumier normal; ce serait encore une petite fumure si la suie n'agissait que par son azote ; mais ses sels, tous solubles et prêts à entrer dans la végétation, lui commu- . niquent une grande vigueur, et les récoltes témoignent de l’excellence de cet engrais.

AGnOLOGIE.

Schi era nous apprend encore qu’en Flandre on applique de préférencê la suie aux colzas repiqués; on y emploie par hcc- ' tare 80 paniers de 34 litres, ou 2,720 litres de suie ; chaque panier vaut GO c. , ce qui porterait le prix de la suie à 1 fr. 70 c. .

. les 100 kilogr. En Allemagne, la suie se paie 1 fr. 50 c. ; ses clfets sur les (relies paraissent très remarquables. D’après la «Lose d'azote qu'elle contient, la suie de bois aurait, compara^ 'tiveroent au fumier à 65 c., une valeur dç*2 fr. 60 c. les KM) kilogr. On voit que c’est un engrais à bon ruarchc.

La suk. outre ses propriétés fertilisantes, a encore l'avantage d'éleigner des jeunes pousses les insectes qui les dévorent.

On se sert aussi avec succès de sa décoction pour imbiber les ‘ glands, les faines, les châtaignes que l’on sème, afin de les préserver des rats qui en sont avides.

, § V, — De l’écobuage.

L’écobuage consiste à enlever la couche superficielle de la terre, celle qui renferme des tiges, des racines de végétaux, à former avec le gazon ou les mottes qui en résultent des espèces . , , de fourneaux auxquels on met le feu pour obtenir, au moyen' d’une combustion lente, des cendres et de la terre imprégnées >de gaz développés par cette combustion. Au moyen de nouvelle terre dont on charge le.fourneau à cet elTctj on a soin de - fermer toutes les issues à la flamme quand on la voit se faire jour en dehors. , . .

Cette opération capitale est la base de l’agriculture d’une partie de la région montagneuse de le France; nous en décrirons les procédés en détail en parlant des défrichements ; nou^ devons ne nous occuper ici que des résultats que l’on enob- ' tient sous, le rapport de l’alimentation végétale.

Il faut se garder de confondre l'écobuage avec le brûlement de l’argile. La chaleur produite par la combustion des fibres

I .Végétales luôlées à la terre ne produit nullement les éflets de la chaleur rouge i laquelle on soumet Targilc,' dans le procédé conseillé par le major Bcatson ; elle ne peut ni calciner la ' chaux, ni .faciliter la décomposition des silicates par l’intetmé' diaire des alcalis, à moins que le feu ne soit mal conduit. Oh ne peut mieux apprécier les véritables eflets de i'écoliuagc que ne l’a fait Mathieu de Dombasles, que nous nous bornons à citer. . ;

« Dans l’écobuage, on enlève à la surface du sol une croûte de 3 à 6 centimètres d’épaisseur, pénétrée dans toutes ses parties par les radicules du gazon qui occupent une partie considérable ' du volume de la terre et qui le divisent en tous sens en se ramifiant à l’infini ; en sorte que lorsqu’on détermine la combustion de CCS racines, il n’est en quelque sorte aucune molécule * • de terre qUi ne se trouve en contact avec ces fibrilles dont les

principes constituants se ‘dégagent en partie sous forme de gaz pendant la calcination combustion). Il est très probable que dans ceS circonstances la terre, surtout quand elle est argileuse, peut absorber et tenir en état de condensatioB les gaz qui se présentent à elle dans un contact immédiat et à l’état naissant ; c’est du moins ce que l’on peut présumer lor^ que l’on rapproche les résultats pratiques de l’éoobuage des expériences par lesquelles Th. de Saussure a montré que la terre , ainsi que d’autres corps poreux , peut , dans certaines circonstances, alisorber une quantité de gaz qui égaie plusieurs ' fois leur volume, et que ces gaz y sont retenus dans «et état dn condensation produit par uné alBaMé réelle. Il est beile de concevoir que les substances qui peuvent servir de nourriture aux végétaux sont, sous cette forme, dans un état bien plus favorable pour être absorbées par les racines des plantes, que lorsqu'elles sont dis^minées en petite quantité dans l'air qui pénètre le sol, et il est possible que les végétaux puissent se 1rs approprier avec plus de facifité sous cette ' forme qUo-

ACBOLOGIB...

iorsquè les raciries ‘ trouvent les substances décomposées à l'état de simple solution dans l’eau dont la terre est imprégnée*. » .

