DES NERFS
Noms. Les anciens connoissoient sons le nom de nerfs, des parties très-différentes les unes des autres par leur structure (i) : maintenant ce nom est consacré à des filamens qui jouissent d'une extrême sen-^ibilité , et qui sont des productions de la substance médullaire du cerveau , de la moelle allongée et de la moelle épinière.
En général, les nerfs sont proportionnellement beaucoup j?/iis gros dans les foetus et dans les enfans que dans les adultes , et les nerfs de la moelle épinière sont généralement plus volumineux que ceux qui tirent leur origine du cerveau. Si on compare leur grosseur au volume des organes dans lesquels ils se distribuent , on voit que les nerfs des organes des sens sont très-gros , tandis que ceux qui se distribuent aux poumons , au foie , à la rate , etc. sont très-petits.
Structure. Les nerfs sont pourvus d'une enveloppe et d'une substance intérieure médullaire j l'envelope est ferme , membraneuse ; dans certains nerfs elle est beaucoup plus solide que dans d'autres : ceux des extrémités, par exemple, paroissent extérieurement comme ligamenteux j mais l'enveloppe des nerfs qui viennent de la moelle allongée est beaucoup moins épaisse et moins dure. La pie - mère
(i) Hérophile arlniettoit Irois sortes de nerfs: les nerfs proprement dits, les ligamens et les tendons. Suivant lui^ les premiers servent au sentiment, et viennent du cerveau ou de la moelle épinière ; les seconds tirent leur origine des os , et vont se terminer à d'autres os ; les troisièmes sortent des muscles } et vont se rendre à d'autres muscles ou ù des os.
122 ANATOMIE MÉDÏCAtE,
accompagne évidemment les nerfs à leur sortie à^i crâne et du canal vertébral, jusque dans les diverses parties auxquelles ils vont se distribuer ; mais la dure-inere ne se prolonge pas aussi sur les nerfs comme les anciens Pavoient imaginé. Elle se réfléchit sur les bords des orifices du ciâne et du canal vertébral qui donnent issue aux nerfs , et elle contracte des adhérences avec le périoste ; et sans doute que Je prolongement de cette membrane, qui accompagne le nerf optique dans l'orbite , a donné lieu à cette erreur qui est devenue générale : on l'a enseignée dans les écoles, depuis Gallen (i) jusqu'à Ludwig et Zinriy qui l'ont victorieusement réfiitée dans leurs écrits et dans leurs leçons.
Les nerfs sont extérieurement recouverts par des expansions multipliées du tissu cellulaire des parties voisines , lesquelles , appliquées successivement les nnes sur les autres , recouvrent les rierfs et les fixent aux parties ambiantes. Ce tissu cellulaire est beaucoup plus abondant dans les nerfs des extrémités , ce qui les rend et plus gros et plus forts î et, dans les vieilles personnes , les enveloppes cellulaires des nerfs sont si compactes , qvie les nerfs paroissent tendineux ou ligamenteux. Dans les jeunes sujets, ce tissu cellulaire est fort lâche, souple et lubrifié d'une certaine quantité de sérosité semblable à celle qui humecte le tissu cellulaire des autres parties j peut-être que le changement de consistance dans l'enveloppe des nerfs concourt à diminuer la sensibilité dont ils jouissent dans les jeunes sujets, et qui est si émoussée dans un âge avancé.
Ce tissu cellulaire, dans certains corps, contient une espèce de substance adipeuse (2), et est imbibé
(1) Les nerfs, dit Gui de Chauliac ^ ne^sortent pas nus, mai» muxiis il'une membrane.
(2) Morgagni , De sed, et caus. morb. epist. LXIX , art. 2.
t)E LA NÉVROLOGIE. 1^3
d'une quantité de sérosité qui le relâche singulièrement. Quelques Anatomistes , et notamiiient Coirvcr, ont cru pouvoir démontrer la cavité des nerfs par le souffle ou par l'injection qu'ils poussoient dans leur tissu cellulaire i d'autres n'ont pas craint d'avancer qu'on pouvoit exprimer d'un neri coupé en travers le fluide nerveux : mais qui ne voit pas qu'alors on fait seulement couler la sérosité qui imbibe le tissu cellulaire externe du nerf et celui qui s'insinue entre leurs divers filamens ? Faut-il toujours s'occuper à détruire dés erreurs, et les verra-t-on renaître sans cesse et se succéder tour à tour ?
Le tissu cellulaire ne se torne pas au-deliors ctiï nerf j il s'enfonce dans l'interstice des divers filamens qui le composent j il forme à chaque filament ijne espèce de gaine particulière plus ou moins épaisse et plus ou moins lâche : ce qui pourroit faire croire ([ue de très-gros nerfs n'ont pas un plus grand nombre de filamens nerveux que des nerfs beaucoup plus petits.
Dans le tissu cellulaire du nerf dont nous venons de parler, rampent divers vaisseaux sanguins , artériels et veineux (i) \ on les trouve très-àpparens à la suite des inflammations ou des injections. Un anatomiste que j'ai connu s'imaginoit démontrer la cavité du nerf, parce qu'il introduisait une soie ou un stylet très-grêle dans quelqu'un de ces vais-^ seaux. En général les artères et les veines des nerfs sont fournies par les artères et les veines voisines; quelquefois on suit très-loin les mêmes vaisseaux sanguins sur le même nerf. Camper a remarqué que le nerf facial ou la septième paire étoit accompagnée
(i) Voyez les observations de Hallcr sur cet objet. Ekmenta ■phytioL t. IV, p.
1^4 ANATOMIK MÉDICALE,
de la même artère ^ depuis Vaquéduc de Fallops. jusque dans ses plus petits rameaux.
Quand on considère la structure des nerfs, on y découvre divers Idamens longitudinaux ^ parallèles les uns aux autres , extérieurement recouverts par les tuniques membraneuses et cellulaires dont nous venons de parler, et intérieurement composés d'une substance médullaire pulpeuse, plus ou moins blanchâtre (i). Cette substance est une production de la substance médullaire du cerveau , de la moelle allongée et de la moelle épinière : c'est à la laveur de la pie-mère qu^'elle est transportée en forme de filamens liors du crâne et du canal vertébral ; mais à peine les nerfs en sont-ils sortis, qu'ils reçoivent la nouvelle enveloppe du tissu cellulaire dont nous avons parié.
Les nerfs qui ne sont formés à leur origine que de substance médullaire , se dépouillent de leurs enveloppes membraneuses dans leurs dernières terminaisons, et ils sont d'autant plus sensibles, qu'ils en sont moins recouverts j ce qui alors en diminue le volume, et en isole les filets, qui paroissent d'autant plus grêles. La sensibilité des parties paroît augmenter à proportion que les filets des nerfs sont plus à nu (2) 5 et par cette raison, la rétine, la portion molle de l'oreille et autres parties, jouissent de la sensibilité la plus exquise (3). Les nerfs des doigts se terminent par une espèce de pulpe qu'on peut
(1) Fanton disnit que les nerfs étoient des cylindres homogènes , formés d'une membrane subtile , et pleins d'une humeur gélatineuse.
(2) Charles Etienne divisoit les nerfs en solides et mous; et, suivant ce célèbre anatoniiste , ceux-ci jouissent d'une sensatioa très-vlYe : De dissect. partiu/ii^ p. 56.
(3) Voyez Morgagni , De sed. et caus. morbor. epist. LXIII^ p. 11.
DE LA NÉVROLOGIE. 125
regarder comme le véritable organe du tact 5 enfin on peut démontrer dans diverses parties du corps , telles que dans le cœur et dans la matrice , des nerfs pulpeux si petits et si mous, qu'ils ont échappé aux recherches des anciens : ils a voient nié leur existence ; mais les modernes sont parvenus à les bien démontrer dans ces viscères , et dans d'autres encore dans lesquels on ne croyoit pas qu'ils existassent.
