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CHAPITRE II

PrlnclpvH de la ela«»lflcaUon de« terre«.

Si nous étudions les corps pour les connaître en eux-tnènics et sans but prochain d’application, c’est dans leur être intime., . dan& les rapports de leurs parties, dans leur ressemblance et leur dissemblance que nous trouvons les moyensdc les grouper entre eux, sans aucun égard aux circonstances étrangères à leur existence propre ; c’est ainsi que Jussieu a établi ses familles de plantes, Cuvier celles des animaux ; chacune de leurs coupes réunit les êtres qui se ressemblent le plus entre eux , sous tous les rapports de leur organisation, sans aucun mé-' lange de l’idée étrangère de leur utilité : c’est de Thistoire ' naturelle pure.

Mais si nous changeons de point de vue, si ce n’est pas l’ètro et le corps en lui-mème que nous voulons étudier, mais seulement telle ou telle de leurs propriétés, dés lors la classification cesse d’ètre une méthode naturelle et devient \xqo méthode usuelle. Ainsi, quand nous voulons étudier les plantes sous le point de vue agricole, la considération des familles ne pourrait que nous égarer, nous ne trouverons aucun principe agricole commun à une famille entière. Celle des graminées, par exem^ple, nous présente le blé, le seigle, l’orge, le riz, la canne à sucre, le froraental, le raj-grass, qui exigent des soins et servent à des usages différents. D’ailleurs, le nombre des familles cultivées est peu considérable, et en suivant l’ordre des familles dans un cours d’agriculture, on n’aurait plus que des lambeaux de ces familles, qui, séparées de leur ensemble, ne formeraient plus qu’un chaos, quand on aurait fait disparaître les chaînons intermédiaires qui établissent l’ordre de leur en-

’ chatnement. Que ferions-nous donc dans ce cas? Nous rappro- • cherions entre elles les plantes dont le genre de culture a le plus d’analogie, ét nous aurions, par exemple ; 1“ les arbres forestiers; 2° les arbres et arbustes récoltés annuellement (mûriers, vignes, arbres à fruit); 3" les plantes à grains fécu- . dents (blé, avoine, sarrasin) ; 4° les plantes à graines huileuses ’ (colza, pavot) ; 5“ les plantes fourragères ( luzerne, ivraie vivace, spergule); 6® les plantes textiles (chanvre, lin); 7° les plantes à tige tinctoriale (indigo, gaude, pastel) ; 8° les plantes oléracées (épinards, chicorée); 9° les racines (pommes de terre, betteraves, carottes, garance, etc.). Nous formerions ainsi ^es classes dans lesquelles les alfînités des plantes sont brisées, mais qui nous offrent un autre genre d’alhnité, celui qui résulte

■ de leur mode de culture, qui est devenul’objet principal de noi . études. Ce sont des classes naturelles sous le rapport agricole,' tandis qu’elles cessent de l'ètre sous celui de la botanique.

• C’est ce qui a été fait aussi pour les matières médicales, alimentaires, etc. La chimie elle-nïème a classé les êtres naturels dans un autre ordre que là minéralogie. Ainsi non-seulement les sciences d'application (sciences technologiques), mais les sciences pures elles-mêmes, modifient leur classirication selon l’objet qu’elles se proposent, en la faisant dériver de celles des

• propriétés des corps qui importent à leur objet.

En agrologie, ce ne sont déjà plus dès substances simples,

’ deÿcorpsdans leur état individuel, comme une plante, un* cristal., que nous avons à examiner ; ce sont des mélanges de plusieurs substances dont on ne forme des individus que par abstraction, ainsi que cela a lieu pour les roches, et formées comme celles-ci de la réunion dé plusieurs minéraux simples.

' Mais cette opération intellectuelle, qui saisit la réunion habituelle de plusieurs substances pour eu former un être collectif, est bien plus naturelle dans la pratique que celle qui ne considérerait dans un granité les que trois minéraux qui le compo-

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sent, sans avoir égard à leur mode d’agrégation, ou mieux ‘ encore à celle qui décomposerait ces minéraux en leurs der> . piers éléments chimiques, rayant ainsi le granité des nomen- ■ clatures, pour ne plus y placer que l’oxygène, le silicium, l’aluminium, le potassium, le magnésium et le fer.