On peut ajouter que la décomposition de ces fibres n’apnt lieu que graduellement, les sucs fournis à chaque période de la végétation sont en trop petite quantité pour que leurs effets puissent être disceméS) tandis que l’écobuage met sur.‘le~ champ en activité et à portée des plantes la totalité des principes élémentaires nutritifs que renfermaient les parties végétales brûlées.

. ' • Sous l’influence des idées purement théoriques, on a longtemps hlàmé l’écobuage. On le regardait comme destructif du . terreau qui, dans les idées reçues, était la condition essentielle de la fertilité. Lé terreau, corps ordinairement très composé,

. renferme en effet le plus souvent tous les éléments de la nutrition végétale ; mais, avant de condamner l’écohuage, il aurait • ^ fallu examiner dans quel état ces éléments s’y trouvent et dans ' quel état l’écobuage les y laisse. Depuis longtemps des faits que nous avions sous les yeux ne nous permettaient pas de douter de son efficacité agricole ; nous avons vu dans les paluds de Saint-Remy (Bouches-du-Rhûne) des terres ensemencées constanunent en blé depuis dix ans, constamment écobuées après chaque récolte, donner des produits toujours satisfaisants ; mais aussi nous avions pu voir que les effets de l’éco- ' buage étaient faibles quand, au lieu d’un terrain bien gazonné, on avait brûlé seulement les chaumes et les racines do froment avec la croûte entière de la terre. Ces faits, nous les avons oh- ' servés et vérifiés dans une foule de localités ; partout il nous a paru évident que les effets de l’écobuage étaient en rapport avec la masse de parties végétales qui entraient dans la combustion ; qu’il ne fallait le répéter que quand les végé- , taux s'étaient reproduits, et qu’il fallait s’arrêter dès que la (1) Anftilet tfc Roville, l. V, p. 360. ' ' .

ALIUEMTATION VEGETALE. 585

terre cessait d’ètre garnie d’une quantité suffisante d’herbe.

Ainsi, principe général, il ne faut écobuer que les terrains riches en plantes, en racines, en tiges et en terreau, sinon le résultat ne paie pas les dépenses de l'opération.

Si l’on ajoute à ces avantages ceux qui résultent de l’état physique du terrain quand il est argileux et qu'une partie do l’argile, devenue incapable de faire pâte avec l'eau, le rend plus léger et moins tenace, on comprendra toute l'efficacité dè l’écobuage.'

§ VI. — Substances minérales propres à fournir aux plantes ■

. des aliments azotés.

Plusieurs substances minérales sont mélangées de matières azotées qui les rendent propres à ét(e employées comme engrais ; telles sont les terres salpétrées des caves, des -bergeries,' des cimetières,' des abattoirs; celles qui se salpétrent naturellement à l’àir; enfin toutes celles qui pnt reçu accidentellement des excrétions et des émanations animales. Leur valeur comme engrais consiste dans la proportion d’azote qu’elles contiennent, et qu’il faut doser pour chaque cas particulier. Elles peuvent d’ailleurs avoir une valeur comme s|mendement.

La tangue et le merl que l’on va recueillir sur les bords de ■ la mer çn Normandie et en Bretagne, et que l'on transporte dans l’intérieur, tirent leurs principales propriétés des débris animaux et des parties calcaires qui y sont mêlés.