Les nerfs sont composés de divers filets : ils en contiennent tous un nombre plus ou moins grand. J'ai considéré attentivement le nerf oculo-musculaire externe et la branche du grand nerf sympathique qui y est réunie ; ils m'ont paru composés d'un nombre phis ou moins grand de ces filets primitifs médullaires qui émanent du cerveau ou de la moelle épinière : ils se rapprochent et forment les nerfs sans se confondre, ensuite ils se séparent, et se rendent dans différentes parties du corps. La finesse de chaque fibre nerveuse est si grande , que toutes réunies ne formeroient pas, a dit Monro , un cylindre d'un pouce de diamètre ; et ce il est démontré, ajoute Monro , que » chaque fibre dans la rétine^ membrane qui est le 3> produit de l'expansion d,u nerf optique, ne sur- 3' passe pas la grosseur de la 3.2-400^ partie d'un 3' cheveu » 3 cependant il est peu de parties dans le corps, si petites qu'elles soient, qui n'en reçoivent. La sensibilité dont elles jouissent , dépend de ces mêmes fibres.
Les nerfs ne sont donc, à proprement parler, composés que de la substance blanche ou médullaire provenant de celle du cerveau, de la moelle allongée et de Ja moelle épinière : on voit évidemment la prolongation de cette substance dans les nerfs olfactifs, dans les nerfs optiques, dans le nerf acoustique , dans le spino - cranlo - trapézien. Cette substance, considérée avec attention, est filamenteuse , et clia-
que nerf est composé d'un plus ou moins grand nombre de filamens : je les ai quelquefois considérés avec le microscope j ils m'ont paru soudivisés à l'infini vers le cerveau , et réunis ensuite pour former des filamens irrégulièrement arrondis : chacun paroissant composé d'un grand nombre d'autres liiets^ encore plus petits , lesquels sont contigus et ne see confondent jamais.
Entrecroisement des nerfs.
Quoiqu'il paroisse, au premier coup-d'œil , que less nerfs prennent leur naissance de la partie (lu cerveau qui est du même côté du crâne par lequel ilss sortent, ils viennent cependant de celle qui leurr est opposée , comme on peut s'en convaincre , eni examinant la face inférieure de la moelle allongée:: on voit aussi cet entrecroisement à l'œil nu, et sans* aucune préparation , à l'extrémité supérieure de lai moelle épinière.
Cet entrecroisement ne paroît pas avoir égalementt lieu à l'égard des nerfs olfactifs, ni à l'égard dess nerfs optiques ; les premiers viennent du corps can— t nelé du même côté : le nerf optifjue sort de la couchée 1 du nerf optique qui lui correspond, et il n'y a null p entrecroisement des nerfs optiques , comme on sa' ci l'étoit imaginé, sur la selle turcique. Quelques-unss , ont dit, mais sans le démontrer, que les fibres delà couche optique, et celles du corps cannelé chu côté droit , s'entrecroisoient avec les fibres de ces> \, mêmes parties du cerveau, qui sont placées du côté? ti( gauche, et qu'alors il en résultoit que réellementt fî tous les nerfs du cerveau sortoient de la partie dui " cerveau dii^ectemenC opposée à la partie du crâne:» ■ qui leur donne passage j c'est-à-dire que les nerfss du côté droit' du corps viennent du côté gauche;
DE LA NÉVROLOGIE. 127
cUi cerveau (i). Cette partie de la névrologie mérite d'ultérieures recherches.
Position des nerfs.
Dans le trajet qu'ils parcourent, les nerfs sont, pour la plupart, placés dans des interstices qui se trouvent entre les vaisseaux, les muscles, les tendons , etc. : il semble que la nature ait pris soin de les garantir de toute compression. Ils sortent du crâne par des trous particuliers. Dans quelques endroits y une simple languette osseuse les sépare des vaisseaux sanguins 3 il y en a une bien apparente entre la paire-vague et la veine jugulaire interne ; d'autres fois ce sont des ligamens sous lesquels les nerls passent pour parvenir dans différentes parties. On en trouve un exemple sur le bord supérieur de l'omoplate. Dans certains endroits ^ les nerfs s'insinuent dans des sillons osseux : tels sont les nerfs de la main , qui y parviennent à la faveur des coulisses creusées sur l'extrémité inférieure du rayon ; le nerf cubital passe entre l'os du coude et le condyle interne de l'os du bras , etc. Enfin on admire par-tout l'industrie de la nature^ qui a pris les plus grandes précautions pour mettre les nerfs à l'abri de la coiupression extérieure.
(1) Cassius , un des plus anciens anatomistes , a très - bien décrit cet entrecroisement. Arétée a. aussi connu l'entrecroisement des nerfs*. Cependant les anatomistes n'y faisoient aucune attention , lorsque Pourfour du Petit ^ médecin de Namur, l'a fixée ]);ir ses observations , fju'il a rendues publiques dans SG&.Lettres d'un médecin des hôpitaux. 1710.
* '"'^'o enaii protinus ad oppositos transeunt , se imàcem par-
mutantes m fi^uram dictum ;c'«'c,«''V , id est quœ reprœsentat hanc litteram X-.De eaus, et sign. morbor. diuturn. lib. I, p. 34.
1^8 ANATOMIE BÎÉDICALE,
Branches des nerfs.
Les nerfs donnent des branches pins ou inoins nombreuses et plus ou moins grosses, lesquelles, en s'écartant comme celles du nerf facial , forment une pate d'oie i si les nerfs se réunissent entre eux avec plus ou m oins de confusion , ils forment des plexus. Lesnerfs sont beaucoup plus entrelacés, compliqués et contournés, que les vaisseaux sanguins.
Des angles , et des communications des nerfs
entre eux.
Les angles que les rameaux nerveux forment avec le tronc qui les fournit , ne sont pas aussi réguliers que ceux des artères j ils sont tantôt aigus et tantôt obtus du côté du cerveau ou du côté de la. moelle épinière : ce qui a fait conjecturer à quelques; physiologistes que certains nerfs portoient le fluide! vital dans les parties, et que d'autres le rapportoient: des parties vers le cerveau, ou vers la moelle épinière ; mais comme ces questions sont purement: liypothétiques, nous ne nous en occuperons pas da-vantage.
Diverses paires de nerfs communiquent fréquem-ment ensemble, et elles se réunissent si, exacte-ment, qu'il n'est pas possible d'indiquer le lieu de* leur réunion. Tantôt ce sont leurs troncs qui se: confondent, comme cela arrive aux nerfs cervicaux: et aux nerfs sacrés ; tantôt ce sont des branches; qui par leur réunion forment de nouveaux rameaux : : les plexus du bas-ventre, par exemple, sont formés; de diverses branches de la paire-vague qui se réu-nissent avec d'autres branches du grand nerf sym-phatique. On pourroit dire que divers nerfs sont telle-
DE LA NÉYROLOGIE, I29
ment réunis entre eux, qu'ils n'ont que leurs origines de distinctes et de séparées.
T)es (ra/ifrlions.
On trouve dans divers nerfs des espèces de nœuds plus gros que les nerfs dont ils sont composés. Ils sont connus des anatoinistes sous le nom de gariglions ; tous les nerfs de l'épine ont un ganglion à la sortie du canal vertébral : Coiter a autref ois fait cette remarque qui est exacte j cependant le nerf splno crânien trapézien qui sort dii crâne, quoiqu'il tire son origine de la moelle épinière , est dépourvu de sanglions : on n'en a pas non plus observé dans les neris chapnragmatiques , et ceux des extrémités sont également dépourvus de ganglions. Mais c'est dans le grand nerf sympathique qu'on en trouve un srand nombre.
