TENTATIVES FAITES POUR APPRÉCIER LA VALEUR DES TERRAINS
Les hommes ont dû chercher de bonne heure les moyens de connaître la valeur relative des terrains ; mais cette connaissance n'est devenue, un véritable besoin que quand les terres, se subdivisant, sont devenues un objet de commerce. Jusque-là, les vastes domaines des seigneurs ne (louvaient les intéresser que sous le rapport de leurs produits, et ce produit, quand l’espace ne manque pas, se mesure plus encore sur la population et sur son industrie que sur la valeur intrinsèque du fonds ; mais quand cette population s’est pressée sur le s6l, quand la civilisation a permis et facilité le mouvément des bommes d’un lieu à un autre, quand chaque pièce de terre a acquis son prix réel, qyand les capitaux éloignés ont cherché des placements territoriaux, quand les propriétaires ont voulu proportionner leur rente aux produits, et les gouvernemènts l'impôt à ces mêmes produits, alors le propriétaire, le fermier, l’État ont été intéressés à trouver un juste mode d’appréciation des terres. La méthode historique dont nous parlerons plus loin, et qui consiste dans la discussion des faits accomplis et l'évaluation des récoltes précédentes pour en faire une moyenne de produits, doit avoir été employée la première comme la plus simple, et on l’emploie encore aujourd’hui avec les mêmes avantages partout où l’agriculture est stationnaire, car partout où elle avance, les progrès de quelques terres influent sur toutes les autres en élevant leur prix ; cependant on connaissait aussi
AGROLOGie.
divers procédés empiriques pour juger de fa bonté d’une terre.
Nous avons déjà dit que pour connaître si une terre était • propre au blé ou seulement à la vigne, si elfe était grasse ou légère, Virgile conseillait de faire creuser une fosse profonde, d’y remettre ensuite toute la terre qu’on en aurait tirée ; si cette terre ne suftisait pas pour combler le fossé, c’était un signe qu’elle était légère et seulement propre à la vigne ; que si au contraire il restait de la terre après avoir comblé le fossé, le champ était fort, gras, les mottes grosses, dilTiciles à rompre, et la terre était une terre à blé. Nous avons expliqué ce qu’il, fallait entendre par cette expérience.
. Le même poêle enseigne à se défier des terres amères (qui communiquentune saveur amère aux eaux qui les traversent).
La tradition des terres amères subsiste encore parmi nds paysans du midi ; pour eux, certaines terres appauvries, qui ne répondent plus aux soins du cultivateur, sont des terres amères, sans cependant qu’ils aient jamais essayé de les dégus- . ter. Cependant nous avons trouvé enfin des terres vraiment amères; elles contenaient du sulfate de magnésie, qui par la chaleur s’eflleurissait même à leursurface, et la végétation ne paraissait pas là où ce sel était surabondant. On voit de vastes espaces de terrains de ce genre dans les alluvions de la Durance. Y a-t-il donc assez de sols pareils dans les terrains volcaniques de l’Italie, pour qù’ilsy soient un objet de remarque?
La végétation naturelle du sol paraissait à Olivier de Serre le véritable critérium des bons terrains. « Si vous ne pouvez savoir ce que rapporte une terre, année commune, regardez les arbres de toutes sortes, sauvages et cultivés ; leur grandeur, leur petitesse, leur beauté, leur laideur, leur abondance, leur rareté vous serviront à juger solidement de la fertilité ou de la stérilité de la terre, sur tous lesquels les poiriers, les pommiers, les pruniers Sauvages assurent le terroir être propre pour tous les blés ; sous celte parlieufarité que la (erre à fro-
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• ment est propre oUx poiriers, et celle à seigle où le pommier est abondant. Demeurent les pruniers de facile venue presque en tous bons lieux, soit argileux et sablonneux ; servent aussi à telle adresse les chardons qui marquent le terrain propre
, aux poiriers, et la fougère aux pommiers. Ces plantes-là supportent, les- premières l’argile, les secondes le sablon, selon les diverses natures des blés. Les bons et menus herbages erôissant naturellement ès champs, vous aideront beaticoup à ceci ; ' car jamais bonnes et franches herhes ne viennent abondamment aux terres de peu de valeur*. » , >
Enfin, ce père de notre agriculture complète en deux distiques ses cônseils agrologiqucs :
. .Tu n’emploieras ton labeur
•• En terre de’bonne senteur. ' . ‘
. ■ ■ ’ En terroir pendant
. Ne mets ton argent.
Il y a quelques observations à faire sur ces signes diagnostiques donnés par Olivier de Serre; il est certain qu’au moins ' dans notre midi, où il écrivait, le poirier réussit mieux dans les terres argilo-calcaircs et lé pommier dans les glaises ; que les chardons.sont plus abondants 'dans les premières, et qu’on n'y voit pas de fbugère, tandis qu’elles abondent dans les secondes; if a done raison de dire que les poiriers sauvages et Tes chardons sdntdcsindiccsdesterrcsàfromcnl; les pommiers et la fougère, des terres à seigle. Cette règle est-elle assez gé-r riéralepourêtre admise partout, et en Normandie, par exemple, les pommiers ne rèussisscnt-ils pas sur les terres calcaires?
Des terres de très chétive qualité, à cause de leur peu de profondeur et de leur sécheresse, les plaines caillouteuses de la érau par exemple, portent d’excellentes herbes pour les hes- ' tiaux ; le petit trèfle, la fétuque ovine croissent au milieu des cailloux ; il est vrai qu’elles n’y croissent pas abondamment, (T) Olivier de Serre, liv. cb 1.