CHAPITRE IV
Des caractère* «pèclüqne*.
Il faudrait plutôt appeler caractères indtvtdueli que caractères spécifiques ceux qui ne s’appliquent qu’à un terrain donné, qui n’a d’analogue complet nulle part. Après être parvenu, au moyen de la classification que nous venons d’indiquer à rapprocher ce terrain, autant qu’il est possible, de ceux qui lui ressemblent le plus, il ne nous reste plus qu’à donner son signalement particulier, qui établisse son individualité; on conçoit toute l’importance de ces caractères, qui vont achever de peindre le terrain dont nous vouions raisonner, en le sé^ parant de ceux de la même division, de la même section, du inôme genre. .
Certaines modifications peuvent aiïecter tous les genres de, terre qui n’ont pas été pris pour base de la classification générale, quelle que soit d’ailleurs leur importance agricole. Nous allons les indiquer et les analyser successivement.
Sectios I”*. — ' Fraîcheur de la terre.
, Nous avons déjà fait ressortir l’intérêt agricole que présente cette propriété, elle ne devra donc jamais être négligée quand on décrira un terrain. On indiquera 1** si la terre est fratebe en été et fraîche en hiver; S" ou fraîche en été, humide en hiver ; 3° ou sèche en été, humide en hiver ; 4*^ ou sèche en-été et sèche en hiver. Toutes ces modifications peuvent être saisies à la simple inspection avec un peu d’habitude; mais pour l'acquérir, il sera utile de réitérer l’expérience qui so't d’épreuve à ce jugement empirique, et qui est basé sur les priucipes suivants : • . '
• CLASSIFICATION DES TEKRÀINS AGBICOLES. ‘ 895 . - '
1° Nous appelons terre fraîche, enéti^, celle qui, au millieu de cette saison, du -10 au 30 août, huit jours au moins après une pluie, possède encore 0, 10 de son poids d’humidité a 33, centimètres de profondeur ; •
Nous appelons terre humide, en toute saison, celle qui « ^
trois jours après la pluie conserve plus de 0,23 d’eau.
3** Les terres qui, huit jours apr^ la pluie, contiennent moins de 0,10 d'eau, sont des terressècbes.
Section II. — Terre» caillouteuse», graveleuse», etc. -
. Nous appelons terres rocheuses celles à la surface et dans le ’
sein desquelles on trouve des roches ayant plus de 20 centimètres dédia mètre; S" terres caillouteuses celles qui portent de fragments de pierre de 1 à 20 centimètres de diamètre ;< * •
3° terres graveleuses celles qui sont remplies de particules de 2 à 10 iniltimètres de diamètre ; 4*> terres sablonneuses celles dont les particulës les plus grosses ont de un demi-millimètre • . . à 2 millimètres de diamètre.
Endècrivantune terre, onindique autantque possible la proportion des différentes parties qui se troqvent dans cette terre, . ’
.et de cette manière, par exemple : terre ayant 0,25 de roches,' . '
pour indiquer que le quart de sa surface est couvert de roches; * terre 0,75 caillouteuse, pour indiquer que sur un poids donné de terre, les. trois quarts se trouvent être de cailloux; terre' - *
0,50 graveleuse, pour indiquer enfin que la moitié du poids de la terre est formée de menus graviers. Nous avons indiqué '
plus haut, à l’articlc'de la lévigation, de quelle manière on sépare ces différentes parties.
Les roches, ea occupant une partie de la surface, ne se bornent pas à réduire l’étendue cultivable du sol, elles mettent encore obstacle aux labours par l’irrégularité de leur dissémination ; quelquefois, cachées en terre, clics brisent la charrue'
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qui les rencontre. Quand on peut vendre les débris de ces ro- . ■, cfaes comme matériaux à bâtir, ou qu'on peut en profiter soiméme pour enclore le terrain,, c’est une bonne opération que d'en débarrasser le champ.
. , Les terres caillouteuses sont très chaudes en été, et les arbres et arbustes qui s’enracinent profondément peuvent seuls j venir avec profit, outre que les cailloux couvrent une partie du sol et le rendent inutile^ Quand Arthur Young blâmait ces ’ propriétaires du Languedoc qui faisaient épierrer, il n’avait pas l’expérience des effets du soleil de ce climat, et sa pensée le rappelait au souvenir des champs d’Angleterre que ces cail* lôux auraient si bien réchauffés. Les terrés graveleuses sont encore plus sèches que le sable,, et quand les graviers sont abondants, ce sont encore des terres à plantes frutescentes.
Nam jejuna quidem clivosi gtarea ruris , Vix bumile apibus cæsias roremque ministrat. '
Georg.,11.
Section JII. — Terres ocreuses, ferrugineuses.
Les terres renferment presque foutes une plus ou moins forte dose d’oxydes de fer ; quelquefois ils sont à l’état de protoxyde noir, plus souvent à celui de peroxyde rouge, brun, ' jaune. Le caractère de cës terres est de tacher par le contact. Leur couleur foncée les rend plus chaudes que ne le comporterait leur nature, et les récoltes y sont plus précoces que dans lés autres fonds. Ainsi l'on indiquera soigneusement la nuance de coloration ; on dira : une terre ferrugineuse, rouge, brune, jaune, noire. L’analyse fera connaître la proportion du fer qu’elles contiennent. '
" Section IV. — Terres sali féres.