Ces ganglions ont été découverts et décrits par succession de temps. Fallope connut le premier le ganglion olivaire. fVilLis et Vieussens en ont ensuite découvert et décrit successivement plusieurs autres. On verra, par la description des nerfs, i^. qu'il y a un ganglion ti-ès-petit dans un des rameaux de la troisiè;iie paire ^ qui se joint avec une branche de l'ophthalmique ; iP. que la branche sous-orbitaire est pourvue d'un ganglion qu'on trouve dans la fosse zygomatique , connu sous le nom de ganglion de Meckel , qui l'a décrit le premier en 1749 (1). . 11 y a un autre ganglion dans le rameau de la seconde branche des trijumeaux, qui a qté décrit par Haller ; 4^. On trouve aussi quelques gonflemensganglio-lbrraes dans les rameaux de la troisième branche des trijumeaux, qui vont à la glande maxillaire , et qui se joignent
(1) Actes de Berlin^ t. V.
l3o ANATOMIE MÉDICALE,
avec des branches des nerfs grands sympathiViues. 5^. Enfin ces nerfs grands sympathiques sont pourvus de divers ganglions que tous les anatoinistes décrivent : on en trouve assez constamment trois dans la portion de ce nerf qui répond au cou et dans la poitrine , dans le bas-ventre et dans le bassin. Il y a autant de ganglions que de ncrl's vertébraux avec lesquels les nerfs sympathiques communiquent.
A ces ganglions dont nous venons de faire l'énumération , on joindra les deux ganglions semi-lunaires du bas- ventre qui existent toujours j quelques ganglions des nerfs du cœur, dont les t-natomistes ont fait mention , qui sont très-variables , et que je n'ai jamais trouvés, etc. On n'a point vu de ganglions dans les nerfs olfactifs, dans les nerfs optiques, ni dans les nerfs oculo-musculaires internes j il n'y a pas non plus de ganglions dans le tronc de la paire-vagiu^ : ce qu'on prenoit pour un ganglion est une espèce de plexus. On n'a pas non plus aperçu de ganglions dans l'oculo-rausculaire externe ni dans le facial , et je n'en ai jamais trouvé dans la paire- vague , ni dans aucun de ses rameaux.
La structure des ganglions nous est inconnue j on voit seulement que chacun est recouvert parune couche de tissu cellulaire assez compacte : et: qu'il est intérieurement formé de diverses fibres plus ou moins cohérentes , qui ne sont pas parallèles les unes aux autres , et qui ne suivent pas la direction des nerfs auxquels les ganglions appartiennent j ils paroissent entrecoupés par l'interpo-sition des ganglions.
Ceux qui ont regardé les ganglions comme dô' petits cerveaux, l'ont fait gratuitement ; et c'est aussi! sans rais.on que Laricisi a. cru reconnoître des £bres; musculaires dans les ganglions , puisqu'ils ne sont: nullement irritables. Ces ganglions reçoivent des ra--
DE LA NÉVR0L06IE. l3l
meaiix artériels et veineux , qui viennent des troncs voisins. Oïl pourra voir, à l'article du nç-f ^rand S'xmpathlque, ce (|ui a été dit de la structure des ganglions senii- lunaires : leur volume étant plus grand que celui des autres ganglions, j'en ai jm moins difficilement olîserver la struciure. Si l'on vouloit de plus longs détails à cet égard, on les trouveroit dans l'ouvrage de Malacanié (i) et dans celui que le célèbre' Scarpa a écrit sur cet important objet.
Il n'y a point de nerfs dans les membranes ni dans
les tendons.
On a cru pendant long-temps que les membranes et les tendons étoient pourvus d'un très-grand nombre de iiierls ; mais les anatoaiistes modernes ont fait des recherches inutiles pour les découvrir; ils n'en ont trouvé aucun dans la dure [^) ni dans la pie-mère, ni dans la membrane arachnoïde ) ils n'ont pu en découviir dans le cordon ombilical , dans le placenta, dans l'amnios , dans le chorion ; enfin le périoste et les tendons sont aussi dépourvus de nerfs , si l'on s'en rapporte à l'opinion de Haller et de plusieurs anatomistes modernes. J'ai fait aussi sur cet objet de nombreuses recherches pour connoître la vérité, car j'avois peine à m'imaginer qu'on eût accordé tant de nerfs aux parties dont je viens de faire l'énumération , sans les avoir réellement vus j mais il m'a lallu convenir que les modernes étoient fondés dans leur opinion; du moins je n'ai pu découvrir de nerfs dans les membranes ni dans les tendons.
(1) Occursus anatomîae ^ etc. Venet. 1780. Tii-S".
(2) Lobsteiri. ^ très- célèbre anatomiste , a publié une savant© dissertation 6ur cet objet.
Remarques physiologiques et pathologiques sur les nerfs.
Lesnerfs sont, les organes du sentiment; prolongemens de la substance médullaire du cerveau, de la moelle allongée et de la moelle épinière, ils sont sensibles comme elle, et d'autant phis que cette substance est à nu , ou dépouillée des gaîries mtjnbraneuses qui la recouvrent et qui lui servent de conducteur dans les diA'erses parties du corps pour leur donner la sensibilité dont elles jouissent , souvent après avoir passé à travers des parties plus on moins dures et plus ou moins exposées aux compressions.
C'est aussi sans doute ce qui fait que la nature n'a dépoui.lé Jes nerfs de leurs enveloppes que dans les f^ndroils où ils s<jnt protégés et défendus par des parties plus solides : tels sent les nerfs optiques, les nerfs acoustiques , etc. Alais dans les lieux cm les nerfs ne sont pas recouverts par d'autres parties, et où ils sont exposas aux compressions , aux froisseniens , aux contusions, alors la nature leur doiine de fortes gaines : c'est ce qu'on remarque principalement dans les extrémités supérieures et inférieures.
Les expériences sur les animaux vivans ont appris aux physiologistes modernes , et à Haller un des ])reuiiers , à distinguer: la sensibilité dont jouissent les nerfs, de rirritabiliié ou de la contractibilité dont les muscles seuls sont susceptibles, propriéiéssi diverses, qu'elles ne peuvent jamais être confondues. Et qu'elle^ reconnoibsance ne leur doit-on pas d'avoir démontré , par desexpériences sur les animaux rivans , les difféiences de ces deux< propriétés, l'irritabilité et la sensibilité, et d'avoir indiqué les parties où elles résident (i)! i,
Les nerfs , tant pendant la vie qu'après la mort , sont lesi '
ftarties qui ont le moins d'élasticité, comme l'ont bien jrouvéé l es expériences faites sur les nerfs des cadavres et. sur ceuxs des animaux vivans (2) : ce qui détruit l'opinion de ceux qui pour expliquer leur influence dans les muscles , seuls instru-- | jnens actifs de nos mouvemens , les ont comparés à des cordess \ plus ou moins élastiques , et jouissant d'une vibrabilité ett
(1) JSTous avons réitéré ces expériences tians un cours public fie pliysio- logie PU 1771 : ellos nous ont oiiert les mêmes résultats qu'à Ila^ler et à» un grand nombre liMinhilcs médecins qui les ont ré|)c;tée,s. On en trouvera* une lonj^ue liste dans notre Il'uloire de l'aiia/oniic , t. IV, p. 712.
(2) Voyez notre Cours de physiol. expériwent. on nos Ji£émolies , t. ' p, a(.5. ^iûus ajoulerons ici que nous avons plusieurs l'ois observé, uyuntt
DE XA NÉVROLOGIi:.
•me d'une contractiMlité plus ou moins gran<1es (1)5 <^pinio" iri les inéJecitis ont lacilein^nt adoptée pour renrlre raison de certaines affeclions inorbifiqTies des nerfs (2) , qui ne proviennent cependant que d'un excès ou d'une diminution de sensibilité.