La tangue ou trez est un sable fin, composé de carbonate de chaux de silice pure et d’argile comme éléments dominants, auquel s’associent des débris organiques et du sel marin comme - éléments accessoires. Quand il a été purgé do sel marin, il donne près du quart de son poids en chaux ; mais sa partie calcaire finit par sc perdre et disparaître complètement, et ellemanque en effet si la tangue est prise sur le rivage loin de la

AGfiOLUGIE.

mer; alors aussi les substances organiques étant entièrement il.écomposées, cette substance prend le nom àa irez mort.

La tangue forme le sol des anses et plages en pente douoey elle est particulièrement utile aux terres fortes; on l’associe toujours avec du fumier ou des goémons ; on l’emploie ù raison de 40^000 kilog. par hectare pour la première fumure, et on l'entretient ensuite par une petite dose donnée tous les trois ans; on ne recommence à donner la forte dose que quand ' le sol a perdu sa fertilité.

La tangue est difficile à transporter, à éause delà fmesse de scs particules qui la fait tamiser à travers les fentes de la voiture *.

' Dans une intéressante note qu’il nous a transmise, M. Girardin ajoute qu’à mesuré que l’on avance vers Goutances, en partant de Saint-Lù, la joute se couvre de petites voitures lon- ’ gués et étroites, traînées par un attelage mi-partie de chevaux et de bœufs; ces voitures rapportent la tangue de la cète, où elles la chargent, poyr ainsi dire, gratuitement. C’est une sub-, stance précieuse pouf les cultivateurs qui ont un court trajet à faire; mais quand elle doit être transportée à 20 ou25kilom., sa valeur n’est plus en rapport avec son véritable prix de revient; néanmoins le cultivateur Bas-Normand, si rude à la peine et si économe de scs deniers, ne tient aucun compte de son temps, de la fatigue de ses animaux, de l'usure de ses* • voitures; il ne comprend pas encore que cela constitue un capital important, dont il devrait être plus ménager peut-être que de son argent monnayé.

On lave la tangue pour la dépouiller d’une partie du sel marin qu’elle contient; le sel n'arrétant plus alors la putréfaction des parties animales, elle doit être employée immèdiateinent, sans quoi eUe n’agirait plus que par ses parties calcaires. . ,

(1) Agriculture de l'ouest, t. lit, p. 313 et suiv. ‘ ■

. ' . ALIMJÎSTATION VÉGKT.ïLE. 537’

D’après M. Vitalis, qui a analysé la tangue vive et morte, elle conticudrait :

Vive

SI orle

Eau

O.xvde de fèr

Sable micacé

Argile

Perle. .

. MM. Bottssingault et Payen ont trouvé Ô, 14 d’azote dans la tangue de RoscofT desséchée. On en emploie par hectare 40,000 kilogr., contenant 52 kilogr. d’azote, l’équivalent de 13,000-kilogr. de fumier de ferme. Pour avoir de l’avantagea s’en servir, il faut donc que les frais do transport ne dépassent pas 42 c. le quintal métrique; c’est ce qui borne le cercle ou son emploi est possible.

Le merl est un gros sable de forme vasculaire, gris étant sec, jaune et rougeâtre qiland il est humide, formé en entier de petits coraux, et habité par des milliers de millepores. Il se trouve surtout à l’embouchure des rivières où il se forme des dépôts do yase. Onle trouve à Morlaix, à Brest, à l’embouchure do la rivière de Quimper; On l’extrait au moyen de la drague, depuis la mi-mai jusqu’à la mi-octobre. il nç se forme qu’avec lenteur et l’on s’aperçoit de l’épuisement des bancs exploités. Il est transporté jusqu’à 16 et 20 kilomètres à l’intérieur. On . le vend par tas de 7,000 kilogr. Il pèse 3,500 kilogr. le mètre cube. Son usage est très ancien en Bretagne.

Employé en grande quantité, il est nuisible au sol. On en met généralement 7 à 14 mille kilogr. par hectare et davantage encore si la terre est humide et profonde. Selon la nature du terrain et la quantité de merl employé d’ahord, on renouvelle l’opération tous les 3 ou tous les 8 à 9 ans. L’usage du merl ne dispense pas' de celui du fumier.

AGROLOGIB.

