‹ Cours d'agricultureChapitre 32 sur 174 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

. TenacKi^ de« terres,

. , . Section I™. — Ténacité normale des terres. ' ' '

' Nous avons vu dans le chapitre précédent ce que les agri- . culteurs entendaient par une .terre pesante : cette propriété est sans rapport avec celle qu’ils désignent par le mot de terre . . forte. La ténacité rendant les travaux plus difficiles, c’est elle . qui les frappe le plus, et la division des terres, en fortes et dures, les prtoccupe avant tout dans l’examen qu’ils en font. Un coup de bêche leur apprend bientôt ce qu’ils en doivent penser ; mais la connaissance qu’ils acquièrent de la sorte n’ést , pour eux qu’une comparaison avec d’autres terres qu’ils sont habitués à traiter. Nous verrons dans l'article suivant que. cette ténacité est modibéé dans l’état de nature par une foule de circonstances, mais on devait d’abord étudier celle que les différentes terres placées dans des circonstances identiques étaient susceptibles de prendre. C'est ce que nous appellerons . la ténacité normale de la terre. Aussi, quand on rat obligé de traduire cette intuition en chrflVes, quand Iqs ingénieurs, par

AGIOLOGIE. '

exemple, ont à exprimer le plus ou moins de travail, le plus ou moins de frais que coûtera une excavation, proportionnellement à la nature du sol, ils ont recours à des moyens plus po^ sitifs pour évaluer sa résistance. C’est le général do génie Vaillant qui a le premier, en 1817, fait des expériences pour créer cette méthode d'évaluation*. Elle résulte du temps employé par un homme pour fouiller et charger sur une brouette 15,60 métrés cubes de terre. Les terresqui peuvent être chargées sans être fouillées, comme les sables et les terres végé-% taies et calcaires, sontappelées terres à tin Aomme, parce qu’un homme sufTit pour en charger 15 mètres cubes danssa journée. . . Lorsque la dureté de la terre oblige d’employer la pioche, il est nécessaire d’adjoindre un homme au premier, qui mette la terre en état d'ètre facilement prise à la pelfc. Lorsque ce second ouvrier suffit pour que le premier puisse charger sans interruption, la terre est à dttix homme*; elle est à un homme ^ et demi, lorsqu’un piocheiir suffit pour faire tète à deux chargeurs; elle est à trots hommes, lorsque deux piocheurs sont nécessaires pour que le, chargeur puisse travailler constamment; et ainsi de suite. . •

Pour parvenir à classer le terrain, oh prend un homme de .

' confiance, fort et habitué au travail de la terre ; on le fait piocher pendant un certain nombre de. minutes^ cela fait, il charge dans une brouette le travail pioché. On observe le nombre de minutes employées [tour chacune de ces opérations,'' et leur rapport fait connaître le nombre de piocheurs que cette ' terre exige pour que le chargeur puisse travailler sans interruption. Il suffit d’ajouter 1 à ce .rapport pour tenir compte • ' ,du chargeur, et l’oii a en nombre l’expression de la nature du terrain. En effet, si le rapport est égal à l’unité, c’est-ardire si le piocheur a employé le même temps que le chargeur, cela indique que ce chargeur ne pourra travailler sans interruption .

'' ,(J) At'inalts eU f.pants i'haliattssl^esi 2® semesirè, p; 281.'

PROPRIÉTÉS PIIYSIQÜES .DES TERRESv- . 14'3

qu'autant qu'il sera constamment aidé par le piocheur; .par conséquent, ces deux ouvriers ne peuvent déblayer que 15 mètres cubes de cette espèce de terre en une journée. Donc cette terre est à deux hommes. ..

i Soientdoncn l« temps ou le nombrede minutes employées par

le piocheur, et h le temps employé par le chargeur; ^ indï-

que le nombrede piocbeurs nécessaires è un chargeur et

indique la nature de la terre. Ainsi le piocheur ayant travaillé pendant 8 minutes et le. chargeur pendant 4, n'oua aurons

pour expression do la terre = 1)5; la terre est donc è*

un homme et demi. Cette formule n’est pas applicable dans le . cas où la terre n’a pas besoin d'étre fouillée ; elle est alors évidemment à un homme.