Ce n'est que par conjecture qu'on admet une cavité dans chaque fibre nerveuse : aucun moyen physiqiie n'eu a démontré l'existence 5 et sans doute que cette opinion vient de ce qu'on a comparé le ct-rvt-au à une glande , à laquelle ou a voulu accorder des canaux excréteurs : or les nerfs leur ont paru trèspropres à en remplir les fonctions. Mais comme les comparaisons ont induit si souvent en erreur , celle - ci pourroit bien tromper encore , puisque la substance interne des nerfs est la même que la substance médullaire cérébrale : ne suffiroit-il pas de savoir que les expériences sur les animaux vivans , et les observations paîhobigiques sur l'iiomme , prouvent que ces parties sont également sensibles? Faut-il ensuite, pour expliquer celte sensibilité des nerfs , recourir à des esprits , à uu fluide lymphatique (3) y étliéié (4)) électrique (5), galvanique, vital^ et à d'autres liy- ])othèses, qui, pour être vraisemblables , n'en sont peut-être pas plus vraies ?
Mais si les nerfs sont immédiatement les organes de la sensibilité en gênerai et de toutes les sensaliojis , quelles qu'elles soient, ils sont aussi les premiers agens de l'irritabilité des muscles ; car plus la senoibilité des nerfs est augmentée , plus l'irritabdité des muscles est grande . et l'on sait qu'elle diminue et s'éieint lorsque les nerfs perdent leur sensibilité : les nerfs d'un /nnscle étiint liés ou coupés , celui-ci perd la faculté qu'il a de se contracter, comme l'ont prouvé les expériences faites par tant d'habiles physiologistes (6).
coupé les nerfs en travers , que les deux bouts s'écartoient à peine , même après avoir coupé le tissu cellulaire anibiaiu. Senac ,HaUer, Kin/ieir , etc. ont. aussi t'ait piusieiu-s expériences sur cet objet ; elles leur ont prouvé qu'ils sont très-peu élastiques.
(ij Voyez les ouvrages ilo GUsson, I. Eack. Dissert, de corde in quA a^ilnr de ntillilate spiriluum. Loiitiou , 1766, in-ia, etc.
(2; Voyez sur iout les uialailies nerveuses , par Pomme, ouvrage d'ailleurs qui contient plusieurs observations cliniques très-intéressantes.
(?>) Bonef. De la circulation des esprits aiiiinciux' , p. 168a, in-12.
(/() Hol.inson : Animal œcoiioinic. Dublin, ij'M.
(5) Sauvages, Jalaberl, etc.
(6) Voy.z notre Cours de physiol. expérim. Mém. t. I , p. %6i et 3o6 ; et nos cxj/ériences ne sont que la répétition de celles de Maller^
l34 ANATOMIE MÉDICALK,
On ne peut «îouter aussi que les nerfs ne servent à la nourriture (les diverses parties du corps. On voit en effet qu'tlles maigrissent et s'atrophient dès que leurs nerfs sont comprimés ou coupés 5 et c'est sans doute ce qui avoit frappé les anatomistes anglais Glisson y Mayow y ff^art/ion , et autres, qui avoient presijue entiereraenc accordé aux nerf-, la faculté de servir à la nutrition. Us ont donné sans doute à leur idée trop d'étendue ; mais il est certain que les parties maigrissent quand elles perdent de leur sensibilité , et que la paralysie des membres est très-difficile à guérir, si elle n'est même incurable , quand ils sont atropliiés .
On ne peut déterminnr le degré de sensibilité dont jouissent les diverses parties du corps humain en général, ni les différences de cette sensibilité dans chacune d'elles ; mais on peut assurer (|ue C( tte sensibilité est ])lus ou moins vive , et qu'elle y est diversement modifiée , chacune ayant sa manière de sentir: d'où résulte qu'un excitant quelconque produit dans une partie Tine sensalioii différente de celle qu'il produit dans telle ou telle autre, ou que quelquefois il n'y en excite aucune, tandis qu'il en opère une très vive dans une autre.
La sensibilité est en général plus vive dans les enfans que dans, les adulti s , et dans ceux-ci elle est plus ex(|uise que dans les Tieillards ; car la sensibilité s'émousse naturellement avec l'âge: les femmes sont communément plus sensibles que les hommes; en génér.il les personnes maigres le sont davantage que celles i qui sont grasses , et les personnes petites, fluettes, le sont plus ; que celles qui sont grandes et grosses.
Que de différences les maladies ne peuvent-elles pas occasionner dans la sensibilité , tamôt en l'augmentant , tantAt en la diminuant , et souvent en la dépravant, car elle peut être \iciée de ces trois manières !
Les sensations physiques sont en général d'autant plus vives que le moral est |>lus sensible , et celui-ci l'est d'aulant plus, que' la sensibilité du cerveau i t des nerfs est plus grande ; car on ne peut se dissimuler qu'il ne puisse être plus ou moins susceptible «l'impression.
Mais de quelle manière le physique agit-il sur le moral, et le moral sur le physique ? c'est ce qu'on n'a pu , et ce que vrai^embLibl ment on ne pourra jamais déterminer. Heureusement cette question est plus curieuse qu'utile pour le médecin: il lui importe seulement de savoir si le sujet qu'il traite a pins ou moins de sensibilité , afin de choisir en consé uencc les remèdes i qu'il doit prescrire pour l'exciter, pour k diminuer, ou pouf 1^ corriger , si elle est viciée.
DE LA NÉVB.OLOGIE. l35
Sensibilité augmentée. Lorsque la sensibilité est augmentée ) les passions de l'ame sont plus vives , le sommeil est légor , ou les malades éprouvent des insomnies cruelles; la lumière la plus foi oie les éblouit , le moindre bruit les agite ; souvent mèuie , lorsqu'il règne le i>lus grand silence , ils croient entendre des bruils semblables àu bourdonnement des abeilles , ou à celui d'une cascadp 5 ils croient éprouver en eux-mêmes des craquemens , des déchircmens.
Uiie lemme dont parle Boyle , tomboit en syjicope toutes les fois qu'elle eniendoit un son un peu fort. Les plus légers bruits font sur les liydrophobes une telle impression , qu'ils craignent que la maison ne croule sur eux lorsqu'on ouvre ou qu'où ferme une porte ou une fenêtre (i).
La sensation de l'odorat peut être si ex<piise, que les odeurs les moins fortes , un grain d'ambre , de musc, occasionnent des foiblesses et même des syncopes. Le tabac peut produire sur la membrane pituitaire une telle irritation , que les yeux s'enflamment avec oai sans écoulement de larmes. C'est par un excès de sensibilité dans les nerfs de cette membrane que les femmes hystériques , les mélancoliques , et d'autres dont le système nerveux a trop de sensibilité , éternuent fréquemment , et qu'il leur survient une abondante excrétion de matières muqueuses nasales. Et qui ignore que dans les accès hystériques les femmes ont le gosier si serré, que la déglutition en est interceptée, que leiw: voix est supprimée j ou bien qu'elle est aiguë et plus ou moins entrecoupée?
Les mt'lan( oliques éprouvent un resserrement opiniâtre de la poitrine et respirent avec peine , quoiqu'ils aient les poumons parfaitement sains. Chez eux , l'irritation du diaphragme est tellement augmentée, qu'ils éprouvent des tiraillemens incommodes diins le creux de l'estomac et dans les hypocondres , et que la respiration est gênée ou très-précipitée.
Un surcroît d'irritation dans le cœur , ce principal mobile de l'économie animale , en accélère les contractions et en rend les mouvemens si violens, qu'il frappe les côtes avec bruit.
L»>s palpitations du cœur qui dépendent d'un excès de sensibilité dans les nerfs (2) sont si communes, qu'il n'est personne qui n'en ait éprouvé : elles devieunent quelquefois si grandes, qu'elles effraient les as^Istans , troublent les médecins , et jettent les malades dans la consternation. Or , comme ces palpitations
(i) Qiiosi lola domus conaat. Fernel.
f^Uk. t. I , p. 332.
l36 ANATOMIE MÉDICALE,
dépenrlent (ruti surcroit de sensibilité dans les nerfs, il faut bien se donner de garde, pour les guérir, de recourir à des remèdes cliajids et irritans. Combien d'erreurs graves en ce genre n'a-f-on pas commises! J'en pourrois citer plusieurs dont j'ai été témoin, ainsi que des exemples de palpitations de cœur guéries par des relâchans , des adoncissans et des stupéfians (i).