■ ‘ Il en est ainsi des terres, soit qu’elles ne présentent qu’une- . , . seule espèce minérale, la silice, par exemple; soit, comme cela * arrive le plus souvent, qu’elles en présentent plusieurs, et qu'on les trouve associées à des débris végétaux et animaux; Nous pouvons considérer abstractivement chacun de ces mélanges comme une roche pulvérisée, et agir sur lui comme l’on a agi surles roches pour en former un ensemble systématique.

Après avoir montré que la raison et l’usage nous autorisentà proposer une ^classification des terres sous le point de vue spécial de l’agriculture, nous deVons examiner : 1° quels sont les caractères que l’agriculture doit rechercher dahs les terres ; - 2" la valeur relative de chacun d’eux ; 3“ leur application i la . classification. *

Section 1'®. •— Caractères des terres relativement , à l'agriculture. .

Quand un agriculteur s’attache à l’étude d’une terre, il lui • est fort indilTérent qu’elle soit composée d'alumine, de silice,

■ ou que ces. substances soient à l’état de quartz.oude feldspath, ou que, dans leur agrégation, elles soient les débris d’un gra- •

, nit, qu’elles appartiennent aux terrains primitifsou d’alluvion ; ce qu’il demande, c’est de savoir quel genre de plante la terre qu’il observe portera avec le plus d’avantage, la force qu’exigera sa mise en culture, les amendements qu’elle réclame pour acquérir son maximum d’effet ; voilà les vrais, caractères agricoles, ceux qui s’adaptent au plan de l’agrojogie, ceux qui portent la lumière dans scs recherches., » . ;•

.dotale

Ôr, ce que nous avons dit en parlant de la composition des sols nous prouve que certains éléments sont en rapport avec lès propriétés recherchées par les agriculteurs. Ainsi, les ter-' '• rainS qui contiennent èn certaine proportion les carhonates de chaux et de magnésie sont énrinemroent propres à la culture . du froment ; si l’on y ajoute du gypse, les légumineuses y prospèrent aussi ; les glaises qui abondent en silice sont le sél spécial des forêts.

Les propriétés physiques des terres les rendent aussi plus où moins convenables à certains végétaux ; les terres constamment fraîches portent de belles prairies; les terres sèches en été sont propres au froment on au seigle, selon l'époque de leur dessic- ‘ cation ; les terres humides en hiver veulent des récoltes de printemps, si à cette époque elles ont perdu une partie de leur humidité; les terres sèches k la surface et à sous-sol frais s’utilisent pour les arbres et les arbustes; les terres inondées produisent de précieuses récoltes de roseaux servant aux litières.

Sous le point de vue de la facilité et de la difficulté des travaux, les terres siliceuses et sablonneuses s’ouvrent sans effort, ainsi qUe celles de nature organique; les terres argileuses, les glaises et les terres mélangées offrent des degrés assez diflé-, rents à cet égard, selon la quantité d'argile propre à faire pâte ’ qu’elles renferment. .

SoUs le rapport des amendements, les terres sablonneuses et calcaires, plus perméables à l’air, décomposent plus facilement les engrais et demandent des fumures fréquentes, tandis que les argileuses' retiennent le fumier, ne le cèdent qu’a près s’en être saturées, et peuvent ainsi être fumées à de plus longs intervalles et avec plus d’abondance; les terres abondantes en principes organiques exigent l’emploi de la chaux ; celles où celte substance manque s’améliorent par son addition, etc.

• .'Ainsi, nous retrouvons tous les caractères minéralogiques et physiques des terres, en certains rapports avec les caractères

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agricoles. Il y a des groupes entiers de terres dont les caractères naturels répondent à un caractère agricole. Voyons . maintenant quelle est leur importance et leur généralité.

Section IL — Valeur des caractères.

' Pour apprécier la valeur relative des caractères agricoles, il faut rechercher quels sont les plus indispensables, ceux qui, s'ils n’existaient pas, apporteraient le plus de perturbation dans .

‘ Fagriculturé. Le degré de cette nécessité indiquera leur- ' subordination.