Cette méthode, usitée dans les travaux publics, pourrait’

* l’ètre aussi avec avantage dans'l’agriculture. Elle oITrirait un degré de précision assez grand, surtout si l’on voulait s’en secr vit seulement pour classer le degré de ténacité du sol ; car dans la pratique agricole, on exécuterait le travail d’une manière plus expéditive, dans la plupart des terres franches,

. en se servant de la bêche qui déblaie et charge à la fois, qu’en se servant simultanément de la pioche et de la pelle. Dans tous les cas, il faudrait avoir^oin de s’employer ceprocédé de classe- . ment des terres qüe dans des circonstances identiques relativement à la sécheresse des terrains et. à leur état de tassement, niais c’est ladjibculté de rencontrer cette identité parfaite qui a fait penser à apprécier ta ténacité des terres par d’autres méthodes qui en soient indépendantes.

Pour déterminer cette propriété, M. Payen se borne à for- .

* mer avec la terre mouillée une boule de 30 millimètres de diamètre, à la laisser sécher au soleil ou sur un poêle et à ia

■ ' ACROLüGlE.

presser ensuite avec les doigts ; si elle provient de sols sablonneux et peu tenaces, elle s'écrase sous une faible pression et même spontanément par son propre poids ; les bonnes terres arables exigent un certain effort pour être brisées ; les glaises, les terres argileuses tenaces exigent le choc d'un corps dur, et forment des fragments que la pression des doigts ne peut écraser.

Mais la méthode employée par Schübler a plus de précision ; voici de quelle manière nous avons modifié son procédé : on humecte la terre de manière à la réduire en pâte délayée, mais cependant encore assez liée pour que les éléments divers . ne se séparent pas ; on la coule dans des moules quad/angulaires ; on la charge de 1 kilogr; de poids ; quand toute l'eau s'est écoulée et que la terre a repris sa solidité, on la retire du mdulc et l’on fait sécher le prisme que l’on a obtenu. Quand il ne perd plus rien à l’étuve, on le pose sur deux supports éloignés do 40 millimètres, et, par un point également éloigné des deux supports, on fait passer un cordon qui soutient un vase en entonnoir. On verse lentement et sans secousse dans ce vase un petit plomb de chasse, jusqu’à ce que le prisme se rompe. Alors on pèse le vase et le plomb et l’on trouve ainsi le ■ * poids qui a déterminé la rupture. On mesure la surface de , rupture, on la rapporte, par le calcul, à une surface normale de 1 millimètres de côté (225 millimètres carrés), et l’on obtient ainsi la ténacité de la terré.

Exemple : tin prisme présentant une surface de rupture de 19 millim. carfés sur 18 de oAté,. c’est-à-dire de 342 millim. «arrés, a supporté 7,150 grammes : quelle est la ténacité de la* terre? Je fais la proportion 342 : 225 7150 : a;=4701.

C’est une terre très forte.

Dans les expériences de Schübler, ses terres étaient pétries et corroyées en les mettant dans le moule ; cette préparation ' donne aux terres ordinaires une ténacité qui surpasse envi-

PROPRIETES PHYSIQCES DES TERRES. 145

ron de moitié la ténacité des terres coulées liquides dans le moule et se solidiFiant sous un poids de 1 kilogr. La téRacité obténuo par ce dernier moyen est beaucoup plus en rapport avec, celle que prennent naturellement les terres dans les champs : aussi ce moyen doit être préféré. ’

Voici les résultats que $chübler a obtenus sur ses terres

d’essai corroyées :

Sable siliceux. . . . . .

Glaise grasse

Sable calcaire. .....

Terre argileuse

Terre calcaire fine . . .

Argile pure

Gypse

T-erre de jardin ....

• Terreau

Terre d’Hoffwil . . . .

Magnésie carbonatée. .

Terre du Jura^ . . . .

. Glaise maigre

Il ne faut pas se dissimuler pourtant que ce genre d’expérience ne présente jamais de résultats rigoureux, à cause des . diflérences de composition que peuvent odrir les prismes. Les uns peuvent contenir quelques grains de sable qui hétent la . rupture, tandis que d’autres sont composés d’éléments plus homogènes. Nous avons (ait jadis des expériences pour avoir une juste idée des diO'érences de ténacité que pouvaient pré- ,senter les mêmes terres. En voici le tableau :

Rapport

Usximum.

lliuimutn.

du

miiiimuiii BU nuxim.

Bolbinë d’.4uch

Terre d’Orange

Terre de Tarascon. . . .

Terre d’Hoffvvil* ....