L'irritation du cœur peut être telle, que ses parois se contractant et se resserrant violemment, et pendant nn temps plus ou moins long , le sang se porte à la tête , et donne lieu à un assoupissement léthargique ou à une apopb xie mortelle , par la compression que les nerfs éprouvent à leur origine de la part des vaisseaux sanguins tro[) dilatés , ou rompus avec effusion de sang dans la cavité du crâne ou dans les ventricules du cerveau , ensemble ou séparément.
L'excès de sensibilité des nerfs donne souvent lieu au rétrécissement du canal alimentaire , et à un tel point, que les malades ne peuvent prendre que très-peu de nourriture. Ils éprouvent quelquefois une chaleur brûlante dans les entrailles pendant qu'ils se plaignent d'un froid glacial au front, aux mains, ou en diverses parties du corps.
Cependant alors il se développe une très-grande quantité d'air dans le canal intestinal et dans les cavités du corps , et de -là les borborygmes , les rots , le globe hystérique. Les femmes vaporeuses et les hommes hypocondriaques rendent beaucoup de vents après leur paroxisme ; l'air se ramasse et se concentre quelquefois dans une partie du bas-ventre , et y forme des tumeurs plus ou moins durables. J'en ai vu qu'on a prise pour des tumeurs humorales (2) ; et de-là mille abus dans le traitement.
L'air se développe tellement dans le corps de la plupart de ceux qui ont les nerfs trop sensibles, qu'ils éprouvent des coliques violentes; le canal alimentaire est presque toujours ballonné jiar l'air qu'il contient: quelquefois des vents sortent de la vessie avec impétuosité j les femmes en rendent par la matrice avec
(1) On pourroir. rapprocher de ce fait pathologique notre expérience sur deux oienouilles vivantes. On coupa la téte a l'une, et non à l'autre; leurs cœurs furent mis à découvert par l'ouverture de la poitrine : on versa par-dessus de la teinture d'opium , et l'on vit cehii tie la grenouille dont Iti tête avoit été coupée cesser de battre avant celui del'autre grenouille.
(2) Ou trouve dans l'ouvrage De sed. et caus. morbor. de Morgagni plusieurs observations sur des tumeurs du bas-ventre produites par de i'air, lib. IIÎ, epist. 3», art. aS, 24, 2,5: Epist. 39, art. .5. Witli , JSote des tumeurs venteuses qui surviennent dans le tronc et dans les extrémités des hystériques, t. II, p. 017.
DE T-A NÉVROLOOtE. 13/
bruit; et sans doute que Vnterus garrulus dont parle Afar^/a/ éti)it celui d'une femme hystérique.
Il est des tumeurs dans le bis-ventre qui sont purement spas^ niofli(|nes , et dans lesquelles on a senti de si fortes pulsations, qu'on les a prises pour des anévrismes , sans aucune raisou , et souvent au dt'trunent 'les malades, auxquels on a prescrit des renièdes très-contraires.
Mais ces p-ilsatious n'ont aucun rapport avec celles des artères. Riolan se récri >it contre les méilecins de son temps qui attribuoient toutes les pulsations que l°s maladies éprouvoient dans la région épig.istrique au battement de la cœliaque , laquelle lui parojssoit trop profonde pour transmettre si loin ses pidsations. TVinslow qui a bien reconnu dans la suite ces battemens , les a attribués à l'artère coronaire inférieure (i) ; mais il faut avouer que si réellement cette artère peut, par le virement de l'estomac , s'appliquer contre les muscles du bas-ventre et les iVapper drins ses dilatations, il arrive bien souvent aussi que les malades éprouvent dans la régi )u épigastrique des battemens qui sont purement spasmodiques.
Tous les viscères creux qui ont d'^s fibres musculaires , se crispent et se resserrent lorsqu'il y a en eux un excès de sensibilité dans leurs nerfs et d'irrirabilité dans leurs fibres musculaires. La vessie ne peut quelquefois contenir que très-peu d'urine. Ee canal alimentaire se délivre des matières qu'il contient , et de là l'origine de quantité de dysuries , de devoiemens , de dyssenteries , etc«
Un excès d'irritation dans la matrice produit, des règles trop abondantes , et même des ])ertes de sang , des évacuations séreuses ou autres. La bile ne pouvant pénétrer ses conduits excréteurs , ne reflue-t-elle pas dans le sang (2) , ou bien n'est-elle pas expulsée dans l'intestin duodénum par le resserrement de la vésicule du fiel, et ne Crouve-t- elle pas quelquefois plus de facilité à refluer dans l'estomac qu'à couler dans les intestins, si ceux-ci sont trop resserrés ou obstrués? or alors un tel reflux ne donne-t-il pas lieu à des \omissemens de bile, à des rapporta acides, à des aigreurs, à des nausées et à des dégoûts?
Dans certaines affections des nerfs, les reins deviennent si douloureux, qu'on a souvent attribué ces douleurs à la présence de
(1) Voyez aussi Morgagiii, lib. III, epist. 3i) , art. 19.
(2) Combien sont fréquentes les jaunisses par suite Aes affections de J ame !
l3B A N A T O M I E MÉDICALE, *
quelques pierres . (i ); et des (^iabétès ont été quelquefois l'effet d'une augmentalioH de st risibilité des nerfs (2) , ainsi que la rétention de l'urine, quand cotte sensibilité, portée à un trop grand degré, donnoit lieu à une trop forte contraction des fibres musculaires du col de la vessie.
La sensibilité des parties de la génération peut être augmentée par un excès immodéré dans les plaisirs vénériens , par les alimens excitans , ou par des remèdes appelés aphrosi<liaques : de là des spasmes dans la matrice et dans le vagin 5 de là la fureur utérine et le priapisme : et comme l'irritation des organes de la génération peut se transmettre aux autres parties du corps, par les nerfs, et y exciter divers symptômes 5 de même l'irritation de ces jiirties peu!^ augmenter celle des organes de la génération , et alors ils ne souffrent que secondairement; mais l'affection des nerfs en général , distincte , ou conjointe à celle de la matrice, peut déterminer l'hystérie. Il n'e3t cependant pas nécessaire que l'utérus soit affecté pour que cette maladie ait lieu (3), et alors saus doute son nom est bien insignifiant.
L'excès de sensibilité dans les nerfs est quelquefois suivi d'une augmentation d'irritabilité dans les mtiscles du tronc et des extrémités, qui se contractent si violemment, qu'ils entraînent les parties auxquelles ils s'attachent , en les fléchissant , ou en les étendant d'une manière cruelle , d'où résultent des convulsions cloniques ou toniques.
Les muscles des yeux et de la face se ressentent ordinairement les premiers et souvent s?uls de cette affection spasmodique ; . la tête se renverse quelquefois sur le dos ou s'incline sur la poitrine (4) } le tronc se replie (5) : est -il ployé en avant , c'est I'cotprostotonos , en arrière Vopistotonos , sur un seul côté le tétanos literalis (6) 5 quant aux convulsions des membres , elles les mettent • dans la plus forte extension ou dans la plus violente flexion.
(1) Willis : Descript. neiv. p. 147. Voyez aussi l'iiuéressant ouvrage de Pomme.
(2) Diabètes hystericus. Sauvages après Sydenham.
(3) Consultez "Willis , De inoibo coiivuh. cap. XI. Il prouve que l'utérus est sain dans la plupart des maladies nerveuses des femmes, auxquelles on a donné le nom a' hystérie , parce qu'on ctoit persuadé que les atïections de l'utérus en étoieut la vraie cause.
(4) Mauchart, caput ohstipuin, i-^^^, Obstipitas, musculi sterno-mastoïdei strictura. Boerhaave , consnlt.