Les terres salifères occupent de si vastes étendues de ter-
1 Dy Googk
CLASSIFICATION. DES TERRAINS agricoles. 297.
rain, non-seulement sur les côtes, mais dans l'intérieur des continents, où elles constituent les steppes de l'Asie, que nous avions cru d’abord devoir en faire une division de la’ classifica-. tion générale, Cependant, en y réfléchissant, nous avons vu que ’ cette qualité pouvait affecter tous les genres de terrains, et qu'ainsi, pour subdiviser les terrés salifcrcs, nous serions cpn* ' duit à reproduire toutes les sections des autres divisions ; nous aurions donc eu des terres salifères calcaires, argifo-calcaites, glaiseuses, etc., faisant descendre ainsi au rang de simple épi- . thète. les mots qui avaient servi auparavant à caractériser des ordres de notre classification. De plus, la même considération, qui nous avait porté à créer un ordre de 'terres salifères nous ' conduisait à tenir compte des autres circonstances accessoires et à former aussi'un ordre de terres graveleuses, par exemple.
Le sel que renferment les terres n’a donc plus été pour nous, qu’un caractère spécifique, et c’est ainsi que nous le consjdé- • rons en ce moment. < ' ,
En mettant une pincée de terre sur la langue, le goût aver- ' tit, avanttoute analyse, de la présence du sel qui peut y exister.- . C’est ordinairement le sel marin, plus rarement le sulfate J» soude, de magnésie ou de fer, ou le nitrate de chaux et de potasse. On connaît la saveur du sél marin ; celle du sulfate de fer est styptique, celle du sulfate de soude est d’abord fraîche et puis amère ; le sulfate de magnésie est amer \ la saveur frat^
^ che et ensuite d’upe amertume particulière des nitrates de chaux et de potasse est aussi remarquable.
. Les terres qui contiennent une quantité de sulfate de fer* . appréciable aux sens sont complètement infertiles.
Quant aux terres qui contiennent du sel marin, un simple essai vient aider le jugeèaentdu goût ; leur solution dans l’eau , donne un précipité avec le nitrate d’argent. On peut s'assürer de la proportion de ce sel en faisant évaporer l’eau dans la-,
quelle on aura mis à digérer une quantité de terre. Quand la ■ d. . • *3.
AGROLOGIE.'
dosé de ce sel dépasse 0,02, elles sont impropres à la culture, et ne portent plus que les plantes qui sont spéciales à ces terrains : les salicornes, l'atriplex maritime, le tamarisc, les ’ soudes, rinula crithmoïdes, etc. Elles cessent elles-mêmes d’y croître si la dose s’en éléve à 0,05. '
Ces chiffres sont ceux obtenus par M. Plagniol, chimiste habile, inspecteur de l’académie de Nîmes.' Julia Fontenelle portait à 0,04 et à 0,06 la quantité de sel marin que peuvent
■ contenir les terres salées propres à la culture aux environs de Narbonne. « Au-dessus de ce point, dit-il, elles ne sont propres qu’à la culture de la soude. » Les soudes cessent de croître quand la dose de sel dépasse 0,12 ou 0,t4 ; il regardait le sable calcaire comme on excellent ainendement pour dessaler lés terres , le sel marin se décomposant en partie pour former du carbonate de soude *.
' Quand ces terrains sont sablonneux et profonds, ils ne tar-r dent pas à se dessaler par l’action des eaux pluviales ; d’ailleurs, * ayant peu de capillarité, ils ne ramènent pas à la surface le sel . qui est dans les couches inférieures. Ges-terrainssontalors assez, fertiles dans les contrées humides, d’autant plus qu’ils sont généralement mêlés à des déhris calcaires et animaux. On s’en sert comme engrais pour les terres fortes des environs.
Les terrains salins tenaces sont mous, glissants, noirs quand ils sont humides, durs quand ils sont secs, et alors le sel se montre en efflorescence à leur surface. On les reconnaît de loin à une humidité superficielle qu’ils conservent par l’effet de la
■ déliquescence do sel marin, qui attire sans cesse l'humidité de l’atmosphère et celte du sol.
Cultivés à l'état humide, ces terrains salés se corroient et . forment des mottes très difficiles à briser ; on ne peut les cultiver que pendant la sécheresse, et la présence du sel ajoute beaucoup alors à la dureté du terrain. Aussi sont-ils coûteux (J) il'rmoles(f«i’apricttl(«re. 1832, t. X, p. 18.
à travailler. Les récoltes y sont chanceuses dans tous les pays où l’atmosphère, habituellement sèche, n’entTeticnt pas une certaine fraîcheur dans le sol ; car si le printemps est sec, le collet des plantes se trouve tellement serré par le durcissement de la terre, qu’elles souffrent et ne profitent pas; mais aussi, ■ quand les années sont favorables, en y obtient de superbes récoltes de blé. On a trouvé le moyen de maintenir artificiellement l’humidité nécessaire en couvrant de roseaux les semis de blé. Cette pratique, généralement adoptée dans les terres salifères du midi de la France, a rendu très précieuse la récolte des roseaux (arundo phragmites, typha, sparganium, etc.). Les ' pâturages des terrains salants sont estimés et très favorables aux moutons ; les prairies y sont excellentes quand on peut les 'arroser avec de l’eau douce, à condition de n’y pas faire entrer l’eau quand elles sont sèches, pendant les grandes chaleurs; mais on peut les arroser aussi en été, quand on y entretient constamment la fratcheqr. Comme, en général^ le sous-sol est plus salé que la surface, les arbres y viennent mai, à moins qu'ils ne soient placés dans le voisinage de courants d’eau dpuce. Le sel de l’intérieur est sujet à remonter à la surface à la suite des grandes pluies, ce qui empêche que, par l’eflet du temps et des météores , le sol finisse par s'adoucir complètement.