La physiologie végétale nous a appris que les semences peuvent germer, les tiges et les feuilles s’accroître par le seul / secours de l’eau et de l’air atmosphérique. Cette végétation est sans doute imparfaite ; elle absorbe le carbone de l’air, elle puise de l’oxygène et de l’hydrogène dans l’eau ; mais elle ne peut augmenter la dose d’azote et do sels alcalins et terreux que ses semences renfermaient déjà. Cependant c’est une végétation, et, sans eau, la terre la plus fertile ne développerait pas le germe.. On peut donc affirmer qu’un degré convenable d’humidité dans le terrain est le premier de tous les • caractères agricoles. • ».

Mais nous no pouvons concevoir l’action de l’pau dans, la culture sans l’intermédiaire de la terre : c’est elle qui a conservé et cédé à l’eau les éléments qui doivent composer la . plante et permettent sa reproduction ; ces éléments sont disposés de manière à favoriser l’accroissement de certaines plantes de préférence à d’autres. Or, cette appropriation des terres aux diverses cultures nous semble, après leur. humidité, le caractère qui a le plus de valeur. En effet, c’est par cette considération' que commence toute tentative d’exploitation agricole. Ce n’est , • qu’après avoir destiné telle ou telle terre aux cultures qui lui sont appropriées, que l’on pense aux travaux et .aux amende- *’

CLASSIFICATtON DES TERflAlNS AORICOLES. 267 iRcnts qui lui sont nécessaires; ces travaux, ces amendements seraient sans but, si l’on ignorait à quelles plantes ils doivent servir. La force nécessaire pour exécuter les travaux a aussi une grande importance ; si l’appropriation du sol décide le côté' physiologique d’une culture, le travail qu’elle exige s’adresse, à son côté économique ; il modifie le plan d’assolement, que Ton arrêterait trop légèrement sur la première considération isolée ; il a une influence décisive sur le choix des moyens à employer pour vaincre la résistance, sur le nombre, le genre de forces à appliquer aux machines, sur les machines ou les outils que l’on doit choisir.

Enfin, quant aux amendements nécessaires aux plantes sur un sol donné, ils sont sans doute le signe et le couronnement d’une bonne agriculture, mais leur usage est loin d’ètre général ; le plus grand nombre des terres se cultive presque sans leur secours ; on ne pourrait donc considérer l’usage intelligent des engrais, qui malheureusement n’est encore qu'une exception, comme un caractère aussi général que les précédents.

' Section III. — Subordination des caractères.

En cherchant le caractère qui doit être pris pour dominer la classification des terres, qui doit en faire la division primordiale, nous remarquons que leur humidité, qui est le premier caractère physiologique, n’est pas complètement dépendante de la nature et de la composition des terrains. C’est une propriété trop souvent variable, qui s’applique, selon le cas, aux mêmes natures de sol ; elle est essentiellement locale, s’étend à tous les genres de terrains quand elle provient d’une qualité excessive du climat; d’autres fois elle tiendra à sa disposition topo^ ■ graphique, et elle embrassera toute une section de territoire, quelle que soit la nature des terres. Ainsi, en Arabie, on ■ n’aura que des terres sècbçsqui seront argileuses, sablonneuses.

AGBOLOGIE.

calcaires ; en Irlande, on n’aura que des terres humides, argileuses, sablonneuses, calcaires ; ailleurs, une partie du territoire située sur un plateau sera sèche, tandis que les pentes et les vallées formées des mêmes terrains seront humides. Il y a plus, un canal d’arrosage, un fossé de dessèchement changeront complètement l’état du sol sous le rapport de l’humidité, sans affecter nullement la nature des terres, et sans rien avoir de permanent, car ia clèturedu canal, le comblementdu fossé changeront sur-le-champ la qualité de la terre. Ainsi l’humidité du sol, qui est la propriété physique la plus importante, celle dont le cultivateur doit surtout se préoccuper, n’est pas propre à régir une classification, et ne ferait que la rendre * confuse. Elle marche en première ligne dans Vappréciation des terrains, elle doit être écartée dans leur classification.