(5) Obslipilas spasmndica. Sanvagos , Nosol. p. 537, ^ 5 -Bonnet; puis M. Lorry, De melaiicliolid , p. 116, c'ilé ^in de Sauvages.
(6) Y oyez V Histoire des divers tétanos. Kosol, de Sauvages , et les ou-" vrages de Morgagni et de Lieutaud, etc.
DE LA NÉVB.OLOGIE. l3^
Les glanciessnnt tissiies Ae nerfs, et l'on doit comptpr parmi les causes des sécrétions qu'elles opèrent, la sensibilité qui leur est particulière (i). Ce qui le prouve, c'est que lors.pie l'action des neifs est augmentée jusqu'à un certain degré , leurs sécrétions augmentent-, une légère inllammation de l'œil fait couler des larmes', l'application d'un irritant sur quelque corps glanduleux que ce soit , en augmente la sécrétion : au contraire , on peut la diminuer considérablement, si on lie ou si l'on comprime le tronc des nerfs qui parviennent dans la glande. C'est ce que artlion. dit avoir fait (a) , et re que IVith a confirmé par ses propres observations. On sait encore que l'application de l'opium sur les nerfs qui parviennent aux glandes parotides diminue considérablementla sécrétion de la salive 5 l'usage intérieur du même remède diiiiiiuie la diarrhée, la dyssenterie, les vomissemens, l'écoulement des urines ou le diabétèf , et généralement toutes les sécrétions, mais non celle de la transpiration, qui est au contraire augmentée par l'opium.
Ainsi tout démontre qu'une augmentation de sensibilité dans les glandes augmente la sécrétion des matières qu'elles séparent du sang. Cependant cette augmentation de sensibilité a un terme, puisque los observations prouvent également que lorsqu'elle est portée trop loin , les sécrétions , au lieu d'être augmentées , sont diminuées, sus|)endues, ou môme supprimées.
Diminution et extinction de la sensibilité des nerfs. Si une angmentali(m de sensibilité dans les nerfs peut donner lieu aux effets dont nous venons de p;irler, la diminution et l'extinction de sensibilité en produisent d'une n.iture entièrement différente.
Dans le premier cas , la mort pf ut survenir aux douleurs et aux convulsions, et dans celui-ci elle peut être la suite de l'inertie et de l'engourdissement des parties.
La santé ne se maintient que par le libre exercice des fonctions 5 et, pour qu'elles s'opèrent régulièrement, il faut qiie les organes soient doués de leur sensibilité naturelle 5 il faut que le principe vital ou l'action cérébral© et nerieuse ait sur eux une librfe influence. Si ceite action est diminuée, les malades tombent da ns un sommeil plus ou moins profond , et en général leurs fonctions s'émoussent ou s'éteignent : alors les mouvemens se raleniissent ou se suppriment, les membres sont peu sensibles ou même perdent entièrement leur sensibilité , s'œdématient ou tombent dans le marasme. Les contractions du cœur sont moins
^1) Borde 11 , Recherches auatomi^ues sur les {•landca. (9) j^denographia curioja.
fréquentes et plus foibles, le pouls tievient lent et foible aussi' , les nialcKies jjeuveut rnomir <!« syncope.
Dépravacion de la sensibilité des nerfs. Indépendamment des aîleclious in.)i liifi.|ues des nerfs qu'on peut rapporter à l'auguieiitation et à la diminution de sensibilité , on ne peut î.Vmpcclier d en reconiioître qu'on ne peut absolument rapprocher de l'une m de l'autre de ces deux classes. C'est ce qui a ' déterminé With à en faire une troisième', qu'il a rapportée à la dépravation de celte même sensibilité. Et en effet comment expliquer par la seule augmentation ou diminution de sensibilité et d'irritabilité qui en est la suite, le strictnm et le laxum de Théniison^ le ion et l'atonie de Poccliioni ^ de Baglivi , la sténie ou Vasténie de Brnwn , la diversité de certaiHes sensations , soit dans i'elat de santcf, soit par celui de maladie? Ne pouvant les ra[)porter ni àl une ni à l'autre , on est forcé de les considérer comme un effet de la dépravation de la sensibilité.
Correspondance des nerfs. Les nerfs entretiennent dans toutes les ])arties du corps , par la sensibilité qu'ils y distribuent , une telle correspondance entre elles , que les affections des unes se communiquent bientôt aux autres , mais à certaines cependant plus particulièrement qu'à d'autres : c'est ce qui a donné lieu d'admettre deux sortes de correspondance ou de sympathie , l'une générale et l'autre particulière. Et en effet on ne peut se dissimuler que lorsqu'une partie de notre corps souffre ) presque toutes les autres parties ne soient plus eu moins affectées et qu'il n'y ait une infinité de correspondances particulières qui font que certaines parties souffrent davantage ou plus vivement que d'autres. Un grand nombre de faits prouvent la correspondance générale des nerfs. Combien n'y a-t il pas d'é[)ilepsies .sympathiques ! On en a guéri quand les nerfs primitivement affectés étoient extérieurs, en les incisant, et quelquefois en diminuant leur sensibilité avec la teinture d'opium seule, ou mêlée avec l'huile animale de Dippel (i). Les effets des odeurs ne sont pas bornés à l'organe de l'odorat, puisqu'il en est qui raniment les mouvemens du cœur , comme il y en a qui les ralentissent , et qu'il y en a aussi qui excitent ou qui calment les nerfs.
Peut-on niéconnoJtre les effets des sons sur les diverses parties sensibles de notre corps , sur le nerf facial sur-tout (2) ? leur action ne se borne pas aux seuls nerfs acoustiques. La jnqûre la plus légère d'un nerf peut exciter des convulsions générales.
(t) Voyez nos Mémoires , t. H.
(2} Dissert, aiiat. acoust. 1782 : Perrole , médecin de Grasse.
DE LA NÉVROrOGIE. l4ï-
Combien d'enfans périssent des convulsions produites par le travail de la denlition , par des vers dans les voies alimentaires! Un cordial à peine parvenu dans l'estomac ranime les forces , et l'opium les énerve , les détruit même aussi proniptement.
Mais si tous ces faits dém >ntrent qu'il y a une correspondance entre les diverses parties de notre corps, d'autres non moins nombreux prouvent qu'il y a des correspondances plus ])articu!ières de tel organe avec tel autre. On pourroit en former ici un tableau intéressant, si nous n'aimions mieux en réunir les exemples par des noies particulières aux divers nerfs dont nous donnerons la descriptiim anatoniique.
Tout prouve donc évidemment que c'est par les nerfs que les di. erses pirties du corps correspondent entre elles, sans nier ])ourtant d'.iutres modes de sympathie qui peuvent exister : mais les faits ne prouvent pas si cette correspondance se fait entre eux hors du cerveau et de la moelle épinière , ou bien si elle se fait dans ces parties mêmes dont les nerfs proviennent. TVith 41 adopté cette dernière opinion. Sans cela , disoit ce célèbre médecin , on ne pourroit expliquer, dans l'inflammation des reins, pourquoi l'estomac souffre davantage que le canal intestinal, pourquoi dans certaines maladies de l'estomac la têle souffre plus que la poitrine, pourquoi l'irritation du sphincter de l'anus et de la vessie produit une contraction continue du diaphragme et des muscles du bas-ventre, sans qu'il y ait aucune affection des organes intermédiaires ; tandis que l'irritation des nerfs de la membrane pitultaire excite des contractions vives, mais instantanées , du diaphragme et des muscles abdominaux. Selon jyith^ l'irritation de l'intestin jéjunum ne se transmet pas au diaphragme, tandis que celle du rectum en trouble les fonctions en y suscitant un spasme violent.