Sur les terres où manque le calcaire, il est évident qu'il agit par ce principe qu'il possède abondamment. On assure que le metl ne convient pas à la culture des plantes bulbeuses ^

MM. Boussingault et Payen ont dosé la matière de Morlaix et lui ont trouvé, à l’état sec, 0,42 pour 100 d’azote; mais quand on la prend .sur le bord do la mer, elle doit retenir la moitié de son poids d’eau au moins, et ne doit plus avoir que 0,20 ou 0,21 d’azote. Oh la vend à Morlaix à raison de 11 ou 14 c. les 100 kilogr. C’est donc un engrais à très bon ■ marché ; les frais de transport et l’épuisement des bancs de ' merl peuvent seuls limiter cette exploitation.

Seçtion V. — Engrait composés.

- • ’ Arrivé au point où nous sommes parvenus, Scbwerz s'écrie:

« Quoi qu’eb disent les savantes dissertations sur le sel, la corne et les vieux chiffons, le meilleur engrais consiste, toujours dans les déjections animales; car, mlt-on en lambeaux ' toutes les friperies, réduisitron en poussière tous les sabots et toutes les cornes d’animaux, obligeàt-on toute la population d’un état à marcher nu-tète pour convertir tout cela en engrais, combien de mille hectares parviendrait-on à fumer avec ces ressources? » Quoique les détails dans lesquels nous sommes entrés jusqu’ici proiiveht que ces ressources ne sont pas à dédaigner, et que plusieurs d’entre ellei ont une utilité très réelle, surtout à cause du petit volume dans lequel y sont condensées les matières fécondantes et du grand nombre de positions agricoles où les engrais ne se produisent pas en pro- ' portion de la consommation, cependant nous arrivons à la ‘ même conclusion que lui. C’est sur les engrais de ferme co'm- • posés de déjections animales que nous devons surtout compter. ' (1) Agriculture de l'mcst, t. ÏII, p. 213 et suiv. ‘ ■. ‘ '

pour maintenir la terre en prodijit, et c’Ëst de ceux-ci ^ue nous allons traiter maintenant.

Les fumiers d’étable se composent généralement d’un excipient qui prend le nom do litière, parce qu’il sert à former le lit des animaux. Pour remplir parfaitement son but, la litière doit être absorbante et ne pas adhérer au corps de l’animal. St ensuite elle possède par elle-même des propriétés fertilisantes, elle ajoute à la valeur du fumier tout en augmentant sa masse. C’est ce qui a fait choisir les pailles, les feuilles d’arbre, les fougères, les roseaux, le buis, la sciure de bois, de ptéférence à des substances inertes, comme la terre, le sable, qui, n’ayant par elles-mêmes aucune vertu fécondante, ont en outre l’inconvénient de s’attacher au poil et à la peau, et de nécessiter (le fréquents pansages, pour maintenir les grands animaux propres et en bon état, ou de souiller la laine des moutons, en la ■ rendant plus pesante et d’une vente moins facile.

^’ous croyons cependant que cette exclusion; assez naturelle pour les chevaux de luxe, ne devrait pas être aussi absolue pour ceux de travail et de rente. Déjà M. Malingié,dans sa belle exploitation de la Charmoise (Loir-et-Cher), a donné l’exemple en grand de l’usage de la marne pour servir de litière à ses animaux. Le haut prix auquel l’usage général de la paille a fait monter cette substance lui procure un notable bénéfice à lu faire consommer par les animaux, au lieu de la convertir en .fumier. En effet, la valeur de 100 kilogr. de paille, qui dosé 0,35 p. lOO d’azote, n’est réellement pas do plus de 0^,58 pour son azote, tandis qu’elle se vend presque partout 3 fr., c’est-à-dire cinq fois sou prix véritable, Quelque valeur que l'on suppose à ses parties charbonneuses, elles sont loin d’atteindre à cette différence de prix. Il y a donc avantage à vendre sa paille et à faire usage do litières terreuses. Mais si on se borne à les faire consommer par les animaux, elles retournent à l'état de fumier, n’ont gagné à cette transformation qu'un

. f:90 • AGROLOGIE. • * .*

pçu plus du facilité à se décomposer, et sont peu nutritives. " * La substitution de la terre à la paille pour litière ne convient, - ' selon nous, qu’à ceux qui manquent de fourrage et sont réduits . à mal nourrir leurs animaux pendant une partie de l'année, ou •à ceux qui ont près de chez eux un marché avantageux pour y ! vendre leurs pailles. Ils ne doivent pas hésiter alors à prendre • ce parti, pourvu que ce soit pour en employer le prix à acheter des engrais.