Il n’en est pas de même de l’appropriation des terres aux différentes cultures. Celle-ci présente ce premier avantage, qu’elle s’allie à la classification la plus naturelle du sol ; sous le rapport minéralogique, elle rompt le moins d’affinités, et. *

. par conséquent rend plus satisfaisante et plus facile la détermination des terrains. Ainsi, en supposant l’existence de > ‘quantité d’humidité nécessaire, toutes les terres calcaires sont propres au froment et aux légumineuses. On n’obtieht d’une manière complète ces mêmes récoltes sur les glaises (terres argilo-siliceuses) qu’en leur fournissant, par le moyen ‘ de la marne ou de la chaux, l’élément calcaire qui leur manque; ces terres ont besoin d’engrais ou d’un long repos pour pouvoir rester soumises à la culture. Les sables permettent ‘ aux racines de s’étendre pour aller chercher leur nourriture au , ‘ loin ; ils sont secs de bonne heure an printemps, et, par conséquent, s’échauffent plus facilement en cette saison que les* * autres natures de terre; ils sont donc propres aux récoltes de printemps. Les terreaux ont pour caractère général de se tu- • méfier à l’humidité, ,de s’aflhisser par la sécheresse, d’exiger . '•

■ CLASSIFICATION DES TERRAINS AGBICOLES. 2^ l’bmbfe en été pour être maintenus dans un état moyen d'humidité, et alors d’ètre propres à un grand nombre de cultures, avec l’aide de la chaux. Voilà donc les coupes minérales qui se trouvent coïncider parfaitement avec un grand nombre de propriétés agricoles.

II est remarquable que, sous le rapport d^ amendements, ces mêmes groupes restent aussi presque dans leur entier. Ainsi l’azote, qui généralement est en trop petite quantité ou manque dans les terres, nécessite, pour toutes, l’emploi d’engrais animaux, si Fon veut en obtenir de pleines récoltes ; mais les engrais sont suppléés en partie par les nitrifications dans les groupes calcaires qui présentent aux influences atmo-* sphériques une base salifiable, ou par les oxydes de fer, les ter-^ Tcaitx et les argiles, qui condensent dans leurs pores l’ammomaque de l’atmosphère; les amendements calcaires sont propres aux glaises, aux terres siliceuses et aux terreaux; le gypse convient aux mêmes terrains, et quelquefois aussi aux terres calcaires qui ne Tont jamais contenu ou qui en ont été dépossédées par la succession des temps ; les phCsphatcs manquent rarement aux terrains calcaires, aussi les os en poudre y font-ils moins d’effet que sur les terrains glaiseux et siliceux ; sous le rapport des amendements, il n'y aurait donc , dans l'identité des coupes minéfalcs et des coupes agricoles, qu’une exception, celle qui exigerait l’emploi du gypse pour quelques terrains calcaires. , , • . '

Il n’en est pas de même de la ténacité des terres; son application à la classification romprait ces groupes naturels ; car toutes les espèces minéralogiques sont susceptibles d’un degré plus ou moins grand de ténacité. Si les sables à gros grains n'oflrent aucune résistance, la silice elle-même, quand elle est très atténuée, se réunit en masse et présente quelque ténacité; • et quant aux terres mélangées, qui sont les plus nombreuses, les glaise^ très. abondantes ensiliçe sont pou tenaces,, celles

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cImz lesquelles l’argile domine le sont beaucoup; les calcaires purs ou seulement siliceux sout peu consistants, mais leurs mélanges avec l’argile produisent des sols très tenaces. Ainsr, tous nos groupes formés par l’accord d’un caractère minéralogique et de deux caractères agronomiques (l’appropriation des plantes et les amendements) cessent d'ètre d’accord avec les caractères économiques tirés de la ténacité des terrains.

Il ne s’agit donc plus que de décider lequel des deux premiers ou du dernier devra prédominer. Mais d’^abord, quant à l’importance agricole de ceS caractères, il est facile de juger qu'une plus ou moins grande facilité de travail, séparée de 1a faculté de produire les plantes les plus utiles, est une qualité tout à fait négative, et qu’entre deux terres d’une égale ténacité, on choisira toujours la plus fertile ; que la marne grasse et difficile à travailler sera préférée au sable aride et sans cohésion ; et qu’enfin , dans l’examen d’un domaine , c’est l’aspect des plantes que l'on interroge, avant de calculer la force qu’elles ont coûté ; que si ce n’est dans certains sois exceptionnels^ une bonne récolte sur un sol tenace compense toujours^et au delà , la dépense qu’elle occasionne, comparée à une mauvaise obtenue avec un travail moindre sur un sol favorable.

‘ La ténacité des terrains nous semble donc moins importante à considérer que leur appropriation* aux récoltes, et ne devra servir que comme caractère du second ordre, pour différencier les genres dans chaque division de la classification.

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