On doit remarquer que cette irritation, qui ne produit aucun effet sur une parue , en opère quelquefois un très - grand sur d'autres. C'est ainsi que les vésicatoires avec les cantharides sur quelque endroit du corps que ce soit se font ressentir sur les voies urinaires , au point de supprimer les urines, et d'exciter l'inflammation des reins et de la vessie. La t-érébenthine appliquée sur la peau agit aussi sur ces mêmes parties, mais avec cette différence qu'elle en diminue souvent l'irntation et qu'elle donne aux urines une odeur de violette. Le plomb, ou ses préparations prises intérieurement à la plus petite dose , et môme appliquées extérieurement ])endant long-temps , diminuent la sensibilité des parties de la génération, au point d'en rendre les muscles paralytiques. Plusieurs personnes qui portoient une amulette d'arsenic sur lecrtux de l'estomac pour guérir des ficvrcs intermittentes dont
l42 XNATOMIl- MÉDICALE,
elles éioitnt atteintps , éprouvèrrnt des syncopes, et d'autres périrent dans le marasme (i). L'usage n>ème extérieur de la niout:irde agit sur les nerfs du nez et excite des éternuemens , tandis que l'absinthe affecte ceux du gosier.
Mais ce qui prouve que le ge'nre d'irritation à tel ou tel degré, ou de telle ou telle sorte , contribue beaucoup à produire tel ou tel effet, c'est qu'une légère titillaiiou de la membrane pituiiaire fait éternuer , et que l'inflammation de cette membrane n'o[;é!e plus le même effet. L'inflammation des pieds par la goutte la plus violente ou par les sinapismes n'excite souvent aucun mouvement convulsif, tandis qu'un bger frottemeni de la plante des pieds avec la barbe d'une plurae a fait périr de jeunes eaians dans des convulsions affreuses.
Maladies des nerfs. On peut diviser les maladies des nerfs en celles qui leur sont propres ou qui résiflent en eux, et en celles qui ont leur siège dans le cerveau, -le cervelet, la moelle allongée et dans la moelle épinière dont ils proviennent. Quant à leurs affections morbiliques reconnues par l'anatomie ^ on peut les réduire aux suivantes.
Les nerfs, ainsi que les parties dont ils tirent leur origine, peuvent être comprimés, eiidurris, ramollis, gonflés, atteints d'inflammation, de suppuration, de gangrène 5 ils peuvent être contus, blessés, comprimés à leur origine, conjointement avec le cerveau ou avec la moelle épinière, drins leur passage à travers les trous du crâne ou du canal vertébral et dans le reste de leur trajet, soit dans le tissu cdluLiire, soit dans les viscères, et enfin dans toutes les parties du corps plus ou moins exposées aux engorgemens et aux compressions.
Les nerls peuvent être comprimés parles tumeurs en général, par des vaisseaux trop dilatés; par des muscles trop violemment contractés, ou déplacés; par des os luxés, fracturés, atteints de quelque exostcwe ; par des corps étrangers , des grnins de plomb , des balles; par la poiïite d'un instrument piquant; par des morceaux d'étoffe introduits dans l'intérieur à la suite de |)laies faites par des armes à feu ; quelquefois par le déplacement de quelques viscères; par l'effet de fortes contusions ; par une chute, par ua corps violent.
Les niouvemens intérieurs de quelques organes ne sont quelquefois pas moins dangereux |)Our le cerveau et les nerfs , que les causes extérieures qui I s affectent. Diins l-s mélancoliques et chez les femmes hystériques, les ex. rémilés .^e reiroidissent souvent comme du marbre , tandis qu'elles éprouvent des
(i) Voy. Franc. Roncallus, Eiiiopce mediciiia.
DE l A NËVROLOGIE.
feux brAlans dans la tête , dans la région épii;,asli i4iie , ou dans d'autres parties du corps. Quelquefois leur visage devient tout d'un coup rouge, violet, leurs yeux étiiicellent , leur esprit s'aliène, leur corps se couvre d'ecchymoses: ils tombent dans la léthargie ou dans l'apoplexie, ou éprouvent de violentes con- Tulsions 5 car les mêmes causes, à ([uelques modifications près, ou d'après quelques différences relatives h la disposition des sujets , produisent tan;ôt des maladies soporeuses et tantôt des maladies convulsives qui se succèdent facilement les unes aux autres, jusqu'à ce que les maladies soporeuses terminent l'existence de ces malades..
L'expérience a démontré que diverses affections des nerfs avoicnt été occasionnées par des virus divers qui s'étoient formés dans le corps ou qui s'y étoient insinués , tels que les arthritique, psorique, dartreux , variolique , vénérien, scorbutique, fébrile , et aussi les gaz méphitiques , et les poisons narcotiques qui ont de si grands rapports entre eux.
Quelquefois les douleurs changent proraptement de siège et sont errantes de partie en partie , passant promptement de l'extérieur du corps dans les orgarus les plus internes et les plus essentiels à la vie. Combien de fois ces humeurs délétères , transportées des parties du corps les plus éloignées sur le cerveau , n'ont-elles pas produit des convulsions ou un assoupissement mortel !
Le ramollissement des nerfs dans leur texture, soit à leur origine, soit dans leur trajet dans les diverses parties du corps, ne peut-il pas avoir lieu , par exemple dans diverses espèces d'hydropisies , après d'abondantes saignées ou de copieuses hémorragies? cela est vraisemblable ; mais les effets de ce relâchement peuvent rarement se reconnoître par l'ouverture des corps.
On trouve quelquefois les gros nerfs affectés d'infiltration ; mais on ne voit en eux ni racornissement, ni raccourcissement, même après des maladies convulsives, quoiqu'on les ait si souvent supposés : cependant j'ai trouvé dans des cadavres de gros cordons de nerfs flétris, racornis; mais l'histoire des maladies qui avoient précédé ou qui out été les suites de telles affections morbifiques m'éioit inconnue.
On observe plus fréquemment des gonflemens dans les nerfs , tantôt par un épaisissement de la matière glutiueuse , cellulaire, qui enduit leurs filets , tantôt par une dilatation de leurs vaisseau^ sanguins artériels ou veineux. 11 se fait aussi quelquefois dv:s infiltrations séreuses ou des amas graisseux circonscrits qui peuvent bien donner lieu à des tiraillement douloureux, convulsifs des filamens médullaires des nerfs, ou à une telle compression, que ces nerfs deviennent insensibles.
l44 ANATOMlE MÉDICALE^
Les plaies des nerfs peuvent donner lieu à des accidens bicri div ers. selon la nature des nerfs blessés, et selon que leur solution de continuité est plus ou moins complète. Alors de» douleurs plus ou moins vives surviennent et se répandent dans les punies où ils vont se distribuer , et souvent ces douleurs ne se font ressentir que dans leurs dernières terminaisons; quelquefois le membre est affecté par des convulsions plus ou moins Tiolenles, cloniques ou Ioniques, qui se bornent dans certains muscles ou qui s'étendent dans toutes les parties musculaires du corps. Conibit-n de fois l'épilepsie n'a-t-elle pas été l'elfft de pareilles blessures !
Mais si les nerfs sont entièrement coupés , les muscles auxquels les nerfs appartiennent, perdant leur irritabilité, tombent en paralysie, et l'atrophie survient; car l'action des nerfs, comme on l'a déjà dit , influe beaucoup sur la nourriture des parties. Camper qui regardoit , avec raison, les nerfs comme U!;e production de la substance médullaire du cerveau et de la moeilo é[nnière, étoit, peut-être gratuitement, persuadé que leurs filet» étoitnt creux et pleins d'un fluide qui circuloit en eux : il croyoit qu'ils étoient plus ou moins engorgés dans la paralyt-ie , et qu'il lalloit, pour en rétablir l'influence sur les diverses parties, les dégorger par de fortes commotions , celles de l'électricité, des coups, des cbutes, ainsi que par des piqûres plus ou moins profondes (i)-
Ce célobre anatomiste croyoit aussi que les affections cancéreuses avoient leur premier siège dans les nerfs, d'où elles se transmettoient dans les diverses parties, et plus particulièrement dans les glandes lymphatiques. /« carcinomatibus ^ dit-il, constanttir olanJulas cas potissiriiùm afjici eodem veneno videmus{i).