■ La litière de marne ou de terre calcaire a aussi cette propriété d’absorber les gaz ammoniacaux et d’arrêter leur déperdition. Les fumiers de ^I. Malingié sont sans odeur. Ce seul . avantage compenserait les soins de pansage que les animaux * ’ exigent chaque matin pour les tenir parfaitement propres et ' ceux que nécessite l’enlèvement instantané des parties de cette .

‘ litière qui seront souillées par leurs excrétions. Elles sont rangées en arrière des animaux et transportées ensuite au tas do fumier. Les animaux préfèrent évidemment coucher sur cette molle surface plutôt que sur là paille, et leur choix est bientôt faft si l’ôn couvre chaque moitié de l’écurie de l’une cfu de l’autre de ces litières.

.Enfin, on a choisi aussi l’eau comme excipient des engrais, pour mêler et dissoudre par son moyen les différentes parties des engrais’, et les mettre dans un état convenable de fermentation. Dans ce cas on a des engrais liquides.

§ I'^ — Engrais solides; préparation. *• ,

Le rapport de la quantité de litière aux déjections animales constitue la plus ou moins grande valeur des fumiers également humoe'.és, puisque les excrétions sont plus azotées que les matières végétales qui forment la litière. Si l’on voulait toujours (djtcnir le meilleur fumier, on ne devrait employer que le minjm«»Rde litière. C’est ainsi que l’on devrait faire

AtIMENTATIOK VÉCKrALE.

si (es fourrages étaient rares et que l'on pût emptover plus utilement à la nourriture des animaux nnc partie des végétaux consacrés ordinairement aux litières. Mais cette économie doit s’arrêter au point où les litières ne suffiraient pas pour absorber complètement les urines, que l’on laisserait petdre dans .les rigoles des étables, car on sc priverait ainsi de la partie la plus riche de l’engrais, ù moins qu’on nu les recueillit à part dans des réservoirs particuliers. C’est alors une méthode mixte qui consiste à allier la labrication des engrais solides à celle des engrais liquides.

Pour le cheval, la quantité dé litière sèche doit être à peu près égale au poids du fourrage consommé. Les bêtes bovines ’ en exigent davantage, elles porcs plus encore, à cause de là grande liquidité de leurs excréments. Quant au* moutons, . leurs crottins étant généralement secs; ce n’est que pour recueillir leurs urines qu’on leur fournit de la litière, et souvent on 1a remplace par des terres bien sèches. Si l’on employait des terres humides, on risquerait d’altérer leur santé. *

Le fumier est d’autant plus disposé ù la fermentation que les • litières sont plus triturées, subdivisées, mêlées avec de nouvelles déjections. Aussi l’usage de beaucoup de fermes est-il de ne l’enlever que toutes les semaines, et au plus deux fois la semaine. Cet usage, très favorable à la bonne qualité des fumiers, est nuisible aux animaux, à cause des vapeurs ammoniacales qui s’élèvent des matières entassées. Il est préférable d’eulcver le fumier tous les jours, en relevant et resserrant la paille qui n'a pas été souillée par les excrétions.

Plusja litière a été divisée, et plus elle est susceptible de s'emparer des sucs liquides, de les incorporer dans ses. tissus, , de les recevoir dans scs cavités. Aussi brise-t-on souvent les pailles longues avant de les mettre sous les animaux.

Le fumier doit être transporic, à l'aide de la brouette, dé l'écurie aux lieûx où on l'entasse. Le tas doit être formé. da«s

Page 1