■ (1) BUrger, Cours d'économie rurale (magnésie, § 16), fait observer que SchUbler doit avoir commis une erreur en attribuant au carbonate de magnésie une plus grande ténacité qu’à la terre calcaire ; il a éprouvé qu’un cylindre de magnésie se brisait très facilement, tandis que la rupture d’un pareil cylindre de terre calcaire demandait une force considérable. Celte observation me parait juste.

(2) La' nature de ces terres est décrite dâns notre mémoire sur la garanee, inséré dans le deuxième volume de nos Mémoires d'agriciil" tare. Ces expériences çnt été faites, les terres étant corroj ces, i: . ■ -î ■

146 M.. AÜUQLOCIE. .

On voit(|ae la plus grande différencë est de [ du poids dè rupture, et que souvent elle est beaucoup moindre. L'écart le plus considérable se manifeste dans les terres qui ont beaucoup de sable, se répartissant inégalement dans les prismes; mais. si grande que soit cette dtiïérence elle est encore une indication,, beaucoup plus parfaite que les moyens eippiriques que l’on a indiqués.

La ténacité dépend du degré d’atténuat'ion des parcelles de la terre et de la forme de ces parcelles qui influe sur leur disposition à entrer en contact, autant que de la nature elle-même de ces parcelles. Elle résulte donq de causes compliquées dont l'analyse ne rendrait pas compte, et qui peuvent seulement Hre indiquées par l’expérience directe. ' •

Section II. — Co}iition de$ terres humides.

Si la ténacité des terres e^ très importante pour évaluer le travail dans les terrains secs, leur plasticité, ou l;i force de cohésion avec laquelle elles s’attachent aux instruments lors* qu’elles sont humides, n’est'pàs d’une importance moins essentielle.

Pour mesurer cette force, on prend un disque de bois de*, hêtre d’un décimètre carré, on le met en contact parfait avec la terre complètement humide (celle qui ne laissé plus filtrer d'eau). Ce disque est attaché à un des fléaux d’une balance; on équilibre ce disque avec le bassin opposé, l’on chaire ensuite le bassin de g.ràins de plomb versés sans secousse, et quand l’adhésion est rompue, on pèse le plomb, dont ]e poids représente la force employée pour vai ncre la cohésion .

Si l’on répète l’expérience avec un disque de fer, on trouve la plasticité moindre dans Une proportion qui se rapprocha de -C’est ce qui motive la préférence des inslrumeiits de fer sur ceux de bois, surtout dans les terres humides. Voici le rè- . ' ■ ‘ • • ’î

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DES l ERIlKS. 147

sultat des expériences de Schübler sur les espèces décrites plus haut: . • ,

Sable siliceux. . .

Oi'l»

Glaise grasse

Sable calcaire ■

Terre argileuse . . .

Terre calcaire. . , .

Argile pure .....

Gypse. ........

Terre de jardin . . .

Magnésie

Terre d’Hoffwil . . ' .

Glaise maigre .

Terre du Jura ... 1

Section — Ténacité vÙTiable des terres. '

Si, au lieu de considérer la ténacité et la cotésion relativement à plusieurs espèces différentes de terre, nous cherchons à

constaterlesipodifications qu’éprouventces propriétés normales dans une môme terre, selon les circonstances diverses auxquelles

elle a été soumise, nous trouverons qu’en effet, les labolirs qui . • ' ont précédé l’épreuve, le tassement que la terre a éprouvé soit d'une jachère prolongée, soifdû piétinement des animaux qur . y ont pâturé ; que l'état d’humidité plus ou moins grand où '

ellese trouve, modifient profondémentsa ténacité etsa cohésion • . ” .

et que l’étude de ces variations conduit surtout à assigner leS moments où la culture est le plus favorable età connaître, par ■ •

conséquent, et les forces à employer pour cette' culture, elle ' • ‘ '

nombre de jours où elle est possible dans chaque saison, si cette observation a été régulièrement prolongée sur chaque nature de terres pendant plusieurs années : connaissance qui peut de- .

venir la base des calculs économiques les plus importants.

Nous donnons à cette propriété-variable des sols le nom de ré- ‘ .

sietanee aux instruments. <

Si l’on veut s’assurer seulement de l’état actuel de la terre, on éprouve la résistance en laissant tomber bien verticalement ’ d’un mètre de haut, une bêche pesant 2^,75. Nous avons ' trouvé que dans une terre marneuse durcie et piétinée, elle pénètre 30 milHmètres.

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