Campera, recueilli plusieurs observations qui prouvent que de vives affections de Tame ont opéré la guérison des maladies de nerfs qui avoient résisté aux remèdes conseillés par les plus habiles médecins; et nous pourrions bien nous-mêmes en citer d'autres aussi remarquables.
Division générale des nerfs.
Article II.
Les nerfs étant des productions du cerveau , de la moelle allongée et de la moelle éphiière ^ les
(,) Demonstrat. anat. paLhoL llb. I , Se nervis cranii, p. (a) Jbid.
DE LA N^YKOLOGIE. l45
uns sortant de la cavité du crâne, et les autres du cajiai vertébral, pour se rendre aux diverses parties du corps, les anatomistes ont cru devoir en faire deux classes : la première constitue les nerfs cérébraux ou de la tête ; la seconde, les nerfs delà moelle épinière ou les nerfs vertébraux.
C'est sans raison qu'on a compris parmi les nerfs cérébraux le nerf spinal, qu'on a appelé, après ^Willis , V accessoire de La huitième paire. Ce nerf appartient à ceux de la moelle épinière.
Eu égard au grand nombre de nerfs , et pour en faciliter l'exposition, les anciens les ont d'abord compris dans sept paires (i) ; mais Félix Plater (2), et encore mieux Thomas iVillis ^ aidé de la main de Lotrer (3), ont cru devoir les ranger sous quarante paires , savoir dix paires de nerfs provenant du cerveau ou de la moelle allongée, qu'ils ont appelés cérébraux , et trente paires provenant de la moelle épinière , qu'ils ont nommés spinaux ou vertébraux , indépendamment du grand nerf sympathique que IVillis a bien connu et décrit.
Willis a fixé l'opinion générale à l'égard de cette division. Suivant lui, ainsi que selon la plupart des anatomistes modernes, les nerfs olfactifs forment la première paire 5 les optiques , la seconde j les moteurs communs des yeux , la troisième \ les pathétiques , la quatrième ; les trijumeaux, la cinquième ; les moteurs
(1) Marinns y au ranport de Galien^ est le premier qtii les » fixés à ce nombre , De usu partinni. Mais Vesale a trouvé ce nombre incomplet : Siaccurratè singiila expenderimus , plura etiarn censeri possunt. De corp. hum.fab. lib. III , cap. II, p. 5i5.
(2) De part. corp. struc. hum. Basil. i583, in-fol.; et Haller , Elément, physiol. t. IV, p. 2o5.
(3) Ccrebri anatomc cui accessit nervorutn description Load. 1664, i"-8", p. 66.
ANATOMIE MliDICALÏ,
externes des yeux, la sixième j la portion molle des nerfs auditifs et la portion dure ont été comprises ensemble dans la septième paire ; les glosso-pharyngiens, les paires vagues et les accessoires ont été réunis
Ï)Our la huitième paire j les nerfs hypo-glosses forment a neuvième ; et les nerfs sous-occipitaux, la dixième.
On voit facilement que cette division n'est ni complète ni exacte, puisqu'il y a onze paires de nerfs cérébraux bien distincts, au lieu de dix admises par JVillis. La portion molle des nerfs acoustiques ne peut en aucune manière être comprise avec la portion dure de la septième paire ou le nerf petit sympathique de TVinsïo'W y ou facial des anatomistes modernes 5 et le nerf glosso-pharyngien est trop distinct , par son origine , du nerf vague ou de la huitième paire , et encore plus du nerf hypo-glosse ou de la neuvième paire, pour être confondu avec aucune de ces paires.
On ne peut donc comprendre en dix paires tous les nerfs venant du cerveau et de la moelle allongée et sortant du crâne par ses trous : on ne peut pas non plus y comprendre les accessoires de la huitième paire , qui remontent de la moelle épinière dans le fcrâne pour en sortir après , ni les sous- occipitaux dont on forme ordinairement la dixième paire , lesquels tirent leur origine de la queue de la moelle allongée , qu'on doit considérer comme le commen- ^ cément de la moelle épinière.
il paroît que TVillls et les anatomistes qui lui ont succédé ne se sont déterminés à regarder les nerfs olfacLifs comme la première paire des nerfs cérébraux, que parce qu'ils sont les premiers aperçus quand on soulève la masse du cerveau de devant en arrière , et , ainsi de suite , parce qu'on découvre à proportion les autres paires ; mais ils n'ont pas toujours eu égard à l'ordre de leur origine. La quatrième paire, par exemple, comme l'observe Lieutaudy
DE 3LA NÉVUOLOGri:. l4j
cleVTOit être la septième ou la huitième , mais sa marche sur le bord tranchant de la tente du cervelet la l'ait découvrir plutôt dans la démonstration , de sort& qu'on l'a placée avant la cinquième paire et autres , quoique l'origine de celles-ci soit plus antérieure (i). On pourroit combattre encore par d'autres raisons le peu d'exactitude de cette manière de com])ter les nerfs j mais elle est généralement admise.
Division. Nous diviserons les nerfs, i^. en ceux qui tirent leur origine du cerveau tet de la moelle allongée , et qui sortent de la tête par les trous du crâne : il y en a onze paires. On peut les appeler cérébraux.
1°. En ceux qui sont fournis par la moelle épinière , qui sont au nombre de trente paires, indépendamment des spino-crânio trapeziens , vulgairemeng appelés les accessoires de la huitième paire de WilLis^ que nous y comprendrons. Ce sont les nerfs spinau:c.
3". En ceux qui sont communs aux nerfs dont nous venons de faire mention, étant liés à la plu- ]iart d'eux : tels sont les deux grands nerfs sympathiques.
Article III.
Des nerfs cérébraux (2),
Ces nerfs sont , pour la plupart, fournis par la moelle allongée ; ils sont d'inégale grosseur. Les ncrf;s optiques sont les plus gros 5 les trijumeaux viennent après, relativement à leur grosseur : snccMent à ceux-ci, en diminnant progressivement
(1) Anat. Jiist. et pract. t. 1 , p. 611 , 2e édition.
(2) Nerfs encéphaliques, Chaussit-r.
de volume , les nerfs auditifs ou acoustiques, les nerfs vagues , les hypo-glosses, le facial ou la portion dure de la septième paire, les glosso-pharyngiens et les pathétiques. Les nerfs olfactifs seroient à peu près placés les derniers, si l'on n'avoit égard qu'à leur grosseur.
Le nerf olfactif et le nerf auditif sont très-mous à leur origine L'optique et le nerf moteur commun des yeux sont assez distincts des autres parties du cerveau pour y être suivis très-loin jusqu'à leur origine , tandis qu'on ne peut suivre que très-dilïicileraent dans la moelle allongée les moteurs externes des veux , l'acoustique et le facial.
Les nerfs sortent du cerveau d'une manière assez difiérente les uns des autres pour être remarquée.
Les olfactifs , ou la première paire , sont à leur origine formés d^ deux bandes médullaires bien apparentes.
Les optiques, ou les nerfs de la seconde paire, naissent par un gros cordon auquel se joint un petit filet médullaire.
Les oculo-musculaires communs, ouïes nerfs de la troisième paire, commencent par un grand nombre de petits filets.
Les oculo-musculaires internes ou grands trochléateurs, nerfs de la quatrième paire, paroissent formés de trois filets.
Les trijumeaux , ou les nerfs de la cinquième paire, sont formés de divers filets, qui se réunissent d'abord en deux cordons, lesquels ensuite n'en forment plus qu'un seul assez gros qui fournit trois branches principales. .
Les moteurs externes des yeux, la sixième paire, sont formés de deux racines assez distinctes.
Les nerfs acoustiques, ou la portion molle de la f septième paire de P^i/lis , sont composés de filets \ grêles , dont ceux d'un côté communiquent très-